Le journal d'Isabelle



Jour après jour, Isabelle rédige le journal de notre voyage. Adapté pour la  radio  depuis mai 2008, voici les textes ayant été diffusés.


PRO’S PER AIM EN AUSTRALIE
carnet de route


Première Partie : Arrivée à BRISBANE et préparation du "ROAD TRIP"
Deuxième Partie : De BRISBANE à NEWCASTLE par la côte
Troisième partie : De SYDNEY à MERIMBULA
Quatrième partie : La côte Sud de l'état du VICTORIA et ADELAIDE
Cinquième partie : L'OUTBACK et le nord de l'état du VICTORIA
Sixième partie : La TASMANIE et le retour sur Pro’s Per Aim
Septième partie : Les travaux sur Pro's Per Aim à MANLY (QLD)
Huitième Partie : La croisière de BRISBANE (QLD) à DARWIN (NT)    
 Neuvième Partie : L’attente du départ pour l’Indonésie à DARWIN



Première Partie : Arrivée à BRISBANE et préparation du "ROAD TRIP"
du 2 au 16 novembre 2009



Lundi 2 Novembre 2009 – Arrivée à Brisbane (état du Queensland) en Australie

En partant de Nouméa, nous avions mis le cap sur Coffs Harbour, le port d'entrée le plus proche de Yamba où nous avions une place réservée en marina pour toute la saison des cyclones. Mais le vent et la mer nous rendait la route très inconfortable et nous n'apprécions pas d'être secoués par une houle de travers. D'ailleurs ça n'a pas loupé : nous avons eu nos deux jours de mal de mer, c'est à dire un état nauséeux, une envie de rien à part dormir. A l'aube du troisième jour, l'estomac est habitué et l'appétit revient avec l'énergie.

La route vers Brisbane, plus au nord, nous faisait prendre le vent et la houle à l'arrière du travers. Nous n'avons pas hésité et nous avons changé de cap. Il a fallu envoyer un mail aux douanes avec le téléphone satellite pour les prévenir du changement. Avant d'atterrir en Australie il faut avoir obtenu un visa et avoir rempli plusieurs pages de renseignements sur le bateau et l'équipage, pages que l'on envoie par mail ou fax minimum quatre jours avant l'arrivée. Avant d'entrer dans les eaux territoriales, il faut leur faire savoir notre heure estimée d'arrivée. On ne rigole pas avec les autorités australiennes.

Il y a deux jours, nous avons eu la bonne surprise de recevoir un mail de la marina de Manly, ville de la banlieue de Brisbane. Nous étions sur liste d'attente et une place s'est libérée.
Parfait ! Nous serons mieux placés qu'à Yamba pour les travaux à faire sur le bateau et cela nous évitera les deux cents milles de navigation vers le sud entre Brisbane et Yamba.

Au lever du soleil nous découvrons la côte australienne. Le cri "TERRE" n'est jamais un simple petit mot de cinq lettres. C'est toujours émouvant de distinguer au loin dans la brume la masse sombre d'une île ou d'un continent après plusieurs jours avec de l'eau sur tout l'horizon.

Brisbane est au fond de la grande baie de Moreton. On rentre par le nord et il reste une trentaine de milles à parcourir dans les eaux protégées de la baie pour atteindre la rivière de Brisbane. On remonte ce fleuve jusqu'à la marina où s'effectuent les formalités auprès des Douanes et de la Quarantaine.

Il est midi. Nous nous amarrons au ponton où nous devons attendre les officiels sans quitter le bord. Deux dames pour commencer : elles représentent les Douanes et l'Immigration. Une grosse demi-heure de paperasses, un permis de croisière d'un an renouvelable deux fois, quelques conseils sur la conduite à tenir avec les autorités au cours des mois à venir pour les visas et elles laissent la place à leurs collègues de la Quarantaine. Deux hommes, l'un s'occupe de remplir les formulaires avec Guy pendant que l'autre, muni d'un sac poubelle jaune très solide, ouvre le frigo et les placards. Nous savions que la Quarantaine australienne prend toute la nourriture fraîche, comme les œufs, le beurre, les légumes ou les fruits. Nous nous sommes organisés pour tout consommer avant d'arriver. D'après les textes lus sur le site Internet de la Quarantaine, ils peuvent aussi prendre le riz, les pâtes et les conserves. Finalement ils repartent avec leur sac jaune bien scotché pour l'incinérateur. Ils n'ont pris que notre sac poubelle et $300 (≈ 180 €). Ça fait cher le ramassage d'ordures mais nous avons sauvé ce qui reste de notre cambuse.

Nous sommes maintenant en règle et nous avons le temps d'aller à la East Coast Marina de Manly avant la nuit.
Du vent, un emplacement très étroit entre le catway et le bateau voisin, Guy peine à faire rentrer Pro's Per Aim à sa place. On nous promet une place plus large pour demain. D'ici là : le bonheur d'une douche chaude et la promesse d'un gros dodo bien à plat.


Mardi 3 Novembre 2009 - East Coast Marina à Manly dans le Queensland

Notre nouveau voisin nous aide à nous amarrer au ponton F7. Il s'appelle St-John et sa femme, Elspeth. Ils vivent à l'année sur SHADOW TRADER, leur ancien et très beau yacht à moteur. Elspeth travaille à Brisbane et St-John est à la retraite.

Reposés grâce à une bonne nuit complète, nous commençons le grand ménage du bateau. On peut même dire que c'est le ménage du printemps puisque nous sommes en novembre dans l'hémisphère sud.
Tout va y passer dans les jours qui viennent : l'intérieur, le pont, le cockpit et aussi tout le linge depuis les draps et les couettes jusqu'aux chaussettes. Il faut assainir les placards qui sentent l'humidité et le renfermé après plus d'un an dans la zone inter-tropicale du Pacifique. C'était difficile et cher d'y faire des lessives et on ne trouvait que des machines lavant à froid. Ici c'est le bonheur ! On peut faire une grosse machine de 7kg pour $3 soit 1,80 € et en plus elles lavent à chaud. 

Nous achetons une carte SIM australienne pour notre téléphone mobile. Guy s'en sert pour contacter les artisans qui feront les travaux sur Pro's Per Aim. Tout s'organise rapidement.

St-John a une voiture. Il nous propose gentiment de nous emmener en courses jeudi matin dans une grande surface et aussi chez un shipchandler meilleur marché que celui du centre de Manly. Il nous explique avec humour qu'il connaît tous les bons plans car, en tant qu'Ecossais, il est grippe-sou. Il a quitté l'Ecosse avec ses parents quand il était enfant. Ils ont vécu en Nouvelle Zélande. St-John est ensuite allé en Australie. Du coup, il a les trois passeports. Quant à Elspeth, elle est australienne. Ils se sont rencontrés au pays d'Oz et ont fait un tour du monde sur un voilier de 8 m. Ils sont revenus il y a trois ans. Ça n'est pas un marin d'eau douce notre ami St-John !


Vendredi 6 Novembre 2009 - East Coast Marina à Manly dans le Queensland

Hier, St-John a passé toute la matinée à nous balader de boutique en grande surface. Comme nous n'avions pas trouvé tout ce que nous voulions, il repart ce matin avec Guy. Je reste au bateau pour continuer les lessives et le grand ménage.
Guy ne revient que pour déjeuner, tout content de ses achats. Il a presque tout rayé dans la liste. Merci à St-John pour sa disponibilité.

