Le retour en Atlantique


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Lundi 27 juin 2011
- Gibraltar est par notre travers. Mer belle avec un bon Levante, ce vent d'Est qui souffle ici, pour nous pousser vers la sortie du détroit. 

Vers midi nous sommes à Tarifa et là changement de décor ! Vent contre courant, le tout se renforçant ... Force 4, puis 5, puis 6, puis 7 avec des rafales bien installées dans le 8 Beaufort autour des 35 à 38 noeuds ... 
Sous l'effort, un des deux tuyaux haute pression du pilote explose ! Pro's Per Aim n'étant plus tenu part à l'abattée et empanne violemment ... Merci au frein de bôme Walder qui limite la casse ! Seuls les lazyjacks et le lazybag ont souffert !

Trois heures plus tard nous sommes à l'abri dans la marina de Barbate après avoir passé outre les ordres des bateaux de guerre américains mouillés à 3 milles devant l'entrée du port.
Ils étaient sur notre route vers l'abri et voulaient que nous nous déroutions de 2 milles supplémentaires pour passer loin d'eux ! Vous avez dits paranos !
Nous sommes européens, naviguant dans nos eaux territoriales européennes et cela aurait été intéressant que nous soyons abordés par ces valeureux guerriers voulant empêcher la libre navigation chez nous !
C'est certain qu'il est plus facile de harceler un plaisancier que de limiter la piraterie dans l'Océan Indien ! Moins dangereux bien sûr ! 

Nous pensons que si ces braves shérifs veulent jouer aux cow-boys et aux indiens, ils n'ont qu'à se déplacer vers la Somalie et laisser les paisibles navigateurs que nous sommes rentrer se mettre à l'abri chez eux en Europe tranquillement !


Jeudi 30 juin 2011 - Départ vers Rota dans la baie de Cadix. Visite de Cadix et de Rota. Les jours passent et nous ne sommes toujours pas décidés : Retour en Bretagne ou traversée vers les Antilles ?

En attendant que nous prenions une décision nous continuons à faire voile vers l'Ouest, vers le Portugal et après une nuit au mouillage devant Mazagon, nous embouquons le Rio Guadiana qui marque la frontière entre l'Espagne et le Portugal. Quelques milles en amont nous nous arrêtons à Ayamonte. Et maintenant quelle route prendre ?


Vendredi 8 juillet 2011 - Départ d'Ayamonte vers midi et cap au ... SUD ! Oui, c'est décidé, LE VOYAGE CONTINUE ! En route pour l'archipel de Madère dans un premier temps, puis les Canaries et les Antilles à la fin de l'année !

Traversée rapide et en seulement 3,5 jours nous sommes à Porto Santo où nous mouillons devant le port.


Mercredi 13 juillet 2011 - Arrivée à Caniçal sur l'île de Madère dans la marina Quinta do Lorde. Nous y avions passé 19 jours en 2006 et Katia, la responsable, nous reconnaît. Embrassades et ... prix spécial pour "clients fidèles".

Nous aimons beaucoup l'île de Madère. Alors pourquoi ne pas rester ici quelques semaines, entretenir Pro's Per Aim, améliorer notre site Internet, et profiter des superbes randonnées possibles comme celle à l'intérieur de la réserve naturelle de Sao Lourenço ?


Mercredi 27 juillet 2011 - Depuis notre arrivée à Madère, le temps est gris, frais, maussade et le vent souffle sans discontinuer.

Les cartes météo montrent que, sur les Canaries, le soleil brille beaucoup plus et que le mercure est à un niveau supérieur ! Une petite accalmie nous laisse penser que nous pouvons faire voile sur Lanzarote avec un vent de travers assez soutenu (F5/6) mais tout à fait maniable. 
C'est décidé nous allons appareiller ! Vers 16H30 les amarres sont larguées et nous mettons le cap sur le Nord des îles Desertas. Quand nous aurons paré ces dangers, nous pourrons faire route directe vers Lanzarote, ou plutôt la petite île de Graciosa située dans son Nord immédiat.
En 2006, nous avions suivi exactement la même route et Pro's Per Aim doit reconnaître le paysage ! En tout cas nos estomacs se comportent comme en 2006 ... Avec la même mer de travers bien formée qui nous cueille dès les premiers milles, l'appétit n'est pas vraiment là pour le dîner !


