Cinquième
Partie : L'OUTBACK et le nord de l'état du VICTORIA
du
1er au 23 janvier 2010
Flinders
Ranges NP (WilpenaPound) - Magnetic Hill - Broken Hill (Silverton et
les mines) -
Mildura
- Dimboola (Little Desert NP) - Natimuk (Mount Arapiles) -
Halls
Gap (Grampians NP) - Daylesford et Hepburn Springs - Mount Macedon NP
Vendredi
1er Janvier 2010 – D'Adélaïde aux
Flinders Ranges dans l'Australie Méridionale
Il fait vraiment
très
chaud et nous avons environ 500 km à faire vers le nord.
L'air
conditionné de la voiture rend l'atmosphère
supportable.
Une fois sortis
de
l'agglomération d'Adélaïde, nous
retrouvons le
sentiment d'un pays immense et vide d'habitants. Pendant la
première moitié du trajet nous longeons le Golfe
St
Vincent puis le Golfe Spencer en suivant la "Princess Highway" sur
laquelle nous avons déjà fait plusieurs milliers
de
kilomètres. Des lacs asséchés et
blancs de sel
distraient l'œil qui trouve le paysage monotone et aride.
Ensuite nous
quittons la
côte pour monter au nord dans l'outback,
l'arrière-pays
désertique de l'Australie Méridionale. La route,
incroyablement rectiligne, s'étend sur des dizaines et des
dizaines de kilomètres sans qu'on ne croise quiconque. La
végétation consiste en de petits buissons comme
autant de
taches vertes et poussiéreuses sur la terre rouge et
sèche. Par moment, dans le creux d'un vallon, une ligne
d'eucalyptus annonce une rivière : un "creek" comme on les
appelle en Australie. Elles sont toutes à sec mais de la
végétation et des branchages
piégés par les
arbres laissent imaginer des crues violentes emportant tout lors d'orages diluviens.
FLINDERS RANGES
: Les derniers kilomètres pour atteindre l'auberge de
jeunesse
de Rawnsley Park Station se font sur de la piste. Ici, la YHA est au
sein d'un camping et on nous donne un mobile home climatisé
ce
qui n'est pas du luxe vu la chaleur qui règne.
Il n'y a pas de
réseau
pour le téléphone portable, le réseau
Internet
Wifi du camping est en vrac et notre téléphone
satellite
donne des signes de fatigue. Nous avons le plus grand mal à
récupérer nos mails et à
téléphoner
aux parents pour la bonne année.
Samedi
2 Janvier 2010 - Flinders Ranges dans l'Australie Méridionale
Il fait trop
chaud pour
marcher en plein soleil dans ce désert. Nous prenons donc la
voiture pour parcourir les pistes carrossables du coin.
PUGILIST HILL
est une colline à quelques kilomètres du massif
montagneux de Wilpena Pound. Un aigle nous survole lentement. Il plane
avec majesté ; son regard fixé sur le sol une
centaine de
mètres plus bas cherche une proie. Du sommet de la colline,
la
vue sur Wilpena Pound est à couper le souffle. Nous irons
demain
matin à la fraîche escalader ses flancs.
ARKAROO ROCK
: Nous marchons pendant une heure dans le bush pour voir des peintures
aborigènes. Il fait si chaud qu'une bouteille d'eau y passe
pour
nous désaltérer. Nous croisons un guide, blanc,
qui
emmène des touristes sur le site sacré
aborigène.
Même ici, dans le désert les premiers habitants de
ce pays
sont absents et ce sont des descendants de colons qui font visiter les
lieux et qui donnent les explications sur les mœurs et
coutumes
de ce peuple dont les origines remontent à soixante mille
ans.
Quelques motifs
stylisés sont peints sur la roche, à l'abri dans
une
semi-grotte. On y voit des cercles concentriques, des lignes
et
d'autres dessins abstraits qui seraient des cartes avec des indications
de pistes dans le bush et de points d'eau. Certaines peintures
racontent des histoires mais nous ne savons pas les décoder.
Les
grandes fresques rupestres de la Grotte de Lascaux sont plus
réalistes et plus faciles à comprendre pour un
non-initié.
SACRED CANYON
: Pour atteindre le Canyon Sacré, nous roulons pendant
treize
kilomètres sur une piste au milieu de bois très
aérés. C'est curieux car il n'y a pas de
sous-bois. Le
sol est propre, comme nettoyé. Il est recouvert d'une herbe
rase
et bien tondue par les kangourous qui interrompent leur
déjeuner
pour nous regarder passer un peu comme les vaches regardent les trains.
Nous parvenons
à
l'entrée d'un petit canyon. Au départ c'est assez
large
pour que de vénérables eucalyptus s'y
épanouissent. Leurs énormes troncs
torturés nous
fascinent. Certains sont noirs car ils ont brûlé.
L'eucalyptus résiste merveilleusement bien au feu. Le
feuillage
part en fumée et quelques semaines plus tard, à
la faveur
d'une bonne pluie, tout repart.
Les parois
rocheuses du
canyon se resserrent et nous arrivons au bout. Quelques
pétroglyphes aussi incompréhensibles pour nous
que les
peintures rupestres d’Arkaroo Rock couvrent les rochers.
Dimanche
3 Janvier 2010 - Flinders Ranges dans l'Australie Méridionale
RAWNSLEY BLUFF TRACK
: Levés à 6h30 pour grimper au sommet de Wilpena
Pound,
nous réussissons le tour de force de verrouiller le mobile
home
en laissant les clefs à l'intérieur. Reste
à
espérer que le gardien du camping ait un double. Nous
patientons
à l'extérieur jusqu'à 7h avant de le
déranger pour qu'il nous ouvre la porte.
A 8h nous sommes
au
début du sentier. Il grimpe sur les flancs du Wilpena Pound
jusqu'au point de vue de "Rawnsley Bluff". Rawnsley était un
aventurier qui s'est fait passer pour un ingénieur
topographe.
La supercherie, autrement dit son "bluff", dura trois mois en 1858.
Rawnsley s'est fait virer mais il a donné son nom au
gigantesque
cairn qui a été élevé au
sommet de la
falaise et qui a permis d'effectuer les relevés
nécessaires à la cartographie de la
région. Il y a
sûrement un jeu de mot anglais avec "bluff" qui signifie
également "falaise" car les parois extérieures du
Wilpena
Pound sont quasi verticales.
Il fait encore
relativement
frais. Les kangourous broutent un peu partout et se sauvent quand on
approche trop près d'eux. Terre rouge, roches de
grès
rose, petits arbustes et des eucalyptus géants dans les
creeks
à sec … Nous aimons ce paysage !
Arrivés
au pied de la
falaise, le sentier qui était large et confortable se fait
raide
et escarpé : pas facile, même avec de bonnes
chaussures.
D'ailleurs les kangourous, pas fous, n'y sont plus.
L'effort est
récompensé par la vue sur les plaines
environnantes.
Elles sont surmontées par d'autres montagnes comme Wilpena
Pound
qui doit sa célébrité à sa
forme
très particulière. On dirait un
cratère pourtant
son origine n'est pas volcanique : c'est un synclinal. Joli mot
technique pour un géologue ! Pour faire simple, il y a
très très longtemps, un plissement de terrain a
fait
onduler les couches géologiques qui étaient
auparavant
horizontales. Les couches molles parvenues à la surface se
sont
érodées et il ne reste plus que cette couronne de
grès dur entourant une vallée en creux.
Le sentier si
raide et si
essoufflant à la montée devient une torture
à la
descente pour la cheville de Guy et mon genou. Puis nous retrouvons le
large sentier et les kangourous qui ont terminé leur repas
et
qui font une bonne sieste à l'ombre. Nous en profitons pour
les
approcher de plus près mais ils finissent par se lever et
faire
quelques bonds pour garder une distance qu'ils doivent estimer minimale
entre eux et nous.
Il fait chaud,
38°C
à l'ombre ! Les mouches qui dormaient,
frigorifiées au
petit matin, sont maintenant au meilleur de leur forme. Il est temps de
rentrer à l'abri dans le mobile home climatisé.
Lundi
4 Janvier 2010 - Flinders Ranges dans l'Australie Méridionale
BRACHINA GORGE
: Pas de marche aujourd'hui mais de la voiture sur les pistes des
Flinders Ranges. Certaines sont en très mauvais
état,
surtout dans les creeks à sec où l'eau ravine le
sol
pendant les pluies orageuses. Les eucalyptus qui y poussent sont
incroyables de puissance et de majesté. Leurs troncs
énormes, noueux et torturés sont autant de
défis
à la violence des crues qui inondent
régulièrement
ce désert. Nous sommes au pays des extrêmes.
Nous traversons
des paysages
très différents et parfois spectaculaires comme
les
gorges de Brachina où la piste
défoncée se faufile
entre les parois verticales de la montagne. C'est là que
nous
surprenons des émeus, ces cousins australiens des autruches
au
regard si inquiétant. Un peu plus loin un aigle plane. Ne
parlons pas des kangourous ! Nous en voyons tellement que
bientôt, ils ne nous feront pas plus d'effet que des vaches
dans
une prairie normande.
Mardi
5 Janvier 2010 - Des Flinders Ranges à Broken Hill dans la
Nouvelle Galle du Sud
A regret, nous
quittons les
Flinders Ranges. Jusqu'à présent, c'est l'endroit
que
nous avons préféré en Australie.
Pendant les deux
premières heures, nous roulons vers le sud en croisant cinq
voitures seulement dans cette grande plaine semi-désertique
ponctuée de temps en temps par des collines.
MAGNETIC HILL
: Entre Orroroo et Peterborough, un peu à l'écart
de la
grande route, il y a une colline extraordinaire. Quand on arrive sur la
piste en bas de la pente, on freine, on coupe le moteur et on
lâche le frein à main. Doucement mais
sûrement, la
voiture se met à avancer et à monter vers le
sommet. Oui
! Vous avez bien compris : sans l'aide du moteur, la tonne de ferraille
grimpe inexorablement à l'assaut de Magnetic Hill.
Nous avions
déjà vécu ce
phénomène surprenant
à l'Île de Pâques. Les guides
touristiques
expliquent ça par une anomalie magnétique locale
qui agit
comme un aimant et attire la masse métallique de la voiture
vers
le haut défiant Sir Isaac Newton et les lois de la
pesanteur.
Mais soyons
sérieux !
Nous sommes victimes d'une illusion d'optique absolument
géniale. Nous avons vraiment l'impression que nous montons
alors
que c'est le contraire. Il y a des centaines de lieux du même
genre de part le monde.
Après
Peterborough,
nous prenons "The Barrier Highway", cette route droite qui ne s'offre
jamais la fantaisie du moindre virage et qui traverse le
désert
vers l'Est jusqu'à Broken Hill, notre prochaine destination.
BROKEN HILL
est une grande ville de vingt mille habitants qui a poussé
dans
le désert de l'outback australien. Elle est née
suite
à la découverte de filons d'argent par Charles
Rasp en
1885. Très vite, Rasp fonda une compagnie d'exploitation du
précieux minerai, compagnie qui devint rapidement un
géant international. Il n'y a pas eu de petits prospecteurs
dans
la région de Broken Hill.
Au fond des
mines, on trouva
aussi du plomb et du zinc. Les conditions de travail y
étaient
catastrophiques. Le forage à sec engendrait des
poussières pathogènes et les mineurs mouraient
par
centaines de saturnisme et de maladies pulmonaires quand ils
échappaient aux éboulements des galeries. En
1919-1920 un
grand mouvement syndical les unit dans une longue grève de
dix-huit mois. Les affrontements furent violents et de nombreux mineurs
payèrent de leur vie cette lutte contre la compagnie et son
désir de profit. Finalement les grévistes
obtinrent la
semaine de trente-cinq heures et la fin du forage à sec.
Broken Hill est
donc un grand
centre urbain perdu dans le désert du nord-ouest de la
Nouvelle
Galle du Sud. C'est ici qu'on trouve le service des "docteurs volants".
Les fermes isolées à des dizaines ou des
centaines de
kilomètres du premier centre de soin peuvent communiquer par
radio avec les médecins volants qui se déplacent
en avion
quand leur présence est nécessaire. Il y a aussi
"l'école de l'air" qui propose aux enfants vivant dans des
zones
isolées, des cours par correspondance et par radio.
L'instituteur passe parfois les voir d'un petit coup
d'aéroplane.
Mercredi
6 Janvier 2010 - Broken Hill dans la Nouvelle Galle du Sud
DAY DREAM MINE
: A vingt kilomètres au nord-ouest de Broken Hill,
après
plusieurs kilomètres de piste rouge et
poussiéreuse, on
parvient à la mine d'argent
désaffectée de Day
Dream. Elle a été exploitée pendant
une centaine
d'années jusqu'en 1980 environ. Le site, en plein
désert,
est d'une beauté surprenante. Comment des hommes ont-ils pu
survivre ici et y travailler dans des conditions dramatiques. Pas un
arbre, une chaleur infernale l'été et
à peine plus
supportable l'hiver.
Si vous voulez
avoir une
idée du paysage sachez que Mad Max 2 avec Mel Gibson a
été tourné non loin d'ici.
On visite
l'intérieur
de la mine équipé comme un mineur. A
l'entrée, on
nous fait payer $25 au lieu des $15 annoncés dans le Lonely
Planet 2008 soit 66% d'augmentation en deux ans. Partout en Australie,
nous aurons l'impression de nous faire arnaquer. Tout est
très
cher. Le voyageur, comme le touriste, est pris pour un pigeon et on en
a rarement pour son argent. Ce sera encore le cas ici, dans la mine.