Dans l'après-midi, nous commençons le désarmement de Pro's Per Aim. Nos voiles ont besoin d'une bonne révision. Nous les laisserons chez le voilier pendant notre "road trip" sur les routes australiennes. Il faut les faire tomber sur le pont et les plier pour qu'elles rentrent dans leur sac. Guy ôte aussi les écoutes qu'il met à l'abri du soleil et de la pluie pendant les six mois où notre bateau restera à la marina. Nous rangerons le bimini au dernier moment.

Nous proposons à St-John et Elspeth de venir dîner demain soir pour les remercier de leur aide et de leur gentillesse.


Mardi 10 Novembre 2009 - East Coast Marina à Manly dans le Queensland

Nous avions un e-visa pour l'Australie. Il est valable un an à condition de ne pas faire de séjour de plus de trois mois à chaque fois. Il suffit de faire un aller-retour en Indonésie par exemple et le tour est joué !
Comme ce n'est pas très pratique, nous avons demandé hier un visa de tourisme par Internet. Il a fallu remplir un très long formulaire en ligne et payer $250 par personne soit 156 €. Le pire, c'est que nous ne savions pas ce qu'ils nous accorderaient … trois mois ? six mois ? … un an avec de la chance !!

Ce matin : mail de réponse de l'Immigration.
Nos visas seront accordés pour six mois si nous passons avec succès les examens médicaux. Il faudra faire une radio pulmonaire et trouver un médecin agréé. Cela nous coûtera la bagatelle de $300 (180 €) par personne. En faisant un aller-retour en Nouvelle Zélande, c'est pratiquement le même prix et nous pouvons garder nos e-visas. Cherchez l'erreur ! Ça n'est pas très logique. Du coup nous ne savons quoi décider et Guy en parle à St-John afin qu'il nous aide quand nous téléphonerons au service de l'Immigration pour savoir ce que nous devons réellement faire. Nous verrons ça jeudi. Demain nous sommes occupés car St-John nous emmène faire le tour des brokers pour acheter une voiture.


Mercredi 11 Novembre 2009 - East Coast Marina à Manly dans le Queensland

St-John a prospecté pour nous sur Internet. Il a trouvé un broker auquel il a téléphoné et qui lui a inspiré confiance. C'est à deux heures de route vers le sud mais il paraît que l'on trouvera plus facilement et moins cher si on s'éloigne de Brisbane.
OK ! C'est parti !
En arrivant sur place … grosse déception … C'est plus proche d'une casse que d'un parc de voitures d'occasion ! En plus le vendeur n'est pas commerçant : le genre "ours pas dégrossi" avec un accent australien incompréhensible.
Demi-tour vers Brisbane en recherchant d'autres parcs d'occasion sur la route. Nous en trouvons deux, côte à côte. Dans l'un deux, une HOLDEN Commodore nous convient. Le broker consent à changer la batterie et nous promet la voiture après déjeuner.
Nous allons donc grignoter dans un fast-food avec St-John puis nous retournons prendre livraison de la voiture. Surprise et petit problème ! Le vendeur nous dit que nous devons nous débrouiller avec l'enregistrement. Pourtant il est d'usage en Australie que le broker s'en charge. C'est une formalité administrative un peu compliquée pour des étrangers comme nous mais la voiture nous plaît et nous sommes partis depuis de longues heures : il est temps d'en finir. Nous décidons donc de faire l'affaire quand même et je tends ma carte Visa Internationale.
Et là ! … Coup de théâtre ! … Le vendeur ne prend aucune carte. Il faut payer cash ou par chèque. Nous n'avons pas de chéquier australien et il est impossible de retirer $7000 à un distributeur d'un seul coup, ni même en deux fois avec nos deux cartes. Au guichet de la banque, nous n'obtenons que le droit à un prêt immédiat sur présentation de nos passeports. Mais ce serait techniquement difficile de rembourser et puis pourquoi payer des intérêts alors que nous avons l'argent disponible.
Nous abandonnons, tous les trois déçus et fatigués. Le broker ne sait pas comment récupérer une affaire qu'il pensait conclue.
C'est quand même incroyable qu'un vendeur de voitures n'ait pas de machine pour les cartes de crédit. L'Australie est surprenante !

Après plusieurs arrêts infructueux dans des parcs d'occasion, nous trouvons une belle HOLDEN Commodore blanche, mieux que celle du matin mais $1000 plus chère. C'est un modèle très courant en Australie, le genre solide, facile à réparer et à revendre. Exactement ce qu'il nous faut. Boîte automatique, régulateur de vitesse, climatisation, six cylindres et 3,8 L, consommation de 10-11 L au 100 en moyenne : c'est une grosse berline confortable.
Les explications et les négociations sont faciles car le vendeur, Gilbert, est suisse francophone. Même s'il vit en Australie depuis quarante ans, il n'a pas oublié sa langue maternelle.
Gilbert s'occupe de toutes les formalités et il accepte les cartes de crédit. Nous devons lui fournir nos passeports, notre permis international et nos visas.
Nous n'avons pas encore de réponse pour le visa de tourisme. Il espère que le e-visa suffira. Il faut aussi une adresse en Australie. Nous lui fournissons la preuve que nous avons payé la marina pour les six prochains mois.
Il nous téléphonera demain pour nous dire s'il peut enregistrer la voiture à notre nom. Si tout va bien nous reviendrons chercher notre Commodore vendredi et nous verserons les $8000 (≈ 4 850 €) à ce moment-là.
Il est 18h quand nous arrivons à la marina. St-John a encore passé toute la journée avec nous. Il est vraiment de bons services, "very helpful" comme on dit en anglais.


Jeudi 12 Novembre 2009 - East Coast Marina à Manly dans le Queensland

Ce matin, fin des travaux sur le dessalinisateur. Le capteur de pression est changé et le rinçage effectué pour un stockage longue durée. Voilà une bonne chose de faite.
L'artisan passe pour finir le travail dans la cuisine. Il a fait du bon boulot en soudant les deux éviers ensemble et en les installant pour qu'il n'y ait plus d'infiltrations d'eau dans le support en bois. Il pose également des protections en aluminium sur le pont au niveau du frein de bôme et des taquets de proue pour protéger la coque.

Heureuse surprise en téléchargeant nos mails : les visas de tourisme nous sont accordés pour six mois sans examen médical. Tant mieux ! C'est moins de soucis et pas de frais supplémentaires. Nous les faxons immédiatement à Gilbert ce qui devrait faciliter les démarches d'enregistrement.

Guy fait part de la bonne nouvelle à St-John qui ne semble pas étonné. Avec un petit sourire en coin, il raconte à Guy qu'il a téléphoné au ministère où il connaît du monde pour débloquer notre situation. C'est pour ça que nous avons eu la réponse en moins de deux jours, qu'elle est positive et que nous n'avons pas besoin d'examen médical à $300 par personne.
C'est décidément un bon copain ce St-John. Nous lui devons un gros paquet de mercis. 