Vendredi 29 juillet 2011 - Nous avons mis 48 heures pour couvrir les 270 nautiques entre Madère et Graciosa. C'est loin d'être un record de vitesse, mais nous nous sommes organisés pour limiter la gîte - donc augmenter le confort et calmer nos estomacs - et nous avons réduit en conséquence la voilure. Le principal était d'arriver de jour au mouillage de la Playa Francesca, que ce soit dans la matinée ou l'après-midi, peu importait. 
A notre arrivée, la bonne surprise, c'est de retrouver nos amis Allemand et Autrichien, Uwe et Eva, sur leur catamaran Quinuituq avec lequel ils avaient passé une saison en Alaska il y a quelques années.

Le mouillage de la Playa Francesca est un parc naturel et il faut demander l'autorisation d'y mouiller aux services de l'environnement de Lanzarote. Un e-mail est suffisant. Il est parfaitement protégé de l'Ouest à l'Est par le Nord et se situe à 3 km du seul village de Graciosa.
La promenade vers le village est magnifique sur cette petite île volcanique et sableuse sans route goudronnée. Nous avions beaucoup aimé en 2006 et Graciosa n'a pas changé. Elle semble hors du temps. Nous aimons beaucoup. Comme le temps est beau et sec, peut-être allons-nous rester un peu plus longtemps qu'à Madère !


Mardi 16 août 2011 - Nous levons l'ancre et mettons à la voile vers le Sud de Lanzarote où nos amis Belges Jean et Marjo d'OTTER II nous attendent.

Pour retraverser vers les Caraïbes il faut attendre la fin de la saison cyclonique. Ce serait trop imprudent de partir avant novembre. Nous avons donc de deux à trois mois à passer aux Canaries. Amplement le temps de faire tous les travaux d’entretien et d’amélioration que nous avions prévus de réaliser l’hiver prochain aux Antilles. Arrivés en Martinique nous serons plus libres de notre temps pour reprendre la plongée !

Pour toutes ces modifications et cet entretien, il nous faut de l’électricité, donc … hélas ! « enchaîner » Pro’s Per Aim dans une marina, nous mettre dans ces prisons dorées pour bateaux que nous n’aimons vraiment, mais vraiment pas ! et c’est vers la marina du sud de Lanzarote que nous poussons notre étrave.

Hélas, cette marina, que nous nous refusons de nommer, va être à la hauteur de nos craintes les pires ! Bateaux à moteur avec plantations de tomates sur le pont (oui oui !), chiens-chiens minuscules mais gueulant après tout ce qui bouge, antennes satellites pour réception des programmes nationaux Allemands, Anglais, Hollandais ou Espagnols, etc. 
Et le clou du spectacle, c’est le marché captif des travaux exercés par le petit chantier local. Prix exorbitants, délais se chiffrant en semaines et en mois, incompétence notoire etc. L’exemple qui nous a le plus choqué a été celui d’un bateau Suisse mis à l’eau au printemps dernier et présentant quelques cloques sur sa carène. Ce chantier a diagnostiqué un problème d’osmose et a convaincu le propriétaire qu’il fallait traiter le plus vite possible. Le chantier a commencé à mettre la coque à nu pour faire le traitement habituel dans ce cas … Il n’y avait pas d’osmose ! Mais il était trop tard, les travaux étaient en route et ils ont duré … 2 mois et 2 jours avec une facture de … tenez-vous bien …   11 000 euros ! Incroyable !

A l’opposé, une entreprise montée par un Allemand (Waterline Yachtservice) est interdite de travail sur cette marina. Les quelques bateaux qui ont quand même fait appel à son manager (Henning) ont été parfaitement satisfaits des délais, des prix et surtout de la qualité « allemande » du travail effectué. Pourquoi cet interdit ? Y aurait-il des pots de vin à verser quelque part ?

