Jour
après jour, Isabelle
rédige le journal de notre voyage. Adapté pour
la radio
depuis mai 2008, voici les textes ayant
été
diffusés.
PRO’S PER AIM EN
NOUVELLE CALEDONIE
du 27 juillet au 28 octobre 2009
Lundi 27 Juillet 2009 – Départ des Vanuatu
Depuis hier matin nous sommes en mer. Horrible ! Affreux !
C’est la première fois que nous sommes ainsi
secoués. Pourtant le vent ne souffle
qu’à
vingt-cinq nœuds, pas plus. Mais la mer est abominable, faite
de
trois trains de houle qui se croisent,
s’entremêlent et
agitent Pro’s Per Aim comme un shaker. Lui s’en
tire bien.
On a même l’impression qu’il
s’amuse bien
calé à la gîte, par un vent de travers,
sur le
bouchain tribord.
Mais pour nous c’est une autre histoire. La position debout
n’est pas tenable. Assis c’est à peine
plus
confortable. Il n’y a que couchés que nous
supportons ce
moment désagréable. Et dire qu’on parle
de «
navigation de plaisance » !
Dans la couchette tribord du carré on est à la
gîte. Celui de nous deux qui est de quart s’y
allonge entre
deux coups d’œil sur l’horizon. Toutes
les dix
minutes, il faut s’extraire de la banquette,
s’accrocher
pour progresser vers la table à cartes puis le cockpit. Tout
va
bien ? OK, on se recouche. Pour la couchette bâbord, nous
avons
installé la toile anti-roulis pour pouvoir y dormir. Bien
coincé, on s’y repose tant bien que mal.
Au petit jour ça se calme un peu. Nous sommes en vue de
Mare,
l’île la plus au sud des Loyauté. Nous
jetons
l’ancre en fin de matinée devant une jolie petite
plage
sur la côte ouest. Théoriquement nous
n’avons pas le
droit de mouiller en territoire calédonien avant
d’avoir
fait notre entrée officielle à Nouméa.
En pratique
nous devons attendre ce soir pour repartir, de façon
à
embouquer la passe de la Havannah demain matin à
l’étale de marée basse. Quelques heures
d’illégalité ce n’est pas
bien grave.
D’autant moins que nous resterons à bord.
Mare est un plateau corallien surélevé et couvert
de
végétation. Nous y voyons nos premiers
araucarias, les
fameux pins colonnaires, le symbole végétal de la
Nouvelle Calédonie. L’eau est incroyablement
transparente
laissant voir du corail vivant et coloré. Nous somnolons sur
les
coussins du cockpit autant pour récupérer de la
nuit
passée que pour attaquer la prochaine. Demain, le jour se
lèvera pour nous sur le « Caillou »,
comme on
appelle la grande île.
Mardi 28 Juillet 2009 -
Arrivée à Nouméa en Nouvelle
Calédonie
Depuis le milieu de la nuit nous sommes au moteur sur une mer aussi
calme que le vent ce qui nous change de la nuit
précédente.
Comme prévu, grâce à notre pause
d’une
dizaine d’heures à Mare, nous sommes à
l’aube
devant la passe de la Havannah. A l’aube et à
l’étale de marée basse !
La grande porte sur le lagon sud de la Calédonie a sa
réputation. Un vent contre le courant la rend parfois
impraticable. Pour nous, ce matin, toutes les conditions sont
réunies pour que Pro’s Per Aim passe sans encombre
: pas
de vent, pas de courant puisque c’est
l’étale et il
fait jour.
La côte sud du « Caillou » est un
désert de
montagnes rouges et vertes. La végétation rase et
pauvre
recouvre avec peine le sol latéritique si riche en nickel.
Une
quarantaine de milles jusqu’à Nouméa
sans voir un
village. La Nouvelle Calédonie est vide : cinq habitants au
km² dans la brousse. Nouméa et sa proche
agglomération rassemblent plus de la moitié des
240 000
Calédoniens.
Nous y sommes en fin d’après-midi. Le ponton
«
visiteurs » de Port Moselle n’est
qu’à
moitié plein car c’est encore tôt en
saison. La
marina se charge des formalités
d’entrée.
Voilà qui est reposant.
Mercredi 29 Juillet 2009
- Marina de Port Moselle à Nouméa en Nouvelle
Calédonie
Il y a des jours « avec », aujourd’hui
c’est un
jour « sans ». Il fait froid, il pleut, le dentiste
que je
viens de consulter m’a programmé plusieurs
rendez-vous
pour arrachage de dent et couronne. Le Capitaine a aussi un chicot
à extraire.
Bon ! On va pas se laisser aller pour si peu ! Il y a du travail
à faire sur le bateau à commencer par trouver une
poubelle pour les ordures que nous conservons depuis les Fidji. Les
déchets organiques, nous les jetons à la mer au
fur et
à mesure. Mais nous n’avons pas laissé
aux Vanuatu
nos sacs remplis de plastiques parce que, là-bas, ils
n’ont pas de traitement des déchets et
qu’ils les
auraient brûlés.