Dans la soirée, Gilbert nous annonce que c'est OK pour la voiture qui a pu être enregistrée grâce aux nouveaux visas. Il paraît que les e-visas n'auraient pas suffit. L'équipage de Pro's Per Aim a d'excellents anges-gardiens. Tout s'arrange toujours bien.


Lundi 16 Novembre 2009 - East Coast Marina à Manly dans le Queensland

C'est notre dernier jour à bord. Tout est prêt. Nous partons demain matin.
Nous avons récupéré la voiture et acheté un GPS avec les cartes de l'Australie. Cela nous évitera de faire l'acquisition des cartes de détail des endroits où nous passerons. Ce sera moins embarrassant et moins onéreux.
Apéro le soir sur SHADOW TRADER pour se dire au revoir. St-John et Elspeth veilleront sur Pro's Per Aim et nous contacterons en cas de problème. Nous leur laissons une grande aussière qu'ils installeront en supplément lors des tempêtes tropicales de décembre et janvier. C'est aussi St-John qui récupèrera notre courrier et qui paiera le renouvellement de l'enregistrement de la voiture quand il recevra l'avis en janvier.

Nous allons partir tranquilles. Notre voilier est sous bonne garde et nous pouvons compter sur nos amis. La solidarité entre gens de la mer n'est pas un vain mot. Ça fait chaud au cœur de le constater une fois de plus.


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Deuxième Partie : De BRISBANE à NEWCASTLE par la côte
du 17 novembre au 29 novembre 2009

Surfers Paradise - Oceans Shore - Brunswick Heads - Byron Bay - Yamba - Grafton -
Dorrigo NP - Coffs Harbour - Kempsey - Newcastle - Hunter Valley - Lac Macquarie


Mardi 17 Novembre 2009 - Départ de Manly en voiture vers le sud

SURFERS PARADISE : à deux heures de route au sud de Manly, c'est sans doute un paradis pour les surfers car rien n'a arrêté la grande houle du Pacifique depuis l'Amérique du Sud. La baignade n'est possible qu'entre deux drapeaux sous la surveillance des Coast Guard. La plage fait des kilomètres de long et est bordée d'immeubles gigantesques et très moches. Quand on n'est pas dans l'eau ou sur le sable, on peut s'occuper dans les parcs d'attraction et les endroits branchés. Paradis pour les uns, enfer pour nous !

TWEED HEADS : situé à la frontière entre le Queensland et la Nouvelle Galle du Sud, le mémorial de Cook domine une côte inhospitalière et ventée

OCEANS SHORE et BRUNSWICK HEADS : nos amis Patricia et Jean-Marc d'Amaryllis nous ont donné les coordonnées de leur nièce Stéphanie qui habite un petit village, Oceans Shore, dans la Nouvelle Galle du Sud. Elle est mariée à un Australien et ils ont trois jeunes enfants. Nous avons pris contact, ils nous attendent ce soir.
Le GPS nous guide … Impeccable ! Comme il l'a fait depuis notre départ ce matin. C'est vraiment très pratique, d'autant plus que la signalisation australienne laisse à désirer. Alors que nous entrons dans le village d'Oceans Shore, il tombe subitement en panne. Guy vérifie que le fusible de l'allume-cigare n'a pas sauté. Ce doit être l'allume-cigare lui-même qui ne fonctionne pas et le GPS s'est déchargé doucement depuis ce matin. Nous ne pouvons pas faire plus de tests.
C'est là que nos anges-gardiens nous font passer devant un électricien automobile à Brunswick Heads. Il a de quoi tester. C'est bien la prise 12V qui est hors d'usage. La changer serait long donc cher. De toute façon, il n'aurait pas le temps de faire le travail. Il nous en bricole donc un provisoire, qui a toutes les chances de devenir définitif. En un quart d'heure et pour $50, nous sommes dépannés et capables de retrouver Stéphanie qui est à l'école avec ses enfants.
Nous faisons connaissance et elle nous promène dans les rues de Brunswick Heads avant de nous ramener chez elle. Elle habite une grande maison. Nous aurons notre chambre avec salle de bain. C'est royal !
Ce soir, Stéphanie n'est pas disponible. Nous allons manger au pub de Brunswick Heads, un monument qualifié "d'historique" en Australie car il a un peu plus de 100 ans.
Quand nous revenons, elle n'est pas encore là et nous l'attendons en compagnie de Gary et des trois enfants. Gary parle très peu français et les enfants pas du tout. C'est dommage ! Ils pourraient être bilingues sans effort mais Stéphanie ne leur parle qu'en anglais.
Nous les quitterons demain matin pour continuer vers le sud.


Mercredi 18 Novembre 2009 - De Oceans Shore à Grafton en Nouvelle Galle du Sud

BYRON BAY : Byron Bay et son cap sont les points les plus à l'Est du continent australien. Une jolie grimpette longe les falaises et mène au phare d'où la vue sur l'océan tourmenté est spectaculaire. Des dauphins jouent dans la baie autour des surfers. Quand c'est la saison, on peut voir des baleines avec leurs petits. Le Cap Byron fut baptisé ainsi par James Cook en l'honneur du grand-père du poète qui parcourait les mers dans les années 1760.

YAMBA : Nous avions prévu initialement d'y laisser le bateau. Nous apercevons AMARYLLIS, le catamaran de nos amis. Il est au sec en attendant leur retour en mai. Yamba est une petite ville très provinciale. Un port de pêche côtoie la marina. Nous ne regrettons pas d'avoir laissé Pro's Per Aim à Manly. Nous n'aurions pas trouvé ici les services qui existent à Manly si proche de Brisbane. Et puis, y aurait-il eu un "St-John" ici ?
Nous longeons le club de boules. Ils sont rigolos tous ces papys en short et polo blancs avec un chapeau style "panama" et qui lancent de très grosses boules vers un cochonnet sur une surface artificielle parfaitement plane et lisse. Nous en verrons d'autres. C'est un sport national en Australie.

GRAFTON : Grafton est à une cinquantaine de kilomètres de Yamba, à l'intérieur des terres. C'est une jolie petite ville qui possède quelques bâtiments anciens et élégants. Dans une des deux rues principales, ils sont en brique rouge et d'inspiration très anglaise. Dans l'autre, la plus commerçante, ce sont de belles façades "Art Déco".
Le "Roches Family Hostel" est recommandé par le guide "Lonely Planet". On peut y faire sa cuisine et utiliser le frigo commun. Nous allons donc faire quelques courses au supermarché pour nous préparer à dîner. Ce sera moins long et moins cher qu'un repas au restaurant.
Ensuite … au lit car nous avons du sommeil en retard. Malheureusement l'hôtel est aussi un pub et ce sera animé et bruyant jusque tard dans la nuit.
Leçon à retenir de cette première expérience : pas d'hôtel à côté d'un pub ! Les Australiens aiment trop la bière pour que l'endroit soit calme.


Jeudi 19 Novembre 2009 - De Grafton à Coffs Harbour en Nouvelle Galle du Sud

DORRIGO NP : Sur la route nous nous arrêtons dans le parc national de Dorrigo. Le "Sky Walk" offre un beau panorama au-dessus de la canopée. Nous sommes en plein midi ; il fait trop chaud. Nous ne verrons pas d'oiseaux.
Nous nous enfonçons dans la forêt humide. Les sentiers sont aménagés pour être d'un accès facile et prévenir l'érosion. Un gros lézard somnole dans un rayon de soleil sur une racine de banian, appelé ici figuier étrangleur.