Le guide, bien
plouc et
rustre comme on ne peut pas imaginer, parle avec un accent absolument
incompréhensible. Un Australien de Darwin fait la visite
avec
nous. Il nous sert d'interprète en nous traduisant le
charabia
en anglais intelligible mais lui-même ne comprend pas tout.
La visite est
inintéressante et le guide semble ne pas aimer les
Européens. Ça revient sans arrêt dans
son discours
sans qu'on comprenne le rapport avec la mine. Bref c'est trop cher pour
ce qu'on nous montre. Par contre la piste jusqu'au site vaut vraiment
le coup.
SILVERTON : Un peu
plus loin nous pénétrons dans la ville presque
fantôme de Silverton …
Silver Town ! La
ville de l'argent !
Les mines ont
été tellement rapidement pillées
qu'elles ont
fermé et Silverton a perdu sa population. Il reste une
cinquantaine de personnes dans ce village vanté dans les
dépliants touristiques où les photos des
bâtiments
restaurés sont alléchantes.
Mais la
réalité
est décevante. L'ensemble est mal mis en valeur et des
baraques
en tôles, genre bidonville, gâchent la vue. Les
photos
étaient bien cadrées et cachaient la
misère. Nous
ne descendons même pas de voiture.
Jeudi
7 Janvier 2010 - Broken Hill dans la Nouvelle Galle du Sud
Broken Hill
s'est
taillé une réputation de ville d'art en Nouvelle
Galle du
Sud. Il y a plusieurs galeries de peintures et de sculptures dans la
cité ; elles abritent les œuvres des artistes
locaux.
En 1993 une
douzaine de
sculpteurs internationaux ont travaillé en haut d'une
colline,
à quelques kilomètres de Broken Hill en plein
désert. Chacun d'eux avait un énorme bloc de
grès
rose à tailler selon son inspiration. Il leur a fallu
plusieurs
semaines pour terminer leurs chef-d'œuvres. Aucune des
sculptures
ne nous émeut vraiment. Par contre elles dominent la plaine
désertique depuis le sommet de cette colline
dénudée et aride et c'est l'ensemble,
intégré dans le fantastique paysage de la
région
de Broken Hill, qui nous touche. Nous y sommes en plein midi, en plein
soleil alors qu'il fait 40°C à l'ombre. Le site est
encore
plus beau le soir quand les rayons rasants du soleil illuminent les
sculptures d'une chaude lumière.
Il y a quand
même un
truc qui casse la magie des lieux : un monolithe noir aussi grand que
les œuvres d'art s'élève entre deux
d'entre elles.
Nous nous demandons quel est cet intrus dans ce décor
minéral de grès rose et poussiéreux.
Je vous le
donne en mille ! C'est un repère visuel pour les besoins de
la
topographie ! Une horreur toute noire plantée là
et qui
gâche l'ambiance. Ce n'est pas la première fois
que nous
sommes surpris par l'esthétique australienne. Elle est
très différente de nos goûts
européens et
nous n'apprécions pas souvent.
D'ailleurs
ça continue
dans le Sanctuaire du Désert Vivant juste à
côté. Des plantes ont été
regroupées
dans ce jardin botanique. Même si ce sont des plantes et des
arbustes vivant habituellement dans des zones très arides,
il
faut les arroser pour qu'elles ne crèvent pas. C'est
là
que le bât blesse ! Des dizaines de tuyaux d'arrosage sont
bien
en évidence partout. C'est très laid ! En plus
comme
c'est le seul endroit où il pousse un peu quelque chose, il
a
fallu protéger les arbustes maigrichons de
l'appétit des
kangourous. Ce fut fait simplement, avec efficacité mais
sans se
soucier de l'esthétique. Une barrière
électrifiée, suffisamment haute,
empêche les
marsupiaux à ressorts de passer du vrai désert
désertique au faux désert si alléchant
avec ses
plantes croquantes à souhait.
Vendredi
8 Janvier 2010 - Broken Hill dans la Nouvelle Galle du Sud
WHITE'S MINE
: Puisque nous sommes dans la ville qui doit sa
prospérité aux mines d'argent, de plomb et de
zinc, nous
allons au musée de la Mine et des Minerais. Vu de
l'extérieur, c'est un hangar couvert avec des
tôles devant
lequel tout un bric-à-brac est entassé. Nous
pénétrons à l'intérieur.
Une petite et
grosse dame au regard triste nous conduit dans la première
salle
décorée comme le fond d'une mine. Elle nous fait
asseoir
devant un écran et nous dit qu'elle reviendra nous chercher
dans
dix-huit minutes à la fin du DVD. Le film retrace l'histoire
de
la mine et de la ville. Malheureusement sa qualité
cinématographique égale sa qualité
technique ! Pas
terrible en fait !
La dame triste
nous rejoint
et commence à réciter un topo qu'elle a du dire
des
centaines de fois. Comme support à ses explications, elle
nous
montre les tableaux qui couvrent les murs. Ce sont des
représentations naïves de Broken Hill et de la vie
au fond
de la mine autrefois et de nos jours. Elles sont faites avec
des poussières de minerai de différentes couleurs
collées sur une toile. Il y en a des centaines du
même
artiste local et ex-mineur dans les deux salles du musée :
certaines sont à vendre. Une production incroyable, quasi
obsessionnelle ! Des maquettes représentant
l'activité
minière sont dans le même style. Le nom de famille
de
l'artiste est le même que celui des tableaux. Un
frère
peut-être ?
Le discours de
la dame est
aussi triste que sa voix et que sa mine. Pour résumer, la
vie
des mineurs était terrible. Beaucoup d'entre eux sont morts
étouffés dans les éboulements ou
tués par
les maladies pulmonaires dues aux poussières
pathogènes.
Depuis les progrès techniques de l'extraction, on ne meurt
plus
de la mine … mais on n'y travaille de moins en moins. Les
prix
australiens sont devenus moins compétitifs et puis le
sous-sol a
été tellement pillé que l'exploitation
touche
à sa fin. La petite dame a donc de bonnes raisons pour
être si dépressive. Elle oublie de nous parler de
la
grande grève de dix-huit mois à l'issue de
laquelle les
mineurs obtinrent la semaine de trente-cinq heures et la fin du forage
à sec en 1920. Ça nous semble pourtant une
étape
importante de l'amélioration des conditions de travail !
Le
musée et la
dame-guide donnent l'impression d'une collection de souvenirs
personnels. C'est très amateur et vraiment touchant. En
Europe
je ne pense pas qu'on appellerait ça "musée".
Mais peu
importe !
Il reste une
dernière
salle à parcourir. Son contenu n'a rien à voir
avec
l'univers minéral. On y trouve des centaines de
poupées
anciennes et des ours en peluche. Les poupées sont belles et
habillés avec soin.
En sortant, Guy
dit à
la dame triste que les poupées sont magnifiques. Son regard
s'anime. Elle nous offre un joli sourire : le premier depuis notre
arrivée. Les poupées viennent de sa collection.
Elle en a
trop chez elle alors elle en a apporté au musée
pour les
exposer. C'est elle qui a créé et cousu les
vêtements : le travail de toute une vie. Elle en est
très
fière.
De retour
à l'auberge
de jeunesse, nous déjeunons une dernière fois
avec
Bernard qui part ce soir par le train pour Sydney. Fini le
vélo
! Car il faut préciser que Bernard est arrivé de
France
en novembre avec son vélo et ses quarante kilos de
matériel. Il est parti de Brisbane, comme nous, il a suivi
la
côte Est puis longé la côte Sud
jusqu'à
Adélaïde où nous l'avions
croisé rapidement.
Puis il est allé directement à Broken Hill tandis
que
nous faisions le détour par les Flinders Ranges. Seulement,
lui,
il l'a fait à vélo en plein cagna alors que nous
étions dans une voiture climatisée. Tous les
trois
à quatre jours, il s'arrêtait dans une auberge de
jeunesse. Entre deux lits confortables, il dormait sur les tables de
pique-nique des aires de repos. En Australie elles sont bien
équipées. Il y a des toilettes et des points
d'eau ainsi
que les inévitables barbecues au gaz sur lesquels il
réussissait même à faire du
café.
Samedi
9 Janvier 2010 - De Broken Hill à Dimboola dans le Victoria
Pour rejoindre
Mildura
à trois cents kilomètres au sud de Broken Hill,
nous
prenons le chemin des écoliers. La route
goudronnée
devient vite une piste et la voiture y soulève
d’énormes nuages de poussière.
Mildura est une
région
de vignobles et de vergers qui surgissent devant nos yeux
après
des centaines de kilomètres dans le désert. Les
terres,
vignobles compris, sont copieusement arrosés avec l'eau
pompée dans la fleuve Murray, un des grands cours d'eau en
Australie. Phénomène connu partout dans le monde,
cette
surexploitation a entraîné une salinisation
dramatique des
sols. Ça n'a pas l'air de préoccuper les
compagnies et
les banques qui détiennent vergers et vignobles. On continue
à arroser sans discernement !
Nous continuons
vers le sud.
La route traverse un paysage monotone : d'immenses champs de
blé
et, de loin en loin, des silos à grains pendant les trois
cents
kilomètres que nous faisons encore jusqu'à
Dimboola. On
se croirait en Beauce à la fin de
l'été.
DIMBOOLA
: Pas d'auberges de jeunesse autour de Dimboola. Nous trouvons un
mobile home dans une ferme au bord de la rivière Wimmera. Il
paraît que cette rivière a
été à sec
pendant cinq ans. Depuis septembre dernier, l'eau y coule à
nouveau.
Le mobile home
est vieillot
et sale. La climatisation rafraîchit à peine l'air
brûlant. La fermière nous le fait à $66
la nuit.
C'est abominablement cher pour ce que c'est mais nous sommes
fatigués et nous n'avons pas vraiment le choix.
Nous
pénétrons
dans la maison principale pour régler notre dû. De
l'extérieur, on entre directement dans la cuisine familiale.
Une
horreur de saleté et un capharnaüm pas possible !
La
fermière nous retient car elle est toute contente de nous
savoir Français. Elle nous montre des photos du mariage de son fils
et
de la mariée, toute de blanc vêtue, posant au pied
de la
Tour Eiffel et de Notre-Dame. Son accent australien nous a
empêché de bien comprendre pourquoi des
Australiens sont
allés se marier en Suisse et passer leur nuit de noce
à
Paris. Pas grave ! Elle est ravie et sera charmante avec nous pendant
les deux jours que nous passerons dans sa ferme.
Dimanche
10 Janvier 2010 - Dimboola dans le Victoria
Plus de
40°C !
Nous nous
contentons d'un tour en voiture sur les pistes du parc national de LITTLE DESERT
le long de la rivière Wimmera. Nous dérangeons un
couple
d'émeus qui s'y baigne. Plus loin deux kangourous traversent
le
chemin juste devant la voiture.
De retour dans
le mobile home
mal climatisé, nous survivons le reste de la
journée en
prenant des douches froides toutes les heures. Nous tentons vainement
d'exterminer sans succès les insectes bizarres qui ont
envahi
les rideaux sales et qui tombent sur le lit. Ce soir, il va falloir
dormir planqués sous les draps malgré la canicule.
En
début de
soirée, la fermière vient nous
prévenir que tous
les parcs nationaux du district seront fermés demain. La
météo prévoit 43°C et un fort
risque d'orages
secs. Il se trouve que l'an dernier, deux cent cinquante personnes sont
mortes brûlées vives dans leurs voitures. Il
faisait
48°C et des orages secs avaient allumés des feux un
peu
partout. Les incendies, attisés par le vent,
s'étaient
propagés rapidement, transformant des zones
entières en
pièges.
Les
autorités ne
veulent pas une nouvelle catastrophe. Elles ont donc ordonné
la
fermeture de tous les parcs nationaux et l'interdiction totale
d'allumer le moindre feu. On conseille à la population de
quitter le bush et de se réfugier dans les villes.
Voilà
qui risque de
changer notre programme. Nous avions réservé pour
demain
soir une chambre dans l'auberge de jeunesse d'Halls Gap, village
situé en frontière de la zone interdite. Il
paraît
que les campings et les hôtels du village ont
été
évacués.
Lundi
11 Janvier 2010 - De Dimboola à Halls Gap dans le Victoria
Nous quittons la
ferme vers
9h. Il fait déjà très chaud et le vent
s'est
levé. Si un feu se déclare, il sera
incontrôlable.
MOUNT ARAPILES NP
: La piste directe qui mène au parc national des Monts
Arapiles
traverse un autre parc. Elle doit être fermée. Il
faut
faire le détour par la ville d'Horsham.
Le massif
montagneux est
posé là, au milieu de la grande plaine
céréalière d'Horsham. Les falaises
ocres des Monts
Arapiles sont impressionnantes mais pas moyen d'aller au pied. La route
est barrée par une pancarte de "Total Fire Ban". Pas le
droit
d'entrer. Pas le droit de faire du feu.
Nous retournons
donc à
la ville puisqu'on ne peut rien faire d'autre. Il va falloir trouver
des endroits climatisés pour attendre 15h, heure
à
laquelle nous pourrons téléphoner à
l'YHA d'Halls
Gap pour savoir si l'auberge est ouverte ou pas.
Nous
commençons par le
centre commercial dont nous faisons vite le tour. C'est l'heure de
déjeuner : direction "MacDo". Nous prenons notre temps pour
manger puis nous tentons de nous connecter à Internet. La
pub
"MacDo" clame partout que la zone WiFi de leurs fast-food est gratuite.
