Le journal d'Isabelle



Jour après jour, Isabelle rédige le journal de notre voyage. Adapté pour la  radio  depuis mai 2008, voici les textes ayant été diffusés.



ISABELLE ET GUY SUR L’ILE DE PAQUES

du 25 septembre 2008 au 1er octobre 2008


Mercredi 24 septembre 2008

Depuis quelques jours, Pro’s Per Aim est amarré au ponton de la marina où il sera en sécurité pendant notre semaine d’absence. Cela faisait neuf mois qu’il n’avait pas touché un quai. Nous avons largement profité de l’eau douce à volonté et du branchement électrique pour faire du nettoyage et travailler sur l’ordinateur.

Aujourd’hui nous préparons nos sacs à dos. Nous avons ressorti les polaires, les jeans et les Kway car il va faire frais sur l’île de Pâques. Le printemps austral vient tout juste de commencer.
Eh, oui ! Vous avez bien lu ! Nous prenons l’avion ce soir pour Rapa Nui, c’est comme ça que les polynésiens appellent la mystérieuse et envoûtante Ile de Pâques.

Pourquoi en avion et pas avec notre Pro’s Per Aim ?
Parce que, en quittant Panama en janvier, nous avons choisi la route nord vers les Marquises. Maintenant que nous sommes à Tahiti, il serait difficile de retourner vers le sud-est car les alizés nous seraient contraires. Il faudrait donc tirer un long bord vers le sud jusqu’à ce que l’on se retrouve dans la circulation d’ouest. Nous aurions alors à affronter l’énorme houle des 40ème rugissants. Plus d’un mois de mer peu confortable pour atteindre l’île mythique et là un autre problème nous attendrait car il n’y a aucun abri sûr pour les bateaux sur Rapa Nui. Il existe quelques mouillages de beau temps et c’est tout ! On ne fait pas un mois de mer dans les 40ème pour faire le tour d’une île et en repartir illico parce que le vent et la houle rendent impossible l’escale.

Ce soir, nous attendons donc le taxi qui nous emmènera à l’aéroport. Cinq heures d’avion sont nécessaires. L’île de Pâques est à 4000 km de Tahiti, à peu près à mi-chemin entre Tahiti et Santiago du Chili. D’ailleurs, elle est considérée comme l’île habitée la plus isolée au monde. Les voisins les plus proches sont sur Pitcairn et c’est quand même à 2000 km.
Nous aurons 4h de décalage horaire avec Tahiti. Pendant l’heure d’été, il y a 12h de décalage entre la France et Tahiti.


Jeudi 25 Septembre 2008 (le matin)

Il est 9h45, heure locale, quand l’avion atterrit sur l’île de Pâques. L’aéroport est tout petit. Par contre, la piste fait plus de 3 km de long. Les américains l’ont rallongée pour le cas où la navette spatiale aurait à y atterrir. Elle n’est jamais venue mais cela a permis au Concorde de se poser plusieurs fois sur Rapa Nui.
Nous récupérons nos bagages et nous sortons. Le ciel est couvert et le vent est frais. Nous avons réservé une chambre dans la pension « Chez Jérôme ». C’est justement lui qui nous accueille avec des colliers de fleurs. Dans le mini-van qui nous emmène vers la pension, nous faisons connaissance avec Daniel et Catherine. Ils vont également loger chez Jérôme.

Une fois nos sacs déposés dans la chambre, nous rejoignons tout le monde dans la salle à manger. Nancy, la femme de Jérôme nous offre un jus de fruits et quelques gâteaux secs. Nancy est pascuane mais elle parle un français parfait et sans accent Cela fait quatorze ans qu’elle vit avec Jérôme et ils ont même passé 3 ans en France, il y a quelques années.
Nous sommes tout de suite à l’aise. L’accueil est très chaleureux. La maison est propre et agréablement décorée.
Jérôme nous donne rendez-vous à 15h pour la première visite de l’île en sa compagnie.


Jeudi 25 Septembre 2008 (l’après-midi)

En attendant l’heure de la visite-conférence, nous flânons dans Hanga Roa. C’est le seul village de l’île. Des cavaliers croisent quelques 4x4. Des touristes vus dans l’avion empruntent la même rue que nous. Nous allons tous à l’unique banque de l’île pour échanger nos dollars contre des pesos chiliens.

