Jour
après jour, Isabelle
rédige le journal de notre voyage. Adapté pour
la radio
depuis mai 2008, voici les textes ayant
été
diffusés.
Guy
et Isabelle à l’intérieur du VENEZUELA
du
8 au 21 août 2007
Mercredi
8 Août 2007
Deux semaines se
sont
déjà passées depuis notre
arrivée sur le
continent vénézuélien à
Puerto La Cruz.
En juillet nous
étions
restés dans les îles. Nous avions
commencé par
faire escale aux Testigos. Ne cherchez pas ce minuscule archipel sur la
mappemonde, il est trop petit pour être noté. Il
est
situé entre Grenade, la dernière île au
sud de
l’arc antillais, et Margarita, la plus grande et la plus
peuplée des îles
vénézuéliennes.
Quelques familles de pêcheurs y vivent loin de tout. Par
contre
les tortues connaissent bien le coin et elles y viennent pour pondre
sur les plages.
Aux Testigos
nous nous
étions regroupés en convoi de plusieurs voiliers.
La
réputation du Venezuela en matière
d’insécurité n’est plus
à faire. Il
suffit de lire les « conseils aux voyageurs » sur
le site
Internet de diplomatie.gouv.fr pour se demander s’il est bien
raisonnable de s’aventurer dans un pays où les
agressions
et les crimes sont légion. D’après les
habitués, on ne craint rien dans les îles
excepté
à Margarita. Ils passent tous les ans plusieurs mois au
Venezuela pendant la saison des cyclones. Ils ont l’habitude.
Ensuite ils retournent avec leur voilier aux Antilles et re-belote
l’année d’après. Pour limiter
les risques au
« Venez », comme ils disent, il suffit de prendre
quelques
précautions, comme ne pas voyager seul par exemple,
éviter le continent et ses villes, n’arborer aucun
bijou
de valeur et ne pas se promener avec un sac à dos.
C’est
pour ça
que nous voyageons de concert avec Daniel et Viviane qui sont
déjà venus dans la région
l’an dernier et
qui connaissent les bons plans.
Après
les Testigos,
nous avons fait un arrêt à Margarita,
l’île
incontournable pour les voiliers. Pour des prix défiants
toute
concurrence, on trouve de tout. C’est génial pour
refaire
l’avitaillement mais aussi pour acheter du tissu, des
outils et tout un tas de bricoles bien utiles sur un bateau.
Au
Venezuela, la vie est incroyablement bon marché pour un
européen et Margarita est une zone franche, c’est
donc
encore moins cher. Dans ce pays sud-américain,
l’opulence côtoie la misère. Les
puissants vivent
dans un luxe inouï et les autres survivent en multipliant les
petits boulots. Leur monnaie, le Bolivar, ne vaut rien
à
l’étranger et les
Vénézuéliens
n’ont pas le droit d’acheter des devises
étrangères. Pour les riches, c’est un
problème car l’euro et le dollar sont des bons
placements.
Un marché noir du change est donc organisé. Il
est deux
fois plus intéressant pour nous, les européens,
que le
change officiel. Pour eux c’est la seule
possibilité
d’obtenir des billets verts ou des euros. En ce moment,
l’inflation est galopante et la dévaluation du
Bolivar
suit. Nous, on récupère davantage de bolivars
pour 1 euro
mais on se demande combien de temps la situation va être
tenable
pour le peuple vénézuélien.
Après
l’escale
technique de Margarita, nous avons flâné dans les
îles quelques semaines et nous voici sur le continent dans
une
marina gardée par des vigiles en armes et
protégée
de la rue par des murs surmontés de fils barbelés
et
électrifiés. Dans la journée, nous
pouvons aller
dans le centre-ville à condition de se faire charger par un
taxi
à la porte de la marina. Pas question de sortir le soir. Sur
la
route on longe des immeubles de quelques étages aussi bien
protégés que la marina. C’est
inquiétant
tous ces murs, ces barbelés et ces fenêtres
grillagées même dans les étages !
Nous voulons
faire un
périple de deux semaines à
l’intérieur des
terres avec Daniel et Viviane, c’est pourquoi nous nous
adressons
à l’agence de voyage installée
à
l’intérieur de la marina.
Côté
sécurité il semblerait que les zones indiennes
où
nous projetons d’aller ne posent aucun problème.
Ce qui
craint, c’est la côte et les grandes villes. On
nous a
proposé un guide avec un 4x4 et un vague programme il y a
quelques jours et depuis pas moyen d’obtenir des
précisions sur le trajet, les étapes et le prix.
Pourtant
le départ est prévu samedi matin et nous sommes
déjà mercredi.
Vendredi
10 Août 2007
Enfin ! Nous
faisons
connaissance de Matthias, notre guide. José, le directeur de
l’agence TRANSPACIFIC, nous donne le programme du
voyage.
Il est temps ! Nous partons dans quelques heures !
Matthias est
allemand et cela
fait vingt ans qu’il vit au Venezuela. Comme il parle un peu
anglais, nous devrions réussir à nous comprendre.
Il
possède un 4x4 Toyota dans lequel nos bagages seront
à
l’abri et nous, confortablement installés avec la
clim
pour ce périple de 3000 km. Matthias est un vrai pro du raid
« aventure ». Il a tout prévu : les
glacières
avec les boissons et la nourriture et les hamacs avec moustiquaires. Il
connaît bien le circuit, maîtrise parfaitement son
véhicule, parle couramment l’espagnol et a des
contacts
partout.
Au programme :
le delta de l’Orénoque et ses indiens, La Gran
Sabana et le Salto Angel.
Daniel et
Viviane ne
passerons qu’une semaine avec nous. Ils ne viendront pas
à
Canaïma car il ont fait l’excursion du Salto Angel
l’an dernier. Ils rentreront en 4x4 avec Matthias et nous,
deux
jours après en bus.
Samedi
11 Août 2007
Il est
8h. Nous partons pour le delta de
l’Orénoque via Maturin.
10h30
– On crève
le pneu arrière-droit dans Maturin. Quelle chance ! A
proximité d’un garage !
D’après le
mécano qui est venu changer la roue, il ne faut pas rester
sur
ce parking car le coin n’est pas sûr. Pendant que
l’on répare le pneu de son 4x4, Matthias nous
emmène dans un restaurant typique des bords de route. On y
commande un certain poids de viande qui est cuite à la
broche
sur un énorme barbecue enterré. Elle est servie
découpée, avec des patates ou du riz, de la sauce
et des
crudités.
14h –
Moins de 100 km
plus loin nous sommes à San Jose de Buja. Nous chargeons les
bagages dans une pirogue et notre guide met la voiture dans un garage.
Deux indiens Waraos profitent du bateau pour rentrer chez eux. Ils
habitent à Yabinoco et c’est justement notre
destination.
Il pleut et il faut protéger nos valises dans des grands
sacs
poubelles. Sous les averses nous prenons des canaux de plus en plus
larges dans le delta. Avec la vitesse, les gouttes d’eau nous
piquent telles de petites aiguilles.
Une bonne heure
plus tard nous arrivons au village indien. Le dépaysement
est total !
Les huttes en
bois, couvertes
de palmes et sans murs longent la rive. Juste derrière,
c’est la jungle que l’on
pénètre à
coup de machette. Les huttes sont sur pilotis tout comme
l’unique
chemin du village. Des hamacs sont suspendus à
l’intérieur et toute la famille vit sur le
plancher de
rondins sans aucun confort au vu et au su des voisins.
Les Waraos
étaient des
nomades. Ce mode de vie était essentiel pour leur survie.
Cela
évitait entre autres l’épuisement des
ressources.
Pour mieux les contrôler, le gouvernement tente de les
sédentariser. Quelques indiens ont donc construit une cabane
en
dur et deux ou trois familles ont la télé. Elle
peut
fonctionner du coucher du soleil jusqu’à 23h
pendant que
le générateur fournit du courant pour les rares
frigos et
congélateurs.
