Du vendredi 20 au
dimanche 29 mai 2011 – Kimolos, Poliagos et Milos dans les Cyclades (Grèce)
Milos est un
volcan dont une partie s’est effondrée lors d’une explosion volcanique laissant
la mer envahir le cratère devenu ainsi un grand port naturel unique en mer
Egée. C’est aussi à Milos qu’on a trouvé la fameuse Vénus qui, même sans bras,
envoûte les visiteurs du Louvre. Elle les a perdu non loin d’où nous sommes
mouillés. On les cherche encore … et … en vain à ce jour !
Un panneau de
bois peint indique une épicerie. Elle est fermée. Renseignements pris, elle
ouvre sur demande. L’épicier occasionnel ne parle ni anglais ni français mais
il bredouille quelques mots d’allemand. Nous voulons des fruits et des légumes.
Il n’a que des conserves. Le frais est apporté par des tziganes dans une
camionnette. Personne ne sait jamais quand ils viennent. On nous préviendra
quand ils seront là.
Au cours de
l’après-midi du lendemain, trois voiliers français arrivent dans le mouillage
en passant trop vite entre les bateaux déjà là. Dans la précipitation et sans
se préoccuper des voisins, ils jettent l’ancre n’importe comment et n’importe
où. Ça ne loupe pas ! Le premier se retrouve sur le Norvégien d’à-côté. Il
relève son mouillage et tente sa chance plus loin. Le deuxième est pour nous.
Guy leur demande d’aller plus loin. Le skipper affublé d’une casquette de marin
et auquel il ne manque que la pipe pour faire vieux loup de mer, répond qu’il
sait ce qu’il fait. Le ton monte. Les plus gênés s’en vont : nous décidons
donc de lever l’ancre et d’aller dans un coin plus calme où les risques de
collision avec ces marins d’eau douce seront nuls. Bien évidemment, le
troisième est sur notre mouillage et au moment où l’ancre de Pro’s Per Aim sort
de l’eau, notre étrave est à trois mètres à peine du voilier obligeant à un
coup de barre pour l’éviter. Autant dire que nos compatriotes ont fait le
spectacle et qu’il n’y avait pas de quoi être fier. A cinq cents mètres du
village, nous sommes maintenant tranquilles dans une jolie petite anse qui n’a
de défaut, pour les marins d’eau douce, que son éloignement du village. Pour
nous c’est la quasi garantie que plus personne ne viendra mettre son ancre dans
notre cockpit !
La faune des
plaisanciers irrespectueux, grossiers, dangereux qui peuplent la Méditerranée
donne envie de sortir de cette mare à canards. Soit le bateau se vend, soit
nous retournons en Atlantique. Le grand large pardonne moins ! Du coup on
y trouve des gens de mer plus sympas.
Les
douches ? … Pas de douches, juste des toilettes dans un algéco à côté du
bureau de la marina.
L’eau
potable ? … Oui ! Elle est potable mais, ici, on ne la boit
pas !
Il va falloir
s’organiser. En fait l’eau du port est assez claire. On fera tourner le
dessalinisateur avec le courant du quai pour remplir le réservoir.
Pour les
papiers ? Pas d’urgence, nous sommes en Sicile … domani, domani …
On apprend qu’en
semaine, il vit sur son petit « 9m » et travaille comme prof de
mécanique au lycée professionnel de Sciacca. Je hasarde une ou deux phrases
timides en Italien. Il répond … beaucoup trop vite. Je lui demande de ralentir
« non troppo rapido per favore » Il réussit pendant une phrase, pas
deux, c’est visiblement au-dessus de ses forces. Tant bien que mal, mon oreille
s’y fait. Me voici replongée dans un grand bain d’Italien. Il va falloir nager
ou couler.
Pour commencer,
arrêt dans le bar en face de son lycée où il offre une tournée d’« espresso
italiano » : deux centimètres cube d’un liquide noir épais et amer à
souhait sur lequel flotte un demi-centimètre de mousse. Ne pensez pas que je
raille … J’adore ça, je le bois même sans sucre. Puis il tient à
nous faire visiter l’établissement déserté par les élèves qui sont en révision
avant les examens. Ensuite il nous montre les supermarchés locaux et nous
revenons avec des cabas pleins.
Nous finissons la
soirée à bord tous les cinq écroulés de rire. Roberto fait le pitre, chante
« O sole mio » et les fous-rires de Chantal sont incroyablement
contagieux.
