Jour
après jour, Isabelle
rédige le journal de notre voyage. Adapté pour
la radio
depuis mai 2008, voici les textes ayant
été
diffusés.
ISABELLE ET GUY SUR L’ILE DE PAQUES
du 25 septembre 2008 au 1er
octobre 2008
Mercredi
24 septembre 2008
Depuis quelques
jours,
Pro’s Per Aim est amarré au ponton de la marina
où
il sera en sécurité pendant notre semaine
d’absence. Cela faisait neuf mois qu’il
n’avait pas
touché un quai. Nous avons largement profité de
l’eau douce à volonté et du branchement
électrique pour faire du nettoyage et travailler sur
l’ordinateur.
Aujourd’hui
nous
préparons nos sacs à dos. Nous avons ressorti les
polaires, les jeans et les Kway car il va faire frais sur
l’île de Pâques. Le printemps austral
vient tout
juste de commencer.
Eh, oui ! Vous
avez bien lu !
Nous prenons l’avion ce soir pour Rapa Nui, c’est
comme
ça que les polynésiens appellent la
mystérieuse et
envoûtante Ile de Pâques.
Pourquoi en
avion et pas avec notre Pro’s Per Aim ?
Parce que, en
quittant Panama
en janvier, nous avons choisi la route nord vers les Marquises.
Maintenant que nous sommes à Tahiti, il serait difficile de
retourner vers le sud-est car les alizés nous seraient
contraires. Il faudrait donc tirer un long bord vers le sud
jusqu’à ce que l’on se retrouve dans la
circulation
d’ouest. Nous aurions alors à affronter
l’énorme houle des 40ème rugissants.
Plus
d’un mois de mer peu confortable pour atteindre
l’île
mythique et là un autre problème nous attendrait
car il
n’y a aucun abri sûr pour les bateaux sur Rapa Nui.
Il
existe quelques mouillages de beau temps et c’est tout ! On
ne
fait pas un mois de mer dans les 40ème pour faire le tour
d’une île et en repartir illico parce que le vent
et la
houle rendent impossible l’escale.
Ce soir, nous
attendons donc
le taxi qui nous emmènera à
l’aéroport. Cinq
heures d’avion sont nécessaires.
L’île de
Pâques est à 4000 km de Tahiti, à peu
près
à mi-chemin entre Tahiti et Santiago du Chili.
D’ailleurs,
elle est considérée comme
l’île
habitée la plus isolée au monde. Les voisins les
plus
proches sont sur Pitcairn et c’est quand même
à 2000
km.
Nous aurons 4h
de
décalage horaire avec Tahiti. Pendant l’heure
d’été, il y a 12h de
décalage entre la
France et Tahiti.
Jeudi
25 Septembre 2008 (le matin)
Il est 9h45,
heure locale,
quand l’avion atterrit sur l’île de
Pâques.
L’aéroport est tout petit. Par contre, la piste
fait plus
de 3 km de long. Les américains l’ont
rallongée
pour le cas où la navette spatiale aurait à y
atterrir.
Elle n’est jamais venue mais cela a permis au Concorde de se
poser plusieurs fois sur Rapa Nui.
Nous
récupérons
nos bagages et nous sortons. Le ciel est couvert et le vent est frais.
Nous avons réservé une chambre dans la pension
«
Chez Jérôme ». C’est justement
lui qui nous
accueille avec des colliers de fleurs. Dans le mini-van qui nous
emmène vers la pension, nous faisons connaissance avec
Daniel et
Catherine. Ils vont également loger chez
Jérôme.
Une fois nos
sacs
déposés dans la chambre, nous rejoignons tout le
monde
dans la salle à manger. Nancy, la femme de
Jérôme
nous offre un jus de fruits et quelques gâteaux secs. Nancy
est
pascuane mais elle parle un français parfait et sans accent
Cela
fait quatorze ans qu’elle vit avec
Jérôme et ils ont
même passé 3 ans en France, il y a quelques
années.
Nous sommes tout
de suite
à l’aise. L’accueil est très
chaleureux. La
maison est propre et agréablement
décorée.