Pendant deux heures nous faisons des essais. La connexion tient
quelques secondes et s'interrompt. Bernard, le cyclo-voyageur, nous
avait bien dit que la pub était mensongère en
Australie.
Ailleurs on ne sait pas.
Vers 15h nous
appelons
l'auberge de jeunesse. Super ! Elle est restée ouverte. Le
temps
de faire des grosses courses pour la semaine que nous passerons
là-bas et nous nous rendons à Halls Gap par
Stawell car
la route directe traverse le parc national des Grampians et elle est
fermée.
Cette YHA est la
mieux de
toutes celles où nous avons séjourné.
Construite
écologiquement il y a dix ans, elle est belle, propre et
bien
pensée.
Il fait plus de
40°C
dehors et on a une réelle impression de fraîcheur
à
l'intérieur. Pourtant l'auberge n'est pas
climatisée.
Il n'y a que
deux ou trois clients. Tous les autres, craignant les incendies
possibles, ont fui hier soir ou ce matin.
Nous retrouvons
avec bonheur
Sabine et Sébastien, les deux jeunes belges
croisés
à Adélaïde. Ils logent gratuitement en
dortoir en
échange de deux heures de travail dans l'YHA le matin. Ils
ont
en plus trouvé des petits boulots payés au noir
$15 de
l'heure dans les restaurants du village.
Du
mardi 12 au lundi 18 Janvier 2010 - Halls Gap (Grampians NP) dans le
Victoria
GRAMPIANS NP
: Comme les Monts Arapiles, le massif des Grampians avec ses falaises
et ses à-pic spectaculaires
s’élève au
milieu d’une morne plaine
céréalière. Des
canyons, des lacs, des vallées inexplorées
défendues par une végétation tropicale
et dense,
des cascades et des sommets escarpés
s’étendent sur
cent kilomètres de long et cinquante de large. Le massif des
Grampians est grand. Chaque vallée offre une vue
différente et aussi belle que sa voisine. Les points de vue
au
sommet des falaises donnent le frisson. Trois ou quatre cents
mètres plus bas commence la plaine où
l’on
aperçoit de-ci de-là des villages.
Dès
le lendemain de la
fameuse journée qualifiée de risque «
extrême
» par les autorités australiennes, le ciel se
couvre et il
se met à pleuvoir. Le risque d’incendie devient
donc
« faible » et la pluie rafraîchit un peu
l’air
ambiant. A noter qu’il n’y a pas eu un seul
départ
de feu le jour fatal du « Total Fire Ban ». Tant
mieux !
Nous profitons
un maximum des
sentiers de randonnées écumant ainsi tous les
sites
possibles du parc national. Suivant l’exposition au soleil,
aux
vents dominants, suivant l’altitude ou la qualité
de la
terre, le paysage change radicalement.
Dans une
vallée étroite, un torrent s’apaise et
remplit paresseusement les VENUS
BATH, des piscines naturelles au bord desquelles les
pierres plates invitent au bain de soleil.
On parvient
à GRAND CANYON
après une montée dans un univers de plus en plus
minéral. Il se prolonge par une autre gorge tellement
étroite qu’il faut par endroit s’y
faufiler de
profil. On débouche aux PINNACLES,
en haut de la falaise, les formations rocheuses y sont surprenantes. La
vue sur la vallée juste en dessous donne le vertige.
Au plus profond
des vallons
encaissés et à l’abri des grands
eucalyptus, des
petits torrents donnent aux fougères arborescentes toute
l’humidité dont elles ont besoin.
Les chutes des MACKENZIE FALLS
sont d’une élégance rare.
L’eau court le long
de la paroi, vraie dentelle aquatique, avant de tomber dans un petit
lac.
La cascade de SILVERBAND
est étonnante. L’eau tombe sur un tas de cailloux
et y
disparaît. Nul lac, nul cours d’eau au pied des
chutes.
C’est sec ! L’eau est avalée par le sol.
Les Grampians
regorgent de
vie animale. Chaque promenade nous gratifie de rencontres avec des
émeus, des wallabies et des kangourous.
Notre séjour
à Halls Gap ce sont aussi les longues conversations avec Sabine
et Sébastien le soir à la veillée. Ils ont
l’âge de nos enfants mais l’expérience du
voyage nous rapproche et, du coup, nous avons plein de choses à
nous dire.
BRAMBRUCK CULTURAL CENTRE :
Notre séjour à Halls Gap c'est surtout la visite du
centre culturel de Bambruck. Elle nous marque profondément et
nous choque jusqu'à la nausée.
Une exposition sur le sinistre passé colonial de l'Australie
nous apprend l'abominable génocide. Les Aborigènes,
après plus de 40 000 ans de présence sur les terres de ce
grand continent austral, ont été décimés en
moins de deux siècles par les occupants de la Couronne
Britannique. Leur culture a été anéantie. Ce
génocide fut doublé d'un ethnocide.
Nous réalisons que depuis deux mois, nous en sommes à
plus de sept mille kilomètres sur les routes australiennes et
nous venons de croiser dans le centre culturel un Aborigène, le
cinquième ! Les quatre premiers faisaient la manche en jouant du
didjeridoo sur les quais de Sydney. Au cours de la suite de notre
périple, nous n'en verrons pas d'autres.
Sur les affiches de l'exposition, nous découvrons une carte de
l'Etat du Victoria où sont recensés les massacres connus
des tribus. On apprend qu'hommes, femmes et enfants étaient
tués, les uns par armes à feu, les autres noyés ou
empoisonnés. Empoisonnés ! Vous avez bien lu !
Inconcevable ! Nous avons du mal à y croire mais c'est pourtant
la réalité brute et froidement chiffrée.
On apprend aussi que des dizaines de milliers d'enfants
aborigènes ont été arrachés à leurs
parents sur ordre du gouvernement entre 1910 et 1970 pour être
placés dans des institutions anglaises et intégrés
de force à la civilisation anglo-saxonne et protestante. Si nous
étions nés Aborigènes, Guy et moi, nous aurions
été séparés de notre famille pour
être élevés dans la plus grande tradition
britannique afin de devenir de "bons petits anglais". Cette honteuse
politique d'assimilation s'est terminée en 1970. 1970, c'est la
fin du XXème siècle. 1970 c'était hier !
Avant d'atterrir en Australie, nous rêvions et nous avions plein d'images d'Epinal en tête.
Pour nous, l'Australie c'était des animaux bizarres. Ça c'est vrai ! Et nous en avons vu autant comme autant.
Pour nous, l'Australie c'était aussi d'immenses territoires
vides et d'autres complètement désertiques. C'est vrai
aussi. L'Australie est un pays grand comme quatorze fois la France,
mais il y a trois fois moins d'habitants que chez nous.
Mais surtout, pour nous, l'Australie c'était la promesse
de rencontres avec le peuple le plus ancien ayant jamais existé
sur Terre : les Aborigènes. Et là, nous avions tout faux !
Savez-vous que l'homme de Mungo, découvert au bord du lac Mungo,
dans le Sud de la Nouvelle-Galles du Sud, est un Australien autochtone
qui aurait vécu il y a environ 40 000 ans, au
Pléistocène ? Il avait été enterré
avec un cérémonial funéraire. On a trouvé
près de lui des outils en pierre, des os de wombats et de
kangourous géants. La civilisation aborigène a donc plus
de 40 000 ans. Ce peuple vivait de la chasse et de la cueillette. Les
Aborigènes ont un rapport avec la terre très
différent de notre conception occidentale. Ils n'étaient
pas des cultivateurs. Ils disent que la terre ne leur appartient pas
mais que ce sont eux qui appartiennent à la terre. Selon leurs
mythes fondateurs, des créatures géantes sont sorties de
la terre, de la mer ou du ciel et ont créé la vie et les
paysages australiens. Les esprits de leurs dieux sont restés
dans la terre, la rendant sacrée à leurs yeux.
Et là, devant les panneaux de l'exposition, nous tombons de
haut, de très haut … et ça fait mal. Notre
rêve aborigène devient un cauchemar. Nous ne savions pas !
Le génocide des Aborigènes est un génocide
très récent qui fut longtemps caché, puis à
peine évoqué en 1997 dans le rapport gouvernemental sur
les « générations volées » pour
être oublié ensuite.
Nos images d'Epinal de l'Australie se ternissent. D'autant plus que
d'autres incidents, d'autres anecdotes dont je parlerai peut-être
une autre fois, nous laissent une impression d'insécurité
et de malaise.
Mardi
19 Janvier 2010 – De Halls Gap à Daylesford -
Hepburn Springs dans le Victoria
Vers 16h nous
sommes à
l’YHA de Hepburn Springs. L’office est
fermé. En
attendant, nous rangeons nos provisions dans la cuisine puis nous
patientons dans le salon. Cette auberge de jeunesse n’est pas
entretenue, que ce soit à l’intérieur
ou à
l’extérieur. Le ménage n’est
pas fait, les
toiles d’araignées décorent les
plafonds et la
poussière couvre les étagères. Quant
à la
cuisine, c’est sale. La poubelle déborde,
l’évier n’est pas plus
nettoyé que la
cuisinière noire de graisses brûlées.
Quel
contraste avec la belle YHA d’Halls Gap que nous venons de
quitter !
Quatre jours et
quatre nuits
à passer dans cette crasse avant de rejoindre Melbourne
où nous prendrons le ferry pour la Tasmanie dimanche matin.
HEPBURN SPRINGS et DAYLESFORD
forment une même agglomération. Elles ont la
tristesse et
la mélancolie des stations thermales peu
fréquentées sans en avoir le charme
désuet. Seul
le paisible jardin botanique qui domine la ville rappelle les villes de bains
où on prenait les eaux au XIXème en Europe. Les
arbres
ont plus de cent ans et leur majesté en impose aux
promeneurs.
Sixième Partie : La TASMANIE et le retour sur Pro’s Per Aim
du 24 janvier au 20 février 2010
Melbourne – Devonport- Deloraine – Stanley (The Nut) –Cradle Mountain
Liffey valley – Great Lake – Bridport – St Helens – St Marys
Douglas Apsley NP – Freycinet NP (Coles Bay) – Hobart – Geeveston
Southport – Tasman Peninsula – Launceston
Dimanche 24 Janvier 2010 – De Melbourne dans le Victoria à Devonport en Tasmanie
Cette nuit, nous avons dormi
dans l’YHA de Melbourne car il faut être à
l’embarquement du ferry pour la Tasmanie à 8h au plus tard.
Nous ne prenons pas de risque
et nous quittons l’auberge à 7h. Le GPS nous guide sans
problème, d’autant plus que nous avions fait le
repérage fin décembre en passant à Melbourne pour
la première fois. Ce bidule électronique nous fait
sûrement prendre un raccourci car il n’y a aucune pancarte
signalant le terminal du ferry sur la route que empruntons. En vingt
minutes, nous sommes au dernier rond-point et nous découvrons
l’interminable file de véhicules qui vient de notre
gauche. Ils ont du suivre les grands axes, ceux avec les pancartes, et
nous voilà devant tout le monde grâce aux règles de
priorités sur les ronds-points.
Les services de
sécurité vérifient l’intérieur des
coffres et des capots de tous les véhicules puis nous
avançons au pas vers l'énorme ferry. Des centaines de
voitures, des 4x4, des camping-cars attendent comme nous.
L'embarquement est très organisé et très
professionnel. A la guérite, nous tendons nos passeports et on
nous donne immédiatement nos billets. La réservation a
été faite par Internet ; nous y avions
précisé nos numéros de passeport et
l'immatriculation de la voiture. Nous sommes donc déjà
enregistrés, fichés et tout va très vite.
Les voitures
pénètrent une à une au plus profond du ventre du
monstre. Puis les passagers les laissent dans le noir des cales,
prennent leurs bagages à main et se dirigent vers l'air libre et
la lumière.
Il faut une heure et demie
pour traverser la grande baie de Melbourne du nord au sud et rejoindre
la haute mer du détroit de Bass. L'étroit passage de
sortie au niveau de Queenscliff est impressionnant. L'eau bouillonne en
d'énormes marmites. Des vagues droites et déferlantes
font tanguer et rouler le ferry. Pourtant, aujourd'hui, le vent est
léger et il n'y a pas de mer.
Tout se calme quelques
minutes plus tard. Les sept-huit heures de traversée qui suivent
jusqu'à Devonport se font sur une mer plate. Nous avons de la
chance car le détroit de Bass a fort mauvaise réputation.
A Devonport, le ferry remonte
la rivière sur plusieurs centaines de mètres avant
d’accoster. Nous débarquons enfin sur le sol de la
mythique Tasmanie.
Le premier Européen
à avoir posé le pied en Tasmanie n'est autre que le
célèbre navigateur hollandais Abel Tasman. Il la baptisa
du nom du gouverneur de la Compagnie Hollandaise des Indes de
l'époque. C'était en 1642. Ce n'est qu'à partir de
la fin du XVIIIème siècle que l'île fut
abordée régulièrement par les blancs et qu'elle
devint une terre de bagne pour l'Angleterre. En 1850, la moitié
des occupants blancs était des condamnés. Le dernier
convoi pour le bagne arriva en 1856. Cette année là, deux
cents ans après le passage d’Abel Tasman,
l’île prit le nom de Tasmanie dans le but de faire peau
neuve et de se débarrasser de sa réputation
pénitentiaire.
L’histoire de la
Tasmanie n’a pas commencé en 1642 avec Abel Tasman. Les
Aborigènes y étaient présents depuis 40 000 ans.
Il serait facile d'oublier les premiers habitants de la Tasmanie parce
qu'ils ont été exterminés par les colons anglais
jusqu'au dernier. Il n’y a plus un seul représentant de
cette ethnie depuis 1876.