Guy part donc avec un sac dans chaque main vers le quai. Et
là, surprise !
Les indépendantistes kanak sont en train de manifester tout
près de la marina. Ils n’en ont pas
après les
plaisanciers mais il se trouve que le siège du Gouvernement
Calédonien est juste à cent mètres
d’ici.
Ils ont renversé les poubelles sur la chaussée et
y ont
mis le feu. Et dire que les nôtres ont fait plusieurs
centaines
de milles dans la baille à mouillage pour
échapper aux
flammes ! Heureusement pour nos bronches, le vent emporte les
fumées toxiques ailleurs.
Il fait vraiment trop mauvais pour qu’une manifestation soit
une
partie de plaisir. Les troubles ne durent pas. Les manifestants sont
peu nombreux et se dispersent rapidement. Les ordures jonchent le sol
et on peut lire sur un mur : « Libérez nos
camarades et
notre président » écrit avec une bombe
de peinture
rouge.
Deux heures plus tard, nous sommes de retour de notre promenade en
ville. Nouvelle surprise : tout est propre et net. Aucune trace de
l’émeute ! La rue a été
balayée et le
mur est frais repeint. Il paraît qu’une huile
politique
arrive de France demain ou dans les jours qui viennent. Ceci explique
donc cela !
Quant à dire le pourquoi des émeutes qui agitent
en ce
moment la Nouvelle Calédonie et dont on rebat les oreilles
de la
métropole aux infos de 20h, j’en suis bien
incapable. Vu
de France il semble qu’on simplifie en renvoyant face
à
face les Kanak et les Calédoniens d’origine
européenne, ceux qu’on appelle Caldoches et qui
n’aiment pas ce sobriquet. Vu d’ici ça
ne
paraît pas si simple. Comme d’habitude, rien
n’est ni
tout blanc, ni tout noir. Un seul exemple : le chef du parti
indépendantiste kanak est un blanc.
Mercredi 5 Août
2009 - Côte Ouest au nord de Nouméa
Nous avons quitté la grande ville samedi dernier pour
explorer
les mouillages au nord. Comme la côte sud, c’est
désert, il n’y a personne. Ce qui change ce sont
les
paysages : cette côte est à l’abri des
alizés, elle est sèche et pelée. Les
flancs de la
montagne sont moins abrupts que dans le Grand Sud et servent de
pâturage au bétail. D’ailleurs les
Calédoniens qui vivent sur la côte ouest sont
d’origine européenne et gèrent leurs
troupeaux
à cheval comme les cow-boys. Les Kanak sont majoritairement
regroupés sur la côte Est à la
végétation tropicale.
Ce matin, le soleil fait de timides apparitions après
plusieurs
jours de pluie et de froid. Vite ! Nous en profitons pour faire une
grande balade à terre. A peine
débarqués, Guy se
met la tête dans une gigantesque toile
d’araignée.
La propriétaire, dérangée, se
réfugie dans
les branches de l’arbuste où elle avait
amarré sa
maison de fils. Son corps est gros comme le pouce. Elle n’est
pas
seule dans le secteur. Ses collègues ont bien
travaillé
et nous passons le reste de la promenade à nous baisser pour
éviter les toiles qui barrent la piste.
Nous revenons par la plage et les rochers que le soleil
réchauffe. Guy marche devant. Je l’entends
s’exclamer : « Un serpent ! »
…
J’approche en faisant attention où je mets les
pieds et
les mains. Il n’y en a pas qu’un. Une dizaine de
tricots
rayés, ceux qui sont noirs et bleu clair, se
prélassent
au soleil. Des petits … et aussi des grands …
Frisson !
L’animal rampant qui a privé Eve et Adam du
Paradis
Terrestre ne manque jamais d’attirer autant qu’il
repousse.
Une photo et nous les laissons tranquilles !
Les tricots rayés sont appelés comme
ça en raison
de leur aspect. C’est une espèce très
répandue en Nouvelle Calédonie. Ils sont
amphibies. On
les rencontre sous l’eau quand on plonge. Ils sont capables
d’apnées d’une vingtaine de minutes
quand ils
chassent, deux fois plus longues s’ils sont au repos.
Sous l’eau, ils fouillent les crevasses dans le corail
à
l’aide des extrémités sensibles de leur
langue. Ils
y recherchent des petits poissons qu’ils capturent en leur
injectant du venin qui les paralyse. Ensuite ils avalent leur proie en
commençant toujours par la tête.
En dehors des heures de casse-croûte, ils vivent à
terre.
Le tricot rayé est venimeux, extrêmement venimeux
!
Beaucoup plus que le cobra pour tout dire !
