
La traversée
du Pacifique vers les Marquises
Du 30 janvier au 28 février 2008
Journal
Retour page
précédente
Mercredi 30 janvier 2008,
à 8h45,
nous dérapons l'ancre et mettons à la voile au
206°
vrai pour traverser le Golfe de Panama. Notre objectif est de faire
route vers les Galapagos quand nous aurons doublé la "Punta
Mala", l'extrémité Sud-Ouest de la
Péninsule
d'Azuero.
Un bon vent portant nous permet de flirter avec les 9 noeuds de vitesse
fond et peu après minuit nous pouvons mettre le cap au
232°
magnétique, direct vers les Galapagos.

Mardi 5
février à 04h34 local
nous passons l'équateur et nous nous retrouvons donc ... la
tête en bas ! Drôle d'impression
d’être enfin
dans l’hémisphère Sud. Les
îles du Pacifique
sont vraiment dans notre étrave maintenant. Mais la route
est
encore longue avant les Marquises.
Mercredi 6
février. Nous
pêchons un thon rouge en traversant l’archipel des
Galapagos. Cet archipel dépend de la République
de
l’Equateur et leur politique est de tout mettre en
œuvre
pour que les voiliers ne s’arrêtent plus chez eux.
Ils
multiplient les taxes et les tracasseries diverses et
variées :
comme l'obligation de fumigation du bateau ou 200$ US par jour et par
personne pour sortir des deux ou trois ports afin de visiter les
parcs naturels etc. Vu les bonnes conditions de vent nous
décidons de ne
pas nous arrêter et de continuer vers les Marquises.
Nous longeons la côte sud de Santa Cruz. Le paysage est
très
minéral (triste après la forêt
tropicale humide de
Panama) et ne nous tente pas. Dans Academia Bay où nous
aurions
pu nous arrêter, il n'y a aucun bateau de voyage, on ne
voit que des gros
bateaux charter pour touristes ... Manifestement l'Equateur
semble réussir à dégoûter
les voyageurs de
s'arrêter aux Galapagos. Aucun regret ! Notre prochain
arrêt sera Atuona sur l'île d'Hiva Hoa
où reposent
Gauguin et Brel. Nous avons déjà parcouru 1100
milles et
il en reste exactement 2746 sur la route directe.
Autrement l'air et l'eau sont un peu frais (courant froid du
Humbolt) : 25°C !
Jeudi 7
février. Une grosse baleine vient jouer avec
Pro’s Per Aim et les nerfs du Cap’tain !
Dimanche 10
février - 2°59’S –
99°58'W - 14H55 TU - 12ème jour de la
traversée
1492 milles de faits et 2360 qui restent sur la route directe. Nous
avançons doucement sur une mer globalement très
belle.
C'est
normal avec du F3 F4 de SSE. Ce beau temps nous a permis de voir
plusieurs fois des baleines dont deux très grosses. La
première a joué avec nous comme un dauphin
pendant une
bonne heure. Elle soufflait, plongeait, passait sous le bateau et
ressortait de l'autre côté ; et le sondeur
indiquait 17,
15, 7 et même une fois ... 2.5m ! Pas farouche la bestiole !
Mais
comme elle faisait la longueur de Pro's Per Aim de l'évent
à l'aileron dorsal, soit sans doute une vingtaine de
mètres en tout, le Capitaine a fini par trouver le temps
long et
a
été obligé de lui demander - fort
civilement au
demeurant - d'aller jouer un peu plus loin !

Mercredi 13
février.
Nous croisons le cargo ARCADIA. Nous étions en plein
nettoyage
de la jupe, à l’arrière. Une seiche
était
venue mourir dans le compartiment ouvert qui contient le radeau de
survie. L’odeur nous avait alerté ! Bref, nous
étions dehors, il faisait jour et le radar était
donc
éteint. Contents de notre petit ménage, nous
sommes
remontés dans le cockpit et Guy se mit à crier:
«
Fais attention ! » Pourtant tout était calme
…
Un énorme cargo venait d'apparaître 100m
devant notre étrave. Guy avait
déjà repris la
barre pour passer largement derrière lui.
C’est le premier bateau que nous croisons depuis le
départ. Nous avions fini par penser que nous
étions seuls
au milieu du plus grand océan de la planète. Les
marins
étaient tous sur le pont et nous ont fait de grands gestes
pour
nous saluer. Nous les avons appelés à la radio.
Le
Capitaine nous a dit qu’il s’était
dérouté pour nous dire « Hello
» et
s’assurer que tout allait bien pour nous. Comme il se doit,
il a
noté le nom du bateau et notre direction dans son journal de
bord. Ils étaient en route pour l’Argentine via le
Cap
Horn.
