Jour
après jour, Isabelle
rédige le journal de notre voyage. Adapté pour
la radio
depuis mai 2008, voici les textes ayant
été
diffusés.
PRO’S
PER AIM entre PANAMA et LES MARQUISES
du
mercredi 30 janvier 2008 au jeudi 28 février 2008
Pendant la
traversée du Pacifique Est, nous avons donné de
nos nouvelles à nos proches
par des mails envoyés à l'aide de notre
téléphone satellite.
Voici quelques extraits de nos
courriers.
Mercredi 30 janvier 2008
- 1er jour de la traversée
Nous avons appareillé ce matin de Panama pour les Marquises
avec
une route nous faisant passer aux Galapagos. Nous verrons s'il est
possible d'y faire escale.
Nous n'attendons pas beaucoup de vent pour les jours qui viennent et
nous avons prévu de brûler du gasoil pour ne pas
rester
encalminés dans le pot au noir !
Vendredi 1er
février 2008 - 3ème jour de la
traversée
Depuis hier midi, nous sommes au moteur sur une mer d'huile avec un
vent F1 d’Est-Nord-Est.
Quand nous aurons passé les Galápagos, nous
rencontrerons
les alizés de Sud-Est qui nous pousseront jusqu'aux
Marquises.
D'ici là ce sera du petit temps, des orages ou des vents
contraires dans la ZIC. La ZIC, c’est à dire la
Zone
Intertropicale de Convergence, sépare les
systèmes
d'alizés de l’hémisphère
nord et de
l’hémisphère sud. C’est le
terme officiel des
météorologues pour désigner le fameux
pot au noir
où les bateaux pouvaient être
encalminés des
semaines entières du temps de la marine à voile.
Nous avons eu des conditions assez musclées pour sortir du
Golfe
de Panama : 20/25 nœuds dans les fesses sur une mer confuse
et
inconfortable. Pendant les premières 24h nous avons
filé
parfois à plus de 9 noeuds. Et ça
c'était
génial dans la mesure où cette zone est
dangereuse,
pleine de cargos et de hauts fonds. Plus tôt on en est sorti,
mieux c'est ! Maintenant nous sommes complètement seuls sur
des
fonds de 2000m et c'est du concentré de bonheur !
Nous venons de perdre coup sur coup deux poissons assez gros, puisque
le premier a failli entraîner le Capitaine à l'eau
!
Dommage, nous aurions eu des protéines fraîches
pour
plusieurs jours !
Lundi 4
février 2008 - 6ème jour de la
traversée
Nous avons très bien avancé, mieux que nous ne
l'espérions puisque le vent a été au
rendez-vous.
Nous approchons déjà de l'archipel des Galapagos.
Vu les bonnes conditions de vent et la montagne de tracasseries
administratives pour s'arrêter au pays des tortues
géantes, nous avons décidé de
continuer vers les
Marquises.
Autrement nous allons bien. Pro’s Per Aim se
régale et
gambade joyeusement dans le grand large enfin retrouvé !
Mardi 5
février 2008 - 7ème jour de la
traversée
Nous avons passé LA LIGNE DE L'EQUATEUR cette nuit au moment
où le GPS indiquait 89°06' de longitude Ouest. Il
était alors 9 heures 34 minutes et 3 secondes TU.
Autrement l'air et l'eau sont un peu frais à cause du
courant
froid du Humbolt ! Nous sommes obligés de mettre un
tee-shirt le
soir.
Jeudi 7
février 2008 - 9ème jour de la
traversée
Guy pense que nous avons bien accroché les alizés
de
Sud-Est. Encore 24h de près bon plein et le vent adonnera.
Passer au portant sera quand même plus confortable que le
près que nous faisons depuis plusieurs jours. Ceux qui ont
fait
de la mer savent de quoi je parle.
Nous avons enfin pris un poisson, un beau thon rouge qui va nous
nourrir largement pendant trois ou quatre jours. Il a fallu
arrêter le bateau pour réussir à le
ramener
à bord. Notre vitesse et son poids le rendait trop lourd.
Pour
se venger, il a fait un vrai micmac entre les deux lignes qui
traînent à l’arrière et il a
fallu plus
d’une demi-heure pour démêler le tout.
Dimanche 10
février 2008 - 12ème jour de la
traversée
1492 milles de faits et 2360 qui restent à parcourir sur la
route directe. Nous avançons doucement sur une mer
globalement
très belle. C'est normal avec du F3-4 de Sud-Sud-Est.
Ce beau temps nous a permis de voir plusieurs fois des baleines dont
deux étaient très grosses. Ce furent des moments
magiques
!
La première a joué avec nous comme un dauphin
pendant une
bonne heure. Elle soufflait, plongeait, passait sous le bateau et
ressortait de l'autre côté ; et le sondeur
indiquait 17,
15, 7 et même une fois ... 2,5m ! Pas farouche la bestiole !