Un peu plus tard, nous sommes devant la dizaine de barques de pêche amarrées dans le petit port de Hanga Roa.  Ce port est minuscule et les barques sont amarrées solidement car la houle y rentre en force et malmène les bateaux. L’accès au port par la mer est plutôt sportif car les barques doivent surfer sur les déferlantes de la baie. Deux tortues, habituées des lieux, nagent entre les bateaux. Un peu plus loin des surfeurs font le spectacle. Nous retrouvons Daniel et Catherine. Cela fait une quinzaine d’années qu’ils sont installés à Tahiti. Avant, ils ont fait d’autres pays d’outre-mer. Ils nous parlent de Wallis qu’ils ont beaucoup aimé. Nous sommes tout ouïe car nous y ferons escale dans quelques mois.

Jérôme est ponctuel. A 15h, il est là avec son mini-van et nous commençons par la montée vers le volcan Vaiatare. A mi-hauteur, nous découvrons un splendide panorama de l’île de Pâques. Nous sommes sur l’un des trois volcans ayant formé Rapa Nui. Le plus ancien a trois millions d’années et le plus jeune n’a que 300 000 ans. Ils ont donné à l’île sa forme caractéristique de triangle isocèle dont ils sont les trois sommets. D’ailleurs, il y a 300 000 ans, il y avait trois îles bien distinctes. L’éruption de 70 volcans secondaires et les coulées de lave ont réuni les trois îles par la suite.

L’île de Pâques est très différente des autres îles hautes polynésiennes car ses reliefs sont aussi doux que les côtes sont accidentées et inhospitalières. Il n’y a que deux plages. Elles sont sur la côte nord. La végétation est pauvre. Rapa Nui a été couverte de forêts mais depuis longtemps déjà, les arbres ont disparu.  La déforestation serait la conséquence d’incendies et d’une surpopulation de rats. Ces rongeurs de sinistre réputation mangeaient les fruits des arbres, les empêchant ainsi de se reproduire.

Arrivés au sommet du volcan, notre regard plonge deux cents mètres plus bas au fond du cratère Rano Kau. Incroyable ! Il est parfaitement circulaire et abrite un lac partiellement recouvert de roseaux. L’endroit est fascinant. La surface du lac est étrange avec ses taches de verdure. Entre le cratère et les falaises surplombant le Pacifique, le village d’Orongo a été restauré. Il était habité quelques semaines par an durant la cérémonie de l’homme-oiseau, le Tangata Manu.

Ce culte extraordinaire est né suite à la terrible période de guerres tribales qui a mis fin à la grande époque de construction des statues. Auparavant une seule tribu détenait le pouvoir sur toutes les autres. Le culte de l’homme oiseau a permis que d’autres tribus accèdent au pouvoir royal et symbolique sur la société pascuane. Chaque année les tribus désignaient donc leur meilleur guerrier pour les représenter lors des épreuves du Tangata Manu. Il s’agissait de s’emparer du premier œuf d’une petite sterne noire, un oiseau migrateur qui vient se reproduire au printemps sur l’île de Pâques. La compétition était très physique et fort dangereuse. Bien des guerriers ont du y laisser leur vie.

Ils partaient du village d’Orongo, tout en haut du cratère, et descendaient la falaise vers la mer. Il faut les imaginer, impitoyables, ne se faisant aucun cadeau, allant sans doute jusqu’à se pousser dans le vide les uns les autres. En bas de la falaise, l’océan se fracasse sur les rochers. Les guerriers devaient se jeter à l’eau et nager vers un îlot à 2 km au large. A cette époque de l’année, les requins étaient nombreux autour de ce gros caillou difficile à aborder. Ceux qui avaient survécu à la descente de la falaise et aux requins devaient trouver sur cette petite île le premier œuf des sternes. Souvent ils devaient attendre plusieurs jours qu’une sterne se décide à pondre. L’œuf était fixé avec un bandeau sur le front et le guerrier entamait son périlleux retour vers le village. Les requins n’avaient pas déserté leur poste, il fallait nager en leur compagnie pendant les 2km puis grimper le long de la falaise jusqu’à Orongo. Le vainqueur devenait le Tangata Manu autrement dit l’homme-oiseau et il permettait à sa tribu d’obtenir le pouvoir pour un an. Cette cérémonie s'est déroulée pour la dernière fois en 1867.