Matthias et Guy
plongent dans
les eaux marrons de l’Orénoque qui doit sa couleur
à des oxydes de fer. Pour leur toilette, les indiens y
descendent avec le gel-douche. Dans leur hutte il n’y a pas
d’eau courante et ils font leur cuisine au feu de bois.
Pour nous
c’est
à peine moins spartiate ! Nos hamacs sont dans une grande
hutte
dont le sol est fait de planches et, comble du luxe, nous avons des
murs en bois avec des ouvertures équipées de
moustiquaires. Pour les douches, c’est comme pour les
toilettes,
il faut aller dans des cabanons extérieurs. Nous y avons
l’eau courante … mais elle est directement
pompée
dans le fleuve et n’est donc pas potable. Pour se laver les
dents
on prendra l’eau en bouteille.
18h30
– Le soleil est
couché. Pour l’apéro, Matthias nous
propose un CUBA
LIBRE. C’est le Ti’Punch
vénézuélien :
du rhum, du coca et une rondelle de citron, le tout servi bien frais.
Fini le rhum agricole AOC dont les Martiniquais sont si fiers. Ici il
est fabriqué à partir de la mélasse et
non du jus
de canne. C’est beaucoup moins bon mais noyé dans
du coca
ça passe très bien ! Les moustiques nous
épargnent, nous sommes habillés des pieds
à la
tête et nous nous sommes aspergés de
répulsif.
Bien
fatigués nous
allons dans nos hamacs de bonne heure, bercés …
désagréablement … par le ronronnement
du groupe
électrogène qui ne s’arrêtera
que vers minuit
!
Dimanche
12 Août 2007
Réveillés
en
fanfare par les coqs avant l’aube nous nous rendormons quand
même jusqu’à 6h30. Après un
petit
déjeuner copieux, nous montons dans le bateau de Freddy, un
habitant du village qui nous promènera pendant les deux
jours.
Julio, un copain indien de Matthias, sera notre guide dans la jungle et
sur le fleuve.
Le
débit de
l’Orénoque le classe au 4e rang mondial. Son delta
couvre
une surface équivalant à 75% de celle de la
Belgique.
Nous sommes dans la partie nord, celle qui se jette dans le Golfe de
Paria et nous allons passer toute la journée sur
l’eau
dans la région de la Boca de Tigre. Nous sommes
impressionnés par l’immensité du site.
Des
centaines de canaux forment un labyrinthe inextricable dans la
forêt vierge. Des jacinthes d’eau
dérivent au
gré des marées qui se font ressentir
très loin
dans l’intérieur du delta.
Nous empruntons
un bras
encombré par des roseaux. Les rives se resserrent et nous
devons
baisser la tête pour éviter les branches. Plus
nous
avançons, plus la végétation aquatique
est dense
et le moteur de 48 CH ne réussit plus à pousser
la
pirogue. Nous sommes pris dans les jacinthes d’eau. Julio
dégage le passage avec sa machette mais bientôt
cela ne
suffit plus. Du coup, Matthias et lui saisissent alors les planches qui
nous servaient de repose-pieds et nous sortent de là en
prenant
appui sur le fond pour extraire la barque du piège
où
elle s’est mise.
La Morena, un
autre village
Warao, est à une demi-heure de bateau de Yabinoco. Une
trentaine
de famille y vit. Un chemin sur pilotis passe entre la forêt
et
les huttes. Des troncs couchés perpendiculairement au chemin
tracent un sentier vers la végétation luxuriante
à
partir de chaque habitation. Julio nous explique qu’ils
conduisent aux « baňos » et que lorsqu’on
y pose
culotte, les moustiques en profitent méchamment !
Une multitude
d’enfants
se précipite sur Matthias. Ils le connaissent car il
n’oublie jamais d’apporter bonbons et sucettes.
Nous
achetons des colliers de graines colorées et des corbeilles
tressées avec les joncs du delta.
Tous les Waraos
ne vivent pas
groupés en villages. Nous avons vu beaucoup de huttes
isolées et habitées au bord du fleuve. Une
pirogue avec
un moteur est un luxe que peu d’entre eux peuvent se
permettre.
Pour
pêcher le piranha,
Julio abat un palmito. C’est un petit palmier. Les palmes
effeuillées serviront de cannes à
pêche. Il nous
donne à goûter le cœur de la partie
haute du tronc.
Tendre et croquant, c’est délicieux ! Rien
à voir
avec le cœur de palmier des conserves ! Le reste du tronc est
employé pour les planchers des huttes. L’enveloppe
du
cœur sert de « papier ». On peut y graver
des signes
en le rayant avec un objet pointu. Il cherche ensuite le coin
idéal pour que nous rapportions de quoi faire une bonne
friture.
Nous n’aurons pas de touche ! C’est Freddy qui
attrapera un
piranha dans l’après-midi en nous attendant
pendant que
nous sommes en « promenade écologique
» dans
la jungle.
Pour cette
balade un peu particulière nous sommes
équipés !
Chaussures ne
craignant rien
car nous allons marcher dans l’eau et dans la boue nous
enfonçant jusqu’au chevilles. Rien n’est
sec et rien
ne sèche ici.
Manches longues,
col
fermé et grosses doses de répulsif
anti-moustique.
Dès que nous quittons la rive pour
pénétrer dans
la forêt des nuées de ces affreux insectes
attaquent. En
marche cela va encore mais quand nous nous arrêtons
écouter les explications de Julio c’est
carrément
insupportable.
Il y a tant de
choses
à découvrir … Julio nous montre des
arbres et des
plantes permettant de survivre dans ce milieu hostile.
Il coupe une
liane et des gouttes d’eau savoureuse s’en
écoulent.
Il pose la main
sur une
termitière suspendue dans un arbre. Quelques secondes plus
tard
il la retire couverte de termites qu’il écrase
entre ses
paumes. Il s’en couvre le visage et le voilà
protégé des moustiques !
Le balsa est un
arbre dont on
utilise le bois pour l’aéromodélisme
tellement il
est léger. Sa sève épaisse et rouge
est un
colorant naturel. Ce qui est surtout impressionnant, c’est le
bruit que l’on peut faire en frappant son tronc à
contreforts avec une masse. Le son émis est grave et sourd.
Il
s’entend de très loin. Un
téléphone sans fil
en quelque sorte ! Impeccable pour communiquer dans la jungle et pas de
risque d’être en panne de réseau !
Un des palmiers
qu’il
nous montre est particulièrement intéressant.
Avec ses
palmes on couvre les toits des huttes. Ses fruits ressemblent
à
des petites noix de coco dans lesquelles on trouve un peu
d’eau
et de la pulpe comestible. On en extrait aussi une sorte de fibre
végétale tissée et très
« stretch
» dont on faisait des pagnes. Je
préfère le mettre
sur ma tête pour me protéger des moustiques qui ne
cessent
de nous tourner autour. En découpant
l’extrémité de l’enveloppe de
la fleur, on
obtient un verre. Avec son bois séché, on fait du
feu en
frottant deux morceaux l’un contre l’autre. Bref !
L’arbre à tout faire !
J’ai
gardé le meilleur pour la fin …
Dans les arbres
morts en
décomposition sur le sol détrempé, se
développent des vers blancs à tête
rouge. Ils sont
gros comme un pouce. C’est une source de protéines
nous
affirme Julio et il nous montre comment le manger. On ôte la
tête d’un coup de dents et on la recrache. On vide
ensuite
le ver de sa substance liquide et on le mange cru ou cuit. Guy tente
l’expérience et réussit
l’exploit. Nous avons
la preuve : j’ai filmé ! Il avouera
après que ce
n’est pas très bon, plutôt
amère et
très caoutchouteux. Julio admet que c’est bien
meilleur
quand c’est cuit. Nous décidons de le croire sur
parole.
Au cours de nos
trajets sur
le fleuve, nous avons vu des dauphins d’eau douce au ventre
rose
et des singes. On les qualifie de « hurleurs »
tellement
ils font du vacarme ! Tous les jours, les perroquets arrivent du
continent par milliers à la tombée de la nuit
pour dormir
au sommet des arbres dans la forêt du delta. Nous regardons
le
soleil se coucher en écoutant leur chant.
