
Les Iles de la
Société (2)
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Mi-octobre,
avant de prendre l'avion pour Paris, nous décidons de
mettre Pro's Per Aim au sec dans la zone de carénage de la
marina de Taravao : www.tahitinauticcenter.pf et de
refaire l'anti-fouling.
C'est
Yvan qui veille au bon déroulement de la manoeuvre
de mise sur ber. Ici, pas de travel-lift, il s'agit de venir
poser son
voilier tout doucement sur une remorque immergée sur un plan
incliné. Ensuite Yvan cale et attache le voilier et il
suffit de
tirer la remorque avec un tracteur ! Simple, efficace, mais ...
impressionnant !
Les 5 semaines que nous passons en France défilent
à
toute allure et c'est triste de quitter à nouveau nos amis
et
notre famille. Arrivés sur Pro's Per Aim à une
heure du
matin après 28 heures de transport, Yvan nous remet
à
l'eau à ... 9 heures ! Pas le temps de souffler beaucoup et
tout
s'enchaîne : quelques courses, la bise aux amis et nous
quittons
Taravao vers le nord, vers Papeete, pour prendre un coffre flambant
neuf devant la marina de Taïna.
Taïna est au Sud de Papeete et proche d'un
supermarché
où nous pourrons faire notre approvisionnement complet.
C'est à dire stocker 6 mois de vivres, comme nous l'avions
fait
à Panama l'an passé. Nous ne sommes pas
décidés sur notre programme des prochains mois et
dans le
cas d'une remontée vers les Tuamotu puis les Marquises,
nous
n'aurons pas l'occasion de trouver un grand supermarché
avant
très longtemps. Donc, comme nous avons de la place
à
bord, autant prévoir !
Autre intérêt de
Taïna, c’est la
proximité de Papeete. En ½ heure de truck, on est
en
centre ville et de là une longue marche sous le soleil de
plomb
permet de rejoindre Motu Uta où sont les douanes et
…
notre acte de francisation que nous avions du déposer avant
de
rentrer en France. Malheureusement pour nous, les douanes sont en
grève illimitées (contestation de la diminution
de leurs
privilèges comme salaires et retraites double de ceux de
métropole etc.).
Il va nous falloir attendre que la grève se termine pour
récupérer nos papiers et le lendemain de leur
reprise du
travail, nous serons accostés par 3 douaniers qui
visiteront le bateau (planchers soulevés,
vérification
des fusées etc.). C’est vrai que pour justifier de
tels
salaires et de telles primes dans l’environnement enchanteur
de
la Polynésie, il faut faire preuve d’un
zèle
irréprochable !
Une
des caractéristiques de Taïna est la
saleté de son
mouillage, de son lagon. En quelques jours la coque de Pro’s
Per
Aim est toute sale et le jeudi 27 novembre nous appareillons vers
Moorea, vers le mouillage paradisiaque et
désert de Vaiare.
Imaginez un lagon de plusieurs milles de long, avec une eau si
cristalline qu’on peut ne pas la voir, des poissons
multicolores,
du corail vivant, et … personne ! Nous sommes le seul bateau
!
Moorea, « l’île cœur
» nous avait
beaucoup plu en septembre et Jean-Louis qui habite ici nous
emmène dans sa voiture découvrir les merveilleux
paysages
de sa chère île. Il est triste car les
hôtels sont vides. Actuellement la
fréquentation est seulement de … 2%.
Il explique cette fuite des touristes par les prix qui sont parmi les
plus élevés de la planète et par les
services qui
laissent vraiment à désirer. La
clientèle pouvant
s’offrir des vacances ici est exigeante et boude la
Polynésie Française au profit des Fidji et de
Vuanatu.
Noël approche et nous décidons d'appareiller pour
Huahine que nous touchons le 23 décembre.
Le mouillage devant Fare, le gros village de l'île, est
presque
désert. Sur le banc de sable entre les deux passes, il n'y a
que
nous et notre ami Georges avec son VIA 38. Nous
réveillonnerons
ensemble et dormirons avec des ... boules quies... Pendant toute la
nuit, le bruit a été infernal. C'était
la
fête !
Le 25, nous décidons de nous éloigner d'un mille
et demi
pour tenter de trouver du calme et nous mouillons sur un banc de sable
plus au Sud. Malgré les 3 km qui nous séparent de
Fare,
les fréquences basses des boîtes à
rythme nous
arrivent quand même. On est sourd à quel
âge dans
ces îles ? En fait ce vacarme durera jusqu'au week-end du 4
janvier !
Pour nous, les jours s'écoulent paisiblement et nous nous
partageons entre la lecture, la plongée,
un peu de musique et beaucoup de rêves en
commençant
à préparer la suite de notre voyage vers l'Ouest.
