Le journal d'Isabelle



Jour après jour, Isabelle rédige le journal de notre voyage. Adapté pour la  radio  depuis mai 2008, voici les textes ayant été diffusés.


PRO'S PER AIM AUX FIDJI
du 13 juin au 14 juillet 2009




Samedi 13 Juin 2009 – Départ de Wallis

Nous partons en début d’après-midi de façon à embouquer la passe pendant l’étale de marée basse. Nos amis Elian et Odile ont levé l’ancre également. Avec leur voilier PELAGOS, ils veulent faire route sur Futuna et nous retrouver plus tard aux Fidji. NAN FONG et AMARYLLIS sont des catamarans. Ils iront plus vite. C’est pour ça qu’ils partiront en fin d’après-midi, eux aussi vers Futuna. Futuna nous tente, on nous en a dit beaucoup de bien. Mais mon Capitaine a étudié les possibilités de mouillage et la météo. Un arrêt en ce moment paraît risqué. Même si nous réussissions à jeter l’ancre, nous ne dormirions pas tranquille de peur qu’elle chasse et la houle rendrait le débarquement en annexe difficile voire impossible. Pro’s Per Aim fait donc cap au sud-ouest sur la grande île fidjienne de Vanua Levu.

Nous sommes encore à portée de radio des amis quand notre conversation est interrompue par le cliquètement du winch. La ligne de traîne que nous avons laissé filer à l’arrière tire à mort sur le tendeur qui sert d’amortisseur. Nous cessons les bavardages pour remonter le poisson qui a été tenté par le leurre. Tout d’abord, Guy stoppe le bateau en le mettant à la cape. Non seulement Pro’s Per Aim ralentit mais il n’est plus malmené par la forte houle : c’est presque confortable. La bête, très lourde, résiste et se bat. Guy finit par la ramener à bord. C’est un thon, un superbe, un énorme thon.
Il fait nuit noire maintenant. Toujours à la cape, la lumière du cockpit allumée, Guy commence le découpage. La tête déborde du seau de dix litres et repart à l’eau la première, puis les tripes suivent le même chemin, les requins s’en chargeront. Pendant une bonne heure Guy tranche, taille et j’entasse au fur et à mesure la belle chair rouge dans des boîtes plastiques. Entre deux allers-retours au frigo, je verse des seaux d’eau de mer dans le cockpit pour évacuer le sang avant qu’il ne sèche. Même en jetant gros, nous récupérons quinze à vingt kilogrammes de filets.
Demain matin, à la première heure, nous ferons des conserves. Ce sera la première fois car nous n’avons jamais pêché une quantité telle qu’on ne puisse la manger fraîche. Dans les fonds, il reste des pots de confiture vides. Il faut tasser les morceaux de thon à l’intérieur. Pour la stérilisation on met les pots dans la cocotte minute pendant une heure.
En attendant, nous allons en faire cuire une belle tranche à la poêle avec de l’ail et des morceaux de citrons confits. Guy en a fait tout un bocal quand nous étions à Wallis. On laisse macérer les citrons coupés en rondelles dans du gros sel pendant vingt-quatre à quarante-huit heures. Puis on égoutte bien et on les met dans un bocal avec de l’huile d’olive en tassant bien. La chair du thon tendre et rosée à cœur est savoureuse. Un régal !


Mardi 16 Juin 2009 – Arrivée à Savusavu dans l’île de Vanua Levu (Fidji)

Depuis plusieurs heures nous longeons les côtes montagneuses de Vanua Levu. Les sommets sont perdus dans les nuages. Le ciel gris ternit la couleur de l’eau. Nous ne sommes pas trop fatigués car la traversée depuis Wallis a été bonne. Le vent soufflait raisonnablement à l’arrière du travers et la houle était supportable.
Vanua Levu est l’une des deux grandes îles des Fidji, la plus au nord et la moins touristique. Savusavu se trouve sur la côte sud de Vanua Levu. C’est le seul des quatre ports d’entrée ayant la réputation d’être accueillant. Ailleurs, il semblerait que les officiels des douanes et autres administrations incontournables, multiplient les tracasseries pour les voiliers qui arrivent.