Pourtant il est bien moins dangereux et c’est tant mieux car
nous
sommes passés tout près. Il est d’une
nature
craintive nous a-t-on dit et n’attaque jamais
l’homme
à moins d’être agressé. Gare
à celui
qui l’ennuie car, contrairement à la
légende, le
tricot rayé peut mordre n’importe quelle partie du
corps.
Mardi 11 Août
2009 - Marina de Port Moselle à Nouméa en
Nouvelle Calédonie
Nous sommes de retour à Nouméa depuis dimanche
pour la suite des tortures dentaires.
Hier, alors que c’était au tour du Capitaine
d’être allongé dans le fauteuil la
bouche ouverte,
je suis allée au consulat de Nouvelle Zélande
pour
déposer le dossier de demande de visas. Je le croyais
complet,
avec toutes les cases cochées, les trous remplis, les
passeports
fournis avec les papiers du bateau, la preuve que nous avons des
revenus et puis j’avais ce qu’il fallait pour payer.
La dame qui m’a reçu, semblait
débordée et
n’avait pas été très
aimable. Elle voulait
les photocopies de l’acte de francisation de Pro’s
Per Aim
et pas question pour elle de mettre l’original que je lui
tendais
sous sa photocopieuse. Pour les sous, je n’avais pas
l’appoint et elle n’avait pas de caisse. De toutes
façons elle voulait la preuve que nous avons une assurance
maladie et rapatriement et pour ça je devais retourner au
bateau.
Aujourd’hui j’y retourne avec tout ce
qu’il faut,
enfin … j’espère que ça va
lui convenir. Je
suis encore seule puisque Guy réceptionne la
chaîne neuve
qui nous est livrée au ponton.
Comme hier l’employée du consulat
m’accueille comme
un chien dans un jeu de quilles. J’ai bien
préparé
mon exposé : je lui montre au travers de la vitre qui nous
sépare les documents dans l’ordre
demandé ainsi que
les passages surlignés au fluo rose par nos soins et
prouvant
que la Nouvelle Zélande n’aura rien à
payer si nous
sommes malades, que notre assurance s’en chargera. Je lui
donne
aussi ses 5 400 francs polynésiens pile-poil.
Elle prend le tout et m’annonce, non sans hargne, que
j’ai
« intérêt » à lui
avoir fourni tout ce
qu’elle m’a demandé parce
qu’elle a assez de
travail comme ça sans perdre de temps avec un dossier
incomplet.
Que je n’ai qu’à lui
téléphoner dans
une semaine pour savoir si c’est prêt.
Elle me tourne le dos. Il me reste à prendre la porte.
Mardi 18 Août
2009 - Marina de Port Moselle à Nouméa en
Nouvelle Calédonie
J’avais raconté à Guy à quel
dragon
j’avais eu à faire. Je l’ai
laissé
téléphoner. Nos visas sont prêts. Nous
allons tous
les deux au consulat récupérer nos passeports.
Et là ! Le loup était devenu agneau ! Incroyable
! Elle
nous a remercié d’avoir fourni un dossier aussi
bien
préparé et nous a promis un séjour
inoubliable en
Nouvelle Zélande, pays de son cœur.
Ce qui est amusant c’est que, depuis hier, nous
commençons à songer sérieusement
à
l’Australie pour passer la saison des cyclones. Nous irions
en
Nouvelle Zélande en avion à partir de Sydney.
Dans ce
cas, un visa de six mois n’est pas utile !
Tout ce tintouin pour rien !
Mercredi 19
Août 2009 -Départ pour le lagon sud de Nouvelle
Calédonie
Pendant que Guy prépare l’appareillage, je passe
à
la Poste envoyer un colis en France. Il est rempli de coquillages et
d’objets en bois. Que nous allions en Australie ou en
Nouvelle
Zélande, nous risquons de nous les faire confisquer par la
douane à l’arrivée.
Presqu’une heure d’attente devant les guichets en
essayant
d’éviter la proximité des gens qui
toussent. Le
fameux virus H1N1, autrement appelé la "grippe des cochons",
fait parler de lui en Nouvelle Calédonie et il rend bien
malade.
Nous quittons la ville pour aller au sud en baie de Prony où
les
baleines sont rassemblées avec leurs petits pendant
l’hiver austral. Le vent est d’ouest,
c’est
rare et nous en profitons pour faire la navigation à la
voile.
Il souffle quand même à quinze, vingt
nœuds et un
gros clapot agite le lagon. De travers au vent, Pro’s Per Aim
gîte. Pour déjeuner, nous nous contentons
d’un chili
en boîte servi dans des assiettes creuses et mangé
à la cuillère à même nos
genoux dans le
cockpit. Nous mettrons les petits plats dans les grands lorsque nous
serons à plat au mouillage.