COFFS HARBOUR : Nous arrivons dans ce grand port de pêche en fin d'après-midi. La ville nous semble triste et assez laide. Dîner dans une pizzeria  et nuit à l'hôtel Formule 1. L'ambiance des lieux rend la fin de soirée un peu glauque !
Qu'importe, il fera jour demain et nous serons à Newcastle chez nos amis où l'atmosphère devrait changer du tout au tout avec ce soir.


Vendredi 20 Novembre 2009 - De Coffs Harbour à Newcastle en Nouvelle Galle du Sud

KEMPSEY : Nous décidons de déjeuner dans Kempsey. Nous voulons voir la "ville des chapeaux", les fameux chapeaux australiens comme celui qu'Emmanuelle a offert à Guy lorsque nous étions à Nouméa.
Surprise ! Pas une seule allusion à l'objet mythique ! Pas une boutique où le trouver !
Pourtant le guide "Lonely Planet" annonce et je le cite : "Kempsey est célèbre pour son chapeau Akubra, cet accessoire typiquement "aussie" qui orne le chef de nombreuses personnalités emblématiques, de Crocodile Dundee jusqu'à l'homme politique John Howard quand il cherche à s'attirer les faveurs des gens de la campagne."
De plus, Kempsey, comme de nombreuses villes que nous traverserons n'offre aucun intérêt en soi. Il faut chercher les trésors australiens ailleurs que dans les zones urbaines.

NEWCASTLE : Nous sommes chez Cath et Chris en fin d'après-midi. Nous les avions rencontrés dans le lagon sud de Nouvelle Calédonie où ils passaient des vacances en famille sur un catamaran de location avec leurs amis Jenni et Andrew. Les retrouvailles sont chaleureuses. Une bouteille de champagne est ouverte et cela me délie la langue : mon anglais devient moins bafouillant.


Samedi 21 Novembre 2009 - Newcastle en Nouvelle Galle du Sud

Ce matin Chris accompagne son fils James à un match de cricket où le gamin doit jouer avec son équipe. Nous avons failli y aller pour essayer de comprendre enfin ce jeu si bizarre pour un non-anglais. Mais nous avons renoncé quand Chris nous a dit qu'un match dure trois à quatre heures quand ce sont des enfants qui jouent. Si ce sont des adultes c'est beaucoup plus long.
Du coup nous faisons une grande promenade à pied avec Cath et sa fille Lizzie depuis leur appartement jusqu'à la grande plage de Newcastle et retour par le centre-ville.
Newcastle a du charme. C'est une ville de bord de mer calme et aérée malgré ses cent cinquante mille habitants. Elle a eu longtemps une réputation détestable car elle subissait la pollution des aciéries locales. La plupart d'entre elles ayant fermé suite à la crise dans ce secteur d'activité, la ville s'est assainie.
Comme partout le long de la côte, les grosses vagues font la joie des surfers. Quant aux candidats à la baignade, il leur est fortement conseillé de le faire entre les deux drapeaux délimitant la zone surveillée par les Coast Guard.
Un peu partout, les Australiens ont utilisé les formations rocheuses du bord de mer pour creuser des piscines d'eau de mer où l'on peut se tremper sans risque … Sans risque, à condition que la mer ne soit pas trop agitée car à ces moments-là, quand c'est marée haute, certaines vagues déferlent dans la piscine et emportent les imprudents. BOGEY HOLE a été une des première piscines de ce type. Elle a été creusée par les bagnards anglais envoyés là pour purger leur peine au XIXe siècle.

Ce midi, nous déjeunons chez Jenni et Andrew avec Chris et Cath. Les Australiens sont des fans du barbecue, le BBQ comme il disent. Pour un oui ou pour un non, ils se réunissent autour de l'objet magique … et très moderne, au gaz, avec couvercle, planche à découper sur le côté, porte-couteaux et tout et tout. Les invités apportent chacun quelque chose et on partage.
Le BBQ chez Jenni et Andrew est animé. Nous sommes tous contents de nous revoir. Les enfants galopent partout, plongent dans la piscine pour se rafraîchir. Une nouvelle bouteille de champagne est ouverte, suivie d'un vin rouge et d'un blanc australien.
Pour digérer Guy accompagne Andrew et les enfants sur la plage pour une baignade dans l'océan. Chris s'est endormi sur le canapé, exténué par sa matinée en plein soleil à regarder James jouer au cricket. Je reste avec Jenni et Cath et nous papotons ce qui améliore mon anglais à vue "d'oreille".


Lundi 23 Novembre 2009 - Newcastle dans la Nouvelle Galle du Sud

Hier, vu la canicule (40°C), Cath et Chris nous ont emmenés passer la matinée dans un gigantesque centre commercial climatisé. Il y avait foule … autant à cause de la chaleur que des achats à faire pour les cadeaux de Noël. Ça nous fait toujours bizarre de voir des sapins en plastique illuminés et couverts de boules alors qu'il fait une chaleur pas possible. Les rayons des chocolats sont bien fournis mais il faut les conserver au réfrigérateur une fois rentrés à la maison.
Nous avons dîné chez Cath et Chris qui avaient invité Jenni, Andrew et les enfants ainsi que des voisins qu'ils tenaient à nous présenter. Nouveau BBQ avec ce que chacun a apporté  ! Je ne sais pas si les Australiens font des repas comme en France quand ils se reçoivent.

BLACKBUTT RESERVE : Cath ne travaille pas le lundi. Elle nous conduit dans le parc animalier de Blackbutt. C'est dans la banlieue de Newcastle et l'entrée est libre. On y trouve uniquement les animaux endémiques comme les wombats, les émeus, les kangourous ou les koalas qui font penser à d'adorables peluches avec leur bouille de nounours et leurs oreilles poilues.


Mercredi 25 Novembre 2009 - Newcastle dans la Nouvelle Galle du Sud

Hier nous avons quitté l'appartement de Cath et Chris pour la grande maison de Jenni et Andrew. Il a plu toute la journée.

Ce matin, Jenni nous emmène à la RTA qui n'est autre que l'administration chargée des véhicules automobiles. En Australie, certains ponts ou tronçons de route sont à péage. Le problème est qu'on peut rarement payer sur place en passant que ce soit en cash ou par carte bancaire. Il faut avoir un petit appareil électronique, nommé TAG, que l'on fixe sur le pare-brise pour que le paiement se fasse par lecture optique lorsqu'on passe sous le portique du péage. L'avantage c'est que la circulation reste fluide. L'inconvénient c'est de faire toutes les démarches pour se procurer le TAG et de réussir à récupérer la caution quand nous le rendrons une fois la voiture revendue. On peut également remarquer que c'est une façon de fliquer la population. On peut savoir qui est passé à quel endroit, quel jour et à quelle heure. En payant cash, on ne laisse pas de trace.