La morale de cette histoire est que, si vous avez des travaux à faire faire sur Lanzarote, fuyez cette marina du Sud au profit de celle de PUERTO CALERO où Waterline Yachtservice est « autorisé » à travailler.

Mais revenons à nos travaux. Nous avons commencé par vider et nettoyer le bateau. Quand on parle de vider, c’est tout vider ... et là c’est fou ce qu’on retrouve comme objets « perdus » !

La bonne surprise a été de constater que Pro’s Per Aim était toujours comme neuf, que rien n’avait bougé ou s’était abîmé.

La mauvaise surprise a été de découvrir que l’alliage d’aluminium du carter du guindeau n’était pas compatible avec l’aluminium de la plaque support de ce dernier. Malgré une isolation caoutchouc, l’électrolyse avait fait son œuvre et il nous a fallu changer cette dernière. Dans la foulée nous avons procédé au remplacement des arrivées électriques et mis en place une boîte étanche pour ceux-ci dans le coffre suspendu. C’est Henning de Waterline Yachtservice qui nous a fait la plaque alu sur mesure en 24 heures. Merci Henning !

Les autres travaux ? Que du classique ! Les voiles ont été démontées, révisées chez le voilier et remontées avec des bas de lazyjacks tous neufs, nous avons plongé, vérifié et nettoyé les œuvres vives, les anodes, l’hélice et l’arbre. Nous avons installé de nouveaux panneaux solaires plus performants, mis en place un second régulateur pour pouvoir brancher les anciens panneaux dans les filières au mouillage et entamé la couture de nouvelles housses de coussins et des rideaux du carré. Les joints du vérin du pilote ont été changés, les roulements de l’éolienne également et … après  6 années de bons et loyaux services, nous nous sommes décidé à abandonner le sérieux et efficace « nœud de chaise » pour épisser nos aussières et tout ce qui pouvait l’être ! 
Maintenant Pro’s Per Aim fait « bateau sérieux » prêt à partir naviguer au loin ! La preuve ? Tous ces travaux de matelotage faits par son valeureux équipage ! Et d’autant plus que nous nous sommes attaqués aux reprises de peintures de la « carrosserie » ! Imaginez votre voiture après 6 années et un tour du monde et vous aurez une idée du nombre de petites retouches à faire !

Notre séjour sur Lanzarote, heureusement, ne s’est pas limité à travailler sur Pro’s Per Aim. Il y a eu les copains avec des rencontres fantastiques. Malheureusement nous n’avons pas de photos de tous nos amis et nous le regrettons.

Il y a également eu la semaine formidable que nous avons passé avec Benjamin revenu nous voir (la dernière fois nous étions en Nouvelle Calédonie).

Et puis, il ne faudrait quand même pas oublier la re-visite de cette île étonnante et originale de Lanzarote avec ses dromadaires bien adaptés à la sécheresse saharienne du lieu, ses cactus aussi variés en taille et en forme que possible, et ses cultures utilisant des techniques d’optimisation de la faible humidité ambiante.

Parmi les re-visites incontournables nous sommes retournés voir la côte Sud et ses criques, la caldeira effondrée d’El Golfo, la coulée de lave de Los Hervideros, le célèbre Jameos Del Agua exploitant un lavatube et l’incontournable parc national de Timanfaya avec ses volcans à peine éteints.

Oui, nous aimons beaucoup Lanzarote et nous y reviendrons avec plaisir plus tard, un jour … Qui sait !

 

Samedi 15 octobre 2011- Nous préparons Pro's Per Aim. Demain nous larguons les amarres. Au revoir Lanzarote. Dans 48h environ nous serons à La Palma, île la plus occidentale des Canaries où nous attendrons dans la marina de Tazacorte le bon moment pour traverser vers les Antilles.

Autant Lanzarote bénéficie d'un climat sec et désertique, autant La Palma a la chance d'être bien arrosée. Il faut dire qu'avec son sommet culminant à 2500 m elle a tout ce qu'il faut pour arrêter les nuages !

