
Le Venezuela et les
îles ABC
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Partis le 27 juin dans la
soirée
de Grenade, poussés par un bon force 5 et génois
tangonné, nous arrivons le 28 au matin en vue des Testigos,
après une traversée d'une centaine de milles.
Les Testigos sont un petit groupe d'îles perdues
appartenant
au
Venezuela et pratiquement inhabitées. Des citernes
recueillent
l'eau de pluie et un groupe électrogène fabrique
du
courant quelques heures le soir pour la poignée de familles
de
pêcheurs y vivant.
En fait les Testigos sont surtout connues des frégates et
des
tortues. Un après-midi, nous avons observé le vol
de ces
grands oiseaux marins qui attendaient les jeunes tortues à
leur
sortie
des oeufs pour faire leur ... 4 heures !
Nous devions rester plusieurs jours aux Testigos, mais
l'arrivée
d'une onde tropicale et de sa houle associée nous chasse du
mouillage du nord et le 1er juillet au soir nous jetons l'ancre
à
Porlamar sur l'île de Margarita.
Là, tout change : immeubles, magasins et une vie
incroyablement
bon marché. Par exemple : 120 litres de gasoil
livrés en
rade sur le bateau avec 5 litres de super pour ... 8.90 € !
Margarita
est
la plus grande île du Venezuela avec une immense lagune
classée "parc national".
Une semaine pour visiter Margarita et s'emplir les oreilles et les
narines du bruit et de l'odeur des vieilles américaines (les
voitures !) est suffisant et nous mettons le cap au NW, vers
l'île déserte de La Blanquilla, que nous touchons
dans la
soirée du 9 juillet.
La
Blanquilla est
une île déserte, basse et aride. Seuls quelques
douaniers
et des ânes sauvages y résident à
l'année.
La côte est superbe, entrecoupée de granit et de
calcaire
corallien. L'eau y est bleu turquoise et le sable est si blanc et si
fin qu'il fait penser à de la farine.
Lors de nos promenades à terre, pour
échapper
aux terribles épines des cactus "sauteurs", nous avons suivi
les
chemins tracés par les ânes. Cela ne nous a pas
empêchés d'être "agressés"
plusieurs fois !
Des pêcheurs viennent de
façon
intermittente à La
Blanquilla et le soir ils sont au mouillage à nos
côtés troquant thon contre vin et chocolat ! Les
jours
s'écoulent, paisibles, loin de tout. De temps en temps, nous
captons RFI et nous ne comprenons pas (plus ?) ce qui mène
la
terre et tout ce gaspillage.
La
Tortuga est
encore plus basse que La Blanquilla (18m contre 37m) et nous y passons
la seconde quinzaine de juillet. La
Tortuga est
composée d'une île principale et de plusieurs
îlots.
Quelques militaires y vivent à l'année
à
côté de la piste d'atterrissage en terre battue.
Petit paradis sur terre, La Tortuga est le rendez-vous
branché de la jet set
vénézuélienne. Les
week-ends, hélicoptères, yachts de luxe et petits
avions
arrivent le samedi et repartent le dimanche ... Ce bruit, ce
remue-ménage nous laisse pantois et nous les
regardons s'agiter
et s'agiter pendant deux jours avant de retrouver l'immense paix
de ces lagons où nos seuls voisins
sont les
pélicans.
C'est à Puerto la Cruz que nous décidons
d'aborder le
continent et d'essayer de faire réparer notre
dessalinisateur
qui décidément ne veut pas marcher correctement !
Comme Alubat n'a pas respecté ses engagements lors de la
dernière avarie
de
cette machine, nous prenons directement contact avec l'importateur et
HRO le fabricant américain ...
En quelques jours, la pompe alimentaire qui avait
été
montée à l'envers par Alubat, puis
changée et mal
remontée par ce
dernier, réparée plus ou
moins bien en Martinique ... est, pour la 3ème fois,
changée pour une neuve d'un type plus puissant !!!
Le fabricant américain HRO, l'importateur
français et le
concessionnaire vénézuélien, devant
notre
déception, se mobilisent et
décident de faire le maximum pour nous dépanner
rapidement. En 5 jours, c'est terminé ! Cerise sur le
gâteau,
ils acceptent de prendre cette nouvelle pompe
(plus de 1000€) en garantie ! C'est notre jour de chance !
Mais
est-ce que notre
dessalinisateur va enfin fonctionner normalement maintenant ? Attendons
un peu
avant de crier victoire !
Puerto
la Cruz
est une grande ville moderne dont la zone résidentielle est
bâtie en partie sur pilotis dans la lagune de El Morro. Ses
maisons sont très colorées et le contraste est
grand avec
les villages indiens du delta de l'Orénoque ou de la Gran
Sabana. Villages que nous découvrons grâce
à un
voyage
de 11 jours
à l’intérieur du Venezuela.
L’immensité de l’Orénoque et
de son delta
nous stupéfie. Tout nous paraît immense,
gigantesque. La
marée se fait sentir jusqu’à 150 km
à
l’intérieur des terres et la forêt
vierge est
omniprésente dans ce que nous avons pu voir. Les villages
indiens que nous traversons sont bâtis au dessus de
l’eau
et leur organisation sociale est différente de ce que nous
connaissons. C’est l’homme qui va habiter chez sa
femme. La
structure est matriarcale et l’atmosphère semble
paisible,
calme, sereine. Le moyen de locomotion est toujours la pirogue
taillée dans un tronc d’arbre.