Jérôme
nous donne rendez-vous à 15h pour la première
visite de l’île en sa compagnie.
Jeudi
25 Septembre 2008 (l’après-midi)
En attendant
l’heure de
la visite-conférence, nous flânons dans Hanga Roa.
C’est le seul village de l’île. Des
cavaliers
croisent quelques 4x4. Des touristes vus dans l’avion
empruntent
la même rue que nous. Nous allons tous à
l’unique
banque de l’île pour échanger nos
dollars contre des
pesos chiliens.
Un peu plus
tard, nous sommes
devant la dizaine de barques de pêche amarrées
dans le
petit port de Hanga Roa. Ce port est minuscule et les barques
sont amarrées solidement car la houle y rentre en force et
malmène les bateaux. L’accès au port
par la mer est
plutôt sportif car les barques doivent surfer sur les
déferlantes de la baie. Deux tortues, habituées
des
lieux, nagent entre les bateaux. Un peu plus loin des surfeurs font le
spectacle. Nous retrouvons Daniel et Catherine. Cela fait une quinzaine
d’années qu’ils sont
installés à
Tahiti. Avant, ils ont fait d’autres pays
d’outre-mer. Ils
nous parlent de Wallis qu’ils ont beaucoup aimé.
Nous
sommes tout ouïe car nous y ferons escale dans quelques mois.
Jérôme
est
ponctuel. A 15h, il est là avec son mini-van et nous
commençons par la montée vers le volcan Vaiatare.
A
mi-hauteur, nous découvrons un splendide panorama de
l’île de Pâques. Nous sommes sur
l’un des trois
volcans ayant formé Rapa Nui. Le plus ancien a trois
millions
d’années et le plus jeune n’a que 300
000 ans. Ils
ont donné à l’île sa forme
caractéristique de triangle isocèle dont ils sont
les
trois sommets. D’ailleurs, il y a 300 000 ans, il y avait
trois
îles bien distinctes. L’éruption de 70
volcans
secondaires et les coulées de lave ont réuni les
trois
îles par la suite.
L’île
de
Pâques est très différente des autres
îles
hautes polynésiennes car ses reliefs sont aussi doux que les
côtes sont accidentées et
inhospitalières. Il
n’y a que deux plages. Elles sont sur la côte nord.
La
végétation est pauvre. Rapa Nui a
été
couverte de forêts mais depuis longtemps
déjà, les
arbres ont disparu. La déforestation serait la
conséquence d’incendies et d’une
surpopulation de
rats. Ces rongeurs de sinistre réputation mangeaient les
fruits
des arbres, les empêchant ainsi de se reproduire.
Arrivés
au sommet du
volcan, notre regard plonge deux cents mètres plus bas au
fond
du cratère Rano Kau. Incroyable ! Il est parfaitement
circulaire
et abrite un lac partiellement recouvert de roseaux.
L’endroit
est fascinant. La surface du lac est étrange avec ses taches
de
verdure. Entre le cratère et les falaises surplombant le
Pacifique, le village d’Orongo a été
restauré. Il était habité quelques
semaines par an
durant la cérémonie de l’homme-oiseau,
le Tangata
Manu.
Ce culte
extraordinaire est
né suite à la terrible période de
guerres tribales
qui a mis fin à la grande époque de construction
des
statues. Auparavant une seule tribu détenait le pouvoir sur
toutes les autres. Le culte de l’homme oiseau a permis que
d’autres tribus accèdent au pouvoir royal et
symbolique
sur la société pascuane. Chaque année
les tribus
désignaient donc leur meilleur guerrier pour les
représenter lors des épreuves du Tangata Manu. Il
s’agissait de s’emparer du premier œuf
d’une
petite sterne noire, un oiseau migrateur qui vient se reproduire au
printemps sur l’île de Pâques. La
compétition
était très physique et fort dangereuse. Bien des
guerriers ont du y laisser leur vie.
