Les Cook et les Tonga
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Le lundi 30 mars, vers 15h, juste après avoir fait les papiers de sortie à la Gendarmerie de Bora-Bora et le plein de gasoil, nous décidons de quitter la Polynésie dite Française. Cap au 274° magnétique en direction de l'atoll de Suvarov dans les îles Cook.

Bora-Bora nous a encore réservé deux mauvaises surprises : impossible de trouver un seul oeuf à vendre sur l'île et le pompiste a refusé de nous détaxer le gasoil car le papier fait aux douanes de Papeete était périmé. "Il vous faut retourner à Tahiti" nous a-t-il dit. Ben voyons !

Dans la nuit nous rattrapons KUAY, nos amis américain et suédois partis le matin de Bora en direction de Suvarov. Pros'Per Aim avance bien. 7 noeuds, vent sur la hanche, un ris dans la grand voile.

Vendredi 3 avril. Le vent a molli et il ne sera pas possible d'arriver assez tôt demain pour entrer dans Suvarov avec une bonne lumière. Il faut ralentir et freiner Pro's Per Aim pour arriver dimanche.

Dimanche 5 avril. Au petit jour, l'atoll de Suvarov défile sur notre bâbord. L'entrée dans la passe est tonique. 3 à 4 noeuds de courant dans le nez, des tourbillons et des moutons un peu partout qui correspondent plus ou moins à des récifs (South reef, East reef ..). A 9 heures l'ancre est accrochée e
t Pro's Per Aim se balance doucement sous le vent d'Anchorage Island, l'île à l'ouest de la passe d'entrée de Souvarov. Là l'eau est d'une transparence incroyable. Nous voyons notre ancre 18 mètres en dessous de nous ! Et ... les requins pointes noires aussi ...

Souvarov est un atoll désert. Nous sommes seuls et le paysage ne peut pas être plus "carte postale" : plage de sable blanc ourlée de cocotiers se découpant sur le ciel bleu des mers tropicales et se reflétant sur l'eau turquoise du lagon. Nous sommes seuls et les habitants les plus proches sont à plusieurs centaines de milles ! Eh oui, c'est encore possible au XXIème siècle ! Incroyable !
C'est Tom NEALE qui a rendu célèbre Suvarov. Ce Néo-Zélandais y a vécu en ermite de 1952 aux années 80. Il a écrit un livre "An island for oneself" où il raconte sa vie de Robinson. Bernard Moitessier en parle également dans son dernier livre "Tamata et l'alliance". 

Les jours s'écoulent avec une grande paix. Nos amis de KUAY (Ed et Ingemar) sont arrivés sur leur ketch de 43 pieds construit il y a 30 ans et pesant 23 tonnes ! Ils ont pêché un espadon qu'ils partagent avec nous et nous les approvisionnons en bière qu'ils n'avaient pas stockée en quantité suffisante à Bora-Bora.

A terre, deux cabanes dont une sur pilotis en bois servent à abriter les 2 ou 3 rangers qui séjournent ici de mai à octobre. A plusieurs reprises, au cours de fortes tempêtes, l'atoll a été complètement submergé par les eaux et les rangers ont du se réfugier en haut des cocotiers. Les 2 mètres d'altitude des parties émergées ne sont pas suffisants pour assurer une bonne protection contre la mer. C'est pourquoi la seconde cabane est montée sur pilotis. Que deviendront ces atolls d'ici la fin du siècle avec la montée des eaux due à la pollution ?

Le vendredi 10 avril 2009, nous décidons de partir vers Rose Island, un atoll désert quasiment submergé dépendant des Samoa Américaines. Mais l’approche rapide d’un front venant du Sud avec des isobares trop rapprochées à notre goût nous fait renoncer à cette escale qui pourrait se transformer en un redoutable piège.
Le cap est alors mis au SW vers le Royaume des Tonga, vers le groupe Vava’u, à 700 milles.