Il reste malgré tout des Tasmaniens
avec un peu de sang aborigène. En effet, au début du
XIXème, des blancs, chasseurs de phoques, achetèrent des
femmes indigènes et s'installèrent sur les îles du
détroit de Bass. Je ne sais pas s'ils s'aimèrent mais ils
eurent beaucoup d'enfants. L’existence de cette communauté
métissée rappelle aujourd'hui le tragique passé colonial de la
Tasmanie.
Lundi 25 Janvier 2010 – De Shearwater à Deloraine en Tasmanie
La Tasmanie est une grande
île de trois à quatre cents kilomètres de
diamètre. Située au sud-est du continent australien, elle
est sur le passage des terribles vents des 40èmes Rugissants.
Même en été, il y a des jours où le polaire
et le coupe-vent sont nécessaires, surtout à l'ouest de
l'île puisque que c'est la côte exposée aux vents
dominants. Le climat de la côte Est est plus doux et moins humide.
STANLEY et THE NUT
: Ce premier jour est décevant. On nous avait fait des
descriptions absolument extraordinaires de la Tasmanie et nous en
attendions trop. Les paysages que nous parcourons le long de la
côte nord jusqu’au point le plus à l’ouest de
l’île ne nous scotchent pas d’admiration. En fait,
seul le village de Stanley et son rocher surnommé « The
Nut » valent le détour. Stanley est au bout d’une
presqu’île dénudée et battue par les vents
glacés du détroit de Bass. Le village est au pied
d’un rocher tabulaire. La lande qui s’est
développée sur le sommet plat de « The Nut »
confère une étrange atmosphère au lieu. A chaque
détour du sentier, je m’attends à voir
apparaître le fantôme d’un pêcheur de
crustacés disparu en mer.
SISTERS BEACH
: La très belle plage de Sisters Beach nous rappelle la
Polynésie avec son sable blanc si fin et sa mer turquoise. Ce
qui est inhabituel c’est l’odeur qui nous transporte dans
les Landes dès la première inspiration. Un incroyable
parfum de pins ! Cela fait si longtemps que nous n’en avons pas
senti. Sur le continent australien, les eucalyptus sont
omniprésents. La Tasmanie est suffisamment au sud pour que les
pins puissent s’y développer. Nous verrons aussi des
peupliers et des bouleaux.
La journée se termine
mal. Le gérant de l’auberge de jeunesse de Deloraine nous
accueille comme un chien dans un jeu de quilles. Ce rustre, crade et
mal embouché devrait changer de métier. En plus son YHA
est aussi sale et mal entretenue que celle de Hepburn Springs où
nous étions récemment. Nous avions prévu d’y
revenir quatre nuits en fin de séjour. Vu
l’ambiance, nous annulons la réservation.
Pour achever le tout, je
m’aperçois que j’ai oublié à Melbourne
l’adaptateur de prise électrique. Nous ne pouvons plus
recharger le téléphone ni utiliser l’ordinateur
portable. Pourra-t-on en trouver un en Tasmanie ?
Mardi 26 Janvier 2010 – Deloraine en Tasmanie
Aujourd'hui c'est la
fête nationale australienne "Australia Day". Cette fête
commémore l'arrivée des premiers colons anglais le 26
janvier 1788.
Tout sera fermé : inutile d'aller à la recherche d'un adaptateur. Nous verrons ça demain.
Nous nous dirigeons donc vers
les fameuses "Cradle Mountain", haut lieu touristique de la Tasmanie.
Le site est à deux heures de route mais nous n'y avons pas
réservé d'YHA car la chambre double était
passée à $160 au lieu des $60 annoncés dans le
livret 2010 des auberges de jeunesse australiennes.
En Tasmanie, tout est
excessivement cher. Touristes et voyageurs sont exploités au
maximum et pas forcément bien accueillis … la preuve avec
le gérant de l'YHA où nous avons dormi cette nuit et que
nous avions trouvé très "ours mal léché"
hier en arrivant. Il est passé ce matin dans la cuisine commune,
pieds nus, les bretelles tombant sur les genoux, le tee-shirt couvert
de tâches grasses et cachant mal son gros ventre. Nous
étions plusieurs à prendre le petit déjeuner et il
n'a dit bonjour à personne.
CRADLE MOUNTAIN
: Une jolie route d'une centaine de kilomètres nous
emmène vers l'ouest, vers "Cradle Mountain" en traversant
d'abord des pâturages puis en grimpant les flancs du massif
montagneux le plus célèbre de Tasmanie. "Cradle" signifie
"berceau". La silhouette de la montagne évoque un berceau et se
reflète dans le lac qui s'étend à ses pieds.
Ça donne de très belles photos que nous avons vues sur
les dépliants touristiques. Nous ne verrons pas le berceau pour
de vrai. Une grosse masse nuageuse a envahi le massif et "Cradle
Mountain" est dans le brouillard. Le vent est glacé.
L'atmosphère est étrange et irréelle. Nous
marchons pendant trois heures dans la lande où des troncs blancs
d'arbres morts surgissent comme des spectres de la brume
légère. Depuis les hauteurs, nous devinons les lacs
alentour. Il pleut une petite pluie bruineuse qui, fort heureusement,
ne réussit pas à transpercer nos coupe-vent.
Mercredi 27 Janvier 2010 - De Deloraine à Bridport en Tasmanie
Pour aller de Deloraine
à Bridport où nous avons réservé une
chambre pour ce soir, nous faisons un long détour vers le sud et
le grand lac. Ensuite, nous remontrons vers le nord, à Bridport,
en passant par la grande ville de Launceston où nous
espérons trouver un adaptateur de prise électrique pour
remplacer celui que j'ai oublié à Melbourne.
LIFFEY VALLEY :
Le sentier serpente dans la forêt humide au fond de la
vallée de Liffey. Nous marchons au pied de fougères
arborescentes géantes. Jamais nous n'en avons vu autant dans un
même endroit et surtout, jamais nous n'en avons vu de si grandes
: de vrais arbres. La forêt est tout simplement magnifique.
J'adore !
GREAT LAKE
: Le grand lac est en altitude dans une vaste vallée au sol
marécageux et sans végétation. Le paysage est
triste et nu. La route, simple piste carrossable par endroits, fait le
tour du lac et redescend les pentes de la montagne pour traverser une
plaine ennuyeuse jusqu'à Launceston, deuxième plus grande
ville de Tasmanie après la capitale Hobart.
C'est là que Guy a
l'idée géniale de s'arrêter à
l'aéroport. La boutique, l'unique boutique de ce petit
aéroport, vend tout ce qui est utile au voyageur des
cartes postales aux souvenirs locaux en passant par … les
adaptateurs de prises électriques. Génial ! Nous sommes
sauvés !
Jeudi 28 Janvier 2010 - De Bridport à St Helens en Tasmanie
Bridport, où nous
avons dormi, est sur la côte Nord. St Helens où nous
serons ce soir est sur la côte Est. Entre les deux, la pointe
nord-est de la Tasmanie et le parc national du Mont William avec la
promesse d'une jolie balade vers son sommet qui culmine à deux
cents mètres environ.
A Gladstone, nous prenons la
piste vers le Mont William. Au bout de vingt kilomètres, nous
nous arrêtons au point "information" pour étudier la carte
de détail. En revenant vers la voiture, Guy constate qu'un pneu
est crevé. C'est la première fois en plus de neuf mille
kilomètres. On nous dira que nous avons de la chance de ne pas
avoir crevé avant surtout que nous avons fait pas mal de piste.
Il faut vider le coffre pour
récupérer les outils et la roue de secours. Les bagages
sont étalés partout autour de l'auto. Guy installe le
cric et essaye de dévisser les écrous de la roue. Rien
à faire ! Nous n'avons pas la clef … ou plutôt les
deux clefs car il y a deux sortes d'écrous. La voiture a de
belles jantes en alu qui sont protégées des voleurs par
un écrou spécial nécessitant une clef tout aussi
spéciale.
C'est à ce moment que
Guy se souvient avoir trouvé l'outil dans la voiture avant de
partir de Brisbane et l'avoir rangé dans une boîte
à outils sur Pro's Per Aim pensant qu'un mécano l'avait
oublié là.
La tuile ! La grosse tuile.
Nous sommes dans le bush, au bord d'une piste peu
fréquentée, à vingt kilomètres du premier
minuscule village et incapables de changer la roue et de
repartir.
Au bout d'une demi-heure, de
la poussière à l'horizon nous donne de l'espoir. Un gros
4x4 pick-up apparaît. Je fais de grands signes, le
véhicule freine et s'arrête. Je m'explique tant bien que
mal et l'homme comprend qu'il lui faut s’approcher de plus
près pour voir ce qui se passe. Guy, avec son bon anglais, lui
apporte des précisions et Brad, c'est son nom, retourne à
l'arrière de son pick-up pour fouiller dans sa boîte
à outils. Une de ses clefs permet de dévisser les quatre
écrous normaux mais pas le cinquième, l'anti-vol.
Ni une, ni deux. Brad
embarque Guy dans son 4x4 et les voilà repartis à
Gladstone en espérant y trouver l'outil qui nous manque. Je
reste à garder la voiture. Je ne vois personne, pas le moindre
serpent ni même un banal kangourou. Seules des mouches m’agacent. On trouve
le temps long à attendre sans savoir.
Quarante kilomètres
aller-retour et le temps de débrouiller le problème
à Gladstone et je vois revenir Brad et Guy une heure et demie
plus tard.
Ils sont de retour avec la
boîte à outils complète du pseudo garagiste du
village. L'homme leur a fait confiance. Sa boutique fait office de
station service, de garage, de poste, d'épicerie, de fast-food
que sais-je encore …
Après plusieurs essais, le suspense est à son comble. Va-t-on trouver le bon outil et pouvoir repartir ?
Finalement une des clefs s'adapte à peu près et Guy installe la roue de secours. Sauvés !
Nous remercions Brad qui
retourne au camping du parc national où il passe ses vacances.
Brad est né en Tasmanie il y a 75 ans. Il n'a jamais mis les
pieds sur le continent australien. Cela ne l'intéresse pas
(sic!). Par contre, tous les ans, il passe quelques semaines dans la
même vallée des Alpes Françaises. C'est tout ce
qu'il connaît du monde.
A part des exceptions comme
le plouc grognon de l'YHA de Deloraine, nous avons rencontré de
nombreux Australiens charmants et surtout très serviables. Brad
en fait partie. Il a passé plus de deux heures de sa
matinée et parcouru quarante kilomètres de piste pour
débrouiller notre problème sans rien demander en
échange.
Il est plus de midi, nous
renonçons à grimper en haut du mont William et nous
retournons à Gladstone pour rendre les outils au
garagiste-postier-restaurateur qui réparera le pneu
crevé. Nous déjeunons d'une tartelette au wallaby et cap
sur St Helens et son auberge de jeunesse.
Avant même d'y
déposer nos paquetages, nous cherchons et nous finissons par
trouver un magasin pour automobiles qui nous vend quatre écrous
normaux pour remplacer les quatre anti-vol. Nous achetons aussi une
croix pour les dévisser. Ainsi parés, nous pourrons
affronter une nouvelle crevaison sans risquer de rester coincés
loin de tout au bord d'une piste.
Samedi 30 Janvier 2010 - De St Helens à Coles Bay en Tasmanie
St MARYS
: Nous quittons St Helens pour suivre la côte vers le sud
jusqu'à Coles Bay dans le parc national de Freycinet. St Marys
n'est pas sur la route mais les guides parlent d'un village pittoresque
et historique.
Soit ! Faisons le détour.
En fait il ressemble à
tous les autres villages soi-disant historiques de l'Australie. Rien
d'intéressant à voir. Par contre, la route sinueuse qui
grimpe dans la forêt jusqu'à St Marys pour redescendre par
Elephant Pass est très jolie. Nous ne regrettons pas de l'avoir
suivie.
DOUGLAS-APSLEY NP :
Un peu avant Bicheno, une piste mène au parking sud du parc
national de Douglas-Apsley. Nous laissons la voiture pour suivre le
sentier de randonnée qui va aux gorges d'Apsley. Une vingtaine
de personnes pataugent dans le "Waterhole", un trou d'eau à dix
minutes à pied du parking. Puis le sentier commence à
grimper. Nous y sommes seuls, tranquilles dans cette belle forêt
d'eucalyptus. Une heure plus tard, nous descendons dans les gorges. Le
torrent dégringole de rochers en rochers jusqu'aux chutes
d'Apsley. Une petite pause et nous faisons demi-tour.
Du dimanche 31 janvier au mardi 2 février 2010 - Coles Bay en Tasmanie
FREYCINET NP et COLES BAY
: Le parc national de Freycinet couvre la péninsule du
même nom située sur la côte Est de Tasmanie. Les
granits roses du massif montagneux plongent dans le turquoise de
l'océan.
WINEGLASS BAY, littéralement "la baie du verre
à vin" en a la forme parfaite et est bordée par une plage
de sable blanc. Une masse de nuages barre la baie. On la voit escalader
la pente de la montagne sans jamais réussir à passer de
l'autre côté comme repoussée par une main
invisible. Ce serait un effet de foehn.
HONEYMOON BAY,
la baie de "la lune de miel", serait idéale pour des amoureux
tellement elle est belle avec ses roches de granit rose
s'avançant dans la mer bleue avec en toile de fond la
chaîne des monts Freycinet. Mais nous ne sommes pas les seuls
à vouloir profiter de cette merveille et du coup, ça
manque d'intimité pour une lune de miel.