Ils partaient du
village
d’Orongo, tout en haut du cratère, et descendaient
la
falaise vers la mer. Il faut les imaginer, impitoyables, ne se faisant
aucun cadeau, allant sans doute jusqu’à se pousser
dans le
vide les uns les autres. En bas de la falaise,
l’océan se
fracasse sur les rochers. Les guerriers devaient se jeter à
l’eau et nager vers un îlot à 2 km au
large. A cette
époque de l’année, les requins
étaient
nombreux autour de ce gros caillou difficile à aborder. Ceux
qui
avaient survécu à la descente de la falaise et
aux
requins devaient trouver sur cette petite île le premier
œuf des sternes. Souvent ils devaient attendre plusieurs
jours
qu’une sterne se décide à pondre.
L’œuf
était fixé avec un bandeau sur le front et le
guerrier
entamait son périlleux retour vers le village. Les requins
n’avaient pas déserté leur poste, il
fallait nager
en leur compagnie pendant les 2km puis grimper le long de la falaise
jusqu’à Orongo. Le vainqueur devenait le Tangata
Manu
autrement dit l’homme-oiseau et il permettait à sa
tribu
d’obtenir le pouvoir pour un an. Cette
cérémonie
s'est déroulée pour la dernière fois
en 1867.
Je remonte le
col de mon
polaire. Est-ce le vent froid qui me fait frissonner ou le site
impressionnant où j’imagine ces valeureux
guerriers
risquant leur vie pour rapporter un œuf bien fragile et
offrir
par leur victoire le pouvoir à leur tribu ?
Vendredi
26 Septembre 2008
L’île
de
Pâques est célèbre dans le monde
entier. Qui
n’a pas entendu parler de ces immenses statues sur lesquelles
les
hypothèses les plus folles ont été
échafaudées ?
De nos jours, le
mystère demeure entier ! On sait comment les Moaï
ont
été sculptés. Mais ce qui reste encore
une
énigme pour les archéologues, c’est la
façon
dont ils ont été transportés et dont
ils ont
été érigés sur la
plate-forme
appelée « Ahu »
d’où ils veillaient sur
leur village.
Jérôme,
notre
guide, est intarissable. Le sujet le passionne. Il a fait plusieurs
stages avec le plus grand archéologue pascuan, Sergio Rapu
ce
qui lui a permis de devenir guide certifié de
l’UNESCO
pour l’île de Pâques. Depuis 1995,
l’île
est classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
Savez-vous
pourquoi on l’appelle l’île de
Pâques ? C’est simple à deviner
…
1722, dimanche
de
Pâques. Une expédition néerlandaise,
découvre par hasard une île perdue au coeur du
Pacifique,
à 3700 km des côtes chiliennes.
Cette
île était
habitée depuis un millénaire environ. Selon la
tradition,
Hotu Matu’a serait le premier roi de
l’île. On pense
qu’il est arrivé de l’ouest entre le
Vème et
le IXème siècle après JC sur une
pirogue double en
compagnie de tout un groupe de polynésiens.
Un site
archéologique
symbolise cet événement capital pour les
pascuans. Les
seuls géants de Rapa Nui qui regardent la mer
représentent les sept premiers explorateurs. Ils seraient
les
sept fils du premier roi Hotu Matu’a. Quand on est devant
l’ahu du site d’Akivi, si petits devant les sept
Moaïs, on ne peut s’empêcher
d’imaginer le
destin extraordinaire de ces hommes qui ont bravé
l’océan pendant des semaines sur une embarcation
précaire avec leur famille. Rien ne leur assuraient
qu’ils
trouveraient une terre. Une fois en vue de Rapa Nui, il fallait
réussir à débarquer. Quand on fait le
tour de
l’île, l’inhospitalité des
côtes fait
froid dans le dos.
Le roi Hotu
Matu’a aurait débarqué sur la plage
d’Anakena.
