Le journal d'Isabelle



Jour après jour, Isabelle rédige le journal de notre voyage. Adapté pour la  radio  depuis mai 2008, voici les textes ayant été diffusés.


Venezuela

L'abordage au large du Venezuela

Les San Blas



Guy et Isabelle à l’intérieur du VENEZUELA
du 8 au 21 août 2007



Mercredi 8 Août 2007

Deux semaines se sont déjà passées depuis notre arrivée sur le continent vénézuélien à Puerto La Cruz.
En juillet nous étions restés dans les îles. Nous avions commencé par faire escale aux Testigos. Ne cherchez pas ce minuscule archipel sur la mappemonde, il est trop petit pour être noté. Il est situé entre Grenade, la dernière île au sud de l’arc antillais, et Margarita, la plus grande et la plus peuplée des îles vénézuéliennes. Quelques familles de pêcheurs y vivent loin de tout. Par contre les tortues connaissent bien le coin et elles y viennent pour pondre sur les plages.
Aux Testigos nous nous étions regroupés en convoi de plusieurs voiliers. La réputation du Venezuela en matière d’insécurité n’est plus à faire. Il suffit de lire les « conseils aux voyageurs » sur le site Internet de diplomatie.gouv.fr pour se demander s’il est bien raisonnable de s’aventurer dans un pays où les agressions et les crimes sont légion. D’après les habitués, on ne craint rien dans les îles excepté à Margarita. Ils passent tous les ans plusieurs mois au Venezuela pendant la saison des cyclones. Ils ont l’habitude. Ensuite ils retournent avec leur voilier aux Antilles et re-belote l’année d’après. Pour limiter les risques au « Venez », comme ils disent, il suffit de prendre quelques précautions, comme ne pas voyager seul par exemple, éviter le continent et ses villes, n’arborer aucun bijou de valeur et ne pas se promener avec un sac à dos.
C’est pour ça que nous voyageons de concert avec Daniel et Viviane qui sont déjà venus dans la région l’an dernier et qui connaissent les bons plans.

Après les Testigos, nous avons fait un arrêt à Margarita, l’île incontournable pour les voiliers. Pour des prix défiants toute concurrence, on trouve de tout. C’est génial pour refaire l’avitaillement mais aussi pour acheter du tissu, des outils  et tout un tas de bricoles bien utiles sur un bateau. Au Venezuela, la vie est incroyablement bon marché pour un européen et Margarita est une zone franche, c’est donc encore moins cher.  Dans ce pays sud-américain, l’opulence côtoie la misère. Les puissants vivent dans un luxe inouï et les autres survivent en multipliant les petits boulots.  Leur monnaie, le Bolivar, ne vaut rien à l’étranger et les Vénézuéliens  n’ont pas le droit d’acheter des devises étrangères. Pour les riches, c’est un problème car l’euro et le dollar sont des bons placements. Un marché noir du change est donc organisé. Il est deux fois plus intéressant pour nous, les européens, que le change officiel. Pour eux c’est la seule possibilité d’obtenir des billets verts ou des euros. En ce moment, l’inflation est galopante et la dévaluation du Bolivar suit. Nous, on récupère davantage de bolivars pour 1 euro mais on se demande combien de temps la situation va être tenable pour le peuple vénézuélien.

Après l’escale technique de Margarita, nous avons flâné dans les îles quelques semaines et nous voici sur le continent dans une marina gardée par des vigiles en armes et protégée de la rue par des murs surmontés de fils barbelés et électrifiés. Dans la journée, nous pouvons aller dans le centre-ville à condition de se faire charger par un taxi à la porte de la marina. Pas question de sortir le soir. Sur la route on longe des immeubles de quelques étages aussi bien protégés que la marina. C’est inquiétant tous ces murs, ces barbelés et ces fenêtres grillagées même dans les étages !

Nous voulons faire un périple de deux semaines à l’intérieur des terres avec Daniel et Viviane, c’est pourquoi nous nous adressons à l’agence de voyage installée à l’intérieur de la marina. Côté sécurité il semblerait que les zones indiennes où nous projetons d’aller ne posent aucun problème. Ce qui craint, c’est la côte et les grandes villes. On nous a proposé un guide avec un 4x4 et un vague programme il y a quelques jours et depuis pas moyen d’obtenir des précisions sur le trajet, les étapes et le prix. Pourtant le départ est prévu samedi matin et nous sommes déjà mercredi.


Vendredi 10 Août 2007

Enfin ! Nous faisons connaissance de Matthias, notre guide. José, le directeur de l’agence TRANSPACIFIC,  nous donne le programme du voyage. Il est temps ! Nous partons dans quelques heures !
Matthias est allemand et cela fait vingt ans qu’il vit au Venezuela. Comme il parle un peu anglais, nous devrions réussir à nous comprendre. Il possède un 4x4 Toyota dans lequel nos bagages seront à l’abri et nous, confortablement installés avec la clim pour ce périple de 3000 km. Matthias est un vrai pro du raid « aventure ». Il a tout prévu : les glacières avec les boissons et la nourriture et les hamacs avec moustiquaires. Il connaît bien le circuit, maîtrise parfaitement son véhicule, parle couramment l’espagnol et a des contacts partout.

Au programme : le delta de l’Orénoque et ses indiens, La Gran Sabana et le Salto Angel.
Daniel et Viviane ne passerons qu’une semaine avec nous. Ils ne viendront pas à Canaïma car il ont fait l’excursion du Salto Angel l’an dernier. Ils rentreront en 4x4 avec Matthias et nous, deux jours après en bus.


Samedi 11 Août 2007

Il est 8h.  Nous partons  pour le delta de l’Orénoque via Maturin.
10h30 – On crève le pneu arrière-droit dans Maturin. Quelle chance ! A proximité d’un garage ! D’après le mécano qui est venu changer la roue, il ne faut pas rester sur ce parking car le coin n’est pas sûr. Pendant que l’on répare le pneu de son 4x4, Matthias nous emmène dans un restaurant typique des bords de route. On y commande un certain poids de viande qui est cuite à la broche sur un énorme barbecue enterré. Elle est servie découpée, avec des patates ou du riz, de la sauce et des crudités.
14h – Moins de 100 km plus loin nous sommes à San Jose de Buja. Nous chargeons les bagages dans une pirogue et notre guide met la voiture dans un garage. Deux indiens Waraos profitent du bateau pour rentrer chez eux. Ils habitent à Yabinoco et c’est justement notre destination. Il pleut et il faut protéger nos valises dans des grands sacs poubelles. Sous les averses nous prenons des canaux de plus en plus larges dans le delta. Avec la vitesse, les gouttes d’eau nous piquent telles de petites aiguilles.

Une bonne heure plus tard nous arrivons au village indien. Le dépaysement est total !
Les huttes en bois, couvertes de palmes et sans murs longent la rive. Juste derrière, c’est la jungle que l’on pénètre à coup de machette. Les huttes sont sur pilotis tout comme l’unique chemin du village. Des hamacs sont suspendus à l’intérieur et toute la famille vit sur le plancher de rondins sans aucun confort au vu et au su des voisins.

Les Waraos étaient des nomades. Ce mode de vie était essentiel pour leur survie. Cela évitait entre autres l’épuisement des ressources. Pour mieux les contrôler, le gouvernement tente de les sédentariser. Quelques indiens ont donc construit une cabane en dur et deux ou trois familles ont la télé. Elle peut fonctionner du coucher du soleil jusqu’à 23h pendant que le générateur fournit du courant pour les rares frigos et congélateurs.