Lundi
13 Août 2007
Dès
8h nous montons
dans la pirogue de Freddy qui nous ramène à San
Jose de
Buja. Il ne pleut pas et la lumière est magnifique. Nous
profitons mieux du trajet qu’à l’aller
où il
avait tant plu.
Nous reprenons
la voiture
pour une longue route vers le sud et la Gran Sabana. Nous passons
l’Orénoque sur le tout nouveau pont de San Felix.
C’est ensuite Upata, Guasipati, El Dorado et le fameux km88
au
pied de la montée vers le plateau.
Au sud-est du
Venezuela, la
Gran Sabana est un tepui très étendu (1/10 de la
France
environ). « Tepuyes » est le nom indien
donné aux
mesas, ces montagnes tabulaires à la silhouette si
caractéristique. La Gran Sabana, autrement dit
« La
Grande Savane » en français, est un plateau de
1400 m
d’altitude en moyenne sur lequel, de loin en loin,
se
dressent d’autres tepuyes.
Le plus
élevé
d’entre eux, le Roraima, culmine à 2800 m et il
est
très isolé du reste de la région. Une
faune et une
flore endémiques s’y sont
développées tout
comme aux Galapagos. « Un monde perdu » ! Il est
d’un
accès difficile et est réservé aux
bons treckeurs
… à moins de s’y faire
déposer en
hélicoptère comme des Japonais que nous avons
rencontrés.
17h –
Nous sommes au
pied de la Gran Sabana et nous avons le temps d’y monter.
Nous
dormirons dans la posada de San Rafaele à
côté des
rapides de Kamoiran.
Mardi 14 Août 2007
Nous suivons la
seule route
goudronnée. Elle mène au sud à Santa
Elena de
Uairén à la frontière avec le
Brésil. Si on
la continue on parvient à Boa Vista.
Un paysage de
savane
s’étend de part et d’autre. On
s’attend
à voir des girafes, des lions … mais rien ! Peu
d’animaux ici. Nous verrons quand même quelques
oiseaux,
des lézards, un scorpion, des chenilles, des papillons et
beaucoup d’insectes.
Nous quittons
l’asphalte pour des pistes menant à des
« Saltos
». C’est comme ça qu’on
appelle les cascades
en espagnol. La Gran Sabana fait partie du bassin versant de
l’Orénoque. Il peut pleuvoir
jusqu’à 3000 mm
par an à certains endroits. Toute cette eau alimente de
nombreuses rivières et cascades. Quelques unes sont
spectaculaires et ont contribué à la
réputation de
cette région unique au monde.
Nous
déjeunons en haut
des chutes de Kama qui tombent 110 m plus bas. Des indiens y vendent
leur artisanat. Ils font de très beaux bijoux. Nous craquons
!
Un
arrêt rapide
à la Quebrada de Jaspe : l’eau court sur le jaspe
le
polissant sans trêve. Ici la roche siliceuse est rouge vif et
noire. Superbe !
Une fois nos
bagages
déposés à la posada Yakoo de Santa
Elena, il nous
reste assez de temps pour passer la frontière du
Brésil
et faire les boutiques brésiliennes de La Linea. Nous
réalisons que nous sommes à moins de 400 km de
l’équateur. Je ne suis jamais allée
autant au sud.
Mercredi
15 Août 2007
Au lever, il
pleut. La
visibilité est nulle et Matthias revient bredouille de la
pompe
à essence. Dans ce pays producteur de pétrole,
ils ne
sont pas capables de s’organiser pour remplir les citernes
des
stations.
Vers 10h la
couverture
nuageuse se lève et nous partons. La piste vers le Salto
Yuruani
est détrempée et en très mauvais
état.
Matthias nous donne un aperçu de ses talents de conducteur
et
des capacités de son 4x4.
Baignade et
déjeuner
à Balenario Suruape puis pause « artisanat
» dans la
seule ville de cette longue route : San Francisco de Yuruani et nous
voici de retour à la posada pour un farniente bien
agréable dans le joli cadre de Yakoo. Pendant ce temps
Matthias
retourne à la station-service. Le camion-citerne est venu et
il
lui faut faire la queue … Nous ne le reverrons que 3h1/2
plus
tard, complètement épuisé. La Gran
Sabana est un
lieu de villégiature pour les
vénézuéliens
pendant leurs congés d’été
et il
paraît que les pénuries de carburant sont
courantes
pendant la saison touristique.
Jeudi 16 Août 2007
Nous prenons la
route de
bonne heure pour remonter vers le nord. En passant devant les stations
essence, je compte les voitures qui attendent : 80 à
l’une
et 60 à l’autre. Déjeuner à
Kamoiran
où nous avions dormi à
l’arrivée dans la
Gran Sabana. Des voitures font la queue à la pompe
… qui
est fermée. Personne ne peut dire quand le camion-citerne
arrivera … quel pays !
Nous repartons
pour 3h de
piste vers l’ouest. Le paysage est grandiose et
désert sur
les 70 km qui nous séparent de Kavanayen, ce grand village
indien au fin fond de la savane. Les maisons sont en pierre
taillée sur les deux faces. Aucune posada n’a
été réservée ici.
L’idée de
bivouaquer à 5 dans le 4x4 ne nous enchante guère
!
Matthias demande à la Mission Catholique mais
c’est
complet. Il finit par trouver des chambres au confort minimaliste. Nous
serons quand même dans un lit à l’abri
de la pluie
qui n’a pas cessé.
Vendredi
17 Août 2007
Matthias est
malade depuis
hier soir, grippé et pas en forme. Nous faisons un petit
tour
dans Kavanayen avant de se diriger en 4x4 vers le Salto Aponwao. Faute
d’avoir pu remplir le réservoir
d’essence hier
à Kamoiran, nous ne pourrons pas faire autre chose
aujourd’hui. La piste principale était
déjà
assez sportive mais là cela devient super ! Matthias oublie
sa
fièvre tellement il s’amuse à conduire
sur la piste
noyée d’eau. Boue, ornières,
gués …
rien ne manque !
Arrivés
au petit
village sur la rive de l’Aponwao, nous prenons une curiara,
cette
pirogue indienne équipée d’un gros
moteur
hors-bord. En 1/2h nous sommes en haut du Salto Aponwao. La
rivière bouillonne et des câbles sont tendus en
travers.
Sans doute pour se rattraper avant la chute en cas de panne de
moteur…
Impressionnant !
Le bruit de
l’eau tombant 100m plus bas est assourdissant. Nous
descendons
par un petit chemin à travers la jungle au pied de la chute.
C’est
la saison des
pluies et nous avons du mal à passer entre les gouttes
depuis
notre départ. Les cours d’eau débordent
et le
débit des cascades est énorme. Nous
n’avons pas en
Europe des spectacles pareils. C’est à couper le
souffle,
au propre comme au figuré. Lorsqu’on
s’approche du
pied du salto, la violence des embruns et du vent est à la
hauteur d’une bonne tempête en mer.
Retour vers
Chivaton, une
posada perdue au milieu de nulle part mais un peu mieux que celle
d’hier. Comme le ciel s’est
dégagé, on
aperçoit enfin quelques tepuyes à
l’horizon.
Samedi
18 Août 2007
Journée
fatigante de voiture jusqu’à Ciudad Bolivar.
Le pneu qui
avait
été réparé à
Maturin au début
du séjour, éclate. Cette fois-ci, il est mort.
Matthias
met la roue de secours et on croise les doigts car il ne compte pas
faire l’achat d’un nouveau pneu avant Puerto La
Cruz,
terminus du voyage.
