Jeudi 12
janvier 2006 -
Ce n'est que le jeudi 12
janvier que
nous
partons (enfin) des Sables d'Olonne. Le dimanche
précédent c'était un
départ
infructueux : le pilote
automatique avait décidé de ne plus fonctionner
et au bout de 48 heures de mer nous étions de retour
à la
case départ !
Après les visites
de nos parents et enfants venus nous dire au revoir, nous
partons
pour la Grèce. L'émotion
est là, forte !
Ces dernières visites
nous font chaud au coeur. Nous sommes tendus vers ce que
nous allons vivre, découvrir. Tension
mêlée de
joie, d'anticipation, mais aussi d'un peu d'appréhension en
ce
qui concerne l'inconnu qui nous attend ...
Nous sommes seuls maintenant. Nous ne pouvons compter que sur nous, en
mer bien sûr, mais aussi aux escales ...
Malgré un
bon force 8 Beaufort pendant une dizaine d'heures,
la traversée
du
Golfe de Gascogne se passe bien.
Cependant,
une panne
du groupe d'eau sous
pression nous pousse à
faire une escale pour réparer avant la descente de la
péninsule ibérique.
Dans la nuit du
15 au 16 janvier, nous arrivons à La
Corogne en Galice. Notre idée
était d'avancer le plus possible vers notre
destination finale, c'est à dire la Crète. Mais
quelques
avaries de "jeunesse" de Pro's Per Aim en décident
autrement et dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16, nous entrons
dans le port de
la Corogne.
Etre si près du fameux Cap
Finisterre et ne pas aller le voir
côté terre est inimaginable ! Tout
comme ne pas
aller à Saint
Jacques de Compostelle !
La vieille ville de Saint Jacques de Compostelle ne ressemble pas du
tout à un musée comme le Mont Saint Michel par
exemple.
Elle est très animée avec même une
partie de
l'Université à l'intérieur des
remparts ! C'est
une ville vivante, avec des bureaux, de la jeunesse, des commerces.
Normale en quelque sorte !
Que dire d'autre sur cette escale : beaucoup de gentillesse, des
paysages superbes et des rencontres
sympathiques comme celle de l'équipage de Pytheas III une
magnifique
goélette en bois en route vers le Brésil.
Tapas, poulpes, calamars,
visite de la Galice, pose d'un
enrouleur de
trinquette, peaufinage
de la préparation de Pro's
Per
Aim pour
la suite du voyage, copains ... remplissent tellement cette
escale
d'une quinzaine de jours que c'est, tout étonnés,
que
nous disons "déjà" quand nous
appareillons le
dimanche
29 janvier en compagnie d'Alain, Rodolphe et Carbone (le chien) sur
leur catamaran YinYang !
Nous nous photographions mutuellement.
En route
vers
le sud nous nous arrêtons à Peniche
au nord de Lisbonne. Amarrés au pied de la citadelle, au
fond du
port de pêche, nous allons passer trois jours dans ce havre
portugais et plonger
sous le bateau avant de repartir.
La traversée
vers Gibraltar et le passage du détroit sont
pénibles. Fatigués après trois jours
pratiquement sans sommeil, nous nous arrêtons au
pied du fameux rocher pour nous reposer et surtout pour attendre que le
vent d'est, le Levante, se calme.
Mercredi 8
Février 2006
- Les amarres sont
larguées. Le temps est superbe, cap
sur la Crète et nous déjeunons
au soleil dans le
cockpit accompagnés par un
groupe de baleines pilotes.
Malheureusement, le lendemain, à la sortie de la mer
d'Alboran,
le
dessalinisateur nous lâche. Découragés
par
ces soucis
techniques
depuis notre
départ, nous sommes contraints de faire
route vers la France pour réparer sous garantie. Il y a un
agent
Alubat à St Raphaël et nous mettons le cap vers la côte
d'azur
que nous atteindrons le 15 février.
L'escale forcée à St Raphaël nous laisse
un mauvais
souvenir. Nous nous sommes faits cisailler
et voler
en pleine nuit notre moteur hors-bord sans pouvoir rattraper les deux
voleurs aux godasses pleines de boue. La côte est
défigurée par des constructions vides
d'habitants. Le
port est sale et houleux (nous avons cassé un amortisseur
d'aussière !). L'accueil à la capitainerie laisse
à désirer (par exemple, ils ont refusé
de nous
donner à la radio le numéro des taxis, en
exigeant
que nous nous déplacions !),
et le comble :
quand nous nous sommes faits dévaliser à 2h
du matin,
ils n'ont pas répondu à nos appels radio
!