Matthias et Guy plongent dans les eaux marrons de l’Orénoque qui doit sa couleur à des oxydes de fer. Pour leur toilette, les indiens y descendent avec le gel-douche. Dans leur hutte il n’y a pas d’eau courante et ils font leur cuisine au feu de bois.

Pour nous c’est à peine moins spartiate ! Nos hamacs sont dans une grande hutte dont le sol est fait de planches et, comble du luxe, nous avons des murs en bois avec des ouvertures équipées de moustiquaires. Pour les douches, c’est comme pour les toilettes, il faut aller dans des cabanons extérieurs. Nous y avons l’eau courante … mais elle est directement pompée dans le fleuve et n’est donc pas potable. Pour se laver les dents on prendra l’eau en bouteille.

18h30 – Le soleil est couché. Pour l’apéro, Matthias nous propose un CUBA LIBRE. C’est le Ti’Punch vénézuélien : du rhum, du coca et une rondelle de citron, le tout servi bien frais. Fini le rhum agricole AOC dont les Martiniquais sont si fiers. Ici il est fabriqué à partir de la mélasse et non du jus de canne. C’est beaucoup moins bon mais noyé dans du coca ça passe très bien ! Les moustiques nous épargnent, nous sommes habillés des pieds à la tête et nous nous sommes aspergés de répulsif.

Bien fatigués nous allons dans nos hamacs de bonne heure, bercés … désagréablement … par le ronronnement du groupe électrogène qui ne s’arrêtera que vers minuit !


Dimanche 12 Août 2007

Réveillés en fanfare par les coqs avant l’aube nous nous rendormons quand même jusqu’à 6h30. Après un petit déjeuner copieux, nous montons dans le bateau de Freddy, un habitant du village qui nous promènera pendant les deux jours. Julio, un copain indien de Matthias, sera notre guide dans la jungle et sur le fleuve.

Le débit de l’Orénoque le classe au 4e rang mondial. Son delta couvre une surface équivalant à 75% de celle de la Belgique. Nous sommes dans la partie nord, celle qui se jette dans le Golfe de Paria et nous allons passer toute la journée sur l’eau dans la région de la Boca de Tigre. Nous sommes impressionnés par l’immensité du site. Des centaines de canaux forment un labyrinthe inextricable dans la forêt vierge. Des jacinthes d’eau dérivent au gré des marées qui se font ressentir très loin dans l’intérieur du delta.

Nous empruntons un bras encombré par des roseaux. Les rives se resserrent et nous devons baisser la tête pour éviter les branches. Plus nous avançons, plus la végétation aquatique est dense et le moteur de 48 CH ne réussit plus à pousser la pirogue. Nous sommes pris dans les jacinthes d’eau. Julio dégage le passage avec sa machette mais bientôt cela ne suffit plus. Du coup, Matthias et lui saisissent alors les planches qui nous servaient de repose-pieds et nous sortent de là en prenant appui sur le fond pour extraire la barque du piège où elle s’est mise.

La Morena, un autre village Warao, est à une demi-heure de bateau de Yabinoco. Une trentaine de famille y vit. Un chemin sur pilotis passe entre la forêt et les huttes. Des troncs couchés perpendiculairement au chemin tracent un sentier vers la végétation luxuriante à partir de chaque habitation. Julio nous explique qu’ils conduisent aux « baňos » et que lorsqu’on y pose culotte, les moustiques en profitent méchamment !

Une multitude d’enfants se précipite sur Matthias. Ils le connaissent car il n’oublie jamais d’apporter bonbons et sucettes. Nous achetons des colliers de graines colorées et des corbeilles tressées avec les joncs du delta.

Tous les Waraos ne vivent pas groupés en villages. Nous avons vu beaucoup de huttes isolées et habitées au bord du fleuve. Une pirogue avec un moteur est un luxe que peu d’entre eux peuvent se permettre.

Pour pêcher le piranha, Julio abat un palmito. C’est un petit palmier. Les palmes effeuillées serviront de cannes à pêche. Il nous donne à goûter le cœur de la partie haute du tronc. Tendre et croquant, c’est délicieux ! Rien à voir avec le cœur de palmier des conserves ! Le reste du tronc est employé pour les planchers des huttes. L’enveloppe du cœur sert de « papier ». On peut y graver des signes en le rayant avec un objet pointu. Il cherche ensuite le coin idéal pour que nous rapportions de quoi faire une bonne friture. Nous n’aurons pas de touche ! C’est Freddy qui attrapera un piranha dans l’après-midi en nous attendant pendant que nous sommes en « promenade  écologique » dans la jungle.

Pour cette balade un peu particulière nous sommes équipés !
Chaussures ne craignant rien car nous allons marcher dans l’eau et dans la boue nous enfonçant jusqu’au chevilles. Rien n’est sec et rien ne sèche ici.
Manches longues, col fermé et grosses doses de répulsif anti-moustique. Dès que nous quittons la rive pour pénétrer dans la forêt des nuées de ces affreux insectes attaquent. En marche cela va encore mais quand nous nous arrêtons écouter les explications de Julio c’est carrément insupportable.

Il y a tant de choses à découvrir … Julio nous montre des arbres et des plantes permettant de survivre dans ce milieu hostile.
Il coupe une liane et des gouttes d’eau savoureuse s’en écoulent.
Il pose la main sur une termitière suspendue dans un arbre. Quelques secondes plus tard il la retire couverte de termites qu’il écrase entre ses paumes. Il s’en couvre le visage et le voilà protégé des moustiques !
Le balsa est un arbre dont on utilise le bois pour l’aéromodélisme tellement il est léger. Sa sève épaisse et rouge est un colorant naturel. Ce qui est surtout impressionnant, c’est le bruit que l’on peut faire en frappant son tronc à contreforts avec une masse. Le son émis est grave et sourd. Il s’entend de très loin. Un téléphone sans fil en quelque sorte ! Impeccable pour communiquer dans la jungle et pas de risque d’être en panne de réseau !
Un des palmiers qu’il nous montre est particulièrement intéressant. Avec ses palmes on couvre les toits des huttes. Ses fruits ressemblent à des petites noix de coco dans lesquelles on trouve un peu d’eau et de la pulpe comestible. On en extrait aussi une sorte de fibre végétale tissée et très « stretch » dont on faisait des pagnes. Je préfère le mettre sur ma tête pour me protéger des moustiques qui ne cessent de nous tourner autour. En découpant l’extrémité de l’enveloppe de la fleur, on obtient un verre. Avec son bois séché, on fait du feu en frottant deux morceaux l’un contre l’autre. Bref ! L’arbre à tout faire !

J’ai gardé le meilleur pour la fin …
Dans les arbres morts en décomposition sur le sol détrempé, se développent des vers blancs à tête rouge. Ils sont gros comme un pouce. C’est une source de protéines nous affirme Julio et il nous montre comment le manger. On ôte la tête d’un coup de dents et on la recrache. On vide ensuite le ver de sa substance liquide et on le mange cru ou cuit. Guy tente l’expérience et réussit l’exploit. Nous avons la preuve : j’ai filmé ! Il avouera après que ce n’est pas très bon, plutôt amère et très caoutchouteux. Julio admet que c’est bien meilleur quand c’est cuit. Nous décidons de le croire sur parole.