La posada Don
Carlos est dans
le centre de la vieille ville, à quelques pas des rives de
l’Orénoque. Cette vieille demeure datant de la
colonisation espagnole est superbement restaurée et
confortable,
mais nous dormirons mal car des chiens ne cesseront de hurler et
d’aboyer toute la nuit dans la rue. En plus j’ai de
la
fièvre. J’ai du attraper le virus de Matthias et
puis, ce
soir, j’ai eu très froid dans la pizzeria
où nous
avons dîné. La climatisation était
réglée beaucoup trop bas.
Dimanche 19 Août 2007
7h30 –
Matthias nous
dépose à l’aéroport de
Ciudad Bolivar avant
de repartir en 4x4 pour Puerto La Cruz. Pendant une heure, dans un
petit coucou à six places, nous survolons vers le sud de
grandes
étendues désertes et parfois inondées.
Les
premiers tepuyes apparaissent et l’avion se
prépare
à atterrir sur la modeste piste de Canaïma. Le
spectacle
des chutes de Canaïma est extraordinaire. Nous sommes dans un
parc
national inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis
1994 et
géré par les indiens qui seront nos guides
pendant ces
deux jours. Le nôtre nous conduit à la posada Wey
Tepuy
où nous dormirons une nuit. L’autre nuit nous la
passerons
dans un hamac au campement du Salto Angel.
Il faut laisser
notre gros
sac à la posada et ne prendre avec nous que le strict
minimum
pour le voyage en pirogue vers le campement de base du Salto Angel. La
remontée des rios Carrao et Churun dure plus de 4h. Il faut
franchir plusieurs rapides et nous serons même
obligés de
passer à terre pour l’un d’entre eux. La
pirogue
doit être délestée du poids de ses
seize passagers
pour parvenir à passer sans trop de risques la zone
dangereuse
des rapides de Mayupa. La majesté des tepuyes que nous
longeons
nous stupéfie. Des dizaines de cascades coulent le long des
parois verticales. A leurs pieds c’est la forêt,
luxuriante
et gorgée d’humidité. L’eau
est rouge,
chargée en minéraux et oxydes de fer, le sable et
les
galets sont roses.
Le campement
fait face au
Salto Angel. Nous voici devant la mythique « plus haute chute
d’eau du monde » : presque 1 km en chute libre.
Jimmy
Angel, un aviateur américain, l’a
découverte par
hasard en 1937et on a donné son nom à cette
cascade
unique. Elle est grandiose !
Les indiens
organisent le
camp, coupent du bois pour un énorme barbecue capable de
cuire
les vingt-cinq poulets du dîner et installent les hamacs sous
l’abri de tôles. Pendant ce temps nous lions
connaissance
avec François et Birgit. Ils viennent de terminer leurs
études et font un tour du monde en six mois avant
d’entrer
dans la vie active.
Lundi
20 Août 2007
Nous partons
à pied
dans la jungle pour nous rapprocher du Salto Angel. La
végétation est exubérante et la
promenade
très agréable.
Arrivés
au mirador de
la chute nous en prenons plein les yeux. Imaginez un brumisateur
colossal ! L’eau qui tombe en chute libre sur presque 1 km
s’éparpille en gouttes sur une très
large surface
en arrivant au sol.
Nous sommes loin
et pourtant nous sentons les embruns qui nous rafraîchissent
le visage.
Il est
l’heure de
rentrer. Après un repas au campement de base, nous remontons
dans la cariara pour 3 h de descente sur les rivières
jusqu’à Canaima et sa lagune. Il pleut pendant
presque
tout le trajet. En plus, à chaque fois que nous passons des
rapides, nous embarquons de gros paquets d’eau.
Malgré
les ponchos en
plastique nous sommes trempés et nous finissons par
grelotter.
Un comble sous ces latitudes !
Mardi
21 Août 2007
Une balade au
Salto El Sapo
est prévue ce matin. C’est le nom de
l’une des
cascades de Canaima. Pour cela une pirogue nous fait traverser la
lagune. Nous continuons à pied sur l’autre rive.
Le sentier passe
derrière la chute d’eau et la longe pendant une
bonne
centaine de mètres. C’est impressionnant ! Le
rideau
d’eau qui tombe est tellement épais
qu’il fait
presque nuit dans l’étroit passage glissant qui
longe la
paroi. Le vacarme de la cascade nous rend sourd et les trombes
d’eau qui nous arrosent, nous aveuglent. Impossible
d’y
échapper … nous voilà à
nouveau
trempés jusqu’aux os par l’eau rouge
venue des
tepuyes.
A la sortie nous
nous
réchauffons vite au soleil en montant en haut de la chute
dominant ainsi la lagune et la plaine de Canaïma où
des
palmiers poussent les pieds dans l’eau. Que c’est
beau ! On
resterait là, contemplatifs, si le guide nous laissait faire.
Pour revenir,
nous reprenons
le même chemin avec un nouveau passage toujours aussi
rafraîchissant derrière El Sapo. Nous nous
changeons et
vite, nous allons à l’aéroport. Le
terme est un peu
pompeux pour désigner l’endroit mais
c’est comme
ça.
Nous sommes dans
les premiers
à arriver pour s’inscrire sur les listes de
départ
et nous partons avec les premiers vols … dans deux avions
différents. Dommage ! J’aurais bien
aimé partager
avec Guy mon émerveillement en voyant les averses se
déverser sur le sol. L’avion effectue les zigzag
nécessaires pour contourner les grains. Le spectacle est
génial !
A
l’aéroport de
Ciudad Bolivar, nous trouvons un taxi qui nous emmène
à
la gare routière. Comme beaucoup de voitures dans ce pays,
c’est une vieille grosse américaine
rafistolée avec
du fil de fer. Elle roule … nous n’en demandons
pas plus.
Il reste des
places pour le
bus de 16h30. En ville, l’air est étouffant et la
chaleur
à peine supportable. Nous attendons au frais dans la
minuscule
salle d’attente climatisée de la compagnie. Un
homme y
dort, assis, la tête appuyée sur un tabouret de
bar. Rien
ne perturbe ses ronflements, même pas les portes qui claquent
!
Le trajet dure
plus de 4h.
Les bus vénézuéliens sont
extrêmement
confortables. On peut faire des kilomètres sans peiner. Il
fait
nuit depuis bien longtemps lorsque nous rentrons chez nous, des images,
des sons, des odeurs, des goûts et des sensations plein la
tête.
PRO’S PER AIM
au large du Venezuela : l’abordage
du 6 au 8
novembre 2007
Mardi
6 Novembre 2007 – Le long des côtes de
Curaçao
Il est midi,
nous quittons le
mouillage protégé de Spanish Water pour gagner le
nord de
Curaçao et caréner Pro's Per Aim en
plongée dans
la crique de Santa Krus. Cette étape nous rapproche d'une
bonne
vingtaine de milles de notre prochaine étape :
l'île
double de Los Monjes Del Sur.
Nous y sommes
avant la nuit.
La petite baie est jolie et tranquille. Je laisse filer
l’ancre
et la chaîne qui se tend en croquant. Zut ! L’ancre
n’accroche pas. Il faut recommencer. L’ancre
remonte et Guy
déplace le bateau de quelques dizaines de mètres.
A
nouveau, je tente le mouillage. Rien à faire. Les fonds ne
tiennent pas. La couche de sable est trop fine et l’ancre
glisse
sur le corail. Nous ne pouvons pas rester là.
Donc, vers
18h00, nous décidons de prendre la mer et de filer plein
vent arrière vers Los Monjes.
Tout dessus,
génois
tangonné, sous pilote, Pro's Per Aim avale les milles. Les
alizés soufflent force 4/5 et la mer est assez
agitée. Au
petit jour nous sommes proches de la Colombie quand en quelques
instants la croisière bascule dans le cauchemar ...
Il est 7h00 du
matin en ce
mercredi 7 novembre 2007 par 12°21’N et
70°30’W. Le
soleil a tout juste commencé à blanchir
l’horizon.