Au guichet de la RTA, Jenni nous aide à nous faire comprendre et à remplir les papiers. Comme nous sommes étrangers, elle doit même donner son adresse et être une sorte de caution morale. La caution financière, ce seront les $40 débités sur notre compte bancaire : nous sortons la carte VISA.
Après cette épreuve administrative, nous allons boire un jus de fruit frais en front de mer.


Jeudi 26 Novembre 2009 - Newcastle dans la Nouvelle Galle du Sud

HUNTER VALLEY : La vallée Hunter est une région de vignobles qui s'étend autour de Cessnock à cinquante kilomètres au nord-ouest de Newcastle. Nos amis australiens en sont fiers et nous incitent à aller faire le tour des caves. Ils nous ont indiqué deux appellations réputées comme les meilleures de la région. Nous n'irons que chez ces deux-là.
Chez le premier, Petersons, l'accueil est très sympa. Nous goûtons d'abord les vins qu'il nous présente et qui sont sur le comptoir. Puis la conversation s'anime. Il est allé en France, a testé sur place plusieurs de nos vins et en discute avec Guy. Du coup il va dans son arrière-boutique et en rapporte des vins plus élaborés et bien meilleurs. Si on compare avec les vins français, on peut dire que c'est honnête, sans plus, et assez cher pour la qualité. Nous lui prenons un moelleux qui a flatté nos papilles : nous le boirons en apéro.
Le vigneron de Lake's Folly est moins disponible que son concurrent. Il semble vivre sur son excellente réputation en Australie. Il ne fait que deux vins : du Cabernet rouge et du Chardonnay. Nous en prenons des bouteilles pour les amis.


Vendredi 27 Novembre 2009 - Newcastle dans la Nouvelle Galle du Sud

Journée gastronomique !

Jenni et Andrew nous invitent à déjeuner chez Scratchley, un restaurant sur les quais de Newcastle. La vue sur le port et le chenal d'entrée est agréable. Le chef est connu pour ses plats de poissons et nous apprécions le repas.
Il semble que cette qualité ne soit pas fréquente en Australie. La gastronomie, comme on l'entend en France, n'est pas une caractéristique du pays. Dans l'ensemble, les aussies mangent mal, n'importe quand et grignotent sans arrêt. Les repas sont peu équilibrés ; toutes les préparations (sauces, marinades …) contiennent du sucre ; on ne passe pas du temps à cuisiner ; on boit des sodas et de la bière à longueur de journée. Les restaurants sont donc essentiellement des fast-foods ou des pizzerias. Les Australiens sont gras et il y a une très forte proportion d'obèses comme dans tous les pays où la mal-bouffe est reine.

Le soir, nouveau BBQ chez Jenni et Andrew. Ils ont invité Jacqui, la sœur de Jenni, et leurs voisins,
Duane et Briege, qu'ils veulent nous présenter. J'ai compris la coutume : je participe en apportant mon plat que je mitonne donc avec amour, à la française. Entre les courses et la préparation, j'y passe tout l'après-midi.
Pour le dessert, Jenni a fait une "Pavlova". Andrew et elle sont tout contents d'être les premiers à nous faire goûter ce fameux dessert typiquement australien et qui doit son nom à Anna Pavlova, une danseuse russe. Elle aurait beaucoup aimé cette meringue géante recouverte de crème fraîche épaisse et sucrée et surmontée de fruits frais. Nous sommes d'accord avec la danseuse. C'est excellent !


Samedi 28 Novembre 2009 - Newcastle dans la Nouvelle Galle du Sud

Nous sommes seuls dans la grande maison. Nos amis sont absents pour plusieurs heures. Nous profitons de leur Internet Wifi haut-débit pour préparer notre séjour en Tasmanie. Il faut réserver le ferry et des hôtels pour la veille de la traversée et le soir de l'arrivée. Pendant les vacances scolaires d'été, de Noël à fin janvier, les prix sont très élevés et beaucoup d'hôtels affichent complet. Nous choisissons de partir le 24 janvier avec un retour le 15 février. Trois semaines semblent une bonne longueur de séjour pour profiter des beautés de cette île située au sud-est de l'Australie. C'est aussi une bonne période côté météo. Nous avons davantage de chance d'avoir du soleil et de la chaleur.


Dimanche 29 Novembre 2009 - Newcastle dans la Nouvelle Galle du Sud

LAC MACQUARIE : Nous y avons rendez-vous avec Cath, Chris et leurs enfants. Chris a fait construire un catamaran qui est au mouillage sur le lac. Il tient à nous le montrer et nous devons passer la journée dessus.
A chaque fois qu'ils viennent à bord, c'est toute une expédition. Il faut accrocher l'annexe sur le toit de la voiture, mettre le moteur HB dans le coffre avec le jerrican d'essence, préparer et emporter l'avitaillement pour la journée, faire les trois-quarts d'heure de route, débarquer le matériel, installer le moteur sur l'annexe et faire les allers-retours nécessaires pour transporter le matériel et les passagers depuis la jetée jusque sur le bateau.
Aujourd'hui le temps est bizarre, comme s'il était brumeux. La visibilité est mauvaise. Au moment où nous commençons à décharger la voiture, le vent se lève et fraîchit. Il lève un clapot désagréable. Le voyage en annexe entre la jetée et le catamaran va suffire à nous tremper. C'est là que Chris s'aperçoit qu'il a oublié les clefs du bateau.
Nous décidons ensemble d'abandonner la journée sur le lac et nous nous promenons à pied sur les rives. Le vent ne mollit pas. Il est chaud car il vient du désert et il transporte un nuage de poussière fine qui irrite les yeux et assèche la gorge. Nous comprenons mieux la curieuse brume qui nous cache l'horizon depuis ce matin.

Soirée d'au-revoir autour d'une pizza avec eux chez Jenni et Andrew. Nous partons demain vers le sud mais nous essayerons de repasser à Newcastle fin février.


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Troisième Partie : De SYDNEY à MERIMBULA

du 30 novembre au 17 décembre 2009


Sydney - Blue Mountains (Katoomba, Black Heath, Hartley, Jenolan Caves) - Kiama -
Morton NP (Bundanoon, Berrima, Fitzroy Falls, Kangaroo Valley) - Batemans Bay -
Murramarang NP (Pebbly Beach, Durras) - Monga NP - Eurobodalla NP (Bingie Bingie Point,
Tuross Head, Eurobodalla, Narooma, Mystery Bay, Central Tilba) - Camel Rock -
Mimosa Rocks NP (Aragunnu Beach, Mimosa Rock) - Merimbula & Eden -
Ben Boyd NP (Ben Boyd's Tower, The Pinnacles, Sapphire Coast)


Lundi 30 Novembre 2009 – De Newcastle à Katoomba via Sydney en Nouvelle Galle du Sud

SYDNEY : Il faut deux grosses heures pour faire Newcastle-Sydney par la route. Le GPS nous guide jusqu'au fameux pont aussi emblématique et autant photographié que l'opéra. Le TAG bipe plusieurs fois aux péages. Tout va très vite. Nous nous retrouvons au milieu d'une circulation très dense, au pied des gratte-ciel qui sont si proches, que les rues n'ont que deux voies. Le GPS en perd ses satellites et nous voilà abandonnés par la technique dans un univers urbain dont nous n'avons pas l'habitude.
Nous voulions atteindre Circular Quay, le quai du centre de Sydney, juste à côté de l'opéra et du pont, pour y prendre le ferry et faire un aller-retour à Manly. Pas le "Manly" de Brisbane où Pro's Per Aim nous attend, mais la ville à l'entrée nord de l'immense baie de Sydney.
C'est loupé ! Nous tournons en rond, piégés par le trafic automobile. Cette métropole est infernale ! En plus nous la trouvons très laide, sans aucun charme. Il faut dire que nous n'aimons pas les grandes villes.
Nous réussissons à fuir le centre et ses tours. Le GPS retrouve ses satellites. Le TAG re-bipe quand nous prenons le pont dans l'autre sens.

