De la Colombie à Panama
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Mardi 6 novembre 2007,
nous quittons Spanish Water pour gagner le nord de Curaçao et caréner Pro's Per Aim en plongée dans la crique de Santa Krus. Ce mouillage nous rapproche d'une bonne vingtaine de milles de notre prochaine étape : l'île double de Los Monjes Del Sur par 12°21 N et 70°54 W.


Vers 18h00, toujours le 6 novembre, nous levons l'ancre de Santa Krus et filons plein vent arrière vers Los Monjes. 
Tout dessus, génois tangonné, Pro's Per Aim avale les milles. Les alizés soufflent force 4/5, et au petit jour nous sommes proches de la Colombie quand en quelques instants tout bascule ... quand à 7h00 du matin le 7 novembre 2007 par 12°21’N et 70°30’W, nous sommes abordés par un navire battant pavillon Cambodgien : le « Flamingo » de Phnom Penh.
Les photos de l’ancre tordue témoignent de la violence du choc.


T
out se passe très vite. Notre agresseur nous coupe la route, lance une fusée blanche, fait demi-tour, se range sur notre bâbord à une dizaine de mètres en hurlant au porte-voix des mots incompréhensibles, puis met la barre à droite, nous rentre dedans et s’éloigne tranquillement (voir photo).


Plus tard, quand nous aurons mis le bateau en sécurité (génois à contre etc.) et vérifié l’absence de voies d’eau, nous comprendrons qu’il voulait nous interdire l’approche d’une zone où « travaillait » un autre bateau. Il ne s’agissait pas d’opérations militaires ou douanières (pavillon cambodgien), ce n’était pas non plus de la pêche. Il n’y avait pas de plongeurs à proximité (absence des pavillons) ... Aucun des signes indiquant un quelconque travail (déminage etc...) n'était arboré !

Nous en sommes quittes pour simplement un peu de peinture blanche à refaire, le filet à réparer et une ancre à racheter. Merci à Alubat de construire des coques solides !


Vers 11h00, nous sommes en vue de Los Monjes Del Sur. Nous n’avons pas de carte, simplement un croquis montrant que les deux îlots sont maintenant rattachés par un enrochement et qu’une corde est tendue pour que les bateaux puissent s’y attacher.

A 11H45 Pro’s Per Aim est solidement amarré et nous commençons le ponçage et la peinture du liston, et le raccommodage du filet, assourdis par les 3 diesels de la petite centrale électrique … 

Los Monjes est un caillou stérile où réside une petite garnison militaire vénézuélienne et où viennent se reposer de temps en temps des pêcheurs. Ce n’est vraiment pas autre chose qu’une escale technique avant de se lancer dans la difficile traversée autour du Cap de la Vela. D’après la littérature, doubler jusqu’au delà du Rio Magdalena cette pointe de l’Amérique latine est l’une des 5 plus éprouvantes navigations du monde.

Jeudi 8 novembre à 23h00 par un bon F3/4 de secteur Est nous appareillons pour le cap de la Vela. Pas de lune, beaucoup de nuages bas, la nuit est d’un noir d’encre. Le cap de la Vela va tenir ses promesses ! Nous allons essuyer des orages successifs dont un sera particulièrement violent. 

Le 9 vers 13h30 l’ancre tordue est mouillée derrière le cap de la Vela par 12°12’323N et 72°10’650W. Mais notre belle grand voile tri-radiale en hydranet est déchirée en deux endroits … 
Erreur de manœuvre du capitaine lors d’une prise de ris en catastrophe …
Demain nous recoudrons notre grand-voile et collerons des renforts. A Panama nous trouverons un voilier qui pourra la réparer solidement et nous permettre de traverser sereinement le Pacifique.



Dimanche 11 novembre à 10h00 du matin, Pro’s Per Aim lève l’ancre en direction de la Punta Morro Hermoso.
Les conditions sont bonnes et nous préférons avancer et ne pas s’arrêter ni aux 5 baies, ni à Taganga. Nous préférons profiter de cette fenêtre météo pour franchir le Rio Magdalena, ses courants violents et ses débris flottants, avec le moins de risque possible.  Nous le franchirons à 2.5 milles de la côte, là où il est le plus étroit.