Dans ces coins fréquentés par les
pêcheurs et les
pétroliers, il faut faire une veille active et
c’est moi
qui suis de quart quand j’aperçois deux bateaux :
un gros
à 4 ou 5 milles à bâbord et un autre
plus petit qui
se dirige sur nous. Je l’observe quelques minutes et
l’angle de nos routes ne change pas. Il faut faire quelque
chose
sinon ce sera la collision ! Comme nous sommes vent arrière,
je
préfère réveiller Guy car la moindre
erreur de
manœuvre peut provoquer un empannage qui risquerait de nous
faire
démâter.
Le temps que Guy
monte sur le
pont, le bateau est déjà sur nous. Il nous coupe
la route
et fait demi-tour en tirant en l’air une fusée
blanche. Il
est maintenant parallèle à Pro’s Per
Aim à
une dizaine de mètres sur notre bâbord. Curieux !
Ce
bateau s’appelle « Le Flamingo », mais il
arbore un
pavillon cambodgien et son port d’attache est Phnom Penh.
Avec un
porte-voix, un marin
crie « Three … Three … Zero
». Que nous
veulent-ils ? Guy descend à la radio VHF et les interroge
sur
leurs intentions en utilisant le canal 16, celui des urgences en mer.
Aucune réponse ! Il remonte rapidement dans le cockpit.
Tout se passe
alors
très vite. Notre agresseur modifie sa direction et se dirige
droit sur nous. L’abordage est inévitable. Pour
limiter
les conséquences du choc autant que par réflexe,
Guy
coupe le pilote et met la barre à droite. Le Flamingo, ce
bateau
cambodgien, nous éperonne à l’avant et
s’éloigne tranquillement.
Les voiles sont
en vrac et l’équipage est choqué !
Guy retourne
à la
radio pour agonir de sottises nos agresseurs. Cette fois, on nous
répond dans un mauvais anglais. Ils nous laisseront
tranquilles
si nous faisons cap au nord pendant au moins deux milles. Nous
comprenons à ce moment là que le «
Three …
Three … Zero » qu’ils avaient
crié au
porte-voix avant l’abordage, signifiait « trois
…
trois … zéro » autrement «
cap au 330
».
Nous
obtempérons sans
discuter. Cap au nord donc ! Et nous remettons Pro’s Per Aim
en
état de marche. Les voiles sont à nouveau bien
gonflées et le choc n’a pas provoqué de
voie
d’eau. Il faut rappeler que notre bateau est en aluminium.
Dans
les mêmes conditions, un voilier en plastique aurait eu
l’étrave arrachée. Nous en sommes
quittes pour
simplement un peu de peinture blanche à refaire, le filet
à réparer et une ancre à racheter.
C’est
elle qui a amorti le choc. Elle est complètement tordue et
inutilisable.
Le calme est
revenu, nous
permettant de recouvrer nos esprits. Plein de questions nous
assaillent. Pourquoi un bateau cambodgien nous a-t-il
éperonné au large de la côte
sud-américaine,
à la limite du Venezuela et de la Colombie ? Que faisait
l’autre gros bateau dont il ne fallait visiblement pas
s’approcher ?
Plus tard, dans
l’archipel des San Blas le long de la côte
panaméenne, on nous expliquera que le transfert de la drogue
entre la Colombie et les Etats Unis se fait par bateau. Le bateau
récupère sa cargaison en pleine mer, les paquets
de
cocaïne et autres substances illicites étant
parachutés à un endroit défini
à
l’avance par un point GPS extrêmement
précis.
Avons-nous
dérangé un trafic de ce type ? Etait-ce autre
chose ? Nous ne le saurons jamais.
Vers 11h00, nous
sommes en
vue de Los Monjes Del Sur. Nous n’avons pas de carte,
simplement
un croquis donné par des copains, montrant que les deux
îlots sont reliés par un enrochement artificiel et
qu’un cordage est tendu sous le vent de cette digue pour que
les
bateaux puissent s’y amarrer.
Ce sont les
dernières
îles vénézuéliennes vers
l’ouest.
Elles n’ont jamais été
habitées car ce sont
deux gros cailloux stériles et sans eau. Mais
l’administration
vénézuélienne y a
installé des douaniers qui s’ennuient ferme en
surveillant
le secteur.
A peine
amarrés au
gros filin qui relie les deux îlots, nous les voyons arriver
et
nous comprenons qu’il faut aller les chercher sur le petit
quai
avec notre annexe. Les voyageurs de la mer ne sont pas si nombreux
à passer par là et la venue d’un
voilier apporte un
peu de sel à leur ordinaire bien terne. C’est pour
cela
qu’ils profitent de leurs prérogatives pour monter
à bord et visiter Pro’s Per Aim sous
prétexte de
vérifier l’armement et le matériel de
sécurité. Un formulaire est soigneusement rempli
en deux
exemplaires sans carbone. Tout cela les occupe un bon moment.
Leur travail
administratif
terminé, ils ne se décident pas à
partir. Comme
nous ne parlons pas espagnol, la conversation a lieu en anglais. Ils
acceptent une bière fraîche et se mettent
à
raconter leur vie sur cette terre aride. Leur séjour dure un
mois puis ils rentrent chez eux pour un mois et on recommence.
Imaginez-vous !
Los Monjes Del
Sur ce sont
deux gros cailloux, le plus grand des deux faisant 500 m de
diamètre et 80 m d’altitude. Les deux
îlots de
pierre ont été reliés par un remblai
tout aussi
minéral. Rien ne pousse sur Los Monjes. Les flancs du rocher
tombent à pic dans la mer, il n’y a pas de plage
et aucun
mouillage à l’ancre n’est possible.
En plus de
l’atmosphère très minérale
des lieux, on est
assourdi 24h sur 24 par le bruit des trois moteurs diesel faisant
tourner les groupes électrogènes. Ils produisent
le
courant nécessaire au dessalinisateur, à
l’éclairage du phare et à la vie
quotidienne des
douaniers.
Nous sommes donc
invités à visiter le phare et à
profiter du
panorama. La chaleur de leur accueil nous console de nos
mésaventures matinales.
Jeudi
8 Novembre 2007 – Los Monjes Del Sur (îles
vénézuéliennes)
Hier soir, un
bateau de pêche est venu s’amarrer à nos
côtés.
Ce matin nous
échangeons des bonjours et des sourires. Ils aimeraient bien
rentrer en contact et nous aussi mais la barrière de la
langue
limite les échanges.
Toute la
journée nous
les voyons s’affairer sur leur grosse barque entre deux
siestes.
En fin de soirée, un des matelots qui
pêchait pour
s’occuper pendant cette journée de pause, se met
à
crier tout excité par sa prise. Un beau pagre a mordu
à
son hameçon. Ni une ni deux, ils nous le proposent. Guy va
avec
l’annexe le chercher à leur bord. Pour les
remercier du
cadeau nous leur donnons une tablette de chocolat et des
bières
bien fraîches.
Nous larguerons
les amarres
cette nuit pour faire route sur le Cap de la Vela : un endroit mal
famé de la côte colombienne non pas à
cause des
hommes mais à cause de la mer et du vent qui rendent
impossible
le passage quand la météo est mauvaise.
PRO’S PER AIM
dans les SAN BLAS
du 2 au 27
décembre 2007
L’archipel
des San Blas
s’étend sur 120 milles entre le Cap Tiburon,
à la
frontière avec la Colombie au sud-est et le Golfe des San
Blas
au nord-ouest.
La
navigation y est difficile
et inconfortable. Tout d’abord, au fin fond des
Caraïbes, la
houle est croisée rendant la mer mauvaise, hachée
et
courte. Et surtout, la zone, parsemée de récifs
coralliens, est très mal cartographiée.
Alors,
pourquoi s’y rendre ?
La
réponse est simple : chez les voyageurs de la mer,
l’archipel est mythique !
Les
îlots, couverts de
cocotiers, les lagons et la vue sur la cordillère des San
Blas
s’élevant sur le proche continent invitent au
farniente et
sont un régal pour les yeux.
C’est
le KUNA YALA,
pays des indiens Kunas. Cette province dépend de
l’état de Panama et possède une grande
autonomie
qui lui a permis jusqu’alors de conserver ses coutumes et ses
traditions.