MANLY : Nous décidons d'aller y prendre le ferry. Manly ressemble à une station balnéaire : côté océan, la plage et les vagues à surfer, côté baie : le quai des ferries. Pas de problème pour se garer car les parking sont nombreux, peut-être pour ceux qui vivent ici et qui prennent le bateau pour aller travailler à Sydney. Nous aurions du avoir l'idée de venir ici tout de suite, cela nous aurait évité bien de l'énervement.
Il y a des départs toutes les demi-heures. Le trajet dans la baie jusqu'au centre de Sydney est assez joli. Mais nous n'avons pas de chance avec le temps, le ciel est gris et il fait froid. Sur le pont du ferry, avec le vent et la vitesse, c'est même glacial.
La traversée se termine en enroulant l'opéra avec le pont en toile de fond. Nous descendons sur Circular Quay que nous parcourons sur toute sa longueur, de l'opéra au pont. Il y a foule. Deux groupes d'aborigènes font de la musique avec percussion et didjeridoo. Ils sont torse nu et couverts de marques blanches. Je frissonne rien qu'à les voir aussi peu vêtus dans les courants d'air du quai. Ce sont les premiers aborigènes que nous croisons. Même plus tard, dans le désert, nous n'en verrons pas. Pourquoi ? Qu'est-ce que les Australiens, blancs, arrivés il y a 200 ans, ont fait des peuples qui vivaient sur cette terre depuis 60 000 ans ?

Vite fait, nous reprenons le ferry du retour, puis la voiture et nous filons vers l'ouest, vers les Blues Mountains. Au fur et à mesure que nous montons vers Katoomba, le temps se gâte et il se met à pleuvoir. Nous n'avons aucun hébergement de prévu.

Il pleut des cordes quand nous entrons à Katoomba et la température a bien baissé. Nous sommes à 1 000 m d'altitude. La façade d'une belle bâtisse de brique est éclairée. C'est une YHA, autrement dit une auberge de jeunesse, un hôtel pour les backpackers (porteurs de sacs à dos). Ils ont de la place et nous prenons la carte de membre pour bénéficier de la réduction de 10%. Cette carte nous servira partout en Australie et aussi dans d'autres auberges de jeunesse ailleurs dans le vaste monde.

Les YHA (Youth Hostel Association) sont à peu près toutes basées sur le même principe. Pour les petits budgets, on peut dormir en dortoir pour moins de $30 (18€) par personne pour une nuit. Nous préférons une chambre double ($60 à $80 la nuit). Certains motels sont un peu moins cher mais il faut rajouter le prix des petits déjeuners et celui des repas au restaurant. Car un des avantages des YHA c'est la possibilité d'y faire sa cuisine et d'y entreposer ses provisions. Les cuisines sont complètement équipées avec frigo, plaques de cuisson, fours, batterie de cuisine etc. …
En général, on nous donne les draps et on fait notre lit nous-même. La salle de bain est commune et il faut avoir sa propre serviette. En partant, on défait le lit et on dépose les draps sales dans une grande corbeille.
Le plaisir des YHA, ce sont les rencontres qu'on y fait avec d'autres voyageurs. Il y en a de tous les âges et de toutes les nationalités. L'ambiance y est sympa et chaleureuse. On se dit bonjour, on échange quelques mots ou on engage une longue conversation. Nous aimons beaucoup.


Mardi 1er Décembre 2009 - Katoomba dans les Blues Mountains en Nouvelle Galle du Sud

KATOOMBA : La ville est construite en haut d'une impressionnante falaise célèbre pour le site des "Three Sisters" (les 3 sœurs). C'est complètement à-pic ! Epoustouflant ! On est au-dessus du vide ; une vallée, couverte d'eucalyptus, étroite et profonde s'étend à des centaines de mètres sous nos pieds. En face s'élèvent des montagnes tabulaires un peu comme les tepuyes du Venezuela. Au loin, à l'horizon, les montagnes paraissent bleues et donnent au paysage une allure surnaturelle.
D'ailleurs l'endroit est sacré pour les aborigènes. Les esprits de leurs ancêtres sont liés à ces roches spectaculaires. Nous regardons les trois gigantesques rochers qui dominent la vallée, ceux qui sont appelés les "Three Sisters".
Les légendes aborigènes racontent que trois sœurs, des jeunes filles magnifiques, nommées Meehni, Wimlah et Gunnedoo, vivaient avec leur tribu, les Gundungurra, dans la vallée de Jamison. Les jeunes filles tombèrent amoureuses de trois frères de la tribu voisine, les Dharruk.
Mais le mariage fut interdit par la loi tribale. Les frères étaient des guerriers et ils décidèrent de prendre les trois sœurs par la force. La guerre entre les Gundungurra et les Dharruk contraignit le sorcier du peuple Gundungurra à transformer les trois jeunes filles en pierre. Kuraradjuri, le sorcier, avait l'intention de les ramener à la vie une fois le danger passé et la guerre terminée.
Malheureusement, Kuraradjuri fut tué dans la bataille et jusqu'à ce jour personne n'a été capable de briser le sort et de ramener les trois sœurs à leur état naturel.
Leurs superbes silhouettes minérales font le bonheur des touristes et des appareils photos.

Nous échappons à la foule qui se presse au panorama des "Three Sisters" pour une longue balade par le sentier qui longe la falaise sur les hauts. Les points de vue sur la vallée sont tous plus extraordinaires les uns que les autres. Nous rentrons à l'auberge de jeunesse avec des yeux éblouis et des mollets fatigués. Ça tire un peu. Nous n'étions plus habitués à marcher comme ça. Nous en aurons pour deux jours de courbatures.

Nous passons l'après-midi à prévoir la suite du voyage et, par l'intermédiaire de la réception de l'auberge, nous réservons des YHA pour la semaine suivante.


Mercredi 2 Décembre 2009 - Katoomba dans les Blues Mountains en Nouvelle Galle du Sud

Nos mollets sont trop douloureux ce matin. Et puis, il fait gris. Nous prenons donc la voiture pour une grande boucle dans les BLUE MOUNTAINS.

BLACKHEATH : Deux panoramas fantastiques dans cette petite ville au nord de Katoomba ; mêmes paysages grandioses sur les vallées d'eucalyptus et le canyon d'où l'on entend l'eau qui gronde. A l'un des points de vue, un serpent traverse tranquillement la zone pavée. C'est le même genre que celui que nous avons vu hier sur les falaises de Katoomba. En Australie, tous les serpents sont venimeux … Ne se fier à aucun … Les éviter tous !