Notez que je
parle au
conditionnel parce qu’en fait, on a peu de certitudes sur la
civilisation si particulière de l’île de
Pâques. La culture et la transmission des connaissances
était uniquement orale. L’arrivée des
premiers
européens a marqué le début du
déclin de
Rapa Nui. Comme dans toutes les autres îles
polynésiennes,
les missionnaires se sont attachés à
détruire la
culture locale. Il faut savoir également que la population
comptait 20 000 individus avant l'arrivée des
Européens
en 1722, et seulement 111 cent cinquante ans plus tard ! Il y
a
plusieurs causes à ce génocide. Tout
d’abord, au
début du XIXème siècle les baleiniers,
porteurs de
maladies vénériennes
décimèrent la
population. Puis en 1859, des marchands d'esclaves péruviens
emportèrent 2000 habitants pour les faire travailler dans
des
mines. 15 seulement d’entre eux survécurent. Les
malheureux furent renvoyés chez eux quelques
années plus
tard. Ils étaient porteurs de maladies qui
portèrent un
coup fatal à la population de Rapa Nui.
Mais revenons au
débarquement du roi Hotu Matu’a sur
l’une des deux
plages de l’île de Pâques.
Jérôme nous y
conduit. Le site est extraordinaire. Les sept Moaï de
l’Ahu
Anakena ont été relevés et ils
tournent le dos
à la mer. Ils sont parfaitement conservés suite
à
la longue période qu’ils ont passé
enfouis dans le
sable de la plage. Depuis quelques dizaines
d’années, les
sites sont restaurés petit à petit. Redresser ces
colosses est un travail énorme. On pense que les
Moaï ont
été couchés pendant les guerres
tribales qui
opposèrent les différents clans de
l’île au
cours du XVIIème siècle. Les Moaï
représentaient les ancêtres et leur regard
était
dirigé vers le village qu’ils
protégeaient. Dans le
cadre des guerres, les vainqueurs renversaient les statues des vaincus.
Le sable blanc de la plage d’Anakena a
préservé les
géants de pierre de l’érosion. Ils
regardent la
cocoteraie qui borde la plage. Derrière eux, la baie est
tranquille. Elle est à l’abri de la houle et des
vents
dominants et c’est le seul endroit de Rapa Nui où
l’on peut débarquer sans risque. Le reste de la
côte
pascuanne est couverte de récifs et les vagues y
déferlent rendant les débarquements dangereux
voire
impossibles.
Nous remontons
dans le
mini-van de Jérôme qui se dirige vers
l’incontournable site de Tongariki. Là aussi les
Moaï
tournent le dos à l’océan Pacifique.
L’Ahu
Tongariki est imposant. Quinze colosses de pierre sont
alignés.
Un seul d’entre eux possède sa coiffe rouge que
l’on
appelle Pukao. C’est un cylindre taillé dans une
pierre
volcanique rouge. On ne sait pas si cette coiffe symbolise un chignon
ou un chapeau. Comme tous les Moaï, les quinze statues de
Tongariki avaient été renversées
pendant les
guerres tribales. Un tsunami en 1960 a achevé de
détruire
le site transportant certains Moaï à 150m de
l’Ahu.
Ils pèsent pourtant plusieurs dizaines de tonnes. La force
de
l’océan en colère est fantastique. La
restauration
du site, menée par une entreprise japonaise, a
commencé
en 1993. Le résultat est spectaculaire ! On se sent
minuscules
devant les géants de pierre qui nous dominent.
L’atmosphère
de
l’île ne peut pas laisser indifférent.
Les
Moaï, relevés ou encore au sol sont
omniprésents. La
végétation est pauvre. Les pentes douces des
volcans sont
balayées par les vents salés qui traversent le
Pacifique
sur des milliers de kilomètres sans rencontrer une seule
terre.
Le volcan Rano
Raraku est
proche de la baie de Tongariki. 95% des Moaï ont
été
sculptés dans le tuff basaltique du cratère. Nous
entrons
avec Jérôme sur le site de la carrière.
Des
dizaines et des dizaines de statues inachevées jonchent les
pentes du volcan. Certaines sont encore prisonnières de la
montagne. D’autres ont été
détachées
et redressées pour que les sculpteurs terminent leur dos.