La traversée du front n'a fait monter le vent qu'à 7 beaufort (30 noeuds au près serré) pendant 24 heures, mais a levé une mer croisée bien trop formée pour notre petit confort ! Bref une mer beaucoup plus forte que la mer du vent, comme souvent dans le Pacifique !


Arrivés aux Tonga le jeudi 16 avril 2009 après avoir perdu en route le lundi de Pâques (passage de la ligne de changement de date), le dépaysement est frappant.

Ici, les gens sont aussi aimables qu’en Polynésie, mais ils sont habillés de façon traditionnelle pour la plupart : longues jupes noires pour les hommes et tabliers en rafia pour tout le monde. De même, la religion est omniprésente. Elle règle la vie de tous les jours et les écoles sont confessionnelles. Les élèves portent des jupes dont la couleur indique l'établissement scolaire.


Plusieurs églises rivalisent pour attirer le croyant. Les catholiques, les mormons et les méthodistes qui sont les plus nombreux. Mais les méthodistes ne sont pas d'accord entre eux et se divisent en plusieurs églises. Nous avons pu participer à l'office dominical d'une église méthodiste appelée 
"The free church of Tonga" (l'église libre des Tonga). L'ambiance y est sérieuse, familiale et bon enfant à la fois. C'était un régal de voir une grand-mère endimanchée surveiller les enfants. Quand ils s'agitaient de trop, elle sortait une badine et "caressait les oreilles" du "chenapan" ! Ici les enfants, les adolescents et les jeunes ont un profond respect pour leurs aînés. Jamais un fils ou une fille n'osera manquer de courtoisie, de politesse à son père. Nous avons également été invités à partager le repas dominical d'une famille et nous avons pu juger que ces valeurs sociales et familiales étaient bien réelles.

Ce respect pour les aînés, pour les parents, atteint un tel point que les enterrements endettent les familles pour des années. Une fanfare de dizaines de music
iens précède le corbillard qui est suivi par des centaines de personnes. Il dure toute une journée et vache, cochons et poulets sont abattus pour nourrir tout le monde. Ensuite la tombe est fabuleusement décorée avec des tapisseries.
Le contraste avec la Polynésie dite Française est saisissant. Ici les valeurs traditionnelles sont encore profondément ancrées et les habitants sont fiers d'eux-mêmes. Quant aux prix, ils sont normaux, donc ils nous semblent vraiment bas ! 

Les îles du groupe Vava’u sont plates, sans lagons, et recouvertes d'une végétation luxuriante. Elles sont d'origine coralliennes et on trouve des grottes un peu partout.

Nous sommes le premier bateau de voyage à avoir abordé le Vava'u group depuis plusieurs mois. Le tourisme est peu développé ici et c'est une chance pour les habitants qui peuvent garder ainsi leur authenticité culturelle. Seuls quelques rares paquebots passent de temps en temps et déversent pour une journée leurs hordes bruyantes sur ces rivages préservés.
D'ailleurs, nous avons aidé un groupe qui s'était retrouvé piégé par la marée basse et qui craignait que leur paquebot ne reparte sans eux !

La ville principale du groupe Vava'u est Neiafu. Elle est bâtie en bord de mer et n'est en fait qu'un gros village. Par souci de tranquillité, la vitesse est limitée à 5 noeuds dans toute la baie. Et cette limitation est respectée ! Incroyable ! Personne n'est secoué par les vagues des bateaux locaux ! 

Le Vava'u group est composé de la grande île de Vava'u et de dizaines de petites îles. Certaines sont habitées de façon permanente, mais la plupart sont désertes et il est étrange de rencontrer des adultes qui ne connaissent même pas toutes les îles habitées du groupe, qui ne se sont déplacés dans leur vie que de leur petite île vers le gros village de Neiafu. Quelle peut être leur représentation du monde ? 

Dans le même ordre d'idée, ceux qui sont venus nous voir en pirogue pour nous proposer de l'artisanat préféraient le troc à l'argent.


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