Vers midi le 12 novembre, nous sommes sur zone avec seulement 5 nœuds de vent. Mais contre les 2 nœuds de courant du fleuve, la mer levée est déjà très très dure. Nous n’imaginons pas ce que cela peut donner avec des alizés musclés à 25 nœuds. Les récits de bateaux recouverts par des déferlantes ne nous paraissent plus du tout exagérés maintenant. 
La frontière entre les eaux bleues de l’océan et les eaux boueuses du Rio est nette, il n’y a pas de mélange. Le Capitaine parle (accrochez vous !) « d’hétérogéneité potamo-pélagique spatiale ». Bon c’est promis il ne recommencera pas !


Dernière difficulté de cette navigation de 191 milles faite à 6 nœuds de moyenne : trouver la lagune de la Punta Morro Hermoso où nous comptons mouiller et nous reposer. Là nous avons une carte, mais elle est complètement fausse, cette lagune n’existe même pas dessus. Pour nous guider, nous avons deux waypoints d’atterrissage et un  conseil : « il faut ouvrir les yeux ! ».

Vers 15h30, nous voyons la mer déferler sur notre avant bâbord, puis la langue de sable apparaître (elle fait 2 milles de long quand même). Nous la contournons, rentrons derrière et remontons au maximum au Nord avant de mouiller par 3.8m de fond devant des huttes de plage utilisées le week-end.

Les informations donnés par nos amis étaient bonnes et nous avons le plaisir de faire du pain frais et de retrouver José et Fanfan sur Amuitz et Patricia avec son fils Marvin de New Life. Ils sont là depuis quelques jours et partiront ce soir pour faire les 55 milles qui les séparent de Cartagena.
José a cassé son moteur au niveau du Cap de la Vela. Nous ne sommes pas les seuls à avoir "cassé du bois" sur ce trajet !


Vendredi 16 novembre, il est 5H00 du matin, le réveil sonne ... Nous appareillons de nuit dans cette lagune où rien n'indique la côte basse et où un bateau est venu mouiller dans la passe de sortie hier soir. C'est un voilier et il n'a pas mis son feu de mouillage. On ne voit rien ... C'est presque au ralenti que nous quittons le mouillage. Dehors, la mer est toujours un peu dure.

55 milles plus loin, nous arrivons à Carthagène. La ville nous semble énorme : 2 millions d'habitants environ.
A 15H30 Pro's Per Aim est mouillé devant le Club Nautico. Demain il fera jour pour s'acquitter des formalités. Ce soir, c'est l'heure du repos avant celle du Ti' Punch !


Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO la vieille ville de Carthagène est typique de l'architecture coloniale espagnole du XVI ème au XIX ème siècle. Ce qui nous frappe surtout c'est le nombre des chantiers de restauration. Partout les tailleurs de pierre et les menuisiers remettent en état les vieilles maisons. Le contraste est grand avec les cabanons de tôle ondulée des Antilles !

Reposés mais abrutis par l'agitation et le pollution de cette ville de 2 millions d'habitants nous décidons de partir passer quelques jours aux îles Rosarios à 25 milles au Sud de Carthagène.
Mais avant il faut libérer notre FOB de 20 kg qui est engagée et qui résiste à tous nos essais de relevage. Nous tirons en avant, en arrière, rien ne peut la décoincer et l’avant de Pro’s Per Aim plonge jusqu’à près de 40 cm sous l’effort de la traction et du rappel.
Quelle manœuvre serait la plus efficace ? Le Capitaine décide de plonger dans cette eau répugnante pour voir ce qui se passe 16 m plus bas. Mais écoutons le raconter cette plongée pour le moins désagréable :

« … Tout d’abord la pellicule de fuel ou d’huile en surface graisse le masque. Ensuite dès le 2ème mètre la visibilité se réduit à moins d’une longueur de bras. Je descends sur la chaîne et finis par toucher la vase sans pouvoir la voir. La lampe que j’ai emmenée ne m’est d’aucun secours. Ici, à 16 mètres de fond, en plein midi dans le port de Carthagène, c’est la nuit noire … A tâtons je découvre que la chaîne part à l’envers sous une masse arrondie qui me semble être un énorme morceau de ferraille avec du grillage et du plastique … Impossible de le bouger … j’engage mon bras dessous et trouve à 60 cm l’émerillon de l’ancre. Elle n’est pas loin, on doit pouvoir la dégager en forçant en marche avant et en gardant le bateau bien dans l’axe.
Je remonte doucement et explique la situation à Roger qui avait pris la barre. Il pousse les chevaux, se maintient bien dans l’axe … Pro’s Per Aim s’enfonce, pique du nez et d’un seul coup se libère. Ouf  notre FOB est sauvée !