Je remonte le col de mon polaire. Est-ce le vent froid qui me fait frissonner ou le site impressionnant où j’imagine ces valeureux guerriers risquant leur vie pour rapporter un œuf bien fragile et offrir par leur victoire le pouvoir à leur tribu ?


Vendredi 26 Septembre 2008

L’île de Pâques est célèbre dans le monde entier. Qui n’a pas entendu parler de ces immenses statues sur lesquelles les hypothèses les plus folles ont été échafaudées ?
De nos jours, le mystère demeure entier ! On sait comment les Moaï ont été sculptés. Mais ce qui reste encore une énigme pour les archéologues, c’est la façon dont ils ont été transportés et dont ils ont été érigés sur la plate-forme appelée « Ahu » d’où ils veillaient sur leur village.

Jérôme, notre guide, est intarissable. Le sujet le passionne. Il a fait plusieurs stages avec le plus grand archéologue pascuan, Sergio Rapu ce qui lui a permis de devenir guide certifié de l’UNESCO pour l’île de Pâques. Depuis 1995, l’île est classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Savez-vous pourquoi on l’appelle l’île de Pâques ? C’est simple à deviner …
1722, dimanche de Pâques. Une expédition néerlandaise, découvre par hasard une île perdue au coeur du Pacifique, à 3700 km des côtes chiliennes.
Cette île était habitée depuis un millénaire environ. Selon la tradition, Hotu Matu’a serait le premier roi de l’île. On pense qu’il est arrivé de l’ouest entre le Vème et le IXème siècle après JC sur une pirogue double en compagnie de tout un groupe de polynésiens.
Un site archéologique symbolise cet événement capital pour les pascuans. Les seuls géants de Rapa Nui qui regardent la mer représentent les sept premiers explorateurs. Ils seraient les sept fils du premier roi Hotu Matu’a. Quand on est devant l’ahu du site d’Akivi, si petits devant les sept Moaïs, on ne peut s’empêcher d’imaginer le destin extraordinaire de ces hommes qui ont bravé l’océan pendant des semaines sur une embarcation précaire avec leur famille. Rien ne leur assuraient qu’ils trouveraient une terre. Une fois en vue de Rapa Nui, il fallait réussir à débarquer. Quand on fait le tour de l’île, l’inhospitalité des côtes fait froid dans le dos.

Le roi Hotu Matu’a aurait débarqué sur la plage d’Anakena.
Notez que je parle au conditionnel parce qu’en fait, on a peu de certitudes sur la civilisation si particulière de l’île de Pâques. La culture et la transmission des connaissances était uniquement orale. L’arrivée des premiers européens a marqué le début du déclin de Rapa Nui. Comme dans toutes les autres îles polynésiennes, les missionnaires se sont attachés à détruire la culture locale. Il faut savoir également que la population comptait 20 000 individus avant l'arrivée des Européens en 1722, et seulement 111 cent cinquante ans plus tard !  Il y a plusieurs causes à ce génocide. Tout d’abord, au début du XIXème siècle les baleiniers, porteurs de maladies vénériennes décimèrent la population. Puis en 1859, des marchands d'esclaves péruviens emportèrent 2000 habitants pour les faire travailler dans des mines. 15 seulement d’entre eux survécurent. Les malheureux furent renvoyés chez eux quelques années plus tard. Ils étaient porteurs de maladies qui portèrent un coup fatal à la population de Rapa Nui.

Mais revenons au débarquement du roi Hotu Matu’a sur l’une des deux plages de l’île de Pâques. Jérôme nous y conduit. Le site est extraordinaire. Les sept Moaï de l’Ahu Anakena ont été relevés et ils tournent le dos à la mer. Ils sont parfaitement conservés suite à la longue période qu’ils ont passé enfouis dans le sable de la plage. Depuis quelques dizaines d’années, les sites sont restaurés petit à petit. Redresser ces colosses est un travail énorme. On pense que les Moaï ont été couchés pendant les guerres tribales qui opposèrent les différents clans de l’île au cours du XVIIème siècle. Les Moaï représentaient les ancêtres et leur regard était dirigé vers le village qu’ils protégeaient. Dans le cadre des guerres, les vainqueurs renversaient les statues des vaincus. Le sable blanc de la plage d’Anakena a préservé les géants de pierre de l’érosion. Ils regardent la cocoteraie qui borde la plage. Derrière eux, la baie est tranquille. Elle est à l’abri de la houle et des vents dominants et c’est le seul endroit de Rapa Nui où l’on peut débarquer sans risque. Le reste de la côte pascuanne est couverte de récifs et les vagues y déferlent rendant les débarquements dangereux voire impossibles.