Nous avons réservé par mail un coffre de la marina Waitui dans Nakama Creek, une baie étroite et bien protégée s’enfonçant loin à l’intérieur des terres. La petite ville de Savusavu s’étend paresseusement le long du rivage. A l’entrée de la baie, un quai permet aux cargos de ravitaillement d’accoster. Il n’y a ni digues ni pontons. Les bateaux sont simplement amarrés à des coffres.
Tant que les formalités d’entrée ne sont pas terminées, nous devons rester à bord. Amené dans un canot par Asseri qui travaille pour la marina, l’officiel de la santé arrive le premier. Il est en jupe noire comme aux Tonga. Respectueux, il laisse ses chaussures dans le canot et monte pieds nus à bord. Une feuille à remplir, c’est vite fait. Il nous annonce qu’il faudra aller payer une taxe d’une valeur de quinze euros à l’hôpital demain matin. Puis une douanière passe du canot à Pro’s Per Aim. Lui était en jupe et elle est en pantalon. Elle s’occupe aussi des formalités d’immigration. Beaucoup de formulaires à compléter mais elle est charmante. On termine avec le représentant de l’agriculture qui jette un coup d’œil à notre frigo vide de denrées fraîches car on nous avait dit qu’elles étaient confisquées. En fait il nous laisse l’oignon qui traîne en évidence en précisant que nous devons le consommer à bord.

Voilà, nous pouvons aller à terre. Au passage nous passons donner une boîte pleine de thon à PELAGOS qui a finalement changé d’avis et est venu à Savusavu sans s’arrêter à Futuna pour les mêmes raisons que le Capitaine. Plus tard dans la journée, NAN FONG arrivera et nous dira n’avoir pas pu débarquer à Futuna à cause de la houle. Bien vu, Capitaine ! Tu nous as évité un détour pour rien.
Kendra et Michael qui gèrent les coffres de la marina acceptent avec plaisir leur part de poisson et une troisième boîte nous permet de faire connaissance avec l’équipage de NATHAPE. Hanspeter est suisse et Nathalie est française. Pour nous remercier ils nous invitent à l’apéro ce soir. Nous échangerons notre documentation, celle de Wallis où ils veulent aller contre la leur, celle des Fidji qu’ils connaissent bien pour y naviguer depuis plusieurs mois.

En attendant nous marchons vers le centre-ville. En cinq minutes nous longeons les premières boutiques indiennes. La population fidjienne est mi-indienne mi-mélanésienne. Les femmes en sari avec une tache rouge sur le front côtoient les hommes en jupe et aux cheveux crépus. La vie semble tranquille dans cette petite ville provinciale. Les troubles politiques qui secouent les Fidji concernent davantage la capitale sur Viti Levu, l’autre grande île. Il y a encore eu un putsch militaire récemment.

Nous commençons par le distributeur de billets. La carte VISA c’est quand même magique ! Un petit tour dans le marché et nous revenons chez nous avec des légumes et des fruits frais. Les berges, découvertes par la marée basse, fument. Ce sont des sources chaudes ! Un peu plus haut sur la pente de la colline, l’eau sort de terre en bouillonnant. Gare à celui qui marche sans chaussures à proximité : le sol est brûlant.

Avant de reprendre l’annexe au ponton, nous passons dans la minuscule pièce qui sert d’atelier à Michael dans les locaux de la marina. Il y vend et installe des lampes LED sur les bateaux qui passent. Son matériel nous convainc. Les nouvelles lampes consomment dix fois moins que les anciennes et fournissent la même lumière. Sur un voilier, la gestion de l’énergie est une obsession. Tout ce qui permet d’en dépenser le moins possible est le bienvenu. Parallèlement il faut en emmagasiner le plus possible. Pour ça nous avons une éolienne et des panneaux solaires. Si ça n’est pas suffisant, on fait tourner le moteur.
Le soir, nous étions toujours dans la pénombre pour ne pas vider les batteries de Pro’s Per Aim. La vie va changer ! Nous décidons de transformer tout l’éclairage intérieur. Que la lumière soit !


Vendredi 19 Juin 2009 – En bus vers Labasa dans l’île de Vanua Levu (Fidji)

Six heures ! Le jour est à peine levé et le réveil sonne. Etre jetés de la couchette par un bip strident n’est pas dans nos habitudes mais nous devons être prêts pour prendre le bus dans une heure et demie. Il part de Savusavu où Pro’s Per Aim est mouillé et va à Labasa, la ville principale de Vanua Levu.

Nous sommes en avance à la petite gare routière pour avoir une place assise. Les bus sont suffisamment inconfortables sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter en voyageant debout. Les bancs sont rembourrés avec des noyaux de pêches et en plus la climatisation est naturelle puisqu’il n’y a pas de vitres. Sauf que ce matin, on apprécierait d’être à l’abri du vent car il fait frais et le ciel est bien gris. D’ailleurs c’est le cas depuis que nous sommes arrivés aux Fidji, plus besoin du taud de soleil pour protéger Pro’ Per Aim de la chaleur. L’hiver austral s’installe doucement ; les températures vont continuer à diminuer dans les semaines qui viennent.