Le temps est très
changeant. Le premier jour à Coles Bay, c'était la
canicule. Puis, après une nuit orageuse, l'air s'est si
rafraîchi que nous avons dormi en pyjama avec couette et
couverture. J'ai même rajouté un polaire en milieu de nuit
parce que j'avais trop froid.
Du jeudi 4 au dimanche 7 février 2010 - Hobart en Tasmanie
HOBART
: Située au sud-est de l'île, Hobart est la capitale de
Tasmanie. Deux cents mille personnes vivent à Hobart, soit 40%
de la population. Hobart est la plus belle ville australienne que nous
avons vue même si tout est relatif. Elle s'étend autour
d'une baie profonde et étroite au pied de l'imposant MONT WELLINGTON au sommet duquel la vue ne peut pas laisser indifférent.
Le samedi matin se tient le marché de SALAMANCA
: endroit curieux et cosmopolite où des hippies grisonnants
vendent de l'artisanat local aux touristes. La foule se presse autour
des étals. On y voit des Tasmaniens pur sang avec chapeau
australien et grosse barbe bien fournie et des groupes de japonais
bardés d'appareils photos. C'est rigolo !
Un soir, nous retrouvons le
temps d'un dîner Réal et Lucie, nos amis
québécois. Ils ont vendu leur catamaran il y a quelques
mois en Nouvelle Calédonie et ont acheté un camping-car
pour sillonner les routes australiennes pendant un ou deux ans. Les
retrouvailles sont chaleureuses et nous dînons dans leur van sur
le parking de l'auberge de jeunesse où le patron viendra nous
dire à deux reprises que ce véhicule ne peut pas rester
là pour la nuit.
SOUTHPORT, GEEVESTON et la route du Pin HUON :
Southport est le village le plus au sud de la Tasmanie. Nous voulions
pique-niquer sur la plage pour le plaisir de passer un peu de temps au
point le plus sud de notre périple : 43°26' de latitude sud.
Mais le vent est tellement glacé que nous ne tenons pas plus de
deux minutes dehors.
Au retour nous nous
arrêtons à Geeveston où une exposition
célèbre l'industrie régionale du bois. On y loue
les compagnies d'exploitation et le courage des pionniers. Sans
être passée sous silence, le pillage systématique
des forêts tasmaniennes est à peine évoqué.
Il reste pourtant bien peu de spécimens du pin Huon par exemple.
Cet arbre vénérable est endémique à la
Tasmanie. Il pousse dans les régions montagneuses et humides du
sud-ouest. Son bois était très recherché pour ses
qualités intrinsèques. Sa couleur d'un jaune doré,
son grain fin et ses huiles naturelles qui lui permettent de
résister à la pourriture ont signé son arrêt
de mort lorsque les Européens l'ont découvert. Le pin
Huon a une croissance très lente mais une grande
longévité. Les compagnies de bûcherons n'en ont pas
tenu compte et ont abattu sans vergogne des arbres âgés de
plus de deux mille ans. Ce fut un vrai carnage au nom du profit
d'entreprise ! Aujourd'hui le pin Huon serait protégé.
Reste-t-il assez d'arbres pour que l'espèce reconquière
un jour son ancien territoire ? Quoiqu'il en soit, ni nous, ni nos
enfants, ni même nos petits-enfants ne le sauront car cet arbre
grandit trop lentement.
PIRATES BAY
: A l'entrée de la péninsule de Tasman, les
curiosités géologiques au nord et au sud de la baie des
Pirates nous impressionnent et nous en mettent plein les yeux :
falaises, trou souffleur, arche, faille dans la falaise où
l'océan rageur s'introduit en grondant, pavement bizarre de la
zone intertidale …
TASMAN PENINSULA
: La Couronne Britannique a longtemps utilisé l'isolement
géographique de la péninsule de Tasman pour y
détenir les plus terribles d'entre les bagnards. Les mines de
charbon du nord-ouest de la péninsule étaient un endroit
abominable pour purger une peine. Difficile à imaginer
aujourd'hui ! Il fait beau. Le soleil éclaire d'une belle
lumière les pierres de grès taillées des ruines du
pénitencier qui domine la baie aux eaux calmes de Norfolk. C'est
beau et serein mais des hommes ont souffert ici même.
Poussés par la faim, ils n'avaient parfois volé que du
pain. Mais les impitoyables autorités anglaises faisaient d'une
pierre deux coups : ils peuplaient cette nouvelle colonie et se
débarrassaient d'individus qui faisaient tache en Angleterre. Il
faut savoir que la Tasmanie doit la majorité de ses beaux
bâtiments et de ses ponts aux "convicts", les condamnés au
bagne.
Mercredi 10 Février 2010 - De Coles Bay à St Helens en Tasmanie
Nous quittons Coles Bay
où nous sommes revenus passer deux jours après Hobart.
Hier le pneu qui avait crevé était presque à plat.
Guy l'a regonflé et ce matin c'est à nouveau
dégonflé. La réparation n'a pas tenu. Nous
retournons à St Helens où nous laissons la voiture dans
un garage. Le mécano fait son diagnostic : la réparation
fuit … Pire ! La structure métallique du pneu est
très endommagée. On ne peut pas réparer car le
pneu risque d'éclater. On ne peut pas non plus mettre une
chambre à air à l'intérieur car elle serait
percée par les fils de métal de la structure là
où est le trou. Il faut changer le pneu. Un neuf coûte
$200 soit 140€. Le réparateur en trouve un d'occasion dans
sa réserve. Pour $30 tout compris, nous sommes
dépannés. Encore une fois, nous nous en tirons bien.
Ce soir, nous dormons
à Bridport. Demain nous partirons pour St Helens où nous
comptons nous reposer pendant trois jours avant de reprendre le ferry
pour le continent et remonter rapidement à Brisbane.
Du dimanche 14 au samedi 20 février 2010 - Le retour sur Pro's Per Aim depuis la Tasmanie
LAUNCESTON
: Notre dernière journée de route en Tasmanie repasse par
Launceston. Nous marchons dans les gorges de Cataract sous un ciel
plombé. Le lieu aurait mérité une plus belle
lumière.
Pas d'auberge de jeunesse
à Devonport où nous devons prendre le ferry de bonne
heure : nous avons réservé un hôtel au-dessus d'un
pub en croisant les doigts pour que la nuit soit calme. Bonne surprise
en arrivant. Non seulement c'est calme mais il y a une cuisine commune.
Nous pourrons préparer nos repas comme dans les YHA.
Après une nuit
à Melbourne et une autre à Narooma, nous sommes le
mercredi soir à Newcastle chez nos amis Cath et Chris. Jenny,
Andrew et leurs enfants nous y rejoignent pour un dîner sympa
comme tout. Nous avons beaucoup de plaisir à nous retrouver et
de la tristesse à nous quitter le lendemain matin.
WATERFALL WAY
: Le jeudi soir nous dormons dans la jolie ville universitaire
d'Armidale. Entre Armidale et Bellingen notre prochaine étape,
la route s'appelle "Waterfall Way". Elle traverse une zone montagneuse
où les cascades abondent. Il faut voir en particulier les chutes
de WOLLOMOMBI qui
s'enorgueillissent de faire partie des plus hautes d'Australie.
Malheureusement le temps n'est pas avec nous. Il pleut et les nuages
sont si bas qu'ils remplissent complètement la vallée
où se jettent les Wollomombi Falls. Nous les entendons gronder
plusieurs centaines de mètres plus bas sans voir autre chose
qu'une masse cotonneuse à nos pieds.
Plus loin sur la piste qui
mène au parc national de CATHEDRAL ROCK, nous dérangeons
des kangourous et des wallabies par dizaines. Jamais nous en avons vu
autant à la fois. Après une balade entre les gros rochers
de granit du parc, nous reprenons la piste dans l'autre sens. Cette
fois nous ne verrons pas un seul marsupial. Il est plus de midi et ce
doit être l'heure de la sieste.
PRO'S PER AIM à MANLY :
Samedi à 14h nous sommes chez nous sur Pro's Per Aim et
très contents d'être arrivés. Ça fait
vraiment du bien de revenir "à la maison". Il nous faut tout
l'après-midi pour ranger nos bagages et nous nous couchons
harassés dans un bateau propre où rien ne traîne.
Septième
Partie : Les travaux sur Pro’s Per Aim à MANLY (QLD)
du 21 février au 2 avril 2010
Du dimanche 21
février au vendredi 2 avril 2010 - East Coast Marina à Manly dans le Queensland
Nous avons un gros mois, très exactement quarante-et-un
jours pour vendre la voiture, organiser notre séjour en France en avril et
préparer Pro’s Per Aim pour la suite du voyage. Nous partirons pour Darwin dès
notre retour de France début mai.
Tout d’abord : profiter de la voiture que nous avons
encore.
Pendant une semaine, nous allons tous les jours au
supermarché pour refaire l’avitaillement. Les coffres vides se remplissent peu
à peu de conserves, farine, sucre, gel douche, café et autres denrées
nécessaires pour tenir environ six mois.
Il faut également trouver du gaz. C’est là que le
parcours du combattant commence ! Les bouteilles de camping-gaz bleues
dans le coffre de la Holden, nous partons en quête d’un magasin où faire
l’échange de nos vides contre des pleines. Au pire nous trouverons bien le
moyen de les remplir ou de le faire nous-mêmes. Camping-Gaz est un système
international et nous avons toujours réussi à nous débrouiller jusqu’alors.
Après une dizaine de tentatives dans autant de boutiques
différentes, nous jetons l’éponge. Il faut savoir que l’Australie a un système
bien à elle pour le gaz. Pas possible de trouver les bouteilles bleues. Pas
possible non plus de les faire remplir car les stations de remplissage n’ont
pas d’adaptateur. On ne peut pas non plus se fabriquer un tuyau avec un embout
australien pour les remplir nous-mêmes comme nous l’avons déjà fait en
Polynésie. Des fois qu’on fasse tout sauter, la vente des embouts est interdite
… L’administration australienne a tout prévu : le système D et le
bricolage dont on a l’habitude ne sont pas envisageables.
Voilà un pays qui sait protéger ses citoyens contre
eux-mêmes ! Il faut passer par un professionnel agréé pour toutes les
transformations concernant le gaz. Ça va avec les casques obligatoires pour
faire du vélo, les barrières le long des sentiers de randonnée pour que les
imprudents ne tombent pas, le vin et l’alcool hors de prix et vendus uniquement
dans les magasins spécialisés et j’en oublie … Vous avez dit
« lobbies » ?
Revenons au problème du gaz. On pourrait passer au
système australien pour la cuisinière de bord. Il faudrait des bouteilles
australiennes, des détendeurs australiens, des tuyaux australiens qu’il serait
nécessaire d’adapter à notre circuit de gaz en faisant venir à bord un
professionnel agréé australien. Une fois arrivés à Darwin, il faudrait tout
casser pour revenir au système international. On en aurait pour deux cents à
trois cents dollars pour deux mois de vie à bord.
Nous décidons donc d’utiliser le petit réchaud de camping
que nous avons acheté pour le road trip. Il fonctionne avec des cartouches de
220g. On dirait des canettes, un rien les perce, on en trouve dans tous les
supermarchés ce qui laisse à penser que le citoyen australien ne craint rien
avec ces cartouches de gaz que nous trouvons si fragiles. La logique
australienne nous étonne toujours autant.
Maintenant que nous n’avons plus besoin de la voiture,
Guy met une annonce sur Internet pour la vendre et je prépare des affichettes à
déposer un peu partout et à mettre sur la vitre arrière. Pas de touche pendant
une semaine, nous baissons le prix.
Un coup de fil : une dénommée Cassandra qui demande
d’emblée si nous acceptons la vente à $500 de moins.
Ça marche. Nous préférons en obtenir moins et nous
débarrasser de la Holden rapidement. Rendez-vous le soir même. Guy fouille sur
Internet pour récupérer le formulaire de vente et il en profite pour lire les
petites lignes … Comme en France, il faut que la voiture soit passée récemment
au contrôle technique. Le nôtre a moins de six mois, nous pensions être
tranquilles. Eh non ! Pas au pays des kangourous ! Ici le contrôle
technique doit avoir moins de deux mois lors d’une vente. Mais ça, c’est
rien ! Le papier en bonne et due forme doit être affiché sur la voiture
dès sa mise en vente sous peine d’une amende de $500. Et là on touche au
sublime … Sur la page web de l’administration est indiqué un numéro de
téléphone permettant de dénoncer les mauvais citoyens qui oseraient mettre leur
voiture en vente sans afficher sur celle-ci le contrôle technique. Autant vous
dire qu’il ne nous a pas fallu longtemps pour ôter les affichettes scotchées
sur la vitre arrière. La délation est courante, non seulement autorisée mais
encouragée en Australie. Nous avons vu sur les routes de Tasmanie d’énormes
panneaux indiquant quel numéro appeler quand on voit quelqu’un jeter des
ordures sur le bas-côté. Dans les quartiers des villes, on voit des affiches un
peu partout signalant que « le voisinage vous surveille ».
Cassandra ne vient pas seule au rendez-vous. Elle est
accompagnée d’un ami garagiste qui passe une heure à examiner la voiture sous
toutes ses coutures et déclare qu’il y a une fuite d’huile et un pneu abîmé.