Le résultat de ce mariage entre la pluie, le soleil et les sols volcaniques riches, est un bel étagement de la végétation. Tout d'abord, on trouve les immenses bananeraies plantées sur terrasses, puis la forêt de résineux suivie de celle des arbres à feuilles caduques, et pour finir la steppe d'altitude et son paysage minéral.

Une autre caractéristique de La Palma, c'est la pureté et la clarté de son atmosphère avec pour résultat la construction de nombreux observatoires astronomiques. Plusieurs pays ont obtenu l'autorisation d'installer un télescope à plus de 2000 m d'altitude sur le flanc nord de la grande caldeira.

De la crête nord de cette caldeira on bénéficie d'un côté d'une vue plongeante sur la mer, tandis que de l'autre on surplombe la mer de nuages. C'est d'ailleurs un spectacle fascinant que de voir cette mer de nuages tenter en vain de sortir de la caldeira.

Autre caractéristique de LA PALMA, ce sont les paysages fascinants que nous découvrons, paysages liés à la jeunesse de son volcanisme.

De retour aux Canaries début janvier 2012, après avoir passé les fêtes de fin d’année en famille en France, nous restons deux jours à Tenerife pour visiter le parc naturel du Teide : encore des paysages volcaniques fantastiques, lunaires ! Impossible de s’en lasser !

Dimanche 8 janvier 2012, midi, nous larguons les amarres, cap au 260°. 

Pour ceux qui ont une carte sous les yeux, le 260 n’a et ne sera jamais la route apparemment directe pour la Martinique. Et pourtant c’est bien vers la Martinique que nous partons. 

C’est la seconde transat d’Isabelle et la quatrième du Capitaine qui a décidé cette année de tenter la route orthodromique. 
Pour les non marins, l’orthodromie est la route la plus courte bien qu’elle fasse un arc de cercle sur la carte au lieu d’une ligne droite (appelée route loxodromique). La différence est de l’ordre de 150 milles soit une journée de mer. Pourquoi ? Tout simplement parce que la terre n'est pas plate comme sur une carte mais qu'elle est ... ronde !

L’inconvénient de l’orthodromie, c’est que nous risquons de ne pas avoir assez de vent et d’être trop près de l’anticyclone des Açores.
En fait, nous allons suivre cette orthodromie et gagner la Martinique en 20 jours et 2 heures pour une distance parcourue de 2550 milles. Nos amis de SAS3 partis en novembre ont parcourus 2700 milles en 17 jours et OTTER II qui a traversé en même temps que nous et qui a décidé de commencer par prendre du Sud pour avoir des alizés bien établis a mis 23 jours et a parcouru 3200 milles ! Nous n'avons pas marché bien vite, mais notre distance à parcourir était bien plus courte !

Comment s’est passée cette transat ?
- 16 jours de beau temps F4 ENE – donc pas de mer formée.
- 2 jours de grains très violents entrecoupés d’absence de vent
- 2 jours de F6 ENE (les 2 derniers jours) avec une mer chaotique forte passant à très forte (creux de 5 à 6 m). Comme ces deux journées étaient à l’arrivée, quelle que soit la route choisie nous ne pouvions pas y échapper.
- Un des deux réflecteurs radar a été arraché pendant un grain noir. C’est le seul petit incident que nous ayons eu. Pro’s Per Aim est toujours dans un état impeccable après cette nouvelle transat. Aucun travaux à prévoir ! Nous aurions vraiment eu tort de nous en séparer vu sa fiabilité, sa solidité et sa condition parfaite.

Donc l’option orthodromie s’est avérée bonne avec de magnifiques couchers de soleil, des paille-en-queue venus nous saluer et quelques belles coryphènes au bout de l’hameçon !

Samedi 28 janvier 2012, à 10 heures du matin notre ancre plonge dans la baie de Ste Anne au Sud de la Martinique et en début d’après-midi nos amis de SAS3 et d’OTTER II (ici depuis l’avant veille) viennent nous chercher pour fêter notre arrivée aux Antilles.