Le moteur du bus tourne au ralenti. Petit à petit il se remplit d’hommes, de femmes, de fidjiens et d’indiens, d’écolières avec leurs cheveux longs et noirs bien nattés et d’écoliers en jupe-paréo. La couleur de l’uniforme dépend du collège où ils vont. On charge des taro maculés de terre dans les soutes à bagages sur les côtés. Elles sont à l’air libre. Pas davantage de portes que de fenêtres dans ce moyen de transport en commun.

Trois heures de route nous attendent. Labasa n’est qu’à quarante kilomètres à vol d’oiseau mais les montagnes obligent à faire un long détour. Pendant une demi-heure, le bus longe la baie de Savusavu et s’arrête souvent pour prendre ou déposer des enfants allant en classe. Puis il commence à grimper. Quand un passager veut descendre, il tire sur la cordelette qui court d’un bout à l’autre. Elle actionne une sonnette et le chauffeur s’arrête. Les villages que nous traversons, les maisons devant lesquelles nous passons transpirent la pauvreté. La population est composée par moitié de Fidjiens de souche et pour l’autre moitié d’Indiens dont les ancêtres ont été amenés au XIXème siècle par les Anglais pour travailler dans les plantations de canne à sucre. Les Indiens sont principalement regroupés dans les villes comme Labasa ou Savusavu. Dans les coins montagneux et reculés, nous n’avons vu que des Mélanésiens.

Le bus avance lentement. Les montées sont raides. Nous sommes encore dans la partie Est de Vanua Levu : celle qui prend les alizés de plein fouet et sur laquelle tombe la pluie nourrissant la terre volcanique et riche. La végétation y est tropicale et dense.
Plus on monte, plus il fait frais. Le soleil ne perce pas. Les passagers semblent avoir l’habitude. Ils se couvrent. Guy et moi sommes en tee-shirt et nous avons la chair de poule. Tout à coup, en pleine côte, le bus hoquète et stoppe. A plusieurs reprises le chauffeur fait rugir le moteur. Enfin ça repart, les vitesses craquent sinistrement, ça fume noir derrière. Nous allons atteindre le col. L’air est de plus en plus mouillé, des nuages bas circulent dans la vallée. Le soleil n’a toujours pas fait son apparition.

Le chauffeur entame la descente vers Labasa. Très vite l’air devient moins humide. Les pentes sont plantées de pins pour l’exploitation du bois. Le paysage a changé. La vitesse du bus aussi ! !
Les virages sont pris à la corde et on croise les doigts en espérant que les freins ne lâcheront pas. En attendant des moments plus sereins, nous nous accrochons aux sièges en essayant de penser à autre chose.
La pente finit par s’adoucir. L’air se réchauffe un peu. Nous traversons maintenant d’immenses plantations de canne à sucre.

En entrant dans Labasa, le bus ralentit à peine. En ville, les maisons sont construites en dur et des fils électriques courent dans tous les sens au-dessus de nos têtes. Les trottoirs grouillent de monde. Toute une population s’affaire, s’agite. Les Indiennes en saris colorés croisent les Fidjiens, certains en jupe-paréo comme aux Tonga, d’autres en bermuda à la mode occidentale.

La gare routière est à côté du marché. A peine sortis des odeurs de gaz d’échappement, c’est un monde oriental qui s’ouvre à nos narines. Les épices indiennes remplissent les étals. Au sol la volaille, vivante, attachée par une patte, tente de picorer les taro et les ignames. C’est la saison des oranges et des papayes. Pour étancher une petite soif, on peut acheter une noix de coco, une verte, encore bien pleine d’eau fraîche et savoureuse.

Le long de la rue commerçante, les boutiques indiennes se succèdent. Quelques restaurants offrent des repas à base de poulet et de riz pour un prix dérisoire. Nous y mangeons sans y boire car il n’y a pas d’eau en bouteille. Un peu plus loin nous entrons dans un cybercafé où un thé nous désaltère enfin.
Il n’y a pas grand chose à voir dans cette petite ville provinciale, centre commercial de l’île et plaque tournante de l’exploitation de la canne à sucre. L’intérêt du périple réside plutôt dans le trajet.