Dans
moins de trois mois nous serons partis pour notre traversée
de
la seconde moitié de l'Océan Pacifique. Plusieurs
options
s'offrent à nous et c'est, penchés sur les
guides, que
nous les explorons.
Et puis, le soir, c'est l'enchantement
du soleil qui se couche.
Aucun coucher de soleil ne se ressemble. Le ciel s'embrase, passe du
bleu au rose, du gris au mauve, du jaune à l'orange et au
rouge.
Ca ne dure que dix minutes par jour, mais quelles minutes !

Nous aimons beaucoup Huahine. C'est la troisième fois que
nous y venons. L'île est pleine de
charme
et à cette époque de l'année, il n'y a
que
très peu de bateaux. Néanmoins, le 14 janvier,
nous levons
l'ancre pour Raiatea, pour l'île sacrée des
anciens polynésiens.
Les récits historiques racontent que c'est de Raiatea que
partirent les pirogues doubles pour coloniser une grande partie du
Pacifique Sud jusqu'à la Nouvelle-Zélande. Une
grande
émotion nous avait saisis il y a quelques mois quand nous
étions venus en juillet sur le site même
d'où
partaient ces hardis marins. Ce sont les grands
marae de Taputapuata et nous décidons de les
revoir.
Aujourd'hui l'usage de la pirogue
est toujours très répandu, mais elles sont pour
la
plupart en plastique ! Des courses se font entre les îles et
la
vingtaine de milles entre Huahine et Raiatea est parcourue en
simplement 3 heures !
Raiatea partage le même lagon avec l'île beaucoup
plus
sauvage de Tahaa. En août dernier nous n'avions pas
exploré tout le nord de Tahaa et les nombreux mouillages
offerts
par les motus parsemant sa barrière de corail. Nous
décidons de passer quelques semaines à
flâner dans
les
eaux bleues et translucides
de ces motus parfaitement
déserts. En fait nous allons passer tout le mois de
février à Tahaa, principalement dans la baie
d'Apu, et
préparer la suite de notre voyage.
Cela fait un an déjà que nous avons
touché terre
en Polynésie et la loi de ce pays d'outre-mer ne nous
autorise
pas à rester plus longtemps, bien que français,
sauf si
nous acceptons de payer le racket local appelé
"papeetisation".
Il s'agit en fait de verser à la Polynésie dite
française une taxe sur le bateau et tout ce que nous
transportons d'un montant proche de la TVA que nous avions
réglée en France. Sur un bateau neuf, vous
imaginez
facilement qu'il n'en est pas question ! D'autant plus que le budget
d'ici est alimenté à hauteur de 80% par les
contribuables
de métropole, donc directement par nos propres
impôts sur
le revenu ...
Nous devons donc quitter ces îles paradisiaques
à l'économie inexistante mais à la
population si
agréable, et aller à Bora-Bora attendre un
créneau météo favorable et faire nos
formalités de sortie de territoire.
C’est un mélange de plaisir et de tristesse qui
nous
attend à Bora-Bora. L’île et son lagon
sont
désertés par les voiliers et les touristes. Les
hôtels qui n’ont pas encore
été fermés
sont complètement vides et l’île est
encore plus
sale, plus sinistre
qu’il y a 6 mois quand nous y étions venus pour la
première fois. Une atmosphère d’abandon
semble
s’en dégager.
Heureusement, nous trouvons un mouillage
superbe uniquement
accessible aux petits tirants d’eau et
préservé (le
dernier de l’île). La plage est déserte.
C’est
la plage privée d’un hôtel
fermé depuis
quelques mois et abandonné … Et puis il y a tous
les amis
: Yves et Véro sur Eliot qui viennent de passer 6 ans en
Patagonie, Ben et Robin, Martine et Richard les parents de Maui, et
bien d'autres !
Ici à Bora-Bora rien ne ressemble à la superbe
Polynésie que nous avons parcourue et aimée.
Bora-Bora
n'est pas du tout représentatif de la beauté du
reste de
la Polynésie, Bora-Bora a été
abimé,
saccagé, et un habitant nous a même dit "Bora-Bora
a perdu
son âme".
Quand on voit ça on mesure à quel point le
tourisme peut
être une véritable catastrophe environnementale.
Autrefois, les gens voyagaient, ils allaient à la
découverte de l'autre. Aujourd'hui ils font du tourisme, ils
consomment du soleil, de la plage, un semblant d'exotisme ...
Et
pour leur offrir ça, il faut des dizaines de jet skis, des
activités bruyantes et polluantes etc. Quelles images
peuvent-ils rapporter de la merveilleuse et envoûtante
Polynésie ?
C’est dommage de partir sur une aussi mauvaise impression,
mais
les lois de la géographie et de la
météorologie
sont ce qu’elles sont !
Dans quelques jours nous appareillerons vers l’Ouest, vers de
nouveaux paysages, de nouvelles rencontres. Une page de 13 mois
inoubliables se tourne.