Dimanche
2 décembre 2007
9h- Nous sommes
en vue de
l’Isla Pinos. De loin, avec son sommet de 200 m et sa forme
de
baleine, on la repère facilement. Nous allons
l’aborder
par le sud-est. Cette large passe est l’un des chenaux
d’entrée dans les San Blas.
Guy a
préparé
la route avec plusieurs guides nautiques mais nous savons
qu’il y
a un décalage entre les cartes et les coordonnées
données par le GPS. Il faut donc ouvrir grand les yeux.
Un peu
d’adrénaline à
l’idée de naviguer dans
un endroit pareil … ça réveille
après une
nuit quasi blanche passée à veiller en mer.
Le continent est
proche : les
montagnes sont couvertes d’une jungle qu’on dit
impénétrable et la plaine
côtière,
étroite, est plantée de milliers de cocotiers.
Une heure plus
tard,
l’ancre est au fond de la baie à un petit mille au
sud du
village de Tupuk. En langage kuna, « Tupuk »
signifie
« baleine ».
Déjà
des pirogues nous accostent. « Nuedi ! » (bonjour !)
Perez, dans un
anglais
approximatif nous explique qu’il est le secrétaire
et que
le droit au mouillage coûte huit dollars. Il nous donne un
reçu. Dans l’après-midi il faudra aller
se
présenter au Sahila, le chef respecté de la tribu.
Un bon
déjeuner, une petite sieste réparatrice et nous
voici frais et dispos pour nous rendre au village.
Nous accostons
à un
ponton en béton où est amarré un vieux
caboteur
colombien tout rouillé. Il apporte des vivres frais et, en
échange, il embarque des noix de coco.
L’économie
kuna repose en grande partie sur ce troc.
Deux cochons
sont à
l’abri du dangereux soleil tropical dans une petite case sur
pilotis au-dessus de la mer. Comme le plancher est fait de
rondins mal joints, la corvée de curage de la porcherie en
est
grandement facilitée. Pour les Kunas dont la case donne sur
le
rivage, les toilettes sont construites sur le même
modèle.
En guise de murs, des palmes de cocotiers préservent une
intimité que les porcs ne réclament pas.
Perez nous
accueille et nous
emmène chez le chef allongé dans son hamac. Avec
une
grande déférence, Perez joue le rôle du
traducteur.
Comme nous avons payé la taxe, nous avons le droit de
circuler
dans le village et de prendre des photos.
«
Tekimalo ! » (au revoir !). Nous prenons congé.
Avec Perez qui
ne nous
lâche pas, nous découvrons les ruelles
bordées de
cases. Une palissade cache à nos regards les petites cours
intérieures. Rien ne traîne, tout est propre,
soigné. Nous entendons des poules et des coqs, nous
apercevons
des cochons. Il nous montre le réservoir d’eau.
Sur Pinos,
ils ont de la chance, il y a de l’eau douce. Sur les autres
îles, les indiens vont la chercher en pirogue sur le
continent.
Certains villages ont réussi à installer une
grande
canalisation pour que l’eau soit acheminée sur
leur
îlot.
Les enfants
sortent et
réclament des photos, mais les femmes, si belles dans leur
costume traditionnel, se cachent et refusent qu’on les
photographie.
Le
dépaysement est
complet. Tout est si loin de ce que l’on connaît et
même de ce que l’on peut imaginer.
Il est possible
de faire le tour de Pinos en trois heures de marche. Ce sera pour lundi
avec David comme guide.
Après
un passage chez
le Sahila qui nous accorde le droit à la balade moyennant
une
nouvelle taxe de deux dollars par personne, nous partons. David
réclamera huit dollars pour lui en plus en
précisant que
c’est un minimum. Aux Américains il demande
davantage
mais, je le cite, « les Français n’ont
pas les
mêmes moyens que les gringos ».
Le roi
« dollar »
fait rapidement changer les mentalités au pays Kuna. Notre
jeune
guide m’explique très sérieusement
qu’il
exploite le tourisme depuis cinq ans déjà et il
n’en a que dix-neuf !
Attention ! me
dit-il … j’exploite le touRISME pas le touRISTE
…
La promenade est
très
agréable. Le sentier longe le rivage, les eaux sont calmes
derrière la barrière de corail qui entoure
l’île. Nous marchons à l’ombre
des cocotiers
qui couvrent l’étroite bande entre la mer et les
versants
de la montagne.
David scrute le
large : il
espère à chaque nouvelle baie
découvrir un
trésor. D’après lui, les courants
apportent sur
Pinos des restes de naufrages ou des « choses »
tombées ou jetées volontairement à
l’eau par
des navires soi-disant colombiens. Il est arrivé, nous
dit-il,
que l’on récupère sur la plage des
paquets de
cocaïne. (!)
A mi-chemin il
nous montre sa
cocoteraie et nous ouvre une de ses noix de coco. Mais nous
n’avons pas de couteau pour la percer. Il essaie avec une
pierre
et la noix se casse laissant échapper l’eau si
désaltérante. Nous nous contenterons de la pulpe.
Tout
à coup il s’écrit : « Oh !
Jesus ! ».
Un bidon bleu,
prisonnier des
récifs, flotte entre deux eaux. David se
précipite et le
rapporte sur la plage. Une bonne odeur d’essence
s’en
dégage !
Il joint les
mains et
remercie Dieu. Avec cette essence il pourra aller sur le continent
à l’hôpital pour faire soigner son
œil qui le
fait souffrir.
Mais le bidon
est très
lourd et il nous reste une bonne heure de marche. Pas question de le
porter sur le reste du chemin. Nous lui proposons de revenir avec
l’annexe. Il cache sa prise afin
d’éviter
qu’un autre indien Kuna ne la lui prenne et nous
voilà
repartis.
En arrivant au
village nous
le traversons d’un bon pas derrière un David tout
excité et nous montons dans le dinghy tous les trois.
Il nous faut un
bon quart
d’heure pour revenir sur les lieux par la mer. La rive
paraît recouverte de corail. Guy ne veut pas
s’approcher en
annexe pour ne pas la percer. Mais David connaît bien son
île : un minuscule chenal laissant juste la place
nécessaire à notre passage nous amène
au ras de la
plage.
De retour au
village, David
est triomphant. Il nous remercie chaleureusement ce qui ne
l’empêche pas de réclamer les huit
dollars pour son
rôle de guide. Notre aide avec l’annexe pour
rapporter son
bidon d’essence était visiblement un dû.
Il prend
mais ne donne rien en échange. Avec ce que nous avions lu
des
San Blas, nous attendions un autre accueil. Vraiment, tout a
changé. L’argent a commencé son triste
travail de
destruction.
Nous quittons
l’Isla
Pinos le mercredi 5 au matin en longeant le continent vers le
nord-ouest : très vite les montagnes couvertes de jungle
s’élèvent. A leur pied les silhouettes
élégantes des cocotiers s’interrompent
parfois pour
un village. D’un seul coup je comprends pourquoi je trouve le
paysage splendide. Pas une ligne électrique, pas un seul
bâtiment, pas une route ou un pont pour détruire
l’harmonie de la côte. Quel bonheur !
Mercredi
5 Décembre 2007
L’arrivée
à Achutupu est délicate. Heureusement le soleil
est avec
nous et nous zigzaguons à vue entre les îlots et
les
patates de corail qui affleurent un peu partout. Plusieurs centaines de
cases occupent toute la surface de l’île.
L’endroit est magnifique. Nous jetons l’ancre.
Il faut trouver
le chef :
« Sahila, por favor ! ». Droite, gauche, dans un
dédale de ruelles, à chaque virage il faut
demander la
suite du chemin.
Nous voici
à la porte
d’une grande case publique : c’est le Congreso. On
y
décide des affaires du village en assemblée
où la
présence est obligatoire ; celui qui ne vient pas a une
amende !