Nous regagnons donc le terminus. Il est midi et demi, un bus va partir bientôt. Nous serons rentrés avant la nuit. L’air s’est rafraîchi après l’averse. Les habitués enfilent un pull ou un coupe-vent. Les mères mettent des bonnets aux jeunes enfants.
Et nous ?
Faute d’une petite laine, nous revenons transis à Savusavu. Au passage du col, il pleuvait à nouveau  et malgré les bâches latérales qu’on avait déroulées, nous étions mal protégés du vent et de la pluie.

Belle journée grise au cœur du pays ancestral fidjien ! On est loin des images de cartes postales affichées par les agences de voyages. Les plages de sable blanc et les eaux claires sont dans l’archipel des Yasawa à l’ouest.
Sur Vanua Levu, c’est authentique ! Authentiquement pauvre et dépourvu de tout confort, de toute technologie.


Samedi 20 Juin 2009 – Savusavu dans l’île de Vanua Levu (Fidji)

Un coup de vent d’ouest est annoncé. Le coffre où est amarré Pro’s Per Aim est à l’entrée de la baie. Nous ne serons pas à l’abri de la houle. Asseri, le responsable de la marina Waitui nous fait déplacer au fond de ce petit bras de mer qu’on appelle Nakama Creek et qui est coincé entre la côte et un îlot. Ça pourra souffler, nous ne nous en rendrons même pas compte.
Dans quelques jours, dès que le mauvais temps sera terminé, nous larguerons les amarres pour Viti Levu, l’autre grande île des Fidji.
En attendant, le Capitaine décide que c’est le moment de faire la vidange du moteur. Evidemment, ce n’est pas comme une voiture. On ne met pas une cuvette sous le bateau pour récupérer l’huile usagée. Il faut la pomper de l’intérieur. La petite pompe à main est d’utilisation difficile. Le tuyau se déboîte plusieurs fois arrosant les planchers d’huile noire et tiède.


Lundi 22 Juin 2009 – Savusavu dans l’île de Vanua Levu (Fidji)

Il pleut sans arrêt depuis hier. La première grosse averse a rincé et dessalé la capote et le bimini. Ensuite nous avons installé les récupérateurs d’eau de pluie. Cela fait plus de deux mois que le dessalinisateur est en panne ce qui nous complique bien la vie. A la maison on ouvre le robinet sans réfléchir, sans se rendre compte à quel point l’approvisionnement en eau douce est un problème quotidien et crucial pour ceux qui n’ont pas l’eau courante.

Les copains du mouillage connaissent notre misère. Eux aussi ont fait leurs pleins d’eau et ils ont pensé à nous apporter des bidons. Hanspeter et Nathalie qui sont aux Fidji depuis un an, ont les coordonnées d’un réparateur, un Néo-Zélandais installé à Lautoka sur l’île de Viti Levu. Nous le contactons par mail. Il connaît la marque H.R.O. de notre appareil et nous dit qu’il peut nous dépanner. Nous n’osons y croire. Depuis notre départ en janvier 2006, nous avons régulièrement des problèmes avec ce matériel. Il faut dire que ALUBAT, le constructeur de Pro’s Per Aim, a fait des erreurs de montage au départ et on ne cesse d’en payer les pots cassés. A moins que ce soit la marque qui ne soit pas fiable. Va savoir ! HRO et ALUBAT se renvoient la balle. Il serait fastidieux de raconter toute l’histoire de notre dessalinisateur et puis, Guy l’a déjà fait sur la page « Avaries ».


Lundi 29 Juin 2009 – Entre Vanua Levu et Viti Levu (Fidji)

Quatrième journée de navigation depuis Savusavu. Chaque soir nous avons relâché dans une baie.
Le premier soir, le mouillage était très rouleur. Une nuit inconfortable a donc suivi une navigation qui ne l’était pas moins. Nous avions traversé la mer de Koro entre les deux grandes îles des Fidji. Pour l’immense et orgueilleux océan Pacifique, c’est un cul-de-sac  où la houle, fâchée d’être arrêtée dans son élan, rebondit rageusement sur les côtes fidjiennes. La mer de Koro est hachée, dure et droite.
La deuxième journée fut moins fatigante car nous prenions la mer par l’arrière. Ni elle ni le vent n’avait pourtant calmi mais ceux qui sont allés en mer savent qu’il est plus facile de la descendre que de la remonter. Le soir nous avons dormi à l’abri de Viti Levu.
Sous le vent de cette grande île nous avons du avancer au moteur depuis hier. Nous avons fait ces deux derniers jours en compagnie de SQUID un catamaran néo-zélandais. Nous avions rencontré Ian, sa femme et son fils à Savusavu.  Ce jour-là ils fanfaronnaient, tout contents de la victoire des All Blacks sur le Quinze Tricolore. Après avoir perdu au match aller, ils avaient leur revanche.