Nous remontons dans le mini-van de Jérôme qui se dirige vers l’incontournable site de Tongariki. Là aussi les Moaï tournent le dos à l’océan Pacifique. L’Ahu Tongariki est imposant. Quinze colosses de pierre sont alignés. Un seul d’entre eux possède sa coiffe rouge que l’on appelle Pukao. C’est un cylindre taillé dans une pierre volcanique rouge. On ne sait pas si cette coiffe symbolise un chignon ou un chapeau. Comme tous les Moaï, les quinze statues de Tongariki avaient été renversées pendant les guerres tribales. Un tsunami en 1960 a achevé de détruire le site transportant certains Moaï à 150m de l’Ahu. Ils pèsent pourtant plusieurs dizaines de tonnes. La force de l’océan en colère est fantastique. La restauration du site, menée par une entreprise japonaise, a commencé en 1993. Le résultat est spectaculaire ! On se sent minuscules devant les géants de pierre qui nous dominent.

L’atmosphère de l’île ne peut pas laisser indifférent. Les Moaï, relevés ou encore au sol sont omniprésents. La végétation est pauvre. Les pentes douces des volcans sont balayées par les vents salés qui traversent le Pacifique sur des milliers de kilomètres sans rencontrer une seule terre.

Le volcan Rano Raraku est proche de la baie de Tongariki. 95% des Moaï ont été sculptés dans le tuff basaltique du cratère. Nous entrons avec Jérôme sur le site de la carrière. Des dizaines et des dizaines de statues inachevées jonchent les pentes du volcan. Certaines sont encore prisonnières de la montagne. D’autres ont été détachées et redressées pour que les sculpteurs terminent leur dos. Depuis la terre les a recouvertes en partie ne laissant apparaître que la tête. C’est impressionnant ! Rien que les têtes sont deux fois plus grandes que nous.

En général, le géant était taillé directement dans la roche du volcan, face vers le haut. Il restait donc fixé à la montagne par son "dos". Le dos était progressivement creusé sur les côtés jusqu’à prendre l'apparence d'une quille. Cette quille était enfin brisée et la statue relevée en position verticale. Il restait à sculpter le dos du Moaï. On estime que cette étape durait un an environ.

Le deuxième étape consistait à transporter le colosse jusqu’à l’ahu où il devait être érigé. La méthode employée reste encore une énigme de nos jours. Il faut savoir que les habitants de l’île de Pâques ne connaissaient ni le métal ni la roue. En plus, il n’y avait à l’époque ni chevaux ni aucun autre animal susceptible d’aider au transport.
Les légendes expliquent que les Moaï étaient animés par la force de "mana", utilisée par les prêtres pour faire avancer le Moaï. Ces légendes précisaient que les Moaï "marchaient et dansaient" jusqu'à leur destination. Des archéologues ont donc imaginé plusieurs techniques  de transport basées sur une position verticale de la statue. Deux théories semblent actuellement assez convaincantes : la première propose un Moaï debout sur une sorte de traîneau en bois, lui-même roulant sur des rondins. Cette méthode a été reprise dans le film « Rapa Nui ». La seconde suggère un système à l'aide de troncs et de cordes permettant des bascules successives du Moaï un peu comme quand on déplace un frigo en le gardant debout.
On pense qu’il fallait deux ans en moyenne pour amener le géant devant son Ahu. Tous n’arrivaient pas à bon port car on retrouve des Moaï couchés et brisés sur les routes entre la carrière et les différents villages.

La troisième étape était celle de l’érection de la statue sur l’Ahu, la plate-forme sacrée qui accueillait les Moaï. Non seulement il fallait le redresser mais il fallait aussi lui mettre son Pukao au sommet du crâne. Rien que ce chapeau rouge pouvait à lui tout seul peser jusqu’à 10 tonnes ! Là aussi les archéologues ne savent pas exactement comment faisaient les pascuans pour que la statue soit enfin en bonne place, tournant le dos à la mer, le regard vers le village qu’elle protège.

Le mystère reste entier. Et ce n’est pas le moindre des charmes de l’île de Pâques.