Manifestement, le marin voyageur n'est pas le
bienvenu dans
cette partie de la Côte d'Azur.
Par contre, l'accueil de l'agent Alubat (Boat Marine Services) a
été parfait de courtoisie.
Pour conclure : cet été, nous
remonterons
probablement en
Bretagne au lieu de le passer sur les côtes
provençales
comme prévu ...
Samedi 25
février -
Les
ouvriers quittent notre bord vers midi. Théoriquement, ils ont
réparé ce qui avait cassé et nous
larguons les
amarres en direction du sud sans même prendre le temps de manger.
Nous partons d’abord et ensuite, en mer, nous préparerons notre déjeuner. Cette
escale forcée nous laisse beaucoup de mauvais souvenirs !
Mer belle et vent modeste, mais nous marchons bien et le lendemain,
nous
sommes au large de la Corse. Côté
météo,
c’est un beau marais barométrique avec une
dépression secondaire sur Gibraltar se
déplaçant
rapidement vers l’est. Comme elle n’est pas creuse,
je
compte sur elle pour nous donner du bon vent, au moins
jusqu’à Malte.
Lundi, nous avons le front occlus sur nous et les cartes
météos me semblent bonnes. De plus, Marcel (le
père d’Isabelle) nous envoie deux textos
confirmant mes
analyses météos et donnant un vent bien
placé et
maniable.
Donc, nous descendons la Sardaigne, prêts pour tourner
à
gauche en direction de la Sicile puis de Malte quand Isabelle
–
intuition féminine – écoute en VHF sur
le canal 16, puis
le 68, radio Cagliari en italien. Et là, ils annoncent et
répètent sans arrêt qu'un coup de vent
(force 8) est imminent sur le canal de Sardaigne (entre Sardaigne,
Tunisie et Sicile) bref sur notre zone !
Ayant « testé » aux Baléares
le
côté « nerveux » de la
Méditerranée quand le vent se lève, je
ne souhaite
pas renouveler l’expérience, donc le cap
est mis sur
Cagliari que je compte gagner avant le « baston »
en me
disant qu’il est tout aussi malin de se reposer 24 heures
là-bas que de se faire secouer pour des prunes. Seulement,
c’est sans compter que le vent est un petit blagueur qui
déborde d’affection et qui veut absolument nous
faire un
gros bisou avant que nous ne soyons hors de portée de ses
câlins ...
C'est au petit jour le mardi matin, quand nous remontons le golfe de
Cagliari, qu'Eole nous rattrape ...
Rafales à plus de 37 nœuds (70 km/h) en plein dans
le nez. Donc
moteur à fond pour n’avancer parfois
qu’à
moins de 2 nœuds ! Farceuse la
Méditerranée !
C'est vers midi que nous arrivons au port de Cagliari où une
vedette avec
deux Italiens vient spontanément nous chercher et nous
guider
vers une place. En plus de la vedette, deux autres personnes du port et
un italien d’un autre bateau viennent nous aider
à prendre les amarres et à accoster. La
manœuvre
cul à quai avec 27 nœuds de
vent libère un bon
paquet d’adrénaline !
Ici, en Sardaigne, le port est vivant avec pratiquement que des
voiliers dont beaucoup sont habités (anglais,
américains,
hollandais, italiens etc.) Les gens du port sont très
sympathiques et tout traîne partout (moteurs, annexes,
accastillage etc.) sans que personne ne vole quoi que ce soit !
Nous sommes bien loin des pilleurs de la Côte
d'Azur et c'est bon de se retrouver en pays civilisé !
Cagliari est une ville pleine d'histoire et
particulièrement vivante dès que le soleil se
couche.
Dans le sud de la Sardaigne, c'est déjà le
printemps, le temps est beau, doux et
ensoleillé et nous ne sommes pas plus pressés que
ça de repartir. Dans quelques jours, après avoir
découvert un peu plus cette région, nous
penserons à
hisser à nouveau nos voiles ...