Mais
comme elle faisait la longueur de Pro's Per Aim de l'évent
à l'aileron dorsal, soit sans doute une vingtaine de
mètres en tout, Guy trouvait qu’elle aurait bien
pu aller
jouer un peu plus loin ! Le souvenir de la baleine blanche
envoyant par le fond le PEQUOD et le capitaine Achab
l’empêchait de profiter pleinement de
l’instant. Mais
tout ceci n’est que littérature ! Les baleines
à
bosses ne sont pas des cachalots et nous n’avons pas
l’intention d’harponner le Léviathan qui
folâtre à nos côtés.
Mardi 12
février 2008 - 14ème jour de la
traversée
Depuis hier nous ne faisons plus route directe, car le vent est du Sud
et il a levé une méchante mer. Nous sommes
obligés
de mettre du nord dans notre ouest. Guy a envoyé la
trinquette
et toute la nuit nous avons été
secoués comme dans
un shaker. Pas confortable du tout ! Comme la
météo ne
prévoit pas d'amélioration dans les prochains
jours, nous
allons prendre notre mal … de mer … en patience !
Jeudi 14
Février 2008 - 16ème jour de la
traversée
Hier nous étions en plein nettoyage de la jupe, à
l’arrière. Une seiche était venue
mourir dans le
compartiment ouvert qui contient le radeau de survie. L’odeur
nous avait alerté ! Bref, nous étions dehors, il
faisait
jour et le radar était donc éteint. Contents de
notre
petit ménage, nous sommes remontés dans le
cockpit et Guy
se mit à crier: « Fais attention ! »
Tout
était pourtant si calme … J’ai
levé les yeux
et j’ai vu un énorme cargo 100 m devant notre
étrave. Guy avait déjà repris la barre
pour passer
largement derrière lui.
C’est le premier bateau que nous croisions depuis le
départ. Nous avions fini par penser que nous
étions seuls
au milieu du plus grand océan de la planète. Les
marins
étaient tous sur le pont et nous ont fait de grands gestes
pour
nous saluer. Nous les avons appelés à la radio.
Le
Capitaine du cargo nous a dit qu’il
s’était
dérouté pour nous dire « Hello
» et
s’assurer que tout allait bien pour nous. Comme il se doit,
il a
noté le nom de notre voilier et notre direction dans son
journal
de bord. Ils étaient en route pour l’Argentine via
le Cap
Horn.
Samedi 16
février 2008 - 18ème jour de la
traversée
2 326 milles de parcourus et encore 1 546 milles à faire.
Dans une douzaine de jours nous devrions toucher les Marquises.
Globalement nous avons du petit temps ; le gréement souffre
beaucoup car les voiles battent dans le roulis rythmique
causé par la très grande houle du Pacifique.
Côté vivres frais, il nous reste encore quelques
carottes
et 9 œufs … Bientôt ce ne sera plus que
des
boîtes ! La pêche est mauvaise et c’est
dommage.
Par contre toujours de grosses baleines. Actuellement il y en a une
grosse qui joue depuis 3/4 d'heure avec Pro's Per Aim et avec les nerfs
du Capitaine !
Mardi 19
février 2008 - 21ème jour de la
traversée
Nous traversons les fuseaux horaires. Maintenant nous avons 9 heures de
décalage avec la France. Cela fait trois semaines que nous
avons
appareillé et le temps passe vite avec beaucoup de lecture
et de
nombreuses pensées vers ceux que nous aimons et qui sont
pratiquement sous nos pieds maintenant !
Côté météo et mer, nous
avons surtout du
petit temps de secteur Est avec une forte, voire très forte
houle de Sud-Est. Le résultat est un roulis tout
à fait
inconfortable qui rend les tâches les plus simples
très
compliquées dans la mesure où le bateau n'est pas
assez
appuyé. De plus la vitesse reste modeste.
Mardi 26
février 2008 - 28ème jour de la
traversée
3658 milles sont déjà dans notre sillage depuis
Panama.
Il nous reste environ 215 milles à faire et nous devrions
arriver demain soir à Hiva Oa, l’île des
Marquises
où reposent Brel et Gauguin. Comme une arrivée de
nuit
n’est pas prudente, nous allons devoir ralentir le bateau de
façon à arriver après-demain matin.
Nous ne sommes
pas à une nuit de mer près !
Hier après-midi nous avons assisté à
un spectacle
INCROYABLE. Des dizaines et des dizaines de dauphins sont venus de tous
côtés. Ils ont sauté, nagé
autour de nous,
joué à couper notre route au ras de
l’étrave
pendant très longtemps. Il y en avait même de tout
petits
qui suivaient leur mère. Des dizaines peut-être
même
des centaines d'oiseaux les accompagnaient et menaient grand tapage.
Ils tournoyaient, plongeaient. Sans doute les dauphins avaient-ils
encerclé un banc de poissons et c'était le
casse-croûte pour tout ce joli monde.
Atterrissage
le jeudi 28
février vers 8h
à
Atuona sur l’île d’Hiva Oa aux Marquises
après
29 jours de traversée sans escale.