Tout à coup une rafale, plus violente que les autres, fait
lofer
le bateau et déséquilibre Guy qui est assis
à la
contre-gîte . Nous nous hâtons de
réduire la toile
car le vent semble forcir. L’alarme du pilote sonne. La
rafale a
du lui faire perdre le nord. Il faut le réinitialiser. Rien
à faire ! Le pilote ne contrôle plus la route. Et
puis il
y a eu ce drôle de bruit au moment de la rafale …
Le Capitaine soulève le caillebotis sous lequel se trouve le
vérin du pilote. Le coupable de la panne est vite
démasqué : il y a de l’huile rose
répandue
partout. Un des deux tuyaux d’alimentation du
vérin
hydraulique a éclaté. Si ce n’est que
ça ce
n’est pas grave : nous trouverons de quoi réparer
à
Nouméa.
Demi-tour donc et à la barre ! Il est rare que nous
barrions, le
pilote fait ça tellement mieux que nous. Deux heures plus
tard
nous sommes de retour au ponton. Il faudra quarante-huit heures
à Guy pour trouver un tuyau et nous dépanner.
Samedi 22 Août
2009 - Baie de Prony au sud de Grande Terre en Nouvelle
Calédonie
Depuis hier nous sommes dans la baie de Prony au sud de la Grande
Terre. Nous y avons retrouvé Patricia et Jean-Marc, nos amis
d’AMARYLLIS.
Ce matin nous entreprenons avec eux l’ascension vers le phare
du
cap Ndoua. Le sentier part de la plage. Ce n’est pas une
plage de
sable … et elle n’est pas blanche …
mais rouge,
rouge comme la latérite du Grand Sud. Rouge, grasse et
glissante
quand elle est humide à l’ombre des niaoulis.
Rouge,
sèche et crevassée, dure comme du
béton ailleurs.
En trois-quarts d’heure nous sommes en haut avec une vue
extraordinaire sur le lagon où plusieurs voiliers sont
groupés non loin de l’entrée de la baie
de Prony.
Est-ce une régate ?
Trois jeunes filles, couvertes comme si elle affrontaient le
pôle
sud sont installées au pied du phare. Il est vrai que le
vent
est frisquet et qu’à observer les voiliers aux
jumelles
sans bouger elles n’ont certainement pas chaud. Elles ont
même un viseur relié à un ordinateur.
Intrigués, nous nous renseignons. En fait les filles sont en
contact radio avec les voiliers et tout ce beau monde observe les
baleines.
Les baleines à bosse remontent dans les eaux tropicales
pendant
l’hiver austral pour mettre bas et commencer
l’éducation des petits. Elles aiment les eaux
calmes du
lagon calédonien qu’elles fréquentent
en juillet et
en août. Dès septembre, le baleineau doit
être
capable d’entreprendre le grand voyage vers le sud, vers
l’Antarctique.
Elles sont là ! A une heure de bateau du mouillage !
Avec Jean-Marc et Patricia nous redescendons, bien
décidés à tenter notre chance. Nous
appareillons
avec Amaryllis. Au passage nous prenons, sur Pro’s Per Aim,
le
pain qui finit de lever. Il cuira dans le four du catamaran. Nous
n’oublions pas le téléobjectif pour les
photos.
Patricia filmera avec sa caméra.
C’est la première fois que nous faisons de la
voile avec
un catamaran. Même avec un vent de travers, nous sommes
à
plat et nous mangeons à table comme à la maison.
Pas de souffle !
Pas de cétacés à l’horizon !
Amaryllis tire des bords, va et vient … et pas de baleines.
Les heures passent.
Soudain Jean-Marc crie : « Là …
Là-bas, un
souffle ! ». Virement de bord, cap sur les souffles
… car
il y en a plusieurs. Le bateau s’approche. Elles sont
là
… trois … qui nagent tranquillement en prenant
plusieurs
respirations avant de sonder pour quelques minutes. On les appelle
« baleines à bosse » car elles font le
dos rond
avant de plonger. Quand on a de la chance, elles sortent leur queue
juste avant de disparaître.
Nous ne nous lassons pas du spectacle. Pendant une heure, nous les
suivons, calquant notre vitesse sur la leur. Les yeux
écarquillés à en avoir mal,
fascinés,
émerveillés, nous profitons de chaque minute.
C’est
un moment unique, inoubliable. Ces monstres marins pourraient retourner
le bateau d’un simple coup de queue et ils sont si calmes, si
placides. Et quelle grâce, quelle harmonie dans leurs
mouvements !
Il ne faut pas risquer de les perturber en restant trop longtemps
à leurs côtés. Il fera
bientôt nuit et nous
avons juste le temps de retourner au mouillage avant le coucher du
soleil.