Maintenant abrité par l’annexe de José venu me protéger des fous furieux qui traversent le mouillage à plus de 20 nœuds je nage vers Pro’s Per Aim. Impossible de monter dans l’annexe je suis trop sale, complètement immonde, plein de vase huileuse et puante. Tout ce que je touche reste tâché … Jamais je n’aurais cru qu’un tel niveau de pollution puisse exister. Vite fuyons ce cloaque ! »


Arrivés le 27 novembre aux Rosarios, nous mettrons deux jours pleins à nettoyer Pro’s Per Aim. Incroyable !


Samedi 1er décembre au matin nous appareillons pour les mythiques San Blas où nous comptons passer le mois de décembre. Le dépaysement est total, d'autant que nous les abordons par leur partie est, zone la plus sauvage de l'archipel.

Jour après jour nous nous laissons emporter par le rythme de vie paisible des indiens Kunas qui privilégient toujours la pirogue aux hors-bords !
Entre deux séjours dans des îles désertes recouvertes de cocotiers, nous nous rendons dans leurs villages où nous achetons quelques molas.
De retour à bord Isabelle met au clair ses notes et rédige son journal.


Fin décembre approche et nous partons vers Colon pour préparer notre transit du canal. Sur le chemin, nous nous arrêtons à la Panamarina de Jean-Paul et Sylvie ORLANDO et passons le réveillon du Nouvel An avec eux et d'autres amis dans la jungle de Panama. 
La Panamarina est un arrêt absolument incontournable sur la route du canal. Jean-Paul et Sylvie ne savent pas quoi faire pour nous être agréables et utiles.

Nous resterons jusqu’au dernier moment, jusqu’au lundi 7 janvier, jour où nous devons être à la Shelter Bay Marina de Colon pour caréner et préparer notre passage du célèbre canal de Panama.

En quelques heures, grâce à un agent, tous les papiers pour le transit et l’immigration sont faits, trois handliners embauchés et nous avons l’esprit tranquille pour sortir Pro’s Per Aim, le caréner, et faire nos approvisionnements pour notre grande traversée de 4000 milles vers les Marquises.

Le mercredi 16, nous quittons la Shelter Bay Marina pour mouiller sur le Flat de Colon et attendre notre premier pilote.
A 18h30 nous appareillons vers les trois écluses montantes de Gatun et un peu avant minuit nous sommes amarrés à une bouée, à 26m d’altitude, dans l’eau douce du lac de Gatun.

Le jeudi 17, à 6h du matin, deux pilotes montent à bord et nous devons filer à 7 nœuds minimum pour être à l’écluse de Pedro Miguel avant 11h …
Traversée magique du lac de Gatun avec sa multitude d’îles, sa végétation luxuriante, ses singes et ses crocodiles de 6m de long …
Et tout s’enchaîne avec souplesse. Pedro Miguel, le lac de Miraflores et les deux écluses descendantes qui s’ouvrent sur le Pacifique.


C’est sous le pont des Amériques que nos deux pilotes quittent le bord et c’est au Yacht Club de Balboa que nous déposons nos trois handliners.

La pollution, le bruit et les vagues liées au trafic sont tels que nous repartons tout de suite pour passer la nuit devant l’île de Flamenco. Mais là aussi le va-et-vient incessant des bateaux rend ce mouillage inconfortable.

Dès l’aube le 18
, nous appareillons pour les Perlas et en milieu d’après-midi Pro’s Per Aim jette l’ancre au sud de l’île de Contadora.
Isabelle peut rédiger confortablement le journal du passage de l’Atlantique vers le Pacifique, notre passage du Canal de Panama !

4000 milles sont devant nous. Nous allons nous reposer, attendre un créneau météo favorable et dans quelques jours nous nous lancerons dans la plus grande traversée que nous ayons faite…



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