Depuis
la terre les a recouvertes en partie ne laissant apparaître
que
la tête. C’est impressionnant ! Rien que les
têtes
sont deux fois plus grandes que nous.
En
général, le
géant était taillé directement dans la
roche du
volcan, face vers le haut. Il restait donc fixé à
la
montagne par son "dos". Le dos était progressivement
creusé sur les côtés
jusqu’à prendre
l'apparence d'une quille. Cette quille était enfin
brisée
et la statue relevée en position verticale. Il restait
à
sculpter le dos du Moaï. On estime que cette étape
durait
un an environ.
Le
deuxième
étape consistait à transporter le colosse
jusqu’à l’ahu où il devait
être
érigé. La méthode employée
reste encore une
énigme de nos jours. Il faut savoir que les habitants de
l’île de Pâques ne connaissaient ni le
métal
ni la roue. En plus, il n’y avait à
l’époque
ni chevaux ni aucun autre animal susceptible d’aider au
transport.
Les
légendes
expliquent que les Moaï étaient animés
par la force
de "mana", utilisée par les prêtres pour faire
avancer le
Moaï. Ces légendes précisaient que les
Moaï
"marchaient et dansaient" jusqu'à leur destination. Des
archéologues ont donc imaginé plusieurs
techniques
de transport basées sur une position verticale de la statue.
Deux théories semblent actuellement assez convaincantes : la
première propose un Moaï debout sur une sorte de
traîneau en bois, lui-même roulant sur des rondins.
Cette
méthode a été reprise dans le film
« Rapa
Nui ». La seconde suggère un système
à
l'aide de troncs et de cordes permettant des bascules successives du
Moaï un peu comme quand on déplace un frigo en le
gardant
debout.
On pense
qu’il fallait
deux ans en moyenne pour amener le géant devant son Ahu.
Tous
n’arrivaient pas à bon port car on retrouve des
Moaï
couchés et brisés sur les routes entre la
carrière
et les différents villages.
La
troisième
étape était celle de
l’érection de la statue
sur l’Ahu, la plate-forme sacrée qui accueillait
les
Moaï. Non seulement il fallait le redresser mais il fallait
aussi
lui mettre son Pukao au sommet du crâne. Rien que ce chapeau
rouge pouvait à lui tout seul peser
jusqu’à 10
tonnes ! Là aussi les archéologues ne savent pas
exactement comment faisaient les pascuans pour que la statue soit enfin
en bonne place, tournant le dos à la mer, le regard vers le
village qu’elle protège.
Le
mystère reste entier. Et ce n’est pas le moindre
des charmes de l’île de Pâques.
Dimanche
28 Septembre 2008
Le dimanche
matin,
l’église est pleine. Le prêtre
célèbre
même deux messes : une à 9h et l’autre
à 11h.
Elles sont animées par des musiciens et les
fidèles
chantent à plusieurs voix les cantiques
polynésiens. Des
touristes sont là, parmi les pascuans. Certains par
conviction
et les autres pour le spectacle. Tout le monde n’a pas de
place
assise. Des dizaines de personnes sont debout au fond.
Le
prêtre, un collier
de fleurs autour du cou, est vêtu d’une chasuble
blanche.
Il officie avec des laïcs, des femmes vêtues elles
aussi de
grandes chasubles blanches.
Après
la communion,
tout le monde chante. C’est gai et nostalgique à
la fois.
Un mouvement anime soudain la foule. Les mains se retrouvent. Chacun
est maintenant en communication directe avec ses voisins. Les
polyphonies continuent faisant monter l’émotion.
La messe se
termine. Avant de
se quitter, on se serre la main ou on embrasse ses voisins. Le
prêtre sort sur le parvis de l’église et
il a une
parole pour les fidèles qui s’arrêtent
le saluer.
Lundi
29 Septembre 2008
Les chevaux de
Rapa Nui
n’ont pas toujours fait partie du paysage de
l’île.