HARTLEY : Ce village est au pied du massif des Blue Mountains. Nous traversons une campagne de petites collines verdoyantes avec des pâtures, quelques arbres et des vaches, beaucoup, beaucoup de vaches ! Pourtant dans chaque champ, elles ont leurs aises. L'Australie est si grande que le mot "surpopulation" n'existe pas. Ni pour les vaches ni pour les hommes.

JENOLAN CAVES : Une grotte énorme, tunnel naturel, permet de passer en voiture de l'autre côté de la montagne. Nous garons la voiture et nous marchons le long de la rivière. Au niveau des caves, un barrage retient l'eau. Elle est bleue, un bleu que je n'ai jamais vu pour une rivière. Ce serait le calcaire dissout qui donnerait à l'eau cette couleur étrange. Les belles fougères arborescentes profitent de l'humidité de la vallée et nous protègent du soleil.
Nous revenons pique-niquer à la voiture. Un dragon d'eau traîne sur le parking espérant récupérer des restes de repas. Des perroquets rouges et bleus sont plus effrontés et atterrissent sur les tables où les gens les nourrissent.


Vendredi 4 Décembre 2009 - De Katoomba à Bundanoon en Nouvelle Galle du Sud

Nos mollets sont au mieux de leur forme. Nous avons même fait une grande randonnée hier le long des falaises de Katoomba vers la cascade Leura.
Aujourd'hui nous avons repris la route après quatre nuits dans les Blue Mountains.

KIAMA : Redescendus au bord de l'océan, nous allons voir le "trou souffleur" de Kiama. La houle n'est pas très forte et le trou ne souffle pas bien haut. Ce n'est pas aussi impressionnant que sur les photos de l'office de tourisme mais les embruns nous atteignent quand même et nous n'osons pas sortir l'appareil photo.

BUNDANOON : Quand nous arrivons à Bundanoon, la réception de l'auberge de jeunesse est fermée. Il faut attendre 17h. Nous allons au village : une seule rue avec quelques commerces, la gare, la poste …
De retour à l'YHA, Allison, la gérante est déjà là et nous accueille avec chaleur. L'auberge a été construite il y a une centaine d'années : c'est donc un monument historique australien. C'est amusant cette différence entre l'Europe et ce pays neuf avec une si petite histoire. Il faut se méfier des "sites historiques" en Australie ! Déformés par notre culture française, nous sommes toujours déçus.


Samedi 5 Décembre 2009 - Bundanoon en Nouvelle Galle du Sud

MORTON NP : Les paysages du parc national de Morton ressemblent aux Blue Mountains avec des falaises et des canyons que nous trouvons aussi beaux et spectaculaires. L'avantage de Bundanoon et du Morton NP c'est d'être moins connu que les fameuses "Montagnes Bleues". Les touristes sont rares. On y rencontre surtout des voyageurs.
Bundanoon est dans la partie nord du parc : nous faisons le tour de tous les panoramas et points de vue. Sur un sentier, un étrange animal traverse devant nous, le genre porc-épic. Il n'est pas très rapide et nous réussissons à le rejoindre au moment où il regagne les buissons. Se sentant en danger il se met en boule. Ses piquants sont longs et de bonne taille, noirs à la racine et jaunes au bout, comme quelqu'un qui n'aurait pas fait sa teinture depuis longtemps. Nous attendons sans bouger ni faire de bruit. Au bout de quelques minutes, la boule se déplie et un fin et long museau gris apparaît. Détectant notre odeur, l'animal se remet en boule immédiatement. Allison nous expliquera que nous avons vu un échidna. Il se nourrit de termites et de fourmis qu'il récupère grâce à son long museau. Il est le seul animal avec l'ornithorynque à pondre des œufs et à allaiter ses petits. Il voit mal et n'entend pas mieux mais son odorat est puissant.
Au cours de la promenade, nous voyons des dizaines de termitières. Certaines font plus de deux mètres de haut.

BERRIMA : Ce village historique n'est pas très loin. Allison nous a dit qu'on y trouve plein de boutiques très "british". Il se réduit à une seule rue commerçante et quelques maisons autour. Ce ne sont que des boutiques en bois, peintes avec des couleurs vives. Il y a plusieurs salons de thé et des pubs et également un magasin de thé, théières et autres articles indispensables au "tea time" anglais. Nous passons du temps dans une boutique de tissus pour patchwork. Tout est très raffiné, très "petit doigt en l'air". C'est vraiment rigolo comme ambiance surtout qu'on y croise des vieilles dames, anglaises de la capeline aux souliers en passant par les dentelles qui ornent leur col, et de rustres paysans australiens, barbus, hirsutes, gigantesques en hauteur et en largeur, vêtus d'un jean sale et usé, d'une chemise à carreaux et d'un chapeau de cow-boy australien.


Lundi 7 Décembre 2009 - Bundanoon en Nouvelle Galle du Sud

Trois heures de randonnée dans le parc national de Morton et nous revenons à l'auberge.

La YHA de Bundanoon aura été l'occasion de rencontres très sympas.
Tout d'abord Allison, la gérante avec laquelle nous échangeons nos souvenirs respectifs de Tanna, l'île des Vanuatu où le volcan Yasur est encore en activité. Elle nous montre ses propres photos.
Freddy et Rafaela, un jeune couple en voyage pour une année sabbatique autour du monde. Il est hollandais et elle est italienne. Il est aussi grand et blond qu'elle est petite et brune. Ils nous parlent de la Tanzanie où ils sont passés et où nous irons peut-être si nous choisissons de rentrer en Europe par l'Afrique du Sud.
Roberto, un hongrois ayant vécu au Canada et installé en Australie depuis longtemps. Il est communiste. Nous discutons de la société de consommation, du profit, du gaspillage tellement évident en cette période de Noël …

Cet après-midi, nous faisons connaissance avec Ian, un australien qui voyage dans son immense pays depuis sa retraite qu'il s'est organisé pour prendre de bonne heure. Nous bavardons et la conversation tombe sur la voiture que nous avons achetée. Il nous pose quelques questions et nous découvrons stupéfaits que l'assurance au tiers comprise dans l'enregistrement ne couvre que les personnes et pas les objets matériels. Nous ne nous étions pas posés la question, pensant que cette assurance comprenait la "responsabilité civile" comme en France. Ian nous parle aussi des associations d'automobilistes qui sont très utiles en Australie en cas de panne dans un endroit reculé. Il n'est pas le premier à nous le signaler.
Téléphoner en anglais est difficile : nous ne sommes jamais sûr d'avoir bien compris ni de nous être faits bien comprendre. Gentiment Ian nous propose son aide. Nous lui tendons notre téléphone portable pour qu'il appelle une assurance et une association d'automobilistes. Rapidement, et avant d'avoir conclu quoi que ce soit, nous sommes en panne de forfait et incapables de recharger rapidement. Ian continue donc avec son propre téléphone.
Il lui faut notre carte grise, ou plutôt son équivalent australien. Nouvelle surprise ! Nous n'avons pas le papier qu'il demande. Il nous montre le sien pour que l'on voit à quoi cela ressemble. Guy téléphone à Gilbert, celui qui nous a vendu la voiture, et tout s'éclaire. Comme notre Holden Commodore était une voiture de l'administration, elle n'a jamais eu de carte grise classique et son enregistrement demande du temps. Nous la recevrons à la marina fin décembre ou début janvier et St-John, notre ami et voisin de ponton, nous l'enverra dans l'une des YHA où nous avons réservé.
Ian passe au moins deux heures à débrouiller nos problèmes. Nous sommes maintenant assurés tous risques bris de glace compris pour $45 par mois. Quant à l'adhésion à l'association d'automobilistes, elle revient à $114 la première année.
Nous dînons avec lui et il nous fait parler de notre voyage. Nous abordons aussi la question de la retraite en Australie. Les lois changent : bientôt ils devront travailler jusqu'à 67 ans.