Au cours de nos trajets sur le fleuve, nous avons vu des dauphins d’eau douce au ventre rose et des singes. On les qualifie de « hurleurs » tellement ils font du vacarme ! Tous les jours, les perroquets arrivent du continent par milliers à la tombée de la nuit pour dormir au sommet des arbres dans la forêt du delta. Nous regardons le soleil se coucher en écoutant leur chant.


Lundi 13 Août 2007

Dès 8h nous montons dans la pirogue de Freddy qui nous ramène à San Jose de Buja. Il ne pleut pas et la lumière est magnifique. Nous profitons mieux du trajet qu’à l’aller où il avait tant plu.

Nous reprenons la voiture pour une longue route vers le sud et la Gran Sabana. Nous passons l’Orénoque sur le tout nouveau pont de San Felix. C’est ensuite Upata, Guasipati, El Dorado et le fameux km88 au pied de la montée vers le plateau.

Au sud-est du Venezuela, la Gran Sabana est un tepui très étendu (1/10 de la France environ). « Tepuyes » est le nom indien donné aux mesas, ces montagnes tabulaires à la silhouette si caractéristique. La Gran Sabana, autrement dit  « La Grande Savane » en français, est un plateau de 1400 m d’altitude en moyenne sur lequel, de loin en loin,  se dressent d’autres tepuyes.

Le plus élevé d’entre eux, le Roraima, culmine à 2800 m et il est très isolé du reste de la région. Une faune et une flore endémiques s’y sont développées tout comme aux Galapagos. « Un monde perdu » ! Il est d’un accès difficile et est réservé aux bons treckeurs … à moins de s’y faire déposer en hélicoptère comme des Japonais que nous avons rencontrés.

17h – Nous sommes au pied de la Gran Sabana et nous avons le temps d’y monter. Nous dormirons dans la posada de San Rafaele à côté des rapides de Kamoiran.


Mardi 14 Août 2007

Nous suivons la seule route goudronnée. Elle mène au sud à Santa Elena de Uairén à la frontière avec le Brésil. Si on la continue on parvient à Boa Vista.

Un paysage de savane s’étend de part et d’autre. On s’attend à voir des girafes, des lions … mais rien ! Peu d’animaux ici. Nous verrons quand même quelques oiseaux, des lézards, un scorpion, des chenilles, des papillons et beaucoup d’insectes.

Nous quittons l’asphalte pour des pistes menant à des « Saltos ». C’est comme ça qu’on appelle les cascades en espagnol. La Gran Sabana fait partie du bassin versant de l’Orénoque. Il peut pleuvoir jusqu’à 3000 mm par an à certains endroits. Toute cette eau alimente de nombreuses rivières et cascades. Quelques unes sont spectaculaires et ont contribué à la réputation de cette région unique au monde.

Nous déjeunons en haut des chutes de Kama qui tombent 110 m plus bas. Des indiens y vendent leur artisanat. Ils font de très beaux bijoux. Nous craquons !
Un arrêt rapide à la Quebrada de Jaspe : l’eau court sur le jaspe le polissant sans trêve. Ici la roche siliceuse est rouge vif et noire. Superbe !

Une fois nos bagages déposés à la posada Yakoo de Santa Elena, il nous reste assez de temps pour passer la frontière du Brésil et faire les boutiques brésiliennes de La Linea. Nous réalisons que nous sommes à moins de 400 km de l’équateur. Je ne suis jamais allée autant au sud.


Mercredi 15 Août 2007

Au lever, il pleut. La visibilité est nulle et Matthias revient bredouille de la pompe à essence. Dans ce pays producteur de pétrole, ils ne sont pas capables de s’organiser pour remplir les citernes des stations.
Vers 10h la couverture nuageuse se lève et nous partons. La piste vers le Salto Yuruani est détrempée et en très mauvais état. Matthias nous donne un aperçu de ses talents de conducteur et des capacités de son 4x4.

Baignade et déjeuner à Balenario Suruape puis pause « artisanat » dans la seule ville de cette longue route : San Francisco de Yuruani et nous voici de retour à la posada pour un farniente bien agréable dans le joli cadre de Yakoo. Pendant ce temps Matthias retourne à la station-service. Le camion-citerne est venu et il lui faut faire la queue … Nous ne le reverrons que 3h1/2 plus tard, complètement épuisé. La Gran Sabana est un lieu de villégiature pour les vénézuéliens pendant leurs congés d’été et il paraît que les pénuries de carburant sont courantes pendant la saison touristique.


Jeudi 16 Août 2007

Nous prenons la route de bonne heure pour remonter vers le nord. En passant devant les stations essence, je compte les voitures qui attendent : 80 à l’une et 60 à l’autre. Déjeuner à Kamoiran où nous avions dormi à l’arrivée dans la Gran Sabana. Des voitures font la queue à la pompe … qui est fermée. Personne ne peut dire quand le camion-citerne arrivera … quel pays !

Nous repartons pour 3h de piste vers l’ouest. Le paysage est grandiose et désert sur les 70 km qui nous séparent de Kavanayen, ce grand village indien au fin fond de la savane. Les maisons sont en pierre taillée sur les deux faces. Aucune posada n’a été réservée ici. L’idée de bivouaquer à 5 dans le 4x4 ne nous enchante guère ! Matthias demande à la Mission Catholique mais c’est complet. Il finit par trouver des chambres au confort minimaliste. Nous serons quand même dans un lit à l’abri de la pluie qui n’a pas cessé.


Vendredi 17 Août 2007

Matthias est malade depuis hier soir, grippé et pas en forme. Nous faisons un petit tour dans Kavanayen avant de se diriger en 4x4 vers le Salto Aponwao. Faute d’avoir pu remplir le réservoir d’essence hier à Kamoiran, nous ne pourrons pas faire autre chose aujourd’hui. La piste principale était déjà assez sportive mais là cela devient super ! Matthias oublie sa fièvre tellement il s’amuse à conduire sur la piste noyée d’eau. Boue, ornières, gués … rien ne manque !

Arrivés au petit village sur la rive de l’Aponwao, nous prenons une curiara, cette pirogue indienne équipée d’un gros moteur hors-bord. En 1/2h nous sommes en haut du Salto Aponwao. La rivière bouillonne et des câbles sont tendus en travers. Sans doute pour se rattraper avant la chute en cas de panne de moteur…
Impressionnant ! Le bruit de l’eau tombant 100m plus bas est assourdissant. Nous descendons par un petit chemin à travers la jungle au pied de la chute.

C’est la saison des pluies et nous avons du mal à passer entre les gouttes depuis notre départ. Les cours d’eau débordent et le débit des cascades est énorme. Nous n’avons pas en Europe des spectacles pareils. C’est à couper le souffle, au propre comme au figuré. Lorsqu’on s’approche du pied du salto, la violence des embruns et du vent est à la hauteur d’une bonne tempête en mer.

Retour vers Chivaton, une posada perdue au milieu de nulle part mais un peu mieux que celle d’hier. Comme le ciel s’est dégagé, on aperçoit enfin quelques tepuyes à l’horizon.


Samedi 18 Août 2007

Journée fatigante de voiture jusqu’à Ciudad Bolivar.

Le pneu qui avait été réparé à Maturin au début du séjour, éclate. Cette fois-ci, il est mort. Matthias met la roue de secours et on croise les doigts car il ne compte pas faire l’achat d’un nouveau pneu avant Puerto La Cruz, terminus du voyage.