Vers midi, en ce dernier lundi de juin, nous jetons l’ancre devant le quai des cargos à Lautoka pour passer à la douane. Cet arrêt est obligatoire car nous avons changé de province. Aux Fidji, les autorités se complaisent à multiplier les tracasseries administratives. Je reste au bateau pendant que Ian, notre ami kiwi, et Guy vont à terre.
Guy revient passablement énervé par ce qui aurait pu être une formalité. Il me raconte que le douanier, un indien, a tout d’abord refusé de leur valider le permis de croisière pour l’archipel des Yasawa qui couronne joliment les Fidji à l’ouest. Il a fallu que Ian parlemente longuement en anglais, sa langue maternelle, pour avoir gain de cause.
Munis des formulaires dûment tamponnés, nous quittons rapidement l’endroit car les fumées de la centrale électrique crachent une poussière noire qui recouvre tout, y compris nos roses et jolies alvéoles pulmonaires.

Le temps se gâte. Sous la pluie avec une visibilité très réduite, nous suivons SQUID qui connaît la position du chenal d’entrée dans la marina de Denarau où nous mouillons à l’abri dans l’avant-port. Demain nous demanderons une place au ponton et nous irons prendre contact avec Peter, le réparateur potentiel du dessalinisateur.


Mardi 30 Juin 2009 – Denarau dans l’île de Viti Levu (Fidji)

A peine notre amarrage au ponton terminé, Peter est là, les fesses en l’air et la tête dans le « faiseur d’eau », watermaker comme il disent en anglais. Il se redresse, professionnel, sûr de lui. Ce serait les joints de l’amplificateur de pression qui sont usés. Il en commande une pochette. Nous aurons ça en fin de semaine. Ça viendra d’Australie.


Samedi 4 Juillet 2009 – Denarau dans l’île de Viti Levu (Fidji)

Depuis quelques jours nous sommes au ponton en attendant les pièces pour réparer le dessalinisateur. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu de l’eau et de l’électricité à volonté. Nous en avons largement profité pour faire du ménage, des lessives et pour travailler sur l’ordinateur pour le site.
Ce matin, Peter remonte l’amplificateur de pression muni de ses joints tout neufs. Nous sortons de la marina avec lui pour faire les essais en mer dans une eau propre. Ça fonctionne ! Autant dire que nous sommes contents.
Retour au ponton. Nous partirons lundi quand la météo sera meilleure.


Lundi 6 Juillet 2009 – Vers les îles Yasawa (Fidji)

A peine sortis du chenal de la marina, Guy met le dessalinisateur en route. Il faut plusieurs tentatives pour qu’il veuille bien démarrer en faisant des bruits de piston bizarres. En plus il y a des fuites que Guy répare aussitôt. La production et les caractéristiques de pression sont pourtant bonnes. La machine faiseuse d’eau fournit ses soixante litres par heure réglementaires.
Nous décidons de continuer vers Musket Cove et les petites îles de l’ouest. Nous reviendrons dans quelques jours à la marina si ça ne fonctionne pas mieux.


Vendredi 10 Juillet 2009 – Denarau dans l’île de Viti Levu (Fidji)

Nous sommes à nouveau au ponton dans la marina de Denarau. Non seulement le dessalinisateur ne démarre pas au quart de tour, mais en plus, du mauvais temps est annoncé pour le week-end. Nous serons mieux ici que dans les mouillages peu abrités des Yasawa.
Peter est passé hier au chevet de la machine. Il l’a trouvé en pleine forme. Si elle ne démarre pas du premier coup c’est à cause du clapet dans le capteur de pression. D’après lui, il doit être collé suite à sa longue inactivité forcée.
Aujourd’hui, il revient pour montrer au Capitaine comment faire les rinçages chimiques permettant de faire hiverner le dessalinisateur. On le fait fonctionner en circuit fermé dans un grand seau avec de la soude pour éliminer les bactéries de la membrane osmotique.

Et là ! Horreur ! C’est la fuite. La soude se répand dans les fonds. Sur un bateau en aluminium c’est catastrophique. La soude va attaquer l’aluminium, faire des trous dans la coque et Pro’s Per Aim va couler vaincu par la chimie. : une fin peu honorable pour un destrier des mers comme lui.
Vite ! Il faut rincer au jet. Les pompes de cales évacuent l’eau qui s’éclaircit peu à peu.

Ouf ! Le bateau est sauvé !
Gros boulot mais au moins les fonds sont propres !


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