Mardi 25 Août
2009 - Dans le lagon sud de Nouvelle Calédonie
Nous avons quitté Grande-Terre pour le lagon sud. Il est
immense
ce lagon. C’est une vraie mer intérieure
où le vent
a ses aises. Quand il souffle un peu fort, il lève un gros
clapot qui peut devenir méchant en cas de tempête.
Pour
mouiller, il faut trouver un îlot et s’abriter sous
son
vent.
L’îlot Mato possède sa propre
barrière de
corail qui casse la houle. Après deux ou trois zigzags entre
les
patates de corail dans une mer si claire qu’on voit le fond
dix
mètres sous le bateau, nous jetons l’ancre. Nous
ne sommes
pas à l’abri du vent mais ce qui importe,
c’est
d’être à l’abri de la mer. Le
récif
corallien l’a aplatie : ce sera confortable.
Nous avons retrouvé les couleurs polynésiennes de
l’eau mais pas sa température. L’air est
aussi frais
que l’eau. Equipés avec pantalon, pull et grosses
chaussures de marche, nous escaladons l’îlot Mato
jusqu’à son sommet quarante mètres plus
haut. Cette
petite île a la forme d’un cône. Le
sentier est un
peu raide, à peine débroussaillé. Il
ne doit pas
être très fréquenté.
Guy est devant moi. Tout à coup il sursaute, il vient de
déranger un tricot rayé. Pour un peu il lui
marchait
dessus.
Arrivés en haut la vue sur le lagon est splendide. Les
différents bleus de l’eau allant du clair au
foncé
en passant par le turquoise, tranchent avec le marron des patates de
corail et le vert de la végétation. Mieux,
tellement
mieux que toutes les cartes postales et autres posters qui nous avaient
fait rêver quand nous habitions sur la terre ferme.
C’est
parfait !
De retour au bord de l’eau, nous entreprenons un tour de
l’île par les plages et les rochers. Ce
n’est
possible qu’à marée basse.
Ça tombe bien,
c’est le cas !
Sur la partie ouest, encore ensoleillée en cette fin
d’après-midi, les serpents "tricot
rayé" sont
nombreux à digérer au chaud les petits poissons
qu’ils sont allés chasser sous l’eau.
Des remous, une agitation confuse sur l’eau nous fait lever
les
yeux. Une dizaine de requins chassent au ras de la plage, ailerons en
surface comme dans « Les Dents de la Mer ».
Des bestioles dangereuses, pas d’eau, une
végétation pauvre …
Une île comme ça, c’est le paradis tant
qu’on y vit pas !
Mardi 1er Septembre 2009
- Baie de Kuto dans l'Île Des Pins en Nouvelle
Calédonie
Depuis une semaine, nous sommes au mouillage de Kuto et nous n'avons
pas bougé de la baie. La beauté du site suffit
à
notre bonheur. Nous en profitons tranquillement, pleinement, parfois
à l'ombre, installés dans le cockpit. A d'autres
moments
une promenade sur la longue plage de sable blanc nous
dérouille
les jambes.
Kuto est le mouillage le plus facile d'accès de
l'Île Des
Pins. Nous avons une dizaine de voisins. Il paraît que les
autres
mouillages sont encore plus beaux. Nous avons prévu de
passer un
mois et demi sur cette île mythique, nous avons donc le
temps.
C'est précieux, le temps ! Quand nous restons plusieurs
jours au
même endroit, nous nous imprégnons doucement de
l'atmosphère et du paysage.
A chaque heure du jour la lumière change et elle offre
autant
d'images différentes de la baie et des îlots au
large.
Il y a les tortues qui vivent là et que l'on
aperçoit
plusieurs fois par jour quand elles viennent respirer à la
surface. On sait qu'elles sont tout près parce
qu'on
entend leur souffle. On voit leur tête sortir de l'eau et
prendre
une bonne rasade d'air frais. Puis elles plongent à nouveau
et
leur carapace marron disparaît.
Sur le ponton où nous laissons l'annexe et où
nous allons
chercher de l'eau, nous rencontrons d'autres voyageurs et aussi des
locaux fiers de leur île qu'ils nous invitent à
découvrir tranquillement jour après jour.
Ce matin nous profitons de la fraîcheur pour grimper en haut
du
Pic N'Ga. Il culmine à 262 m seulement mais c'est le plus
haut
sommet de l'île. Nous sommes bien chaussés et
vêtus
de pantalons pour éviter les égratignures dues
aux
buissons. Sous ces latitudes, elles s'infectent facilement. Et si nous
dérangeons un serpent, il mordra le tissu et non la chair.
La randonnée commence dans un sous-bois dense et humide.
Pourtant il n'a pas plu depuis longtemps ! Suite à de fortes
pluies, le sentier doit être difficilement praticable.
Puis la forêt s'éclaircit, la piste
s'élargit et la
montée nous attend. Il faut une heure en plein soleil pour
atteindre le sommet et jouir du panorama. Le bleu tendre du ciel, les
verts de l'île et les turquoises du lagon offrent des
contrastes
inoubliables. Dans la brume au loin, vers le nord-ouest, on peut
apercevoir Grande Terre.
