La passe Nord de l'atoll de Fakarava


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La passe Nord de Fakarava est large, pas loin d’un kilomètre entre les deux bords mais quand nous arrivons, elle semble barrée sur une bonne partie par des déferlantes.
On appelle ça un mascaret. C’est une brusque remontée des eaux, qui se produit dans certains estuaires ou passes d’atoll au moment du flux et qui progresse rapidement sous la forme d’une vague déferlante.

Nous examinons la situation et sur la gauche l’eau paraît plus calme. L’eau n’y déferle pas et nous nous y engageons. La grand-voile est haute et le vent nous pousse bien. Par sécurité, le moteur est en route. On ne sait jamais !

A partir de là tout s’enchaîne très vite. Sans avoir le temps de comprendre pourquoi, nous nous retrouvons devant l’abominable mascaret que nous voulions à tout prix éviter. Pas question de faire demi-tour, le courant nous emporte à 11 nœuds et nous ne pourrions pas le remonter. Les déferlantes nous chargeraient par l’arrière et nous perdrions le bateau ! En plus, même si nous avions assez de puissance pour remonter 11 nœuds de courant, le temps de faire le demi-tour nous nous retrouverions en travers de la lame, un coup à être couché et à démâter !
Nous serions alors emportés sur le récif ou même coulés avant d’y être jetés.

Alors, sans hésiter une seconde, on pousse le moteur à fond et on attaque les déferlantes bien en face. La première submerge l’avant jusqu’au mât, immédiatement suivie par une deuxième qui, cette fois, arrive jusqu’au cockpit.
Le capot de la descente n’est pas fermé, nous étions trop confiants ! Des dizaines et des dizaines de litres d’eau se déversent dans le carré. En s’accrochant pour ne pas passer par-dessus bord, Isabelle réussi à le fermer avant la troisième vague. 
C’est là que nous voyons que le capot de la cabine arrière, celui qui donne sur le cockpit, est ouvert. Nous ne le fermons jamais. En deux ans et demi de navigation et 18000 milles, nous n’avons jamais embarqué d’eau à l’arrière. Impossible d’aller le fermer, ce serait trop dangereux.

Les déferlantes se succèdent, explosant sur le pont avec violence. Le bruit est assourdissant. Pro’s Per Aim se soulève, se cabre et retombe de plusieurs mètres dans un fracas de fin du monde. Il faut garder Pro’s Per Aim en ligne. Le moindre écart et c’en est fini de notre voyage.
Il faut rester face aux déferlantes et passer ce mascaret le plus vite possible. Un navire, aussi solide soit-il, ne peut pas résister longtemps à de tels chocs.

Le moteur s’emballe après chaque vague quand l’hélice tourne à vide, tout l’arrière du bateau étant hors de l’eau !

Nous avons l’impression que ces moments durent une éternité. Dans quel état allons-nous sortir de là ? L’eau continue à rentrer par le capot dans la cabine arrière. A chaque déferlante, Pro’s Per Aim fait le sous-marin.

Et, enfin, nous passons la dernière déferlante. La mer se calme autour de nous. Nous sommes de l’autre côté.

Il nous reste à évaluer les dégâts.
Des dizaines de litres d’eau salée sont rentrés à l’intérieur à chaque vague, les matelas de la cabine arrière et les coussins du carré sont trempés. Il faudra dessaler tout ça pour que ça puisse sécher.
La force de l’eau a arraché les boîtes à dorade, les coutures de la capote ont lâché. Nous avons aussi perdu les bidons d’eau douce et d’autres bricoles qui n’étaient pas attachées.

A la réflexion nous nous demandons pourquoi nous nous sommes retrouvés dans le mascaret alors que nous avions pris à gauche pour l’éviter. Soit le courant, trop violent, nous a dépalé, soit le mascaret s’est étendu à toute vitesse sur la gauche refermant la passe au moment où nous y étions. C’est ce que nous pensons, c'est l'impression que nous avons eu.

On peut dire que nous nous en tirons bien. Le voyage aurait pu s’arrêter là. Nous n’aurions pas été les seuls à finir dans la passe nord de Fakarava, mais ce n’aurait pas été une consolation ! Que cela nous serve de leçon ! La mer ne pardonne pas la légèreté. Aucune navigation ne doit être considérée comme facile.

Nous mettrons deux jours à panser les plaies de notre « Pro’s Per ».


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