Avant l’arrivée des premiers européens
le dimanche
de Pâques 1722, les pascuans ne connaissaient que les poules
et
les rats. Les unes comme les autres étaient venus avec les
premiers explorateurs polynésiens conduits par Hotu
Matu’a.
Quand nous
sommes
arrivés sur l’île, nous avons
été
frappés par le nombre de chevaux en liberté. On
nous a
dit qu’il y avait environ 1700 chevaux pour les 4000
habitants.
Les chevaux sont
petits, robustes, leur pied est sûr et ils n’ont
peur de rien.
Ils ont
longtemps
été le seul moyen de transport. Et même
encore
aujourd’hui, des cavaliers viennent en ville avec leur
monture
pour faire quelques courses.
Aussi loin que
remontent ses
souvenirs, Guy a toujours voulu faire le tour du monde à la
voile et il a tout mis en œuvre pour réaliser son
rêve.
Et bien moi, ma
passion
depuis toute petite, ce sont les chevaux ! J’ai donc
réussi à convaincre mes parents et j’ai
appris
à monter. Plus tard, beaucoup plus tard, j’ai pu
m’offrir un cheval. C’était un bel
anglo-arabe qui
répondait au nom de Ramsès. Il était
beau …
royal même ! Nous avons vécu de belles
années tous
les deux.
Je ne suis pas
montée
depuis longtemps mais l’équitation,
c’est comme le
vélo, ça ne s’oublie pas ! Par contre,
Guy est
débutant. Pas de problème nous a
assuré Pantu :
les petits chevaux pascuans sont calmes et il n’y a aucun
risque
si ce n’est celui d’avoir très mal aux
fesses ce
soir !
Quand nous
arrivons dans le
ranch de Pantu, les chevaux sont déjà
prêts. Il
nous prête des chaps en cuir comme ceux que portent les
cow-boys
pour protéger leur jean. Hop-là ! A cheval ! Et
nous
voilà partis pour 3-4 heures de balade dans la pampa.
L’un
des trois volcans à l’origine de Rapa Nui
n’est pas
accessible en voiture mais les chevaux vont nous y conduire. Pas
question de se traîner au pas ! Pantu donne le signal et nous
voilà au trot puis au galop. Guy s’accroche
à la
crinière et c’est parti. Je suis fière
de mon
Capitaine. Pour quelqu’un qui n’a jamais
galopé, il
se débrouille très bien. Les chevaux avancent
sans
hésiter sur les sentiers montagneux du volcan. A mi-chemin,
nous
passons devant l’Ahu Akivi, le site des sept Moaï
représentant les sept premiers explorateurs, fils du roi
Hotu
Matu’a. Nous passons derrière eux, les laissant
regarder
la mer comme ils le font infatigablement depuis des siècles.
Courageusement
les chevaux
grimpent vers le sommet. Régulièrement, ils
repassent au
pas pour souffler un peu. Un claquement du fouet de Pantu les remet au
galop. Ils auront droit à une grosse pause une fois
arrivés en haut, pendant ce temps nous profiterons de la vue.
Depuis le sommet
du volcan
Terevaka, nous dominons l’île et c’est sa
sauvagerie
qui nous frappe. Si on excepte le village d’Hanga Roa,
minuscule
petite tache au sud-ouest, aucune construction, aucun fil
électrique ne perturbe l’harmonie du paysage.
C’est
vrai que l’île est pelée ! Une tache
vert
foncé attire quand même notre regard. Il y a une
tentative
de reboisement au centre de l’île : des eucalyptus
en
majorité car ils résistent bien aux incendies
provoqués par les brûlis.
Pendant que nous
admirons le
panorama, les chevaux paissent en liberté. Pantu leur a
passé les rênes par-dessus l’encolure et
elles
traînent au sol. Jamais je n’aurais fait un truc
pareil
avec Ramsès, mon cheval. Il n’aurait eu
qu’une seule
idée : rentrer à fond de train à
l’écurie en se prenant les pattes dans les
rênes !