Mardi 8 Septembre 2009 -
Baie de Kuto dans l'Île Des Pins en Nouvelle
Calédonie
Le cimetière des Déportés n'est pas
trop loin du
mouillage de Kuto. C'est le prétexte pour une promenade
à
terre.
L'endroit est très bien entretenu. Les tombes sont toutes
simples : de la terre rouge entourée d'un rectangle de
pierres.
Entre les tombes, l'herbe est rase. Au fond un monument
s'élève à la mémoire des
Communards qui
furent déportés et qui moururent avant l'amnistie
de
1879.
La Commune est une révolution extraordinaire au sens propre
du
terme. Elle a duré un peu plus de deux mois et a permis
à
la France de progresser vers la démocratie. Il fut entre
autre
question des droits de la femme, de ceux des enfants. On
déclara
l'école obligatoire et gratuite. En peu de temps, la Commune
accomplit ainsi un travail énorme.
Mais les Prussiens avaient gagné la guerre et ils
assiégeaient Paris, dirigé par les Communards qui
refusaient de se rendre. Napoléon III et son gouvernement,
réfugiés à Versailles,
décidèrent de
reprendre la capitale avec l'aide des Prussiens.
La répression menée par Thiers fut terrible et
sanglante.
Plusieurs dizaines de milliers d'exécutions sommaires eurent
lieu à Paris. Cinq mille Communards furent
déportés en Nouvelle
Calédonie. La
majorité d'entre eux se retrouva sur l'Île Des
Pins et
quelques centaines moururent avant l'amnistie accordée huit
ans
plus tard.
La visite des vestiges du bagne est émouvante. La
végétation exubérante a envahi les
ruines. On se
fraye difficilement un passage entre les buissons et les hautes herbes.
Des inscriptions sur des murs lépreux, des ouvertures munies
de
barreaux rouillés, c'est tout ce qui reste de la
présence
de ces condamnés politiques. A la même
époque que
la Commune, il y eut aussi des Kabyles déportés
pour
s'être opposés à la conquête
de
l'Algérie.
Dimanche 20 Septembre
2009 - Baie d'Oro dans l'Île Des Pins en Nouvelle
Calédonie
Depuis deux jours Guy a une forte fièvre
accompagnée de
douleurs articulaires intenables. Fort heureusement, nous sommes dans
un mouillage très protégé dans la baie
d'Oro.
Grâce à notre très faible tirant d'eau,
nous nous
sommes engagés entre les îlots de la baie et Pro's
Per Aim
est à l'abri de tous les vents et de la houle.
Dans l'état de faiblesse où se trouve le
Capitaine, nous
n'aurions pas pu bouger le bateau. Depuis quelques heures, la
fièvre a baissé. Tout d'abord nous avons
pensé
qu'il avait attrapé le fameux virus dit "des cochons". En
fait
c'est probablement la dengue, cette méchante grippe
tropicale
transmise par les moustiques.
Ce mouillage est un paradis. A terre, lorsqu'on remonte un bras de mer
quasiment à sec à marée basse, on
arrive dans une
piscine naturelle d'une beauté à couper le
souffle. Un
joli champignon de corail la décore en son centre comme une
cerise sur un gâteau. En continuant dans la forêt,
on
parvient à l'extrémité nord de la baie
d'Upi
là où les pirogues à voiles
déposent les
touristes après une petite navigation entre les champignons
sur
les eaux turquoises, calmes et transparentes de la baie.
Demain nous lèverons l'ancre pour Gadji, la baie du nord,
encore
plus belle si c'est possible. Il faudra s'y présenter
à
marée haute pour avoir assez d'eau et atteindre le mouillage
idyllique dont on nous a parlé.
Mercredi 30 Septembre
2009 - Baie de Kuto dans l'Île Des Pins en Nouvelle
Calédonie
Nous sommes de retour à Kuto, la baie de l'Île Des
Pins
où il y a un peu de civilisation. Nous avions des courses de
frais à faire et du linge à laver au robinet du
ponton
à annexe : il n'y a pas de laverie sur l'île.
Ce matin, comme tous les jours à 6h30, nous avons
écouté la météo sur la
radio VHF que nous
avons ensuite éteinte pour ne pas l'entendre crachoter
régulièrement.
Il est 9h. Bien occupés à l'intérieur,
nous
n'avons rien vu, rien entendu de particulier. Tout à coup,
un
voisin frappe sur la coque. Guy sort et nous apprenons qu'il faut
partir immédiatement, quitter le mouillage et
s'éloigner
le plus possible des terres afin de gagner le large pour avoir le
maximum de fond.