Pour le pneu, ce n’est pas étonnant vus les kilomètres de pistes que nous avons
parcourus. Pour l’huile, il doit baratiner car la voiture n’en a pas fait une
goutte en treize mille bornes. Le prix descend encore de $500 mais Guy obtient
que le garagiste se débrouille du contrôle technique. Cassandra viendra
chercher la voiture demain et nous donner les $4 500 en liquide puisque
nous n’avons pas de compte bancaire en Australie. Nous ne ferons les papiers
officiels que lorsqu’elle reviendra avec le contrôle technique effectué à notre
nom. Trois jours après, la vente est finalisée dans les règles. Ouf ! Un
poids de moins !
Pendant tout ce temps, les travaux et les améliorations à
apporter à Pro’s Per Aim avancent tant bien que mal.
L’évier est modifié pour que l’eau ne s’infiltre plus
dans le bois. Il faudra faire revenir l’artisan car c’est l’inondation à chaque
vaisselle. Il avait été trop radin sur le joint siliconé. Sa seconde
intervention ne règle pas complètement le problème. Nous ne le rappelons pas et
Guy arrange ça.
Les coutures de la capote et du bimini sont brûlées par
quatre ans d’UV destructeurs. Elles sont toutes en train de lâcher. Nous les
donnons à recoudre. Je m’occupe de celles du taud de soleil avec ma machine à coudre.
Les voiles ont été vérifiées pendant notre absence. Nous
les réinstallons entre deux averses. Pro’s Per Aim a meilleure allure. Sans
elles, il me semblait tout nu et à vrai dire un peu ridicule.
Guy grimpe en haut du mât pour les vérifications d’usage.
Il en profite pour fixer sur un pataras un second réflecteur radar qui
permettra à Pro’s Per Aim d’être mieux repéré par les radars des autres
bateaux.
Il fixe aussi des roulettes sur l’annexe pour que nous
puissions la tirer plus facilement sur les plages.
Viennent ensuite les vidanges des moteurs. Comme à
l’accoutumée, de l’huile noire refuse d’entrer dans le bidon et se répand sur
le sol faisant râler Guy qui sue déjà sang et eau à pomper la vieille huile du
moteur in-bord. Quant au moteur hors-bord de l’annexe, nous voulions le faire
réviser chez un mécano mais nous nous sommes ravisés quand on nous a annoncé le
prix. Les services sont incroyablement chers en Australie. Une fois la vidange
de l’inverseur faite par nos soins, le moteur retrouve sa place sur sa chaise
et Guy tire sur le lanceur pour vérifier que ça démarre. Problème ! C’est
bloqué, coincé, grippé ! Le moteur se retrouve quand même chez le
mécanicien de la marina qui commence par soupçonner que l’engin est tombé à
l’eau ou qu’il a été stocké couché longtemps. Rien de tout cela, riposte le
Capitaine, vexé de l’accusation ! Le moteur doit donc être simplement
calaminé. Pour ça il existe un produit miracle à injecter par les bougies. Le
moteur passe une nuit la tête en bas pour que ça fasse effet et le matin … il
veut bien redémarrer. Soulagement !
Dès notre retour à bord, Guy a passé du temps sur
Internet pour se renseigner sur le matériel dont il rêve. Il faut changer le
radar qui ne fonctionne plus et en profiter pour acquérir une cartographie
électronique qui sera liée au GPS et au radar. Au bout d’une semaine, il est
décidé : Pro’s Per Aim va s’équiper d’un radar digital avec un écran
couleur et d’une cartographie Raymarine. Le radar était sur le portique à
l’arrière, le nouveau sera installé dans le mât. Il verra mieux et plus loin et
ne fera plus d’ombre sur les panneaux solaires. Pour le meilleur prix, il
semble qu’il faille commander le matériel aux Etats-Unis. St John nous a
recommandé un artisan pour l’installation : nous avons contacté et
rencontré Adam. Il est d’accord pour faire le boulot.
Comme nous sommes en transit, nous n’aurons aucune taxe à
payer. La commande est lancée, reste à attendre qu’elle arrive des USA.
Quinze jours plus tard, aucune nouvelle. Plus que trois
semaines avant le départ pour la France et nous voudrions que le travail soit
fini. Après plusieurs échanges de mails avec la société MARINE DEAL qui doit
nous fournir le matériel, nous comprenons qu’ils n’ont pas en stock l’appareil
avec la cartographie mondiale que nous désirons. Pressés par le temps, le
Capitaine se décide pour la cartographie américaine intégrée. Il faudra acheter
les cartes qui nous intéressent en plus. Cinq jours plus tard, les bureaux de
la marina nous contactent. Ils ont reçu un mail des Douanes qui nous concerne
peut-être, bien que notre nom ne soit pas mentionné. Effectivement, nous
téléphonons pour apprendre que faute de papiers de dédouanement, notre colis va
repartir aux Etats-Unis. Horreur ! St John, se sentant un peu coupable de
nous avoir conseillé l’achat aux USA, passe un coup de fil pour essayer d’en
savoir plus.
Bonne nouvelle, entretemps, les services des douanes ont
retrouvé les papiers de dédouanement sur le second colis de la commande.
Mauvaise nouvelle, nous n’aurons les colis que si nous
leur versons $882. Comment ça ?? On nous a dit qu’il n’y a pas de taxe
entre les USA et l’Australie et de toute façon nous sommes en transit. Rien à
faire ! La commande dépasse les $4000, c’est du moins la raison avancée
par les Douanes. Nous aurions su, il suffisait de faire deux commandes séparées
pour éviter ce racket officiel. Pas le choix … nous payons ! Tout compte
fait, nous gagnons assez peu par rapport à un achat du matériel par
l’intermédiaire de l’installateur.
Trois jours avant notre avion pour Paris, il peut enfin
commencer à travailler à bord. Il n’aura pas le temps de finir car la pluie
l’empêche de grimper au mât pour y fixer le radar. Nous lui laissons les clefs.
A notre retour de France, dans un mois, le boulot sera fait.
Reste le carénage et la peinture antifouling. Pro’s Per
Aim sera sorti de l’eau une semaine avant que nous rentrions. St John s’est
proposé pour surveiller les travaux car, d’après lui, l’artisan n’est pas très
sérieux. En arrivant, après deux jours de voyage depuis Paris, nous
découvrirons le nouveau look de notre voilier. Fini l’antifouling blanc, nous
avons commandé du noir. Il paraît que les coques se salissent moins avec une
peinture sombre : le blanc, lumineux, favoriserait l’installation des
végétaux et autres coquillages.
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Huitième
Partie : La croisière de BRISBANE (QLD) à DARWIN (NT)
du 6 mai au 18 juin 2010
Jeudi 6 mai 2010 –
Arrivée à East Coast Marina à Manly dans le Queensland
Le séjour en France s'est bien passé. Nous sommes
contents d’avoir vu la famille et les amis. Nous avons manqué de temps pour
voir tout le monde. Super accueil partout et chouettes repas ... Trois kilos en
plus pour moi et presque cinq pour Guy !! On compte sur la qualité de la
gastronomie australienne pour les perdre rapidement.
Nous voici de retour sur Pro's Per Aim depuis quelques
heures. Inutile de vous parler de la longueur du voyage ... vous en avez une
petite (grosse !) idée. A l'arrivée les douaniers et la Quarantaine ont
scanné nos bagages et il a fallu ouvrir un sac après avoir répondu à un
interrogatoire poli mais un poil inquiétant : Est-ce bien votre sac ? Est-ce
vous qui l'avez fait ? L'avez-vous confié à quelqu'un ? Avez-vous bien compris
les questions sur le papier que vous avez rempli ?
Je commençais à avoir l'estomac retourné. Et si on nous
avait fait le coup du paquet de drogue caché dans nos bagages !
Donc on ouvre le sac et le douanier, très correct au
demeurant, ôte quelques bricoles qui ne semblent pas l'intéresser puis il
saisit un sac plastique avec des sachets de chlorure de magnésium. C'était ça
!! La poudre apparaissait comme "organique" sur son écran. Il n'a
même pas fouillé le reste du sac. Pas envie de s’attarder, nous avons tout
ramassé pêle-mêle. Le verre mesureur comme-ci comme-ça que nous avions eu tant
de mal à trouver en France après avoir vainement écumé tout les supermarchés
australiens a subit les frais de la fouille. Il est fêlé, inutilisable pour les
liquides.
J’oubliais :
A l’escale de Singapour, Guy avait acheté quatre bouteilles de Pastis
pour ses apéros futurs. En reprenant nos bagages à main dans le coffre, il a
entendu un léger choc genre "verre qu'on cogne". Une des bouteilles
s'était cassée et tout s'est répandu sous nos sièges. La fin de la bouteille a
dégouliné dans l'allée de l'Airbus puis dans l'aéroport jusqu'à ce qu'on
trouve une poubelle. Bonjour l'odeur !! Et toutes nos excuses aux malheureux
qui ont fait le ménage de l'appareil.
Du vendredi 7 au
mercredi 13 mai 2010 – East Coast Marina à Manly dans le Queensland
Ça y est ! Tout est rangé ! Ça fait plaisir
d’être revenus à la « maison ». Tout va bien à bord. Guy découvre le
fonctionnement du nouveau radar et des cartes électroniques. Un jouet
fantastique d’après mon Capitaine tout excité devant les écrans.
St John nous emmène
au supermarché. Il faut regarnir le frigo. Elspeth et lui viendront samedi soir
pour un apéro à bord de Pro’s Per Aim.
En
faisant les vérifications d’usage, Guy découvre que
la
dérive est coincée et qu’elle ne descend plus. Elle
a été remontée dans le
puits de dérive juste après le carénage et la
peinture antifouling ne devait
pas être assez sèche. C’est collé et bien
collé à l’intérieur. Il faudra une
matinée d’efforts pour qu’elle se décoince.
Nous sommes prêts à larguer les amarres, à hisser les voiles
et à prendre le large ! Le bonheur ! Pro’s Per Aim n’en pouvait plus
d’être ficelé à un quai. Demain matin nous partirons pour deux mille milles de
navigation jusqu’à Darwin. Nous allons remonter la côte Est, puis la longer à
l’abri de la Grande Barrière de Corail, pénétrer dans le Détroit de Torres en rasant
le Cap York, traverser le Golfe de Carpentaria, doubler le Cap Wessel et
atterrir enfin à Darwin.
Jeudi 14 mai 2010
– Au large de Frazer Island dans le Queensland
Voilà maintenant vingt-quatre heures que nous sommes
redevenus marins. Eole et Neptune ont eu pitié de nos estomacs qui ont perdu
l’habitude d’être chahutés. Les dieux nous offrent une mer calme et peu de
vent. Il a même fallu marcher au moteur pendant neuf heures hier pour sortir de
la grande baie de Moreton.
Le radar fonctionne parfaitement et le bateau a été bien
préparé pour la longue route jusqu’à Darwin puis vers la Thaïlande via
l’Indonésie.
Vendredi 15 mai
2010 – Au large des côtes du Queensland
La mer est belle. C’est avec un grand beau temps que nous
remontons vers la chaleur. On note déjà une nette augmentation des températures
(29°C dans le bateau). Nous allons pouvoir ranger la couverture et nous
contenter du drap pour dormir.
Par contre le vent est trop léger et nous devons nous
aider du moteur. C’est bruyant mais ça évite aux voiles de battre
lamentablement.
Samedi 16 mai 2010
– Au large des côtes du Queensland
Le temps est couvert et la houle assez forte (2m). Même
pôô mal au cœur !
Tout va bien, même si nous avons du changer la courroie
de la pompe à eau et de l'alternateur principal. Le Capitaine a découvert
qu’elle était prête à se rompre lors de sa vérification de routine. Sans elle,
non seulement l’alternateur ne charge plus les batteries mais la pompe à eau ne
fonctionne plus ce qui est fatal pour le moteur qui n’est plus refroidi.
Guy avait une courroie de rechange dans les innombrables
pièces détachées stockées à bord.
Dimanche 17 mai
2010 – Scawfell Island à l’intérieur de la Grande Barrière de Corail
Nous sommes arrivés en fin d'après-midi à SCAWFELL
ISLAND, une île montagneuse déserte, où nous avons trouvé une grande crique
avec une plage de sable blanc !!! Depuis quelques heures déjà, nous étions à
l’abri de la Grande Barrière de Corail. Le lagon est si vaste que l’abri est
théorique. Les mouillages sont souvent inconfortables car rouleurs.
Après quatre jours et demi de mer et cinq cents milles
nous allons lézarder un peu avant de reprendre notre route vers le Nord.
Nous n’osons pas aller à terre. Les rencontres avec les
crocodiles sont possibles.
Mardi 19 mai 2010
– A l’intérieur de la Grande Barrière de Corail
Nous avons repris la mer ce matin de très bonne heure
après une journée de repos bien accueillie par nos petites natures !
Aujourd'hui nous retrouvons enfin un vrai ciel d'alizés
avec ses petits cumulus et son vent F4 F5 de SE à SSE. Bref une fantastique
belle journée de mer. Que du bonheur !
Il est presque 18h. Le soleil vient de se coucher :
superbe !
Dimanche 23 mai
2010 – Baie Mission à dix milles de Cairns dans le Queensland
Quelle galère depuis quelques jours avec le téléphone
satellite et les e-mails. Nous pouvions téléphoner mais pas moyen de récupérer
nos courriers et la météo. Après réinstallation et reparamétrage du logiciel, nous
avons réussi à nous dépatouiller de nos soucis informatiques.
Soulagement !
Nous sommes au mouillage depuis hier après-midi non loin
de Cairns, dans la baie Mission. Toujours pas vu de crocos. Il faudrait
débarquer sur une plage pour faire une mauvaise rencontre et nous n’avons pas
encore mis l’annexe à l’eau. Comme ces sacs à main peuvent atteindre les 30km/h
à terre, nous n’avons pas envie de prendre de risques. A ce compte-là, nous
n’en verrons que si nous allons au zoo !