Dimanche 28 Septembre 2008

Le dimanche matin, l’église est pleine. Le prêtre célèbre même deux messes : une à 9h et l’autre à 11h. Elles sont animées par des musiciens et les fidèles chantent à plusieurs voix les cantiques polynésiens. Des touristes sont là, parmi les pascuans. Certains par conviction et les autres pour le spectacle. Tout le monde n’a pas de place assise. Des dizaines de personnes sont debout au fond.
Le prêtre, un collier de fleurs autour du cou, est vêtu d’une chasuble blanche. Il officie avec des laïcs, des femmes vêtues elles aussi de grandes chasubles blanches.
Après la communion, tout le monde chante. C’est gai et nostalgique à la fois. Un mouvement anime soudain la foule. Les mains se retrouvent. Chacun est maintenant en communication directe avec ses voisins. Les polyphonies continuent faisant monter l’émotion.
La messe se termine. Avant de se quitter, on se serre la main ou on embrasse ses voisins. Le prêtre sort sur le parvis de l’église et il a une parole pour les fidèles qui s’arrêtent le saluer.


Lundi 29 Septembre 2008

Les chevaux de Rapa Nui n’ont pas toujours fait partie du paysage de l’île. Avant l’arrivée des premiers européens le dimanche de Pâques 1722, les pascuans ne connaissaient que les poules et les rats. Les unes comme les autres étaient venus avec les premiers explorateurs polynésiens conduits par Hotu Matu’a.

Quand nous sommes arrivés sur l’île, nous avons été frappés par le nombre de chevaux en liberté. On nous a dit qu’il y avait environ 1700 chevaux pour les 4000 habitants.
Les chevaux sont petits, robustes, leur pied est sûr et ils n’ont peur de rien.
Ils ont longtemps été le seul moyen de transport. Et même encore aujourd’hui, des cavaliers viennent en ville avec leur monture pour faire quelques courses.

Aussi loin que remontent ses souvenirs, Guy a toujours voulu faire le tour du monde à la voile et il a tout mis en œuvre pour réaliser son rêve.
Et bien moi, ma passion depuis toute petite, ce sont les chevaux ! J’ai donc réussi à convaincre mes parents et j’ai appris à monter. Plus tard, beaucoup plus tard, j’ai pu m’offrir un cheval. C’était un bel anglo-arabe qui répondait au nom de Ramsès. Il était beau … royal même ! Nous avons vécu de belles années tous les deux.

Je ne suis pas montée depuis longtemps mais l’équitation, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! Par contre, Guy est débutant. Pas de problème nous a assuré Pantu : les petits chevaux pascuans sont calmes et il n’y a aucun risque si ce n’est celui d’avoir très mal aux fesses ce soir !

Quand nous arrivons dans le ranch de Pantu, les chevaux sont déjà prêts. Il nous prête des chaps en cuir comme ceux que portent les cow-boys pour protéger leur jean. Hop-là ! A cheval ! Et nous voilà partis pour 3-4 heures de balade dans la pampa. L’un des trois volcans à l’origine de Rapa Nui n’est pas accessible en voiture mais les chevaux vont nous y conduire. Pas question de se traîner au pas ! Pantu donne le signal et nous voilà au trot puis au galop. Guy s’accroche à la crinière et c’est parti. Je suis fière de mon Capitaine. Pour quelqu’un qui n’a jamais galopé, il se débrouille très bien. Les chevaux avancent sans hésiter sur les sentiers montagneux du volcan. A mi-chemin, nous passons devant l’Ahu Akivi, le site des sept Moaï représentant les sept premiers explorateurs, fils du roi Hotu Matu’a. Nous passons derrière eux, les laissant regarder la mer comme ils le font infatigablement depuis des siècles.

Courageusement les chevaux grimpent vers le sommet. Régulièrement, ils repassent au pas pour souffler un peu. Un claquement du fouet de Pantu les remet au galop. Ils auront droit à une grosse pause une fois arrivés en haut, pendant ce temps nous profiterons de la vue.
Depuis le sommet du volcan Terevaka, nous dominons l’île et c’est sa sauvagerie qui nous frappe. Si on excepte le village d’Hanga Roa, minuscule petite tache au sud-ouest, aucune construction, aucun fil électrique ne perturbe l’harmonie du paysage. C’est vrai que l’île est pelée ! Une tache vert foncé attire quand même notre regard. Il y a une tentative de reboisement au centre de l’île : des eucalyptus en majorité car ils résistent bien aux incendies provoqués par les brûlis.