Mercredi 15 mars 2006 -
Nous
appareillons pour une traversée
de 6 jours
qui nous fera passer par le détroit de Messine et
accoster à
Lakka au nord de l'île de Paxos en mer Ionienne.
En
dehors de la foule et avant les trop grosses chaleurs, c'est vraiment
un plaisir de traîner dans des villages authentiques et des
mouillages déserts. Une nuit, à Poliagos dans une
crique
retirée et loin de tout, c'est un pêcheur qui est
venu
mouiller à côté de nous !
La légende veut que ce soit Poséidon
qui créa
Paxos pour l'offrir à sa maîtresse ! Mais
Plutarque dans
ses
"oeuvres morales" nous dit qu'une voix sortie de l'eau au large de
Paxos ordonna au capitaine égyptien Thamus, en route vers
l'Italie,
d'annoncer que le Grand Pan était mort. Par deux fois, il
n'obéit pas, mais à la troisième
injonction il
obtempéra. Alors, une immense lamentation s'éleva
de la
mer.
Aujourd'hui, Paxos
nous offre le visage d'une petite île calme et verdoyante
où l'olivier est omniprésent.
Vendredi 24 mars 2006
- De bon
matin, nous
rangeons les vélos, relevons l'ancre et, après
avoir lavé
le pont,
le cap est mis au Sud.
Une jolie brise nous pousse plein vent arrière. Les voiles
en
ciseaux, le génois tangonné, Pro's Per Aim file
ses 7 noeuds bien à plat sur l'eau.
En début d'après-midi, nous arrivons au
nord
de
l'île de Lefkas, parés à
embouquer le chenal
qui traverse ses marais pour gagner la ville du même nom.
La ville de Lefka a été détruite par
le
tremblement de terre de 1953. Reconstruite sans schéma
d'urbanisme, c'est un véritable fouillis
de
ruelles étroites
rendant impossible toute circulation et dégageant un charme
fou.
Pouvoir se promener en ville sans être assourdis par le bruit
de
la circulation ni asphyxiés par les fumées des
pots
d'échappement est un luxe inouï que les habitants
de Lefkas
savourent tous les jours !
Même la marina flambant neuve ne peut retirer au port
toute son authenticité avec ses vieilles barques
colorées
et son activité de pêche très
artisanale.
Après quelques jours passés dans la
ville de Lefka,
nous
nous décidons à partir vers le
sud de
l'île pour un mouillage dans une crique
appelée "la baie
tranquille". Là, les villages de Nidri
et de Vlikho nous donnent le spectacle de dames cousant sur le pas de
leur porte et
de Popes faisant leurs courses ... Aucun touriste (à part
nous
bien sûr !) et un accueil partout très chaleureux.
Après Lefkas, l'île
de Meganisi nous offre de nombreux
mouillages discrets et déserts d'une beauté
saisissante
où nous ne rencontrons aucun autre bateau
! Les îles Ioniennes sont complètement
désertées par le tourisme au printemps. A visiter
à cette époque pour ceux qui acceptent
d'affronter une
mer capricieuse et un vent changeant pouvant devenir brutal !
Sur notre route vers le sud, vers la Crète, nous nous
arrêtons sur Ithaque, l'île
d'Ulysse, et Isabelle raconte dans son journal
:
"Vendredi
31 Mars 2006
-
Nous sommes arrivés hier après-midi à
Vathy,
capitale de l’île d’Ithaque,
après plusieurs
jours de mouillage tranquilles au sud de Lefkas puis dans les petites
criques de Meganisi.
Nous
sommes le seul voilier
mouillé au milieu du port, c’est à dire
au milieu
de la ville. La lumière est superbe, les maisons sur les
collines qui nous entourent sont colorées. Tout est neuf, la
ville a été reconstruite après le
tremblement de
terre de 1953.
Les
fortes rafales (25 noeuds
établis et pointe vue à 36 !) qui nous
ont bloqués
au bateau hier après-midi et hier soir
nous ont
donné envie de repartir rapidement vers le sud,
vers une
météo plus stable, et donc vers la
Crète. Nous
sommes juste allés faire quelques courses et consulter nos
mails
avant de repartir en mer le long d’Ithaque puis de
Céphalonie.
Les
versants montagneux de la
côte sont escarpés et recouverts
d’oliviers, de
cyprès et de maquis. De rares habitations de loin en loin
mettent une tache de couleur dans toute cette verdure."