A l'opposé, la Gran
Sabana présente un paysage de savane
où les indiens habitent dans des maisons en torchis.
C’est
le royaume des cascades,
des montagnes tabulaires appelées
« Tepuyes », où le véhicule
4x4 est indispensable.
Nous poussons jusqu’au Brésil avant de revenir sur
nos pas
et prendre l’avion pour Canaima
puis une pirogue pour
remonter les rapides du Rio Churún, un affluent du Rio
Carrao,
vers le Salto
Angel,
la plus haute cascade du monde avec chute
d’eau de 979m, soit 15 fois la hauteur des chutes du Niagara !
Bien sûr il n’y a pas d’hôtels
dans ces coins
reculés et nous dormons en plein air dans des hamacs
accrochés parfois sous des abris sommaires sans murs. La
route
est longue : 3000 km au compteur ! Nous rentrons fatigués
mais
enchantés et Isabelle rédige son journal.
La saison avance, si nous voulons traverser vers la Colombie avant
mi-novembre et profiter de bonnes conditions de mer, il nous faut
songer à partir …
… et à nouveau l’île de La
Tortuga pour 48
heures, le temps de caréner, avant de partir vers le
célèbre archipel des Roques !
Les
Roques sont
un mythe, c’est le rêve de
beaucoup de marins,
un avant goût de la Polynésie …
mais
une navigation ne laissant que peu de place à
l’erreur.
Les cartes sont fausses, les récifs omniprésents
et seule
une bonne lumière bien haute dans le ciel et un peu en
arrière de la route permet de voir à temps les
patates de
corail. Bleu foncé ça doit passer, clair
ça peut
toucher et marron … c’est
l’échouage
assuré !
Le phare des bouches de Sébastopol est devant nous et pas de
passe ! Isabelle surveille à l’avant de
Pro’s Per
Aim et je
suis prêt à battre en arrière toute au
cas
où … Le nuage qui cachait le soleil se
déplace et
l'entrée apparait, il faut tourner tout de suite
à droite
et ne pas dépasser le récif du milieu ... Nous
restons
dans le bleu foncé entre les deux barrières de
corail et
filons à 6 noeuds plein nord. Voilà, nous sommes
entrés dans les Roques ! Buchiyaco, Grand Roque, Nordisqui,
Sarqui, Carenero, Cayo de Agua, une multitude de mouillages plus beaux
les uns que les autres ...
Nous allons passer une dizaine de jours aux Roques, sentiment
mitigé ! De nombreux yachts à moteur bruyants et
malodorants troublent la paix de beaucoup de ces lagons.
Le 13 septembre nous appareillons pour Barlovento le premier
des deux
Aves,
un archipel inhabité à 35
milles vers
l’ouest. Et là nous découvrons un
paradis où
les oiseaux ("aves" en espagnol !) ne craignent pas
l’homme,
où l’on nage
avec les tortues, où la nature semble intacte. Du
concentré de bonheur ! La colonie de
fous à
pattes rouges
est très importante et nous avons la chance d'arriver en
pleine
période de nidification.
Le temps passe trop vite et il nous faut continuer à avancer
vers l'ouest si nous voulons avoir le temps de rentrer en France
courant
octobre. Le 18 septembre, anniversaire de Metig, nous partons pour le
second Aves (l'Aves de Sotavento) puis Bonaire le 19.
Bonaire
est une
île dépendant des Pays-Bas sur notre route vers la
Colombie.
On connaît Bonaire pour trois choses : ses sites de
plongées (3ème spot mondial parait-il), sa
politique de
protection de l'environnement et ses flamants
roses.
Nous plongeons tous les jours et à part trois sorties avec
un
club, nous sommes en autonomie tous les deux. Et c'est magique !
Mais octobre arrive et nous devons aller à Curaçao
pour
prendre l'avion pour la France.
C'est avec regret que nous quittons Bonaire pour affronter le
véritable délire administratif de cette capitale
des
Antilles hollandaises.
Nous imaginions arriver dans une île "européenne",
et
c'est dans un univers sorti tout droit de l'univers Kafkaïen
que
nous débarquons.
Essayez de vous représenter une toute petite
île
peuplée de quelques milliers d'habitants et
dépendant de
la Hollande où il vous faut suivre un vrai parcours du
combattant pour être en règle : douanes,
immigration
(mer), affaires maritimes qui vous renvoient à l'immigration
pour cause de mauvais tampon ...
Ensuite, quelques jours plus tard, munis de votre billet d'avion pour
Paris, il vous faut retourner à l'immigration (mer) puis
aller
à l'aéroport munis du bon tampon faire viser
votre
passeport à l'immigration "air" et tout cela avec une lettre
certifiant que le bateau est sous la responsabilité d'une
marina
!!! Le pire est qu'au retour il faut tout refaire à l'envers
...
Et quand nous appareillerons pour la Colombie il faudra tout
recommencer ! Vous avez dit Kafka ?
Une précision : tout ces bureaux ont "oublié"
d'être regroupés et se situent à une
heure de
Spanish Water le seul mouillage "libre" de l'île. Bref vous
l'avez compris : une escale originale !
Le point positif est la charme de la vieille ville de Willemstadt,
appelée aussi la petite Amsterdam des tropiques.