Demain matin, lundi, après un dimanche calme dans ce
mouillage désert, nous irons à Cairns pour nous ré-avitailler avec des produits
frais et chercher un cybercafé.
Jeudi 27 mai 2010
– Low Islets dans le Queensland
Nous avons quitté Cairns ce matin. La ville nous a bien
plu. On y a retrouvé la nonchalance et le calme des tropiques.
Nous voici amarrés à un corps-mort entre les deux petites
îles "Low Islets" devant une belle plage. Les eaux sont assez claires
et des poissons-anges énormes nous tournent autour. Au bout de quelques heures
la houle se met à faire rouler le bateau. C’est si intenable que nous décidons
de reprendre la mer de nuit. Nous y serons mieux qu’au mouillage.
Jeudi 3 juin 2010
– A l’intérieur de la Grande Barrière de Corail dans le Queensland
Tout va bien. On se rapproche de l'océan Indien !!!
Comme on ne peut franchir le cap York
1) qu'avec
le courant de flot,
2) de
jour,
3) avec
un vent aussi léger que possible,
4) en
trouvant un mouillage avant la nuit du côté Indien pour y attendre un créneau
météo permettant de traverser le golfe de Carpentaria,
on est donc obligé de le passer le plus tôt possible et
avant le 7 juin !!!
C'est pourquoi nous affrontons la nav de nuit au milieu
des récifs de la Grande Barrière. Par chance la lune éclaire pas mal. Nous
dormirons mieux de l'autre côté du Cap York !
Vendredi 4 juin
2010 – Fini le Pacifique !
Voilà, nous venons de terminer la traversée du plus grand
océan du monde : l'Océan Pacifique ! Et nous sommes rentrés dans l'Océan
Indien !
Plus précisément nous avons quitté la Mer de Corail pour
entrer dans la Mer d'Arafura. Encore plus précis : nous avons doublé le
Cap York, la pointe la plus septentrionale de l'Australie et avons passé le
célèbre Détroit de Torres.
On nous a fait remarquer fort justement que l’eau est la
même de chaque côté du Cap York. Certes, certes … Mais n’empêche ! Changer
d’océan est un moment émouvant ! Pour nous c’est la deuxième fois. La
première fois, il y a deux ans et demi, les écluses du Canal de Panama avaient
fermé leurs portes sur l’Atlantique et les avaient ouvertes quelques heures
plus tard sur le Pacifique.
Depuis le Cap Melville, cela fait une soixantaine d'heure
que nous n'avons pratiquement pas dormi : veillant, évitant les récifs, les
cargos, les pêcheurs, changeant les réglages, "jouant" avec les
courants de marée, les hauts fonds etc…
Mais ça y est : nous sommes de l'autre côté !
Quand nous serons reposés et surtout quand la météo le
permettra, nous traverserons le "redoutable" Golfe de Carpentaria surnommé
"la machine à laver".
Pourquoi ?
Tout simplement parce que c'est là que les deux
gigantesques masses d'eau du Pacifique et de l’Indien se rencontrent et
s'affrontent. Tout ça lève une mer chaotique absolument INCONFORTABLE ! D'où le
surnom de "machine à laver" tellement le pont est continuellement
balayé par les vagues et tellement l’équipage est secoué comme lors d’un
essorage !
En attendant, nous sommes mouillés au sud de Red Island et
c'est magnifique !
Samedi 5 juin 2010
– Golfe de Carpentaria
Après treize heures de sommeil (il faut croire que nous
en avions bien besoin !) nous avons décidé d'appareiller ce matin pour
traverser le Golfe de Carpentaria.
Deux raisons nous ont poussés à repartir si vite :
La première c'était une vraie (très) méchante houle de
sud-ouest qui rendait tous les mouillages de l'ouest du cap York très
inconfortables.
La seconde c'est que dans une cinquantaine d'heures la
situation météo risque de vraiment se dégrader et donc de rendre complètement
intenables les mouillages en question en déchaînant la Mer d'Arafura.
L’objectif du Capitaine est de trouver un abri sous le
vent du Cap Wessel le plus tôt possible. Nous devrions avoir le temps de
traverser le golfe avant le renforcement prévu des alizés.
En attendant, ça lave et ça essore comme écrit dans les
bouquins ! On n’ose pas imaginer ce que cela serait avec un vent plus fort.
Lundi 7 juin 2010
– Cap Wessel dans les Territoires du Nord
Nous avons passé le Cap Wessel juste avant la nuit
soulagés d’en avoir fini avec le Golfe de Carpentaria. Nous sommes mouillés
sous le vent de l'île Marchinbar dans Jensen Bay.
Ce fut une arrivée de nuit. Une nuit noire, sans lune,
sous la pluie, avec une visibilité nulle. Pour la première fois, Guy a fait une
confiance totale aux instruments, en particulier au nouveau radar.
Adrénaline ! Mais ça s’est bien passé et ce matin nous découvrons l’île
pelée et déserte qui nous offre un abri sûr et confortable. Le confort des
mouillages australiens est suffisamment rare pour être souligné.
Le renforcement prévu arrive et nous sommes passés juste
à temps. Les lames au passage du Cap Wessel étaient déjà "viriles" !
Il y avait entre 20 et 25 nœuds de vent. Depuis il a encore fraîchi. Nous
allons donc rester là jusqu’à ce qu’une amélioration météo nous autorise à
poursuivre la route. Darwin n’est plus qu’à quatre cents milles maintenant.
Dimanche 13 juin
2010 – Cap Wessel dans les Territoires du Nord
Sur un bateau, il y a toujours un petit (parfois un plus
gros) truc à réparer. Dans une maison, c’est pareil. Evidemment le matériel,
sur un bateau, est soumis à des conditions difficiles à cause de la mer, du sel
et du vent. Hier Guy a constaté une fuite de liquide hydraulique dans le vérin
qui fait monter ou descendre le safran. Sur Pro’s Per Aim le safran est en deux
parties : on remonte la partie basse à l’horizontale pour échouer le
bateau sur une plage. En navigation elle est bloquée en position verticale.
Guy a écrit immédiatement à nos amis Daniel et Viviane qui
ont eu également des problèmes de safran sur JAMALI. Ils nous ont déjà répondu
ce qui nous donne des pistes pour la réparation. Il faudra sortir le bateau de
l’eau pour changer les joints que le Capitaine a dans ses pièces détachées.
Pour ça les contacts sont déjà pris par mail avec les copains arrivés à Darwin.
Fort heureusement, la fuite doit être sur le circuit de remontée car le safran
semble tenir en position verticale. Tant mieux ! Cela permettra de rallier
Darwin sans soucis.
Depuis une semaine que nous sommes tranquillement
installés dans le mouillage confortable de Jensen Bay, nous prenons le temps de
lire mais nous en profitons aussi pour mettre au point plein de trucs et de
machins.
J’ai sorti ma machine à coudre pour fabriquer des
moustiquaires dignes de ce nom. Elles sont indispensables pour le séjour en
Indonésie à cause de la malaria. Je vais tenter de vous les décrire. Elles sont
faites pour qu’on puisse ouvrir et fermer le capot de l’intérieur sans avoir à
les retirer (en cas de pluie par exemple). Pour ne pas qu’elles s’envolent,
elles sont retenues sur le pont par le poids d’une chaîne que j’ai fait passer
dans une gaine de tissu solide fixé lui-même au tissu-moustiquaire. Ce dernier
recouvre le capot. Pour les petits capots de côté, je ne peux pas utiliser le
même principe. J’ai donc fait un cadre en carton à la grandeur de l’ouverture
avec du tissu-moustiquaire à l’intérieur. Je bloque ce cadre sur l’intérieur du
capot et je le maintiens avec de la pâte à fixe. Pour fermer le capot on est
obligé d’ôter la moustiquaire. Si ce système nous convient, on en fera faire
des mieux, en bois, quand nous serons en Thaïlande.
Avec la machine à coudre, j’ai aussi réparé les drapeaux
(le national et le pavillon de courtoisie australien). Ils souffrent à battre
au vent et se déchirent. J’ai aussi fabriqué le drapeau de courtoisie
indonésien. Il est très simple. Deux bandes horizontales : la rouge en haut, la
blanche en bas. L’Indonésie exige que ce drapeau soit au moins aussi grand que
le drapeau national. D’habitude le drapeau de courtoisie est quatre fois moins
grand (en surface).
Quant à Guy, quand il a voulu mettre l’anode à pendre à
l’arrière, cette opération qui ne prend que quelques secondes à chaque fois
qu’on s’arrête, a déclenché deux heures de boulot.
Il faut savoir que l’anode à pendre est un long cylindre
de zinc relié à la coque par un fil métallique. En cas de fuite de courant
c’est le zinc qui fond et non l’aluminium de la coque. Des fuites de courant il
peut y en avoir à cause du réseau électrique 12V ou 220V du bord mais aussi dès
que le bateau est relié à la terre par l’ancre et la chaîne ou amarré à un
ponton. Il y a aussi des anodes fixées sur la coque : on les change à chaque
sortie d’eau. Il est même arrivé que Guy en change en plongée parce qu’elles
étaient trop « bouffées ». Les anodes protègent donc les coques des
bateaux en métal qu’ils soient en acier ou en aluminium comme Pro’s Per Aim.
En parlant de fuite de courant, on en a découvert une
récemment, une toute petite, liée au convertisseur pour le 220V. Guy a passé du
temps à essayer de trouver la cause. Pour l’instant le problème n’est pas réglé
et heureusement qu’il y a les anodes pour fondre avant la coque. Du coup il a
changé les anodes à pendre qui avaient bien vieilli.
Donc pour revenir à l’anode à pendre (la vieille !),
elle était coincée sous le radeau de sauvetage car la mer nous avait bien
secoués dans le Golfe de Carpentaria. En soulevant le radeau, une horrible
odeur de poisson pas frais nous est montée au nez. Il y avait un poisson crevé
dessous.
Entre le remplacement des anodes et le nettoyage du
coffre du radeau de sauvetage, le Capitaine a été occupé un bon moment.
A part ça il y a eu le lavage du cockpit à l’eau de mer
juste avant une pluie qui a fait les finitions en dessalant. Guy a vérifié le
moteur et est monté en haut du mât pour un contrôle de routine.
Notre provision de frais s’amenuise : il nous reste des
pommes, des carottes et des œufs. Notre dernier approvisionnement date de
Cairns. Mais les coffres sont pleins de conserves.
Donc tout va bien … La train-train marin en quelque sorte
…
Vendredi 18 juin
2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord
Nous sommes arrivés à Darwin à 3h00 du matin. Il faisait
nuit noire mais notre super radar nous a indiqué les bateaux au mouillage dans
la baie Fannie. Nous avons posé la pioche tranquillement loin d'eux pour finir
la nuit.
Ce matin, avec le jour, nous nous sommes rapprochés du
tas de voiliers mouillés et nous avons trouvé les copains. Au programme de la
journée : se présenter aux douanes et faire le tour des amis. Et bien sûr,
comme d'habitude, repérer où on peut mettre l'annexe pour aller à terre, où
faire nos lessives, comment avoir Internet, où faire les course car on n'a plus
de frais etc. etc. ...
Et puis surtout s'organiser pour sortir et réparer le
bateau en début de semaine prochaine !
Le safran est resté en position basse pendant les deux jours de navigation.
Mais dès qu’on le remonte, le vérin fuit.
Neuvième
Partie : L’attente du départ pour l’Indonésie à DARWIN
du 19 juin au 24 juillet 2010
Vendredi 25 juin
2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord
Voilà un mois et demi que nous sommes rentrés de France
et une semaine que nous sommes à Darwin en attendant le 24 juillet date du
départ pour Kupang sur l’île de Timor en Indonésie.
Nous avons passé la semaine à préparer la réparation du safran.
Nous avons rendez-vous mardi matin à 7h30 (heure de la marée haute) pour sortir
le bateau. Ce chantier est dans la mangrove juste au nord de Fannie Bay où
Pro’s Per Aim est mouillé.
Guy s'est assuré par mails que la pochette de joints que
nous avions était la bonne. C'est Daniel de JAMALI qui a fait le lien avec le
fournisseur en France. Par son intermédiaire, on a même commandé de nouveaux
joints. Ils arriveront théoriquement à Darwin dans une semaine. Nous avons
donné l'adresse du club de voile de Fannie Bay.
Il a fallu aussi trouver du liquide de refroidissement
avec glycol pour le circuit hydraulique de ce vérin. Pas facile parce que dans
la zone tropicale, faute de connaître des périodes de gel, ils vendent du
liquide sans glycol !
Notre ami Pierre du voilier BIEN ALLER va aider Guy à
démonter le vérin du safran et à changer les joints. Il sait faire car il possédait une entreprise
de travaux publics et il réparait lui-même les vérins de ses engins.
Sinon nous avons fait des courses en ville. Il faut
prendre le bus pour y aller et avant ça tirer l'annexe sur la plage le plus
haut possible à cause des marées. Il peut y avoir jusqu’à huit mètres de
marnage à Darwin. Guy avait installé des roulettes à Brisbane, c'est plus
facile à tirer. Elles sont à l'arrière, au niveau du moteur et il n'y a qu'à
soulever et tirer de l'avant. Ca reste malgré tout très lourd.