Pendant que nous admirons le panorama, les chevaux paissent en liberté. Pantu leur a passé les rênes par-dessus l’encolure et elles traînent au sol. Jamais je n’aurais fait un truc pareil avec Ramsès, mon cheval. Il n’aurait eu qu’une seule idée : rentrer à fond de train à l’écurie en se prenant les pattes dans les rênes ! Autres lieux, autres mœurs ! Ici les chevaux n’ont pas vraiment d’écurie et il y a partout de l’herbe pour se remplir la panse. Alors pourquoi se fatiguer  en allant ailleurs chercher ce qu’on a sous la patte !

Il faut rentrer maintenant. Nous ramassons les rênes et nous les repassons sur l’encolure. Pied gauche dans l’étrier, une poussée, jambe droite par-dessus la croupe et nous revoilà en selle, prêts à la descente. Celle-ci se fera tranquillement. Un cheval, chargé d’un cavalier, risque de trébucher et de chuter s’il galope dans une descente. Deux ou trois fois, la pente s’adoucit et nous piquons un petit galop pour le plaisir. Nous arrivons au ranch. Un câlin de remerciement à notre monture et nous rendons nos chaps à Pantu.
Pas de courbatures pour l’instant : c’est demain que les muscles endoloris nous rappelleront notre belle balade d’aujourd’hui.


Mardi 30 Septembre 2008

Nous avons loué un petit 4x4 pour retourner sur les lieux que nous avons envie de revoir avant de rentrer sur Pro’s Per Aim qui nous attend à Tahiti.

Et puis nous voulons découvrir les lavatubes. Ce sont des formations géologiques très particulières. Lors des éruptions des volcans, la lave a coulé sur les pentes jusque dans la mer. Elle était assez liquide pour que certaines coulées se solidifient en surface pendant que la rivière de feu continuait dessous. Une fois l’éruption terminée, la lave incandescente laissait place à un tunnel.
Par endroit, la voûte de ce tunnel s’est effondrée. La lumière du soleil inonde le trou et les vents si desséchants de Rapa Nui ne peuvent y pénétrer. De merveilleux oasis se sont développés dans ces abris naturels. On y trouve des bananiers, du taro et d’autres plantes tropicales.

Ailleurs, peut-être par mimétisme avec ces effondrements de lavatube, pour réussir à faire pousser de quoi se nourrir, les hommes protégeaient les cultures de l’air salé à l’intérieur des « manavai ». Ces manavai étaient des murs de pierres en forme de cercle d’une hauteur d’un mètre environ pour un diamètre de deux à trois mètres maximum. On en trouve partout sur l’île.

Le lavatube «Ana Kakenga » est particulièrement spectaculaire. Pour y entrer il faut se faufiler à quatre pattes dans un conduit pendant une quinzaine de mètres. Puis on se redresse prudemment tout en continuant à progresser voûtés. Malheur à celui qui oublie sa lampe de poche. On n’y voit rien pendant plusieurs dizaines de mètres. Tout à coup deux taches de lumière nous aveuglent. Le bruit des vagues venant se briser au pied de la falaise nous oblige à hausser la voix pour nous entendre. Ce lavatube est surnommé la « grotte aux deux fenêtres » parce qu’il débouche par ces deux ouvertures à mi-hauteur de la falaise. Le point de vue sur la côte et les brisants est exceptionnel. Un léger vertige m’envahit. Une chute en contrebas serait fatale !


Mercredi 1er Octobre 2008

Nous avons le 4x4 jusqu’à ce soir, alors nous partons pour un dernier tour sur les pistes.

Pétroglyphes, sites en ruines, pampas désolées où l’herbe dispute la place aux roches et aux cailloux. Des chevaux … partout … en liberté. Une petite forêt sur les pentes du volcan Rano Kau où serpente le sentier du Tangata Manu.
Un dernier dîner à la pension : le cuisinier chilien de Jérôme fait des merveilles et nous a régalé tous les soirs.

Il est l’heure de quitter l’île de Pâques et de prendre l’avion qui nous ramènera à Tahiti. Dans quelques jours nous nous envolerons à nouveau. Cette fois, ce sera pour passer un mois en France. Nous serons de retour à Tahiti mi-novembre.

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