Des hamacs sont au centre pour le Sahila et ses adjoints, les
villageois s’assoient autour sur des bancs. C’est
également un lieu de rencontre où chacun peut
venir quand
il veut.
Dans la
pénombre, on
devine des femmes qui cousent leur mola. Près de la porte,
si
basse qu’il faut se baisser pour entrer, un Kuna albinos
chante
en s’accompagnant à la guitare. D’autres
l’écoutent religieusement. La
consanguinité est
probablement à l’origine de la naissance de ces
enfants
blancs baptisés « Fils de la Lune » et
vénérés par la tribu. Peu
d’entre eux
atteignent l’âge adulte.
Le
secrétaire arrive.
Il va nous conduire chez le chef mais il doit auparavant passer chez
lui se vêtir d’un tee-shirt. On ne se
présente pas
torse nu devant le Sahila.
La case du chef
est
très grande, meublée de quelques hamacs et
d’une
petite table autour de laquelle des femmes sont assises. Le Sahila,
lui, se balance doucement dans son hamac. Au-dessus de sa
tête
j’aperçois … ses cravates soigneusement
pendues sur
un rondin. Un peu plus loin ses chemises sont sur des cintres. Pas
d’armoires chez les Kunas, pas de désordre pour
autant.
Ces accoutrements occidentaux sont surprenants dans un tel
décor, mais nous avons déjà
constaté que
seules les femmes ont gardé leur costume traditionnel. Les
hommes s’habillent d’un short et d’un
tee-shirt.
Pour
l’heure le Sahila
est presque nu, un linge informe lui enveloppant
l’entrejambe.
Sans se lever, il nous tend la main et écoute le
secrétaire qui nous présente. Il faut lui donner
cinq
dollars pour le Congreso et nous serons en règle : balade
dans
le village et photos permises pour tout le temps de notre
séjour
à Achutupu.
Quand nous
n’allons pas
à terre, ce sont les indiens qui viennent à nous.
A
longueur de journées, les pirogues nous accostent : les
enfants
réclament des bonbons, les femmes tentent de nous vendre
leurs
molas et les hommes le produit de leur pêche. Notre
boîte
de bonbons se vide, nous accumulons des molas tous plus beaux les uns
que les autres. Des langoustes ? Super ! Nous n’avons rien
pêché ces jours-ci cela va faire varier notre
ordinaire.
Comme nous avons
acheté leurs oeuvres, des femmes acceptent que nous les
photographions. Les molas ornent par paires leur blouse. Ils sont
sobres et composés de simples dessins
amérindiens. Les
molas sont devenus célèbres et
s’exportent en tant
qu’objet d’art dans le monde entier. On raconte
qu’avant l’arrivée des blancs aux San
Blas, les
femmes vivaient quasi nues et leur torse était recouvert de
dessins peints. Cette tenue n’était pas du
goût des
missionnaires venus évangéliser les Kunas et les
femmes
durent trouver un substitut aux motifs colorés qui
décoraient leur poitrine. Les molas sont donc en tissu et
sont
cousus sur leur blouse sous la poitrine et dans le dos. La technique de
fabrication est très particulière. Plusieurs
couches de
tissu de couleurs différentes sont superposées.
Chacune
des couches supérieures est ajourée de
façon
à faire apparaître les couleurs des couches
placées
au-dessous. Les coutures sont pratiquement invisibles. Certains motifs,
trop fins pour être réalisés avec cette
technique,
sont brodés. Les molas classiques sont à
dominante rouge
et représentent des motifs amérindiens. Pour les
touristes venant à Panama, les femmes ont
diversifié les
dessins et les couleurs et les molas sont
expédiés sur le
continent. On trouve des poissons, des tortues ou des crocodiles. Nous
avons même vu un hélicoptère sur fond
de drapeau
américain. Ce n’était pas du meilleur
goût
mais cet avis n’engage que moi.
Leur costume se
complète d’une jupe-paréo en coton bleu
foncé décorée de quelques arabesques
jaunes ou
oranges.
Un foulard rouge
imprimé de jaune couvre souvent leurs cheveux noirs et
courts.
Sur leurs jambes
et leurs
bras, des winis. Ce sont des bijoux fixes. Des perles de couleur sont
enfilées au fur et à mesure de
l’enroulement du fil
autour de leur membre de façon à construire le
motif
géométrique final.
Régulièrement ce fil se
casse et il faut une bonne demi-journée pour refaire la
parure
sur la jambe ou le bras.
Seules les plus
anciennes ont
un anneau dans le nez et toutes ont un trait noir tatoué le
long
du nez. Ce trait est destiné à
éloigner les
mauvais esprits. Un fard rouge colore parfois leurs joues.
Certains soirs,
une flottille
de pirogues à voile ramène du continent les
hommes
après leur journée de labeur dans les
plantations. Leur
dextérité est impressionnante. Une pagaie fait
office
à la fois de safran et de dérive. Quand le vent
est un
peu trop fort il leur faut se mettre au rappel,
l’équilibre de leur petite embarcation est
précaire.
Samedi
8 Décembre 2007
Ce matin, nous
quittons Achutupu. Le temps est couvert sur le continent mais
dégagé sur les îles.
Le vent souffle
à
vingt nœuds. En ce mois de décembre, les
alizés
commencent à être bien établis. La
houle petite et
cassante nous prend de travers rendant la route inconfortable. Une
vague nausée m’envahit sournoisement quand une
belle
carangue gros-yeux mord à l’hameçon.
Oublié
le mal de mer ! Il faut remonter la bête qui ne se laisse pas
faire, puis l’achever, la vider et la découper sur
un
bateau chahuté par les vagues. Mon travail de
poissonnière à peine terminé, la ligne
de
traîne frétille de nouveau. Cette fois
c’est un
thazard blanc aux lignes élancées et à
la chair si
fine.
Nous arrivons
à Snug Harbor, un mouillage devant un joli petit groupe
d’îlots plantés de cocotiers.
A
l’exception de
l’Isla Pinos, toutes les autres îles des San Blas
sont
basses, sans sources et couvertes de cocoteraies que les Kunas
exploitent.
Leur
économie compte
de plus en plus sur les touristes : vente de molas aux quelques
voiliers de passage et aux touristes du continent, taxe de mouillage,
vente de langoustes et de poissons … Il y a essentiellement
des
plaisanciers mais de petits hôtels apparaissant
çà
et là offrant un cadre paradisiaque à des
citadins
fatigués.
Mais le
mouillage de Snug
Harbor est mal protégé de la houle et le bateau
roule de
trop. Après une nuit inconfortable, nous appareillons pour
Green
Island. Ce sera dix dollars quand même, un indien en pirogue
nous
réclame la taxe de mouillage et ne veut rien savoir quand
nous
essayons de lui dire que nous ne sommes même pas
restés 24
heures.
Nous reprenons
la mer. Et
là ! … Deuxième journée de
suite à
se faire secouer par une méchante houle nous prenant par le
travers.
Deux fois, une
lame plus
droite et plus haute que les autres couche carrément
Pro’s
Per Aim. La seconde est si violente qu’il y a de la casse
dans la
soute. Une caisse est tombée sur le radiateur de
décharge
de l’éolienne et en a cassé la
céramique ;
heureusement la résistance est intacte.
Ce
n’est pas tout ! Un
peu plus tard, gros bruit contre la coque du bateau !
Qu’avons-nous heurté ? Dans le sillage, un tronc
d’arbre s’échappe ! La
sécurité du
mécanisme hydraulique du safran a sauté et nous
sommes
devenus très peu manoeuvrants. L’angoisse !
Partout des
bancs de sable et des patates de corail nous entourent.
Il ne faut que
quelques
secondes à mon super Capitaine pour changer la petite
pastille
qui sert de fusible pour le safran et retrouver un gouvernail en
état de marche. Nous avons échappé
à un
échouage probable.
Une fois de
plus, nous nous
demandons ce qui se serait passé avec un bateau en plastique
et
un safran suspendu. Un bateau en métal c’est
vraiment
solide !