Ce matin, comme nous avions laissé les bidons plein d'eau
dans l'annexe, une des roues s'est cassée pendant qu'on la roulait : c'était
trop lourd pour ce matériel australien de $150 quand même !! Mon Capitaine dont
la devise est "Il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des
solutions", a réparé la roulette. Il a trouvé dans ses boîtes à outils de
quoi remplacer l'axe cassé.
Nous avons passé la suite de l'après-midi à faire la
vidange du circuit de refroidissement du moteur. Ce genre d'opération est un
vaste chantier dans un petit espace et on en met partout ... Il faut ensuite
ranger le matériel éparpillé et nettoyer les fonds dans lesquels le liquide de refroidissement
s'est répandu.
Dimanche 27 juin 2010
– Darwin, capitale des Territoires du Nord
Cette semaine nous sommes allés acheter les pavillons de
courtoisie de la Malaisie et de Singapour dans une petite boutique spécialisée
en centre-ville. Ron, le patron est francophile. Il a commencé par nous montrer
son poster représentant tous les drapeaux des régions et des villes bretonnes.
Ensuite il nous a emmené devant son ordinateur et a affiché le site de
l’Alliance Française qui prévoit un bal pour le 14 Juillet. En Australie, ils
appellent ça « Bastille Day », le jour de la Bastille ! Puis il
a décroché son téléphone et nous a mis en contact avec Léa, la Présidente de
l’Alliance Française.
C’est pour ça que nous sommes assis ce matin dans un café
avec elle, d’autres Francophones et des élèves qui mettent leurs cours de
français en pratique. Il y a là Madame la Consul Honoraire de France.
« Honoraire » signifie tout bêtement qu’elle en a les honneurs sans
être rémunérée ! Elle est Britannique et la première Consul depuis des
années à parler notre langue. C’est bizarre d’imaginer un Consul ne parlant pas
la langue de son consulat. Il y a aussi Véronique, la quarantaine dynamique qui
nous explique qu’elle a trouvé un bon job. Elle est « coach » !
Dans sa partie, il y a un vrai marché ! Elle est à son compte et travaille
sur rendez-vous en se déplaçant à domicile ou dans les clubs de sport. Qui
coache-t-elle ? Ses clients, plutôt des clientes d’ailleurs, sont des
Australiennes obèses qui veulent maigrir. Elle les aide, les encourage, les
conseille pour une alimentation équilibrée : rien que ça c’est un vrai
boulot dans ce pays où la malbouffe est reine !
Mardi 29 juin 2010
– Darwin, capitale des Territoires du Nord
Hier, alors que nous accompagnions Pierre aux Douanes,
Guy s’est retrouvé à genoux sur le trottoir terrassé par une violente douleur
dans le dos. On a trouvé en urgence un chiropracteur qui n’a pas fait
grand-chose compte tenu de la phase aigue de la crise.
Rentrés tant bien que mal au bateau avec l’aide de
Pierre, le Capitaine foudroyé s’est couché avec moult pilules pour calmer ses
souffrances.
Difficile d’annuler la sortie d’eau de Pro’s Per Aim ce
matin : qui sait quand nous aurions un autre rendez-vous et le safran doit
être réparé avant notre départ de Darwin.
Comme promis Pierre est là. Il fait encore nuit quand
nous appareillons, il faut être à marée haute à 7h30 devant l’élévateur du
chantier qui se trouve dans Ludmilla Creek, une rivière qui assèche à marée
basse.
Pierre est à la barre mais la manœuvre avec le courant de
la rivière est délicate et il n’a pas l’habitude de Pro’s Per Aim. C’est Guy
qui la reprend pour rentrer le bateau en marche arrière sous l’élévateur.
Le bateau reste dans les sangles de l’élévateur suspendu
au-dessus du sol pour que l’on puisse actionner le safran et sortir le vérin.
Guy ne touche pas aux outils mais il reste debout auprès
de Pierre au lieu de s’allonger. Pierre ôte les plaques en alu qui protègent le
vérin. Ça demande du temps car les vis sont recouvertes de dizaines de couches
de peinture antifouling. Ensuite il tente de séparer les deux parties du vérin
pour changer les joints sans y parvenir. Le patron du chantier va réussir en
utilisant ses machines à air comprimé. Le temps de tout remonter, il est trop
tard pour être remis à l’eau car la rivière est à sec.
Nous restons dans l’élévateur jusqu’à la marée haute du
soir où nous serons remis à l’eau contents mais épuisés. Pierre a fait le
boulot, Guy a aggravé son mal faute de se reposer allongé et j’ai passé la
matinée à monter et à descendre de l’échelle pour aller chercher les outils.
Demain matin le réveil sonnera aussi tôt que ce matin car
j’accompagnerai Pierre qui emmènera BIEN ALLER en marina. Il faut se présenter à
8h devant l’écluse qui ne s’ouvre qu’à marée haute. Toutes les marinas de
Darwin sont enfermées derrière des portes qui retiennent l’eau quand la mer
baisse. Je reviendrai en bus. Guy restera à bord pour soigner son dos.
Jeudi 1er juillet 2010
– Darwin, capitale des Territoires du Nord
C’est la fête ce soir ! Les feux d’artifice ont même
commencé avant le coucher du soleil (encore une bizarrerie locale !). Ça
explose de partout le long de la baie. Incroyable ! Des dizaines et des
dizaines de fusées partent d’autant d’endroits différents.
Deux heures plus tard il y en a toujours autant qui
éclairent la baie. Elles ne sont pas belles, toutes un peu pareilles, ça finit
par être lassant quand, tout à coup, au sud de Fannie Bay, commence le vrai
spectacle. Un feu d’artifice magnifique, sophistiqué, professionnel, varié nous
laisse émerveillés. Belle soirée !
Mardi 6 juillet 2010
– Darwin, capitale des Territoires du Nord
Heureusement qu’on a du temps sur un bateau car il est
rare qu’il n’y ait pas de travail d’entretien ou de réparation à faire.
Guy est resté allongé jusqu’à hier. Une semaine de repos,
des antalgiques puissants et des décontractants sont venus à bout de la
douleur. Depuis hier, il va mieux et ne marche plus comme un vieux papi se
tenant le dos avec une main pendant que l’autre s’accroche à une canne. Nous en
avons profité pour aller marcher en ville afin de repérer le quai des pêcheurs
où on peut venir faire le plein de gasoil et d’essence. C’est le seul endroit
où l’on peut avoir le carburant détaxé auquel on a droit puisqu’on quitte le
pays dans quelques jours. En arrivant sur place nous constatons que c’est une
nouvelle arnaque administrative comme l’Australie sait si bien faire. Le quai que
nous suivons du regard n’est pas prévu pour des voiliers. Pour ne pas risquer
d’endommager le nôtre, il faudrait venir à un moment sans vent, ce qu’on ne
peut pas prévoir puisqu’il faut impérativement prendre rendez-vous. Le
Capitaine ne veut pas aborder le long d’un quai construit pour des bateaux de
cinquante mètres ou plus et sous lequel on peut se retrouver poussés par le
vent entre deux piliers trop éloignés pour nos treize mètres.
Il nous reste une autre possibilité pour remplir le
réservoir. Elle est accessible mais nous paierons le prix fort. On nous dit
qu’en envoyant la facture aux services compétents à Adélaïde, un chèque du
montant de la taxe sera posté à notre adresse en France. Même si le chèque
arrive, il sera en dollars australiens … peu de chance qu’on en voit la couleur
en euros !
La troisième possibilité serait de faire le plein en
Indonésie où le moteur sera souvent sollicité
faute de vent dans la région.
Seulement là-bas, l’arnaque est différente. Le
carburant est coupé avec de
l’eau, ça peut aller jusqu’à
moitié-moitié nous a-t-on assuré. Il paraît
que
les moteurs n’aiment pas ça.
C’est pourquoi nous levons l’ancre ce matin pour la
station-essence de Cullen Bay où nous paierons le prix fort mais sans risque d’abimer
notre bateau. Toute cette « malhonnêteté » institutionnelle finit par
nous écœurer. Après les frais de douanes du radar alors que nous sommes en
transit, la GST (TVA australienne) non récupérable alors que c’est le contraire qui était
annoncé, les frais de visa énormes etc… , c’est la goutte d’eau qui fait
vraiment déborder le vase ! Dans quelques jours nous quitterons ce pays
envahi par les anglais au XIXème siècle et peuplé de seulement 20 millions d’habitants
(blancs à 97,5% suite aux massacres des aborigènes) pour aller vers l’Asie du
Sud-Est et ses civilisations vieilles de plusieurs milliers d’années.
Pour revenir à notre plein de carburant, il y en a pour
une demi-heure de route que nous ferons au moteur en faisant fonctionner le
dessalinisateur. Guy relève l’ancre, je suis à la barre. Il me demande
d’avancer lentement pour la nettoyer en la laissant traîner dans l’eau. Un
énorme nuage de boue longe la coque. Le dessalinisateur aspire ce mélange et se
met en alarme. Horreur ! Nous l’avions oublié, il aurait fallu le mettre
en route une fois partis, pas avant !
La machine à fabriquer l’eau douce est fragile,
capricieuse comme une Diva. Elle refuse de se remettre en route. Nous verrons
ça plus tard. D’abord faire le plein de diesel et d’essence à Cullen Bay.
En fin de matinée nous sommes de retour au mouillage. Guy
se plonge dans les entrailles du dessalinisateur, le flatte, change les
filtres, effectue un rinçage de la membrane et se décide à appuyer sur le
bouton « Start ». Rien à faire ! La pompe ne monte pas en pression. Le
Capitaine-bricoleur soupçonne les joints et les clapets d’avoir souffert du
nuage d’eau boueuse. Il prend sa plus belle plume et envoie des mails au
fabriquant américain pour exposer le problème et demander les coordonnées de
l’importateur australien. Il n’y a plus qu’à attendre leur réponse. Incapable
de rester les bras croisés, Guy se démène quand même pour essayer de trouver un
réparateur à Darwin. Les numéros de téléphone qu’on nous donne ne sont plus
bons, ou alors la boutique a changé d’activité, ou bien les techniciens sont en
vacances et ne reviendront que la semaine de notre départ. Il y a cent à deux
cents bateaux à Darwin qui se préparent à partir dans les semaines qui viennent
et les techniciens prennent leurs congés à l’époque où il y a du boulot
par-dessus la tête. L’organisation darwinienne n’est pas au top !
La soirée est morose. Réussirons-nous à dépanner ce fichu
dessalinisateur avant le 24 juillet ?
Jeudi 8 juillet 2010
– Darwin, capitale des Territoires du Nord
Depuis deux jours Guy est tantôt au chevet du
dessalinisateur tantôt devant l’ordinateur à correspondre par mails avec le
technicien australien qui est sur la côte Est à deux mille kilomètres de nous. Pas
moyen d’avoir un artisan sur place. Suivant les conseils du technicien, Guy
démonte la vanne d’aspiration pour s’apercevoir qu’une algue la bouche. Puis il
rince la pompe basse-pression en la faisant tourner en circuit fermé dans un
seau d’eau douce. Là aussi il récupère une algue et un mélange de sable et de
boue. Enfin le Capitaine rebranche tout, on croise les doigts et on appuie sur
le bouton « Start ».
Le dessalinisateur se met en marche avec le ronronnement
habituel. Les caractéristiques de pression sont bonnes et il crache ses 60L/h
réglementaires. OUF ! Une nouvelle fois, l’équipage de Pro’s Per Aim s’en
tire bien. Heureusement que nous avons pu nous débrouiller seuls car le
réparateur local auquel nous avons laissé des messages (mails et téléphone) ne
nous recontactera jamais. C’est aussi ça l’Australie : les prix les plus
élevés que nous ayons connus, mais sans la compétence ni le service.
Contents et soulagés après l’avoir fait fonctionner hier
pendant deux heures pour refaire le plein d’eau, nous allons en courses. Au retour, l’annexe est pleine d’eau (pas celle du
dessal !!!). ZUT ! Une fuite à trouver et à réparer. C’est vraiment
la série !
Vendredi 9 juillet
2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord
Ce matin : réparation de l’annexe : la matinée
y a passé ! Nous sommes cloués au bateau car elle est pendue au-dessus du
pont pour que les collages sèchent. L’annexe a bientôt 5 ans et elle vieillit. Ça
devient du rafistolage !
Ce soir : apéro avec les copains à bord. Ça nous
changera les idées après ces journées de bricolage !
Du samedi 10 au
samedi 24 juillet 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord
Les deux dernières semaines avant le départ passent vite.
Dernières vérifications de Pro’s Per Aim avant de reprendre la mer, ultimes
courses pour le matériel qui manque, apéros ou dîners sur les autres bateaux ou
chez nous.
Le samedi 24 juillet à 11 heures du matin, heure de
Darwin, une centaine de voiliers quitteront le continent australien pour
l’archipel indonésien. C’est la première fois depuis que nous avons laissé les
côtes de France dans notre sillage que nous avons rejoint une organisation
officielle, SAILINDONESIA, qui facilite le séjour en Indonésie. Les formalités
semblent être compliquées et Sailindonesia s’occupe de tout. En plus cette
organisation nous dispense de régler la caution qui s’élève à 5% de la valeur
du bateau. Nous n’avons que deux obligations : la première c’est de se
présenter à Kupang avant le 1er août pour faire l’entrée en
Indonésie et la seconde est de prévenir l’organisation de la date et du port où
nous effectuerons la sortie en octobre. Nous sommes libres de notre itinéraire
et rien ne nous contraints à suivre le paquet des autres bateaux qui
respecteront le circuit prévu.
Nous sommes vraiment contents à l’idée de « changer
d’air » et de partir à la découverte de l’Asie du Sud-Est.