Samedi 16
février 2008 -
6°12’S – 113°18’W - 15h45
TU - 18ème
jour de la traversée
2326 milles de parcourus (pratiquement sur la route directe en
traversant les Galapagos) et encore 1546 milles à faire.
Dans
une douzaine de jours nous devrions toucher les Marquises.
Globalement nous avons du petit temps ; le gréement souffre
beaucoup (voiles qui battent dans le roulis rythmique causé
par
la très grande houle du Pacifique). Mais pas de
problème,
nous remettrons tout d’aplomb à Tahiti.
Côté frais, il nous reste encore quelques carottes
et 9
œufs … Bientôt ce ne sera plus que des
boîtes
! La pêche est mauvaise et c’est dommage.
Par contre toujours de grosses baleines. Actuellement il y en a une
grosse (beaucoup trop à notre goût) qui joue
depuis 3/4
d'heure avec Pro's Per Aim et ... nos nerfs !
Mardi 19
février 2008 - 7°14'S - 119°25'W - 15h50 TU
- 21ème jour de la traversée
Les fuseaux horaires passent et maintenant nous avons 9 heures de
décalage avec la France. Dans 8/9 jours quand nous serons
arrivés, nous aurons 11 heures ! ...
Nous avançons bien et ce sans avaries. Le
matériel
souffre beaucoup sur de si longues traversées. C'est
à
peine croyable. Tous les jours il y a quelque chose à
entretenir, réparer ou changer. Par exemple, hier, j'ai
refait
toutes les
toilettes des abattants à la pompe : changement de la
visserie,
des joints, des clapets etc...
Cela fera 3 semaines demain matin que nous avons appareillé
et
le temps passe vite avec beaucoup de lecture et de nombreuses
pensées vers ceux que nous aimons et qui sont pratiquement
sous
nos pieds maintenant !
Côté météo et mer, nous
avons surtout du
petit temps de secteur Est avec une forte, voire (comme en ce moment)
très forte, houle de Sud-Est. Le résultat est un
roulis
tout à fait inconfortable qui rend les tâches les
plus
simples très compliquées dans la mesure
où le
bateau n'est pas assez appuyé. De plus la vitesse reste
modeste.
Route au 251° magnétique c'est
à dire au 261° géographique
(déclinaison de 10°Est)
Vitesse 5.5 noeuds.
Belle matinée ensoleillée avec vent F4
ESE
Mardi 26
février 2008 - 9°22'S - 135°26'W - 18h02TU -
28ème jour de la traversée
3658 milles sont déjà dans notre sillage depuis
Panama.
Il nous reste environ 215 milles à faire et nous devrions
arriver demain soir à Hiva Oa. Mais petit
problème ...
Nous ne trouvons pas très prudent de faire un atterrissage
de
nuit dans un coin que nous ne connaissons pas. Nous le savons
mal
protégé, étroit et probablement
encombré de
bateaux à l'ancre non éclairés ...
Donc, il est
probable que nous décidions d'arrêter Pro's Per
Aim (ou
bien le ralentir) dans la journée de demain de
façon
à attendre le jour pour mouiller. Nous ne sommes plus
à
une nuit en mer de plus.
Hier après-midi nous avons assisté
à un
spectacle INCROYABLE. Des dizaines et des dizaines de dauphins sont
venus depuis tous les côtés. Ils ont
sauté,
nagé autour de nous, joué à couper
notre route au
ras de l’étrave pendant très longtemps.
Il y en
avait même de tout petits (30cm) qui suivaient leur
mère.
Des dizaines (centaines ?) d'oiseaux les accompagnaient et menaient
grand tapage. Ils tournoyaient, plongeaient. Nous pensons que les
dauphins avaient encerclé un banc de poissons et que
c'était le casse-croûte pour tout ce joli monde.
Mais
comment les oiseaux ont-ils été
prévenus ?
D'où venaient-ils ?
Jeudi 28 février 2008
- Après
700 heures sans toucher terre, nous mouillons cul et tête
dans la
Baie des Traîtres, le petit port d’Atuona, sur Hiva
Oa dans
le groupe Sud des Marquises. Nous sommes fatigués mais
contents
de voir la terre … Seuls trois bateaux sont
déjà
mouillés.
Marc et Jacky nous aident pour les manœuvres.
Une fois les ancres bien accrochées, Jane et Marc de
«
RATAFIA », nous apportent des citrons et
…
FORMIDABLE … une baguette encore chaude !