Dimanche 2 avril 2006
- Ce matin, le soleil se lève comme nous doublons
l'île d'Antécythère.
Spectacle magnifique !
La Crète est devant nous avec ses sommets
enneigés. Dans
quelques heures nous serons à Khania (La Canée)
...
A notre arrivée, le dépaysement est
encore au
rendez-vous
et c'est la mosquée des Janissaires qui nous guide pour
entrer
dans le port.
Khania,
l'ancienne capitale de la Crète fourmille de vie. Entre
le marché couvert aux odeurs d'épice et de
poisson et les
vieilles rues aux parfums d'orient
où reste
présente l'architecture vénitienne,
il est
difficile de se croire toujours au sein de la communauté
européenne !
Autant les touristes étaient totalement absents des
îles
ioniennes, autant il en passe beaucoup trop à notre
goût
sur le quai devant notre
bateau.
Chassés de Khania par le bruit de la discothèque
qui a
ouvert deux jours après notre arrivée juste en
face de
notre bateau et par les vociférations nocturnes de sa
clientèle, nous appareillons pour Réthymnon et sa
fameuse
citadelle.
Rendus
célèbres par l'attaque du pirate Barberousse, la
ville et son vieux
port vénitien nous
séduisent dès
le premier instant.
C'est à partir de Réthymnon que nous
décidons de
rayonner pour explorer la Crète et découvrir des
sites
comme Knossos, le
monastère Arkadiou ou la vallée
d'Amari.
C'est à Knossos
que la légende place le labyrinthe construit par
Dédale
et où vivait le Minotaure tué par
Thésée. En fait Thésée
s'était fait
aider par Ariane pour réaliser son exploit, mais loin de lui
en
être reconnaissant, il l'abandonna dans une île des
Cyclades lors de son voyage de retour !
Malheureusement, malgré toute l'énergie
dépensée par le vaillant équipage de
Pro's Per Aim
pour assurer un reportage
aussi complet que possible, aucune photo ni du Minotaure, ni de
Thésée n'ont pu être prises ! Par
contre une carte
a
été préparée !
Lundi 24 avril 2006
-
Nous
sommes dans les Cyclades depuis quelques jours. Le temps d'essuyer
encore une fois un coup de Sirocco qui nous bloque pendant 24 heures
sur Pro's Per Aim et qui le recouvre de cette poussière
rouge
venue tout droit du désert lybien.
Hier Hélène
et Metig sont arrivées à
l'aéroport de
Milos et nous découvrons ensemble cette île.
Le bleu
et le blanc
s'unissent pour renforcer ombres et lumières et donnent un
charme fou aux ruelles
des villages : Adamas, Plaka, Tripiti, Appolonia ... nous
nous
laissons porter par l'atmosphère paisible de ces lieux aux multiples
églises.
Vendredi
5 mai 2006 -
Hélène, Metig et Yann, arrivé
seulement la semaine
dernière, vont repartir pour Athène
demain. Le vent
est bien placé, la route est longue pour rentrer en
Bretagne.
C'est décidé, nous appareillerons
après leur
départ en direction de Gibraltar en disant au revoir aux Cyclades
et à
Milos
en particulier !
Le mois de mai s'avance
et si
nous voulons être en Bretagne début juillet il
faut
maintenant songer à quitter la mer Egée et
entamer la
traversée du retour.
Mer Egée, mer Ionienne, canal de Sicile, canal de Sardaigne,
Méditerranée occidentale, mer d'Alboran,
détroit
de Gibraltar et enfin, après 16
jours de mer
sans escale, l'Atlantique et le Golfe
de Cadix
où nous nous arrêtons à Barbate.
Quelques jours plus tard, une dépression nous aide
à
remonter en
5 jours la péninsule ibérique jusqu'à Portosin
en
Galice, avant la traversée du Golfe de Gascogne
en 3,5 jours
jusqu'aux
Sables d'Olonne où nous arrivons le dimanche 11 juin.
Dès le lendemain, les
équipes d'Alubat, de
Masson et de Gwen Marine sont à bord et
réparent
sous garantie les avaries de jeunesse de
Pro's Per Aim.
En 48 heures, tout est réglé. Un
grand
coup de chapeau au Service Après Vente d'Alubat !