La posada Don Carlos est dans le centre de la vieille ville, à quelques pas des rives de l’Orénoque. Cette vieille demeure datant de la colonisation espagnole est superbement restaurée et confortable, mais nous dormirons mal car des chiens ne cesseront de hurler et d’aboyer toute la nuit dans la rue. En plus j’ai de la fièvre. J’ai du attraper le virus de Matthias et puis, ce soir, j’ai eu très froid dans la pizzeria où nous avons dîné. La climatisation était réglée beaucoup trop bas.


Dimanche 19 Août 2007

7h30 – Matthias nous dépose à l’aéroport de Ciudad Bolivar avant de repartir en 4x4 pour Puerto La Cruz. Pendant une heure, dans un petit coucou à six places, nous survolons vers le sud de grandes étendues désertes et parfois inondées. Les premiers tepuyes apparaissent et l’avion se prépare à atterrir sur la modeste piste de Canaïma. Le spectacle des chutes de Canaïma est extraordinaire. Nous sommes dans un parc national inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1994 et géré par les indiens qui seront nos guides pendant ces deux jours. Le nôtre nous conduit à la posada Wey Tepuy où nous dormirons une nuit. L’autre nuit nous la passerons dans un hamac au campement du Salto Angel.

Il faut laisser notre gros sac à la posada et ne prendre avec nous que le strict minimum pour le voyage en pirogue vers le campement de base du Salto Angel. La remontée des rios Carrao et Churun dure plus de 4h. Il faut franchir plusieurs rapides et nous serons même obligés de passer à terre pour l’un d’entre eux. La pirogue doit être délestée du poids de ses seize passagers pour parvenir à passer sans trop de risques la zone dangereuse des rapides de Mayupa. La majesté des tepuyes que nous longeons nous stupéfie. Des dizaines de cascades coulent le long des parois verticales. A leurs pieds c’est la forêt, luxuriante et gorgée d’humidité. L’eau est rouge, chargée en minéraux et oxydes de fer, le sable et les galets sont roses.

Le campement fait face au Salto Angel. Nous voici devant la mythique « plus haute chute d’eau du monde » : presque 1 km en chute libre. Jimmy Angel, un aviateur américain, l’a découverte par hasard en 1937et on a donné son nom à cette cascade unique. Elle est grandiose !
Les indiens organisent le camp, coupent du bois pour un énorme barbecue capable de cuire les vingt-cinq poulets du dîner et installent les hamacs sous l’abri de tôles. Pendant ce temps nous lions connaissance avec François et Birgit. Ils viennent de terminer leurs études et font un tour du monde en six mois avant d’entrer dans la vie active.


Lundi 20 Août 2007

Nous partons à pied dans la jungle pour nous rapprocher du Salto Angel. La végétation est exubérante et la promenade très agréable.

Arrivés au mirador de la chute nous en prenons plein les yeux. Imaginez un brumisateur colossal ! L’eau qui tombe en chute libre sur presque 1 km s’éparpille en gouttes sur une très large surface en arrivant au sol.
Nous sommes loin et pourtant nous sentons les embruns qui nous rafraîchissent le visage.

Il est l’heure de rentrer. Après un repas au campement de base, nous remontons dans la cariara pour 3 h de descente sur les rivières jusqu’à Canaima et sa lagune. Il pleut pendant presque tout le trajet. En plus, à chaque fois que nous passons des rapides, nous embarquons de gros paquets d’eau.
Malgré les ponchos en plastique nous sommes trempés et nous finissons par grelotter. Un comble sous ces latitudes !


Mardi 21 Août 2007

Une balade au Salto El Sapo est prévue ce matin. C’est le nom de l’une des cascades de Canaima. Pour cela une pirogue nous fait traverser la lagune. Nous continuons à pied sur l’autre rive.

Le sentier passe derrière la chute d’eau et la longe pendant une bonne centaine de mètres. C’est impressionnant ! Le rideau d’eau qui tombe est tellement épais qu’il fait presque nuit dans l’étroit passage glissant qui longe la paroi. Le vacarme de la cascade nous rend sourd et les trombes d’eau qui nous arrosent, nous aveuglent. Impossible d’y échapper … nous voilà à nouveau trempés jusqu’aux os par l’eau rouge venue des tepuyes.

A la sortie nous nous réchauffons vite au soleil en montant en haut de la chute dominant ainsi la lagune et la plaine de Canaïma où des palmiers poussent les pieds dans l’eau. Que c’est beau ! On resterait là, contemplatifs, si le guide nous laissait faire.

Pour revenir, nous reprenons le même chemin avec un nouveau passage toujours aussi rafraîchissant derrière El Sapo. Nous nous changeons et vite, nous allons à l’aéroport. Le terme est un peu pompeux pour désigner l’endroit mais c’est comme ça.

Nous sommes dans les premiers à arriver pour s’inscrire sur les listes de départ et nous partons avec les premiers vols … dans deux avions différents. Dommage ! J’aurais bien aimé partager avec Guy mon émerveillement en voyant les averses se déverser sur le sol. L’avion effectue les zigzag nécessaires pour contourner les grains. Le spectacle est génial !

A l’aéroport de Ciudad Bolivar, nous trouvons un taxi qui nous emmène à la gare routière. Comme beaucoup de voitures dans ce pays, c’est une vieille grosse américaine rafistolée avec du fil de fer. Elle roule … nous n’en demandons pas plus.
Il reste des places pour le bus de 16h30. En ville, l’air est étouffant et la chaleur à peine supportable. Nous attendons au frais dans la minuscule salle d’attente climatisée de la compagnie. Un homme y dort, assis, la tête appuyée sur un tabouret de bar. Rien ne perturbe ses ronflements, même pas les portes qui claquent !

Le trajet dure plus de 4h. Les bus vénézuéliens sont extrêmement confortables. On peut faire des kilomètres sans peiner. Il fait nuit depuis bien longtemps lorsque nous rentrons chez nous, des images, des sons, des odeurs, des goûts et des sensations plein la tête.


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PRO’S PER AIM au large du Venezuela : l’abordage
du 6 au 8 novembre 2007



Mardi 6 Novembre 2007 – Le long des côtes de Curaçao

Il est midi, nous quittons le mouillage protégé de Spanish Water pour gagner le nord de Curaçao et caréner Pro's Per Aim en plongée dans la crique de Santa Krus. Cette étape nous rapproche d'une bonne vingtaine de milles de notre prochaine étape : l'île double de Los Monjes Del Sur.

Nous y sommes avant la nuit. La petite baie est jolie et tranquille. Je laisse filer l’ancre et la chaîne qui se tend en croquant. Zut ! L’ancre n’accroche pas. Il faut recommencer. L’ancre remonte et Guy déplace le bateau de quelques dizaines de mètres. A nouveau, je tente le mouillage. Rien à faire. Les fonds ne tiennent pas. La couche de sable est trop fine et l’ancre glisse sur le corail. Nous ne pouvons pas rester là.
Donc, vers 18h00, nous décidons de prendre la mer et de filer plein vent arrière vers Los Monjes.
Tout dessus, génois tangonné, sous pilote, Pro's Per Aim avale les milles. Les alizés soufflent force 4/5 et la mer est assez agitée. Au petit jour nous sommes proches de la Colombie quand en quelques instants la croisière bascule dans le cauchemar ...


