
Les Tuamotu
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Entre Les Marquises au Nord et Tahiti au Sud, l'archipel des
Tuamotu est immense. Il couvre 160 000 km² et
s'étire du SE vers le NW sur un millier de milles, sur
presque
2000 km !
Mais c'est quoi les Tuamotu, cette barrière que
les anciens
surnommaient "îles infortunées", Bougainville
"l'archipel
dangereux", et qu'ils évitaient prudemment ?
En fait c'est presque 80 atolls coralliens n'émergeant que
de
quelques mètres au-dessus de l'océan. Peu
visibles,
encombrés de haut-fonds, mal ou pas du tout
cartographiés, les Tuamotu sont le siège de ...
mirages !
Oui oui, nous les avons vu ces
motu (îles en polynésien) bien au-dessus de la
mer,
flottant dans le ciel !
Bon tout le monde l'a compris, il faut mieux ouvrir les yeux
pendant les navigations et, comme nous le
découvrirons
à nos dépends, également au mouillage !
Le 12 mai, après une traversée de 4 jours somme
toute assez "agitée", nous embouquons la passe centrale de l'atoll
désert de Tahanea.

Pendant presque deux semaines, nous allons vivre seuls avec la faune
incroyable
de cet atoll à peine émergé, dont quelques
petites raies mantas et ... les requins
pointes-noires venant régulièrement tourner
autour de nous !
Il n'y a presque pas de terre végétale sur ces
motu.
Uniquement du sable et du corail mort. Les cocos sont pratiquement les
seuls arbres qui arrivent à pousser sur cette terre aride et
stérile. La noix de coco
étant le seul fruit comestible qui pousse ici nous
décidons d'en ramasser ... mais nous manquons encore de
technique pour les ouvrir !
Gorgés de solitude et de nature pratiquement vierge, le 24
mai,
par petit temps, nous appareillons à l'aube pour
l'atoll
de Fakarava à 50 milles dans notre NW.
Fakarava est le deuxième atoll des Tuamotu de par
sa taille (32
milles de long et 15 milles de large) et deux passes permettent d'y
pénétrer.
En milieu d'après-midi, avec une lumière
correcte, nous
embouquons la passe Sud, le courant est entrant et crée des
marmites. A 1000 tours nous sommes à 8 nœuds ! Bon
ça ne fait « que » 5 nœuds de
courant. Dans le
Golfe du Morbihan on a connu « pire » ! Droit
devant nous
la passe est barrée par un récif. Droite ou
gauche ? A
droite c’est plus court pour le mouillage mais moins profond
(2m). On décide de faire le grand tour, de prendre par la
gauche. L’eau est transparente et sous Pro’s Per
Aim le
corail passe à toute allure …
La passe Sud de Fakarava est réputée pour ses
plongées dérivantes. Nous ne résistons
pas au
plaisir de sortir de l’atoll en annexe à
l’étale de marée basse, de plonger
attachés
à elle et de laisser le flot nous ramener (de plus en plus
vite)
au bateau. Plusieurs milles en moins d’une heure ! Le corail
et
les bancs de poissons colorés défilent autour de
nous.
Ils sont immobiles eux ! Les requins sont là par
dizaines (des
pointes noires et des gris) et nous regardent passer avec
indifférence. Un grand moment de bonheur cette
plongée.
Nous allons mettre plusieurs jours pour traverser l’atoll et
gagner le village de Rotoava près de la passe Nord, nous
arrêtant devant, derrière, des motus
déserts.
Là, comme presque partout ailleurs, le coprah
n’est plus
récolté et les noix de coco jonchent le sol,
pourrissant
…
Rotoava est un « gros » village de 150 habitants
où
Internet a été installé à
la poste il y a
quelques semaines. Nous allons pouvoir lire nos mails !
Le temps devient mauvais. Avec le fetch de cet immense lagon (le
deuxième des Tuamotu après Rangiroa), nous
risquons
d'être malmenés. Pire que ce que nous avons subis
à
Tahanea !
La météo parle d'une houle de 6 m et de vents de
40
à 50 noeuds dans les jours à venir sur les
îles de
la Société ... Les Tuamotu étant
atteints plus
tard, nous décidons de partir rapidement vers l'atoll de
Toau et
plus précisement vers l'anse Amyot, une passe borgne
présentant un excellent abri.
Fakarava possède une passe au Nord. Elle est grande et nous
décidons de l'emprunter. Avec 1km de large, elle ne doit pas
présenter de problèmes. C'est avec plus de 2
heures de
retard par rapport à la marée que nous partons et
ce sans
en avoir parlé avec les locaux qui connaissent bien les
particularités de chaque passe. Mal nous en a pris ! Le
mascaret
avec ses déferlantes nous a rattrapé et nous a donné
une sévère punition ! Nous mettrons
deux jours à remettre Pro's Per Aim en état !
Arrivés à l’anse Amyot, Gaston vient
nous aider
à prendre un des 9 coffres qu’il a
posés dans
« sa
baie » pour accueillir les voiliers de passage.
Avec Valentine et leur famille, ce sont les seuls habitants du motu.
Ils vivent en quasi autarcie, élevant des porcs et des
poules,
installant des pièges à poissons,
pêchant, et
exploitant sur un autre motu au milieu de l’atoll une petite
ferme perlière.
Pendant 15 jours nous allons partager leur vie, apprendre les premiers
rudiments de l’exploitation
perlière, et partager de nombreux repas avec nos
nouveaux amis. Beaucoup de chaleur humaine à
l’anse Amyot.
Le temps continue à être mauvais et le 17 juin une
fenêtre météo nous permet
d’appareiller vers
les îles de la Société.
Après 50 heures et
290 milles d’une mer forte avec une houle de 3 à 4
mètres de travers, nous touchons Huahine dans le groupe des
îles sous le vent.