Mardi
11 Décembre 2007
A Green Island
puis aux Coco
Bandero Cays, nous goûtons au plaisir
d’être
complètement seuls. Pas d’autres bateaux et ces
îlots sont inhabités comme beaucoup
d’autres. On
trouve des villages sur une quarantaine d’entre eux seulement
alors que l’archipel des San Blas compte autant
d’îles qu’il y a de jours en une
année.
Nous apprendrons
par la suite
que nous avons manqué la rencontre avec un
habitué des
lieux. Un beau crocodile de 3 m environ se prélasse
régulièrement sur les plages de
l’endroit ! Ce
n’est pas comme en Australie, un crocodile d’eau de
mer.
Celui-ci vit habituellement dans les petits fleuves du continent
proche. Peut-être trouve-t-il agréable une
séance
de bronzage sur les belles plages désertes des
îlots !
Toujours est-il
que lors de
nos promenades à terre, nous ne l’avons pas
croisé.
Entre nous, j’aime autant ça !
Il y a
quelques jolis
pâtés de corail non loin de Pro’s Per
Aim et
l’eau est transparente. C’est l’occasion
d’un
snorkeling ! C’est énervant d’avoir
à
utiliser un mot anglais pour parler de notre baignade avec des palmes,
un masque et un tuba. En français, on dit donc «
nager et
plonger avec palmes, masque et tuba ». Pour faire plus court,
on
dit aussi « P M T », P comme palmes, M comme masque
et bien
sûr T comme tuba. Nous évoluons dans une eau
chaude au
milieu de poissons colorés. Le corail est bien vivant. De
belles
couleurs, des gorgones-éventail qui ondulent au
gré des
courants, des grosses boules de corail-cerveau et quelques
éponges tubulaires jaune fluo ou bien violettes.
La saison des
pluies
n’est pas terminée. En une seule belle averse,
nous
refaisons notre stock d’eau douce en bidons : 120 litres.
Elle
nous sert à la vaisselle et aux douches.
Samedi
15 Décembre 2007
C’est
l’anniversaire de Pro’s Per Aim : deux ans
déjà qu’il a été
mis à
l’eau.
Nous
fêtons ça
dans les Holandes Cays. Elles ont la réputation
d’être les plus belles îles des San Blas.
Il est vrai
que l’endroit est magnifique. L’eau est enfin
vraiment
transparente. Le lagon où nous sommes est entouré
de
plusieurs îles et de récifs où une
houle
énorme se brise avec le fracas d’un train de
marchandises
qui n’en finirait jamais de passer.
Pas de villages,
les Holandes
Cays sont trop loin du continent et il n’y a pas
d’eau
douce. Par contre une dizaine de voiliers nous entourent, ce sont
surtout des américains dont nous allons faire la
connaissance
à la party hebdomadaire du lundi sur BBQ Island. Cette
île
a un nom dans la langue des indiens kuna mais l’endroit est
un
mouillage bien protégé et les
américains ont
investi les lieux. L’un d’entre eux est
même
là plusieurs mois par an et il entretient la cocoteraie de
BBQ
Island. Tous les jours il va ratisser les feuilles tombées
et il
ramasse les noix de coco. Il brûle également les
palmes
desséchées des cocotiers. Cette île
ressemble
à un jardin.
Nous passons des
heures dans l’eau avec nos palmes, masque et tuba. Les jours
passent et les fêtes approchent.
Mardi
25 Décembre 2007
C’est
Noël ! Les
américains sont venus nous inviter à le
fêter avec
eux. C’est un Noël insolite, rigolo et inoubliable !
Nous sommes sur
un îlot
de sable minuscule non loin du mouillage. Une nappe est
posée au
sol et de gros morceaux de corail aux quatre coins
l’empêchent de s’envoler. Tout le monde a
préparé quelque chose. C’est un super
apéro
et au champagne s’il vous plaît !
Nous sommes loin
de ceux que
nous aimons en ce jour traditionnellement consacré
à la
famille. Une ombre de nostalgie passe mais elle vite effacée
par
la chaleur de cette fête insolite de voyageurs perdus dans un
archipel peu connu.
Nous faisons nos
adieux
à cette petite communauté. Demain nous partirons
pour la
côte panaméenne et bientôt nous
passerons le Canal
en direction du Pacifique.
Lundi
31 Décembre 2007 – Panamarina, petite marina de la
côte panaméenne
Depuis deux
jours nous sommes
amarrés sur un coffre dans une petite marina de la
côte
panaméenne. Elle est tenue par des français,
Jean-Paul et
Sylvie et nous y avons retrouvé des copains.
Jean-Paul et
Sylvie ont
prévu un réveillon dans la jungle. Nous nous
joignons au
groupe composé de français, de gens de bateau et
de
terriens installés à Panama. Nous serons une
vingtaine.
Un convoi de 4x4
emmène tout ce beau monde. Nous montons dans celui de Henri
et
Valérie. Ils vivent depuis plusieurs années
à
Panama où ils sont arrivés en voilier depuis la
France.
Il faut plus
d’une
heure de route et de piste pour arriver au rendez-vous avec Miguel. Il
nous attend avec un guide indien et un cheval qui portera les cantines
jusqu’au campement.
Nous continuons
à pied
en suivant un sentier boueux où nous nous
enfonçons
jusqu’aux chevilles. Pendant presque une heure, sac au dos,
glacière à la main, nous cheminons tant bien que
mal
à travers la jungle.
Enfin nous
apercevons la
clôture de la finca . Mais elle est de l’autre
côté du rio qu’il va falloir traverser
à
gué faute de pont. L’eau nous arrive à
mi-cuisses
et nous veillons à ne pas glisser.
Miguel est
français.
Il connaît bien la forêt tropical humide, en
particulier
cette région parce qu’il y a vécu comme
les
indiens, de la chasse, de la pêche et de la cueillette
pendant
plusieurs années. Depuis il a construit sur ce terrain perdu
dans la montagne des cabanes de planches où il accueille des
éco-touristes et les guides à travers la jungle.
Il
fabrique aussi des bijoux en tagua. « Tagua » doit
être le mot indien parce que, en espagnol, on dit «
corozo
» pour parler de l’ivoire
végétal. Il
s’agit de la graine d’une
variété de palmier
qui ne pousse que dans la forêt tropicale humide
d’Amérique Centrale. Avant d’avoir
été
remplacée par les matières plastiques, cette
graine
était exportée vers l’Europe et les
Etats-Unis pour
réaliser des boutons.
Après
déjeuner,
Miguel nous emmène en exploration. Avec beaucoup de passion,
il
parle de la nature exubérante qui nous environne. Des
colonnes
de fourmis attirent mon attention. Elles suivent toujours le
même
chemin. Ce minuscule sentier est exempt de toute
végétation. Il paraît que les fourmis
produisent
une sorte de désherbant. Le terrain, ainsi
déblayé, leur permet de faire les trajets plus
rapidement
et en se fatigant moins.
Nous revenons
tout
crottés. Les grosses pluies des jours derniers ont
détrempé les sentiers et les passages
à gué
dans les rios n’ont pas suffit à nous
décrasser.
Dinde farcie et
chants scouts
sont au programme de la soirée. N’oublions pas
Mathieu !
Il est entomologiste et sa passion, ce sont les mouches. Il a des
histoires incroyables à raconter sur les mœurs
sexuelles
de ses protégées.
Minuit !
L’année
2007 se termine. Tout le monde s’embrasse à la
lueur des
lampes à gaz. Il n’y a ni eau ni
électricité
ici !
Mardi
1er Janvier 2008
La nouvelle
année
commence par une seconde promenade dans la jungle. Cette fois nous
suivons les crêtes. C’est moins boueux et nous
avons de
belles vues sur la canopée. Miguel espère nous
montrer
les singes hurleurs mais nous sommes trop nombreux et pas assez
discrets. Nous n’en verrons pas.
Trois heures de
marche au
milieu d’une végétation luxuriante dans
une
atmosphère très humide et chaude, nous rentrons
au
campement fourbus et ravis.