Il est 7h00 du matin en ce mercredi 7 novembre 2007 par 12°21’N et 70°30’W. Le soleil a tout juste commencé à blanchir l’horizon. Dans ces coins fréquentés par les pêcheurs et les pétroliers, il faut faire une veille active et c’est moi qui suis de quart quand j’aperçois deux bateaux : un gros à 4 ou 5 milles à bâbord et un autre plus petit qui se dirige sur nous. Je l’observe quelques minutes et l’angle de nos routes ne change pas. Il faut faire quelque chose sinon ce sera la collision ! Comme nous sommes vent arrière, je préfère réveiller Guy car la moindre erreur de manœuvre peut provoquer un empannage qui risquerait de nous faire démâter.

Le temps que Guy monte sur le pont, le bateau est déjà sur nous. Il nous coupe la route et fait demi-tour en tirant en l’air une fusée blanche. Il est maintenant parallèle à Pro’s Per Aim à une dizaine de mètres sur notre bâbord. Curieux ! Ce bateau s’appelle « Le Flamingo », mais il arbore un pavillon cambodgien et son port d’attache est Phnom Penh.

Avec un porte-voix, un marin crie « Three … Three … Zero ». Que nous veulent-ils ? Guy descend à la radio VHF et les interroge sur leurs intentions en utilisant le canal 16, celui des urgences en mer. Aucune réponse ! Il remonte rapidement dans le cockpit.

Tout se passe alors très vite. Notre agresseur modifie sa direction et se dirige droit sur nous. L’abordage est inévitable. Pour limiter les conséquences du choc autant que par réflexe, Guy coupe le pilote et met la barre à droite. Le Flamingo, ce bateau cambodgien, nous éperonne à l’avant et s’éloigne tranquillement.
Les voiles sont en vrac et l’équipage est choqué !

Guy retourne à la radio pour agonir de sottises nos agresseurs. Cette fois, on nous répond dans un mauvais anglais. Ils nous laisseront tranquilles si nous faisons cap au nord pendant au moins deux milles. Nous comprenons à ce moment là que le « Three … Three … Zero » qu’ils avaient crié au porte-voix avant l’abordage, signifiait « trois … trois … zéro » autrement « cap au 330 ».

Nous obtempérons sans discuter. Cap au nord donc ! Et nous remettons Pro’s Per Aim en état de marche. Les voiles sont à nouveau bien gonflées et le choc n’a pas provoqué de voie d’eau. Il faut rappeler que notre bateau est en aluminium. Dans les mêmes conditions, un voilier en plastique aurait eu l’étrave arrachée. Nous en sommes quittes pour simplement un peu de peinture blanche à refaire, le filet à réparer et une ancre à racheter. C’est elle qui a amorti le choc. Elle est complètement tordue et inutilisable.

Le calme est revenu, nous permettant de recouvrer nos esprits. Plein de questions nous assaillent. Pourquoi un bateau cambodgien nous a-t-il éperonné au large de la côte sud-américaine, à la limite du Venezuela et de la Colombie ? Que faisait l’autre gros bateau dont il ne fallait visiblement pas s’approcher ?
Plus tard, dans l’archipel des San Blas le long de la côte panaméenne, on nous expliquera que le transfert de la drogue entre la Colombie et les Etats Unis se fait par bateau. Le bateau récupère sa cargaison en pleine mer, les paquets de cocaïne et autres substances illicites étant parachutés à un endroit défini à l’avance par un point GPS extrêmement précis.
Avons-nous dérangé un trafic de ce type ? Etait-ce autre chose ? Nous ne le saurons jamais.


Vers 11h00, nous sommes en vue de Los Monjes Del Sur. Nous n’avons pas de carte, simplement un croquis donné par des copains, montrant que les deux îlots sont reliés par un enrochement artificiel et qu’un cordage est tendu sous le vent de cette digue pour que les bateaux puissent s’y amarrer.

Ce sont les dernières îles vénézuéliennes vers l’ouest. Elles n’ont jamais été habitées car ce sont deux gros cailloux stériles et sans eau. Mais l’administration vénézuélienne y a installé des douaniers qui s’ennuient ferme en surveillant le secteur.
A peine amarrés au gros filin qui relie les deux îlots, nous les voyons arriver et nous comprenons qu’il faut aller les chercher sur le petit quai avec notre annexe. Les voyageurs de la mer ne sont pas si nombreux à passer par là et la venue d’un voilier apporte un peu de sel à leur ordinaire bien terne. C’est pour cela qu’ils profitent de leurs prérogatives pour monter à bord et visiter Pro’s Per Aim sous prétexte de vérifier l’armement et le matériel de sécurité. Un formulaire est soigneusement rempli en deux exemplaires sans carbone. Tout cela les occupe un bon moment.

Leur travail administratif terminé, ils ne se décident pas à partir. Comme nous ne parlons pas espagnol, la conversation a lieu en anglais. Ils acceptent une bière fraîche et se mettent à raconter leur vie sur cette terre aride. Leur séjour dure un mois puis ils rentrent chez eux pour un mois et on recommence.
Imaginez-vous !
Los Monjes Del Sur ce sont deux gros cailloux, le plus grand des deux faisant 500 m de diamètre et 80 m d’altitude. Les deux îlots de pierre ont été reliés par un remblai tout aussi minéral. Rien ne pousse sur Los Monjes. Les flancs du rocher tombent à pic dans la mer, il n’y a pas de plage et aucun mouillage à l’ancre n’est possible.
En plus de l’atmosphère très minérale des lieux, on est assourdi 24h sur 24 par le bruit des trois moteurs diesel faisant tourner les groupes électrogènes. Ils produisent le courant nécessaire au dessalinisateur, à l’éclairage du phare et à la vie quotidienne des douaniers.

Nous sommes donc invités à visiter le phare et à profiter du panorama. La chaleur de leur accueil nous console de nos mésaventures matinales.


Jeudi 8 Novembre 2007 – Los Monjes Del Sur (îles vénézuéliennes)

Hier soir, un bateau de pêche est venu s’amarrer à nos côtés.
Ce matin nous échangeons des bonjours et des sourires. Ils aimeraient bien rentrer en contact et nous aussi mais la barrière de la langue limite les échanges.
Toute la journée nous les voyons s’affairer sur leur grosse barque entre deux siestes. En fin de soirée, un des matelots qui pêchait  pour s’occuper pendant cette journée de pause, se met à crier tout excité par sa prise. Un beau pagre a mordu à son hameçon. Ni une ni deux, ils nous le proposent. Guy va avec l’annexe le chercher à leur bord. Pour les remercier du cadeau nous leur donnons une tablette de chocolat et des bières bien fraîches.

Nous larguerons les amarres cette nuit pour faire route sur le Cap de la Vela : un endroit mal famé de la côte colombienne non pas à cause des hommes mais à cause de la mer et du vent qui rendent impossible le passage quand la météo est mauvaise.


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PRO’S PER AIM dans les SAN BLAS
du 2 au 27 décembre 2007



L’archipel des San Blas s’étend sur 120 milles entre le Cap Tiburon, à la frontière avec la Colombie au sud-est et le Golfe des San Blas au nord-ouest.
La navigation y est difficile et inconfortable. Tout d’abord, au fin fond des Caraïbes, la houle est croisée rendant la mer mauvaise, hachée et courte. Et surtout, la zone, parsemée de récifs coralliens, est très mal cartographiée.

Alors, pourquoi s’y rendre ?
La réponse est simple : chez les voyageurs de la mer, l’archipel est mythique !

Les îlots, couverts de cocotiers, les lagons et la vue sur la cordillère des San Blas s’élevant sur le proche continent invitent au farniente et sont un régal pour les yeux.
C’est le KUNA YALA, pays des indiens Kunas. Cette province dépend de l’état de Panama et possède une grande autonomie qui lui a permis jusqu’alors de conserver ses coutumes et ses traditions.