Autres lieux, autres mœurs ! Ici les chevaux n’ont
pas
vraiment d’écurie et il y a partout de
l’herbe pour
se remplir la panse. Alors pourquoi se fatiguer en allant
ailleurs chercher ce qu’on a sous la patte !
Il faut rentrer
maintenant.
Nous ramassons les rênes et nous les repassons sur
l’encolure. Pied gauche dans l’étrier,
une
poussée, jambe droite par-dessus la croupe et nous
revoilà en selle, prêts à la descente.
Celle-ci se
fera tranquillement. Un cheval, chargé d’un
cavalier,
risque de trébucher et de chuter s’il galope dans
une
descente. Deux ou trois fois, la pente s’adoucit et nous
piquons
un petit galop pour le plaisir. Nous arrivons au ranch. Un
câlin
de remerciement à notre monture et nous rendons nos chaps
à Pantu.
Pas de
courbatures pour
l’instant : c’est demain que les muscles endoloris
nous
rappelleront notre belle balade d’aujourd’hui.
Mardi
30 Septembre 2008
Nous avons
loué un
petit 4x4 pour retourner sur les lieux que nous avons envie de revoir
avant de rentrer sur Pro’s Per Aim qui nous attend
à
Tahiti.
Et puis nous
voulons
découvrir les lavatubes. Ce sont des formations
géologiques très particulières. Lors
des
éruptions des volcans, la lave a coulé sur les
pentes
jusque dans la mer. Elle était assez liquide pour que
certaines
coulées se solidifient en surface pendant que la
rivière
de feu continuait dessous. Une fois l’éruption
terminée, la lave incandescente laissait place à
un
tunnel.
Par endroit, la
voûte
de ce tunnel s’est effondrée. La
lumière du soleil
inonde le trou et les vents si desséchants de Rapa Nui ne
peuvent y pénétrer. De merveilleux oasis se sont
développés dans ces abris naturels. On y trouve
des
bananiers, du taro et d’autres plantes tropicales.
Ailleurs,
peut-être par
mimétisme avec ces effondrements de lavatube, pour
réussir à faire pousser de quoi se nourrir, les
hommes
protégeaient les cultures de l’air salé
à
l’intérieur des « manavai ».
Ces manavai
étaient des murs de pierres en forme de cercle
d’une
hauteur d’un mètre environ pour un
diamètre de deux
à trois mètres maximum. On en trouve partout sur
l’île.
Le lavatube
«Ana
Kakenga » est particulièrement spectaculaire. Pour
y
entrer il faut se faufiler à quatre pattes dans un conduit
pendant une quinzaine de mètres. Puis on se redresse
prudemment
tout en continuant à progresser voûtés.
Malheur
à celui qui oublie sa lampe de poche. On n’y voit
rien
pendant plusieurs dizaines de mètres. Tout à coup
deux
taches de lumière nous aveuglent. Le bruit des vagues venant
se
briser au pied de la falaise nous oblige à hausser la voix
pour
nous entendre. Ce lavatube est surnommé la «
grotte aux
deux fenêtres » parce qu’il
débouche par ces
deux ouvertures à mi-hauteur de la falaise. Le point de vue
sur
la côte et les brisants est exceptionnel. Un léger
vertige
m’envahit. Une chute en contrebas serait fatale !
Mercredi
1er Octobre 2008
Nous avons le
4x4 jusqu’à ce soir, alors nous partons pour un
dernier tour sur les pistes.
Pétroglyphes,
sites en
ruines, pampas désolées où
l’herbe dispute
la place aux roches et aux cailloux. Des chevaux … partout
… en liberté. Une petite forêt sur les
pentes du
volcan Rano Kau où serpente le sentier du Tangata Manu.
Un dernier
dîner
à la pension : le cuisinier chilien de
Jérôme fait
des merveilles et nous a régalé tous les soirs.
Il est
l’heure de
quitter l’île de Pâques et de prendre
l’avion
qui nous ramènera à Tahiti. Dans quelques jours
nous nous
envolerons à nouveau. Cette fois, ce sera pour passer un
mois en
France. Nous serons de retour à Tahiti mi-novembre.