Un tsunami, provoqué par un séisme au large des
îles Samoa, doit arriver sur les côtes de
Calédonie
dans trois-quarts d'heure. Il nous faut moins de dix minutes pour lever
l'ancre et suivre les autres bateaux. Une grosse vague secouera
à peine le bateau si nous avons assez d'eau sous la coque.
Près de la plage où nous étions
mouillé, la
vague pourra déferler et provoquer de gros
dégâts.
Pendant plus d'une heure, nous allons tourner en rond en attendant la
fin de l'alerte. En mer nous n'avons rien senti. Nous avons juste vu
une série de trois ou quatre vagues, beaucoup plus grosses
que
les autres, s'écraser sur le récif qui
protège le
lagon de l'Île Des Pins.
Nous apprendrons que la Nouvelle Calédonie n'a pas souffert
du
tsunami. Ce n'est malheureusement pas le cas aux Samoa et aux Tonga.
Lundi 5 Octobre 2009 -
Baie de Kuto dans l'Île Des Pins en Nouvelle
Calédonie
Ce matin nous allons faire des courses de frais. Kuto est le seul
mouillage de l'Île Des Pins où l'on peut se
ravitailler.
La petite épicerie est à une demi-heure de marche
du
ponton aux annexes. Il n'y a pas de supermarché sur
l'île.
Nous partons avec nos amis américains Dawn, Jane, Tom et
Dave.
Nous les avons retrouvés hier soir avec beaucoup de plaisir.
Notre dernière rencontre datait de plus d'un an, lorsque
nous
étions à Bora Bora en août 2008. Hier
soir, nous
avons dîné ensemble à bord de Pro's Per
Aim. Nous
avions pas mal d'histoires à nous raconter. Tom et Dawn ont
très envie de continuer la route avec nous. Leur prochaine
destination est la Nouvelle Zélande où ils
étaient
déjà l'an dernier pendant la saison des cyclones.
Quant
à Jane et Dave, ils vont en Australie. Les arguments des uns
et
des autres en faveur du pays des Kiwis ou de celui des Aussies sont
excellents. Il va être difficile de choisir.
De retour au bateau nous débarrassons la cabine
arrière
pour que Benjamin puisse s'installer. Il arrive ce soir par l'avion de
19h. Nous avons loué une voiture pour aller le chercher au
petit
aéroport à dix kilomètres de Kuto.
Il sera sûrement très fatigué avec
trente-six
heures de voyage et onze heures de décalage horaire. La
Nouvelle
Calédonie est vraiment à l'autre bout du monde,
presque
aux antipodes de la France.
Vendredi 9 Octobre 2009 -
Baie de Gadji dans l'Île Des Pins en Nouvelle
Calédonie
Nous sommes dans un mouillage extraordinaire. Gadji ! De l'eau
turquoise sur un fond de sable, des champignons de corail et des
îlots qui ferment la baie. Le mouillage est parfait, loin de
tout
et peu fréquenté car il faut moins de deux
mètres
de tirant d'eau pour se glisser entre les îlots.
Nous étions seuls depuis hier soir et voilà qu'un
catamaran arrive. Il s'approche de nous pour jeter l'ancre. Le
problème, c'est qu'il risque de s'échouer
à
marée basse. Nous calons moins que lui mais comme Pro's Per
Aim
est un monocoque, il est souvent pris pour un quillard trompant ainsi
les skippers qui pensent qu'il y a suffisamment de fond là
où nous sommes.
Guy saute dans l'annexe et va leur montrer où ils auront
assez
d'eau. Ce sont deux familles australiennes qui ont loué un
catamaran pour quinze jours. Ils nous invitent pour l'apéro
à leur bord. La soirée est animée.
Demain ils viendront tous les neuf chez nous. Ils veulent visiter notre
dériveur. C'est un type de voilier qu'ils ne connaissent pas.
Lundi 12 Octobre 2009 -
Îlot Kouaré dans le lagon sud de Nouvelle
Calédonie
Nous avons quitté l'Île Des Pins ce matin pour
Kouaré, un îlot dans le lagon sud. Un catamaran y
est
déjà mouillé. Ce sont nos amis
australiens. C'est
leur dernière nuit à bord. Demain ils rendent le
bateau
et rentrent à Newcastle. Ils nous proposent de partager leur
repas. Je prépare une tarte aux pommes qui a un gros
succès. Les enfants n'en laissent pas une miette. Nous
échangeons nos coordonnées et ils nous invitent
chez eux
en Australie.
Mardi 13 Octobre 2009 -
Îlot Kouaré dans le lagon sud de Nouvelle
Calédonie
Les Australiens sont partis de bonne heure. Nous sommes seuls devant
une île déserte bordée d'une plage de
sable blanc.
Benjamin découvre le bonheur d'être un Robinson.
L'eau est
cristalline. Nous apercevons une tortue en allant à terre en
annexe. L'îlot est colonisé par les noddis. Ce
sont des
oiseaux noirs peu farouches. Il y en a des milliers perchés
sur
les buissons.