Dimanche 2 décembre 2007

9h- Nous sommes en vue de l’Isla Pinos. De loin, avec son sommet de 200 m et sa forme de baleine, on la repère facilement. Nous allons l’aborder par le sud-est. Cette large passe est l’un des chenaux d’entrée dans les San Blas.
Guy a préparé la route avec plusieurs guides nautiques mais nous savons qu’il y a un décalage entre les cartes et les coordonnées données par le GPS. Il faut donc ouvrir grand les yeux.
Un peu d’adrénaline à l’idée de naviguer dans un endroit pareil … ça réveille après une nuit quasi blanche passée à veiller en mer.
Le continent est proche : les montagnes sont couvertes d’une jungle qu’on dit impénétrable et la plaine côtière, étroite, est plantée de milliers de cocotiers.

Une heure plus tard, l’ancre est au fond de la baie à un petit mille au sud du village de Tupuk. En langage kuna, « Tupuk » signifie « baleine ».
Déjà des pirogues nous accostent. « Nuedi ! » (bonjour !)
Perez, dans un anglais approximatif nous explique qu’il est le secrétaire et que le droit au mouillage coûte huit dollars. Il nous donne un reçu. Dans l’après-midi il faudra aller se présenter au Sahila, le chef respecté de la tribu.

Un bon déjeuner, une petite sieste réparatrice et nous voici frais et dispos pour nous rendre au village.
Nous accostons à un ponton en béton où est amarré un vieux caboteur colombien tout rouillé. Il apporte des vivres frais et, en échange, il embarque des noix de coco. L’économie kuna repose en grande partie sur ce troc.
Deux cochons sont à l’abri du dangereux soleil tropical dans une petite case sur pilotis au-dessus  de la mer. Comme le plancher est fait de rondins mal joints, la corvée de curage de la porcherie en est grandement facilitée. Pour les Kunas dont la case donne sur le rivage, les toilettes sont construites sur le même modèle. En guise de murs, des palmes de cocotiers préservent une intimité que les porcs ne réclament pas.
Perez nous accueille et nous emmène chez le chef allongé dans son hamac. Avec une grande déférence, Perez joue le rôle du traducteur. Comme nous avons payé la taxe, nous avons le droit de circuler dans le village et de prendre des photos.
« Tekimalo ! » (au revoir !). Nous prenons congé.
Avec Perez qui ne nous lâche pas, nous découvrons les ruelles bordées de cases. Une palissade cache à nos regards les petites cours intérieures. Rien ne traîne, tout est propre, soigné. Nous entendons des poules et des coqs, nous apercevons des cochons. Il nous montre le réservoir d’eau. Sur Pinos, ils ont de la chance, il y a de l’eau douce. Sur les autres îles, les indiens vont la chercher en pirogue sur le continent. Certains villages ont réussi à installer une grande canalisation pour que l’eau soit acheminée sur leur îlot.
Les enfants sortent et réclament des photos, mais les femmes, si belles dans leur costume traditionnel, se cachent et refusent qu’on les photographie.
Le dépaysement est complet. Tout est si loin de ce que l’on connaît et même de ce que l’on peut imaginer.

Il est possible de faire le tour de Pinos en trois heures de marche. Ce sera pour lundi avec David comme guide.
Après un passage chez le Sahila qui nous accorde le droit à la balade moyennant une nouvelle taxe de deux dollars par personne, nous partons. David réclamera huit dollars pour lui en plus en précisant que c’est un minimum. Aux Américains il demande davantage mais, je le cite, « les Français n’ont pas les mêmes moyens que les gringos ».
Le roi « dollar » fait rapidement changer les mentalités au pays Kuna. Notre jeune guide m’explique très sérieusement qu’il exploite le tourisme depuis cinq ans déjà et il n’en a que dix-neuf !
Attention ! me dit-il … j’exploite le touRISME pas le touRISTE …

La promenade est très agréable. Le sentier longe le rivage, les eaux sont calmes derrière la barrière de corail qui entoure l’île. Nous marchons à l’ombre des cocotiers qui couvrent l’étroite bande entre la mer et les versants de la montagne.

David scrute le large : il espère à chaque nouvelle baie découvrir un trésor. D’après lui, les courants apportent sur Pinos des restes de naufrages ou des « choses » tombées ou jetées volontairement à l’eau par des navires soi-disant colombiens. Il est arrivé, nous dit-il, que l’on récupère sur la plage des paquets de cocaïne. (!)

A mi-chemin il nous montre sa cocoteraie et nous ouvre une de ses noix de coco. Mais nous n’avons pas de couteau pour la percer. Il essaie avec une pierre et la noix se casse laissant échapper l’eau si désaltérante. Nous nous contenterons de la pulpe.

Tout à coup il s’écrit : « Oh ! Jesus ! ».
Un bidon bleu, prisonnier des récifs, flotte entre deux eaux. David se précipite et le rapporte sur la plage. Une bonne odeur d’essence s’en dégage !
Il joint les mains et remercie Dieu. Avec cette essence il pourra aller sur le continent à l’hôpital pour faire soigner son œil qui le fait souffrir.
Mais le bidon est très lourd et il nous reste une bonne heure de marche. Pas question de le porter sur le reste du chemin. Nous lui proposons de revenir avec l’annexe. Il cache sa prise afin d’éviter qu’un autre indien Kuna ne la lui prenne et nous voilà repartis.
En arrivant au village nous le traversons d’un bon pas derrière un David tout excité et nous montons dans le dinghy tous les trois.
Il nous faut un bon quart d’heure pour revenir sur les lieux par la mer. La rive paraît recouverte de corail. Guy ne veut pas s’approcher en annexe pour ne pas la percer. Mais David connaît bien son île : un minuscule chenal laissant juste la place nécessaire à notre passage nous amène au ras de la plage.
De retour au village, David est triomphant. Il nous remercie chaleureusement ce qui ne l’empêche pas de réclamer les huit dollars pour son rôle de guide. Notre aide avec l’annexe pour rapporter son bidon d’essence était visiblement un dû. Il prend mais ne donne rien en échange. Avec ce que nous avions lu des San Blas, nous attendions un autre accueil. Vraiment, tout a changé. L’argent a commencé son triste travail de destruction.

Nous quittons l’Isla Pinos le mercredi 5 au matin en longeant le continent vers le nord-ouest : très vite les montagnes couvertes de jungle s’élèvent. A leur pied les silhouettes élégantes des cocotiers s’interrompent parfois pour un village. D’un seul coup je comprends pourquoi je trouve le paysage splendide. Pas une ligne électrique, pas un seul bâtiment, pas une route ou un pont pour détruire l’harmonie de la côte. Quel bonheur !


Mercredi 5 Décembre 2007

L’arrivée à Achutupu est délicate. Heureusement le soleil est avec nous et nous zigzaguons à vue entre les îlots et les patates de corail qui affleurent un peu partout. Plusieurs centaines de cases occupent toute la surface de l’île.  L’endroit est magnifique. Nous jetons l’ancre.

Il faut trouver le chef : « Sahila, por favor ! ». Droite, gauche, dans un dédale de ruelles, à chaque virage il faut demander la suite du chemin.