Pendant tout
notre séjour à Sciacca, Roberto est toujours présent, drôle et serviable. Grâce
à lui, les camping-gaz sont rechargées dans une boutique perdue dans le dédale
des rues étroites et pentues de la pittoresque vieille ville.
Il nous promène,
Chantal et moi, une matinée entière de supermarché en magasin spécialisé pour
nous trouver la cafetière italienne, celle qui fait un café très proche de
l’expresso avec plein de mousse, la BIALETTI BRIKKA. Il finit par dénicher le
trésor dans une sorte de Foir’fouille et ne peut s’empêcher de négocier une
ristourne de 10%. Un Italien ne conçoit pas qu’on puisse vivre sans boire
plusieurs expresso par jour. Il n’était pas question qu’on quitte la Sicile
sans la BRIKKA, Roberto s’en était fait un point d’honneur.
Des dauphins
jouent à la proue et cabriolent autour de PPA à l’aurore du samedi.
La Méditerranée
se resserre, les cargos sont de plus en plus nombreux.
Il commence à
faire moins frais. La couette regagne le placard.
Dans la nuit du
mardi au mercredi, veille de l’arrivée à Almérimar, nous évitons de justesse un
cargo.
Sa monumentale masse noire passe à cinquante mètres -
peut-être moins -
de notre arrière. Il était rattrapant mais n’a pas
dévié sa route. Notre zone
de détection était trop petite sur le radar qui a
sonné alors que le cargo
était déjà proche et j’ai mal
évalué son arrivée rapide. Nous l’avons
échappé
belle.
Le soir du jeudi,
c’est la fête de la St Jean en Espagne. Une véritable institution ! La
plage d’Almerimar est envahie dès l’après-midi par des familles entières
équipées comme pour un siège. Des camionnettes déchargent des monceaux de
palettes et des troncs d’arbres entiers. Chacun prépare son brasier pour qu’il
flambe longtemps haut et fort. La nuit tombée, des dizaines et des dizaines de
feux illuminent la longue plage. La violence des flammes oblige parfois à
déplacer les tables de pique-nique et le barbecue. Certains sont venus avec une
sono alimentée par un groupe électrogène dont le bruit du moteur est largement
couvert par celui de la musique.
Nous pourrions
rentrer en France pour l’hiver, faire l’entretien qui s’impose et aussi
quelques améliorations et repartir vers les Antilles à la fin de l’été 2012. A
moins que nous allions directement aux Canaries afin de passer l’hiver au chaud
après une transat en novembre.
Les annonces ne
sont pas retirées. Passons Gibraltar … nous verrons après !
A peine installés
dans la marina de Barbate, le Capitaine s’attelle à la tâche aidé par le matelot – votre
serviteur. Il ne nous faut pas longtemps pour réparer les lazy et remplacer le
tuyau rompu par un tout neuf qui attendait dans les caisses avec les autres
pièces détachées.
Joli quartier
andalou dans le vieux Rota.
En trente minutes
avec le ferry, on débarque à Cadix,
celle de « La bèèèlllle de
… ».
Rues étroites dans le centre et restaurations en cours :
Cadix offre un
mélange de murs lépreux, de belles façades
rénovées et d’entrées d’immeubles
typiquement andalouses. Les portes en bois sont ouvertes sur un couloir
sombre
dont les murs sont recouverts de faïence jusqu’à
mi-hauteur. Le couloir donne
sur une cour intérieure ensoleillée qu’on devine
derrière une porte en fer
forgé ouvragé.
Le retour à Rota
s’effectue contre vingt nœuds de vent réel avec une houle très courte et très
droite. Le ferry saute dans les vagues et retombe lourdement. Des passagers
sont malades. Le vent souffle si fort quand nous regagnons le bord qu’il faut
plier le taud de soleil pour qu’il ne soit pas arraché.
Tous les jours le
Capitaine examine la météo : pas de créneau pour remonter le long du
Portugal. Les vents du nord soufflent sans discontinuer bien trop fort pour
qu’on les remonte au moteur. Et puis en fait ! A-t-on réellement envie de
ramener PPA en France ? Ne serions-nous pas mieux, lui et nous quelque
part où les eaux sont chaudes.
Alors ? Une
fois sortis du Golfe de Cadix, mettrons-nous la barre à gauche ou à
droite ?