Jeudi 15 Octobre 2009 -
Îlot Mato dans le lagon sud de Nouvelle Calédonie
C'est le deuxième soir de suite que nous avons la chance de
voir
le rayon vert. Pour Benjamin c'est nouveau ! Comme tant d'autres, il
pensait que c'était une légende. Il faut dire
qu'à
Paris, il ne le verra jamais car le soleil doit se coucher sur la mer
sans être caché par un nuage.
Demain nous quitterons le lagon sud pour l'île d'Ouen, juste
au
sud de Grande Terre. Il y a une balade à faire vers une
ancienne
mine de jade et nous y retrouverons Tom et Dawn, nos amis
américains.
Jeudi 22 Octobre 2009 -
Marina de Port Moselle à Nouméa en Nouvelle
Calédonie
Au mouillage de l'île d'Ouen, nous avons fait la connaissance
d'Alain et Cathy CONAN. Alain est le président de
l'association
SALOMON qu'il a créée en 1981 afin
d'étudier le
destin du navigateur français Lapérouse et
d'organiser
des expéditions de recherches sur les sites des
épaves de
LA BOUSSOLE et de L'ASTROLABE à Vanikoro, une île
du sud
des Salomon.
La mission de Jean-François de Galaup, comte de
Lapérouse
était vaste. Elle avait été
ordonnée par
Louis XVI qui s'était beaucoup impliqué dans la
préparation. Monsieur de Lapérouse devait
approfondir les
connaissances sur le Pacifique en matière de cartographie,
de
biologie et d'ethnologie. Elle avait aussi des objectifs politiques
avec des projets d'établissement de bases
françaises en
Alaska, aux Philippines et au Kamchatka. Elle prévoyait en
plus
la reconnaissance de la Nouvelle-Calédonie
découverte par
Cook onze ans auparavant. La disparition du comte de
Lapérouse
fut longtemps un mystère. Louis XVI, à moins que
ce ne
soit Marie-Antoinette, aurait encore demandé en montant sur
l'échafaud : "A-t-on des nouvelles de Monsieur de
Lapérouse ?".
Alain nous a proposé de visiter les coulisses du
Musée de
l'Histoire Maritime de Nouvelle-Calédonie. Nous ne manquons
pas
cette occasion unique de nous faire expliquer comment sont
traités les objets retrouvés sur les lieux des
naufrages.
Alain nous montre un canon qui a séjourné deux
cents ans
dans l'eau de mer. Cela fait trois ans qu'il est dans le laboratoire.
Il en a fallu deux pour le débarrasser du corail qui
l'enveloppait. Puis le canon a subi un traitement pour ne pas rouiller.
Maintenant il est prêt à être
exposé au
musée mais l'équipe de l'association SALOMON veut
encore
l'étudier. Ce canon est muni d'un mèche comme
s'il
était armé. Peut-être y a-t-il un
boulet à
l'intérieur ? Pour le savoir, le canon devra être
radiographié pendant de nombreuses heures. Si tel
était
le cas, cela pourrait signifier que l'équipage avait eu le
temps
de charger les canons quand le navire s'est
échoué de
façon à se défendre contre les
indigènes.
Le second navire, L'ASTROLABE, n'aurait pas été
immédiatement détruit, ce qui aurait permis
à une
partie de son équipage de se sauver sur l'île. Des
fouilles à terre ont permis de retrouver les traces du camp
des
français.
Un squelette complet a été sorti de la faille
où a
coulé LA BOUSSOLE, le navire de Lapérouse. Des
scientifiques ont étudié le crâne. Ils
ont
même réussi à
récupérer de l'ADN
qu'ils ont comparé à celui des descendants de
l'équipage qu'ils ont retrouvé. Sans
succès pour
l'instant ! Cet homme d'une quarantaine d'année restera sans
doute le "marin inconnu" de l'expédition. A partir de son
crâne, sa tête a été
reconstituée. On
peut admirer le travail au musée de Nouméa. C'est
surprenant de réalisme !
Depuis vingt ans, Alain se passionne pour les recherches sur le site de
Vanikoro et pour l'histoire de Lapérouse. Son
enthousiasme
est communicatif !
Mardi 27 Octobre 2009 -
Marina de Port Moselle à Nouméa en Nouvelle
Calédonie
Benjamin a repris l'avion samedi. Il est tellement enchanté
par
la Nouvelle Calédonie qu'il pense demander sa mutation et
quitter la métropole pour le Pacifique Sud.
Ce matin nous sommes allés aux douanes et à
l'immigration pour faire les papiers de sortie.
Ça y est ! Nous sommes décidés
… nous irons en Australie !
Il faut dire que la météo ne permet pas de
descendre en Nouvelle Zélande en ce moment.