Nous voici à la porte d’une grande case publique : c’est le Congreso. On y décide des affaires du village en assemblée où la présence est obligatoire ; celui qui ne vient pas a une amende ! Des hamacs sont au centre pour le Sahila et ses adjoints, les villageois s’assoient autour sur des bancs. C’est également un lieu de rencontre où chacun peut venir quand il veut.
Dans la pénombre, on devine des femmes qui cousent leur mola. Près de la porte, si basse qu’il faut se baisser pour entrer, un Kuna albinos chante en s’accompagnant à la guitare. D’autres l’écoutent religieusement. La consanguinité est probablement à l’origine de la naissance de ces enfants blancs baptisés « Fils de la Lune » et vénérés par la tribu. Peu d’entre eux atteignent l’âge adulte.

Le secrétaire arrive. Il va nous conduire chez le chef mais il doit auparavant passer chez lui se vêtir d’un tee-shirt. On ne se présente pas torse nu devant le Sahila.
La case du chef est très grande, meublée de quelques hamacs et d’une petite table autour de laquelle des femmes sont assises. Le Sahila, lui, se balance doucement dans son hamac. Au-dessus de sa tête j’aperçois … ses cravates soigneusement pendues sur un rondin. Un peu plus loin ses chemises sont sur des cintres. Pas d’armoires chez les Kunas, pas de désordre pour autant. Ces accoutrements occidentaux sont surprenants dans un tel décor, mais nous avons déjà constaté que seules les femmes ont gardé leur costume traditionnel. Les hommes s’habillent d’un short et d’un tee-shirt.
Pour l’heure le Sahila est presque nu, un linge informe lui enveloppant l’entrejambe. Sans se lever, il nous tend la main et écoute le secrétaire qui nous présente. Il faut lui donner cinq dollars pour le Congreso et nous serons en règle : balade dans le village et photos permises pour tout le temps de notre séjour à Achutupu.

Quand nous n’allons pas à terre, ce sont les indiens qui viennent à nous. A longueur de journées, les pirogues nous accostent : les enfants réclament des bonbons, les femmes tentent de nous vendre leurs molas et les hommes le produit de leur pêche. Notre boîte de bonbons se vide, nous accumulons des molas tous plus beaux les uns que les autres. Des langoustes ? Super ! Nous n’avons rien pêché ces jours-ci cela va faire varier notre ordinaire.

Comme nous avons acheté leurs oeuvres, des femmes acceptent que nous les photographions. Les molas ornent par paires leur blouse. Ils sont sobres et composés de simples dessins amérindiens. Les molas sont devenus célèbres et s’exportent en tant qu’objet d’art dans le monde entier. On raconte qu’avant l’arrivée des blancs aux San Blas, les femmes vivaient quasi nues et leur torse était recouvert de dessins peints. Cette tenue n’était pas du goût des missionnaires venus évangéliser les Kunas et les femmes durent trouver un substitut aux motifs colorés qui décoraient leur poitrine. Les molas sont donc en tissu et sont cousus sur leur blouse sous la poitrine et dans le dos. La technique de fabrication est très particulière. Plusieurs couches de tissu de couleurs différentes sont superposées. Chacune des couches supérieures est ajourée de façon à faire apparaître les couleurs des couches placées au-dessous. Les coutures sont pratiquement invisibles. Certains motifs, trop fins pour être réalisés avec cette technique, sont brodés. Les molas classiques sont à dominante rouge et représentent des motifs amérindiens. Pour les touristes venant à Panama, les femmes ont diversifié les dessins et les couleurs et les molas sont expédiés sur le continent. On trouve des poissons, des tortues ou des crocodiles. Nous avons même vu un hélicoptère sur fond de drapeau américain. Ce n’était pas du meilleur goût mais cet avis n’engage que moi.
Leur costume se complète d’une jupe-paréo en coton bleu foncé décorée de quelques arabesques jaunes ou oranges.
Un foulard rouge imprimé de jaune couvre souvent leurs cheveux noirs et courts.
Sur leurs jambes et leurs bras, des winis. Ce sont des bijoux fixes. Des perles de couleur sont enfilées au fur et à mesure de l’enroulement du fil autour de leur membre de façon à construire le motif géométrique final. Régulièrement ce fil se casse et il faut une bonne demi-journée pour refaire la parure sur la jambe ou le bras.
Seules les plus anciennes ont un anneau dans le nez et toutes ont un trait noir tatoué le long du nez. Ce trait est destiné à éloigner les mauvais esprits. Un fard rouge colore parfois leurs joues.

Certains soirs, une flottille de pirogues à voile ramène du continent les hommes après leur journée de labeur dans les plantations. Leur dextérité est impressionnante. Une pagaie fait office à la fois de safran et de dérive. Quand le vent est un peu trop fort il leur faut se mettre au rappel, l’équilibre de leur petite embarcation est précaire.


Samedi 8 Décembre 2007

Ce matin, nous quittons Achutupu. Le temps est couvert sur le continent mais dégagé sur les îles.
Le vent souffle à vingt nœuds. En ce mois de décembre, les alizés commencent à être bien établis. La houle petite et cassante nous prend de travers rendant la route inconfortable. Une vague nausée m’envahit sournoisement quand une belle carangue gros-yeux mord à l’hameçon. Oublié le mal de mer ! Il faut remonter la bête qui ne se laisse pas faire, puis l’achever, la vider et la découper sur un bateau chahuté par les vagues. Mon travail de poissonnière à peine terminé, la ligne de traîne frétille de nouveau. Cette fois c’est un thazard blanc aux lignes élancées et à la chair si fine.

Nous arrivons à Snug Harbor, un mouillage devant un joli petit groupe d’îlots plantés de cocotiers.
A l’exception de l’Isla Pinos, toutes les autres îles des San Blas sont basses, sans sources et couvertes de cocoteraies que les Kunas exploitent.
Leur économie compte de plus en plus sur les touristes : vente de molas aux quelques voiliers de passage et aux touristes du continent, taxe de mouillage, vente de langoustes et de poissons … Il y a essentiellement des plaisanciers mais de petits hôtels apparaissant çà et là offrant un cadre paradisiaque à des citadins fatigués.

Mais le mouillage de Snug Harbor est mal protégé de la houle et le bateau roule de trop. Après une nuit inconfortable, nous appareillons pour Green Island. Ce sera dix dollars quand même, un indien en pirogue nous réclame la taxe de mouillage et ne veut rien savoir quand nous essayons de lui dire que nous ne sommes même pas restés 24 heures.
Nous reprenons la mer. Et là ! … Deuxième journée de suite à se faire secouer par une méchante houle nous prenant par le travers.
Deux fois, une lame plus droite et plus haute que les autres couche carrément Pro’s Per Aim. La seconde est si violente qu’il y a de la casse dans la soute. Une caisse est tombée sur le radiateur de décharge de l’éolienne et en a cassé la céramique ; heureusement la résistance est intacte.
Ce n’est pas tout ! Un peu plus tard, gros bruit contre la coque du bateau ! Qu’avons-nous heurté ? Dans le sillage, un tronc d’arbre s’échappe ! La sécurité du mécanisme hydraulique du safran a sauté et nous sommes devenus très peu manoeuvrants. L’angoisse ! Partout des bancs de sable et des patates de corail nous entourent.
Il ne faut que quelques secondes à mon super Capitaine pour changer la petite pastille qui sert de fusible pour le safran et retrouver un gouvernail en état de marche. Nous avons échappé à un échouage probable.
Une fois de plus, nous nous demandons ce qui se serait passé avec un bateau en plastique et un safran suspendu. Un bateau en métal c’est vraiment solide !


Mardi 11 Décembre 2007

A Green Island puis aux Coco Bandero Cays, nous goûtons au plaisir d’être complètement seuls. Pas d’autres bateaux et ces îlots sont inhabités comme beaucoup d’autres. On trouve des villages sur une quarantaine d’entre eux seulement alors que l’archipel des San Blas compte autant d’îles qu’il y a de jours en une année.
Nous apprendrons par la suite que nous avons manqué la rencontre avec un habitué des lieux. Un beau crocodile de 3 m environ se prélasse régulièrement sur les plages de l’endroit ! Ce n’est pas comme en Australie, un crocodile d’eau de mer. Celui-ci vit habituellement dans les petits fleuves du continent proche. Peut-être trouve-t-il agréable une séance de bronzage sur les belles plages désertes des îlots !
Toujours est-il que lors de nos promenades à terre, nous ne l’avons pas croisé. Entre nous, j’aime autant ça !

Il y a  quelques jolis pâtés de corail non loin de Pro’s Per Aim et l’eau est transparente. C’est l’occasion d’un snorkeling ! C’est énervant d’avoir à utiliser un mot anglais pour parler de notre baignade avec des palmes, un masque et un tuba. En français, on dit donc « nager et plonger avec palmes, masque et tuba ». Pour faire plus court, on dit aussi « P M T », P comme palmes, M comme masque et bien sûr T comme tuba. Nous évoluons dans une eau chaude au milieu de poissons colorés. Le corail est bien vivant. De belles couleurs, des gorgones-éventail qui ondulent au gré des courants, des grosses boules de corail-cerveau et quelques éponges tubulaires jaune fluo ou bien violettes.

La saison des pluies n’est pas terminée. En une seule belle averse, nous refaisons notre stock d’eau douce en bidons : 120 litres. Elle nous sert à la vaisselle et aux douches.


Samedi 15 Décembre 2007

C’est l’anniversaire de Pro’s Per Aim : deux ans déjà qu’il a été mis à l’eau.

Nous fêtons ça dans les Holandes Cays. Elles ont la réputation d’être les plus belles îles des San Blas. Il est vrai que l’endroit est magnifique. L’eau est enfin vraiment transparente. Le lagon où nous sommes est entouré de plusieurs îles et de récifs où une houle énorme se brise avec le fracas d’un train de marchandises qui n’en finirait jamais de passer.
Pas de villages, les Holandes Cays sont trop loin du continent et il n’y a pas d’eau douce. Par contre une dizaine de voiliers nous entourent, ce sont surtout des américains dont nous allons faire la connaissance à la party hebdomadaire du lundi sur BBQ Island. Cette île a un nom dans la langue des indiens kuna mais l’endroit est un mouillage bien protégé et les américains ont investi les lieux. L’un d’entre eux est même là plusieurs mois par an et il entretient la cocoteraie de BBQ Island. Tous les jours il va ratisser les feuilles tombées et il ramasse les noix de coco. Il brûle également les palmes desséchées des cocotiers. Cette île ressemble à un jardin.

Nous passons des heures dans l’eau avec nos palmes, masque et tuba. Les jours passent et les fêtes approchent.


Mardi 25 Décembre 2007

C’est Noël ! Les américains sont venus nous inviter à le fêter avec eux. C’est un Noël insolite, rigolo et inoubliable !
Nous sommes sur un îlot de sable minuscule non loin du mouillage. Une nappe est posée au sol et de gros morceaux de corail aux quatre coins l’empêchent de s’envoler. Tout le monde a préparé quelque chose. C’est un super apéro et au champagne s’il vous plaît !
Nous sommes loin de ceux que nous aimons en ce jour traditionnellement consacré à la famille. Une ombre de nostalgie passe mais elle vite effacée par la chaleur de cette fête insolite de voyageurs perdus dans un archipel peu connu.
Nous faisons nos adieux à cette petite communauté. Demain nous partirons pour la côte panaméenne et bientôt nous passerons le Canal en direction du Pacifique.


Lundi 31 Décembre 2007 – Panamarina, petite marina de la côte panaméenne

Depuis deux jours nous sommes amarrés sur un coffre dans une petite marina de la côte panaméenne. Elle est tenue par des français, Jean-Paul et Sylvie et nous y avons retrouvé des copains.

Jean-Paul et Sylvie ont prévu un réveillon dans la jungle. Nous nous joignons au groupe composé de français, de gens de bateau et de terriens installés à Panama. Nous serons une vingtaine.
Un convoi de 4x4 emmène tout ce beau monde. Nous montons dans celui de Henri et Valérie. Ils vivent depuis plusieurs années à Panama où ils sont arrivés en voilier depuis la France.
Il faut plus d’une heure de route et de piste pour arriver au rendez-vous avec Miguel. Il nous attend avec un guide indien et un cheval qui portera les cantines jusqu’au campement.
Nous continuons à pied en suivant un sentier boueux où nous nous enfonçons jusqu’aux chevilles. Pendant presque une heure, sac au dos, glacière à la main, nous cheminons tant bien que mal à travers la jungle.
Enfin nous apercevons la clôture de la finca . Mais elle est de l’autre côté du rio qu’il va falloir traverser à gué faute de pont. L’eau nous arrive à mi-cuisses et nous veillons à ne pas glisser.

Miguel est français. Il connaît bien la forêt tropical humide, en particulier cette région parce qu’il y a vécu comme les indiens, de la chasse, de la pêche et de la cueillette pendant plusieurs années. Depuis il a construit sur ce terrain perdu dans la montagne des cabanes de planches où il accueille des éco-touristes et les guides à travers la jungle. Il fabrique aussi des bijoux en tagua. « Tagua » doit être le mot indien parce que, en espagnol, on dit « corozo » pour parler de l’ivoire végétal. Il s’agit de la graine d’une variété de palmier qui ne pousse que dans la forêt tropicale humide d’Amérique Centrale. Avant d’avoir été remplacée par les matières plastiques, cette graine était exportée vers l’Europe et les Etats-Unis pour réaliser des boutons.

Après déjeuner, Miguel nous emmène en exploration. Avec beaucoup de passion, il parle de la nature exubérante qui nous environne. Des colonnes de fourmis attirent mon attention. Elles suivent toujours le même chemin. Ce minuscule sentier est exempt de toute végétation. Il paraît que les fourmis produisent une sorte de désherbant. Le terrain, ainsi déblayé, leur permet de faire les trajets plus rapidement et en se fatigant moins.

Nous revenons tout crottés. Les grosses pluies des jours derniers ont détrempé les sentiers et les passages à gué dans les rios n’ont pas suffit à nous décrasser.

Dinde farcie et chants scouts sont au programme de la soirée. N’oublions pas Mathieu ! Il est entomologiste et sa passion, ce sont les mouches. Il a des histoires incroyables à raconter sur les mœurs sexuelles de ses protégées.

Minuit ! L’année 2007 se termine. Tout le monde s’embrasse à la lueur des lampes à gaz. Il n’y a ni eau ni électricité ici !


Mardi 1er Janvier 2008

La nouvelle année commence par une seconde promenade dans la jungle. Cette fois nous suivons les crêtes. C’est moins boueux et nous avons de belles vues sur la canopée. Miguel espère nous montrer les singes hurleurs mais nous sommes trop nombreux et pas assez discrets. Nous n’en verrons pas.
Trois heures de marche au milieu d’une végétation luxuriante dans une atmosphère très humide et chaude, nous rentrons au campement fourbus et ravis.


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