Mardi 8 Décembre 2009 - De Bundanoon à Batemans Bay en Nouvelle Galle du Sud

FITZROY FALLS : Les chutes de Fitzroy sont dans le parc national de Morton, sur notre route vers l'océan. C'est une belle cascade tombant, après quatre-vingts mètres de chute libre sur des roches en escalier. L'eau se perd dans les profondeurs de la vallée sous les eucalyptus géants et les fougères arborescentes. C'est encore un site majestueux !

KANGAROO VALLEY : Le pont Hampden date de 1898. Il est en bois et ses deux entrées sont flanquées de deux tours carrées à créneaux comme les châteaux forts. Rien d'extraordinaire ! Par contre la descente dans cette vallée profonde puis la remontée en suivant la "Kangaroo Road" vaut vraiment le détour. Ce sont décidément les paysages qui nous enchantent en Australie. Nous oublierons l'architecture et les villes.

BATEMANS BAY : La YHA est différente des autres où nous avons séjourné. Elle fait partie d'un camp de caravanes et de mobile home. Les dortoirs sont dans le bâtiment principal avec les sanitaires et la cuisine commune, mais les chambres doubles sont dans les caravanes. L'ambiance est beaucoup moins sympa. Les gens ne disent pas bonjour, ils oublient leur vaisselle sale dans la cuisine et sont vautrés dans les canapés devant la télé entre une baignade et une séance de surf sur la plage de Batemans Bay. Nous nous sentons mal à l'aise : nous étions mieux dans les auberges de jeunesse montagnardes.


Jeudi 10 Décembre 2009 - Batemans Bay en Nouvelle Galle du Sud

MURRAMARANG NP : Au nord de Batemans Bay, à PEBBLY BEACH, on nous a dit que les kangourous viennent sur la plage et qu'on peut les voir facilement. Ils ont l'habitude de voir du monde et se laissent approcher assez près. Nous y sommes allés hier. Effectivement, les marsupiaux étaient là : c'étaient les premiers que nous voyions en liberté.
Nous avons pique-niqué sur le parking ce qui a attiré des dizaines d'oiseaux. Ils ont certainement l'habitude d'être nourris. Les perroquets, pies et autres volatiles colorés attirèrent à leur tour un groupe de japonais. Nous avons été pris sous le feu de la mitraille nipponne ! Pas moyen de manger notre sandwich tranquilles ! Certains perroquets, plus insolents que leurs congénères nous ont même atterri dans le dos.

Ce matin nous commençons par suivre un sentier dans la forêt humide à DURRAS (Nord) puis nous allons à DURRAS (Sud) faire une balade d'une heure dans une forêt beaucoup plus sèche : des eucalyptus et à leurs pieds, des palmiers "burrawarang". Ils n'ont pas de tronc et leurs fruits ressemblent à de gros ananas pas mûrs.


Vendredi 11 Décembre 2009 - Batemans Bay en Nouvelle Galle du Sud

MONGA NP : A quarante kilomètres à l'est de Batemans Bay, le dépliant du centre d'information nous promet une boucle inoubliable dans la "rain forest" (forêt humide) sur une piste carrossable. La piste n'est pas en très bon état et nous roulons au pas pour ne pas abîmer la voiture. Heureusement car un wallaby traverse juste devant nous. En trois bonds, il disparaît dans les fougères de l'autre côté. Les wallabies ressemblent aux kangourous mais sont plus petits et plus foncés.
Un peu plus loin nous sommes arrêtés par un arbre tombé en travers de la piste: trop gros pour être déplacé. Guy réussit un demi-tour difficile sur cette piste étroite de montagne et nous rentrons.


Samedi 12 Décembre 2009 - De Batemans Bay à Narooma en Nouvelle Galle du Sud

BINGIE BINGIE POINT : Pointe superbe balayée par les vents et assaillie par les vagues du Pacifique. Ce site fait le bonheur des géologues car on y trouve des roches de natures très différentes imbriquées les unes dans les autres. D'un point de vue esthétique, c'est du meilleur effet car les roches vont du noir à l'orange en passant par le blanc et un gris plus classique.
De nombreuses sternes huppées occupent les cailloux les plus avancés. Les restes rouillés d'une épave du XIXème offrent un premier plan très photogénique.

TUROSS HEAD : Nous déjeunons dans cette très jolie petite ville de bord de mer. Verdure, fleurs, cottages... C'est sans doute un endroit reposant et calme pour passer de paisibles vacances familiales.

EUROBODALLA : Il faut quitter Princes Highway, la route principale, pour une voie secondaire remontant la rivière Tuross. C'est mignon tout plein. La route goudronnée s'arrête à Eurobodalla, village sur la carte, ferme isolée en réalité. Je photographie ma première boîte aux lettres. En Australie, il n'y a aucune norme imposée et chacun peut donner libre cours à son imagination. Le résultat est parfois surprenant. De plus, comme en Amérique, les boîtes sont au bord de la route principale aux intersections qui mènent aux habitations dispersées dans le bush (la brousse australienne).

NAROOMA : Nous y sommes de bonne heure. L'YHA est installée dans un ancien motel. On gare sa voiture devant la chambre où nous avons même notre propre salle de bain et un petit frigo. Le gérant est sympa et l'auberge est quasiment vide. La haute saison va commencer dans quelques jours avec les vacances d'été.
Nous avons le temps de profiter des jolis panoramas de la ville sur le lac et sur l'océan : plage, rochers, mer bleue et soleil. Un chenal naturel permet aux petites embarcations de passer de l'océan au lac.


Dimanche 13 Décembre 2009 - Narooma en Nouvelle Galle du Sud

MYSTERY BAY : La plage est vraiment très belle ! La baie doit son nom au "mystère" de la disparition de cinq personnes au XIXè siècle. Leur embarcation avec tout le matériel a été retrouvée sur la plage mais les corps ont disparu. Un jeune géologue conduisait l'expédition : il était là pour étudier les gisements d'or de la région.

CENTRAL TILBA : C'est encore un village historique avec une seule rue de maisons en bois colorées. Nous le trouvons plus beau que Berrima (près de Bundanoon). Il y a les mêmes boutiques anglaises. Tout cela est charmant à condition d'oublier les nombreux fils électriques qui défigurent anarchiquement la rue. L'enfouissement des lignes électriques n'existe pas en Australie. Il faudra jongler partout avec les cadrages pour que nos photos ne montrent pas ces horreurs.
A Central Tilba, il y a une fabrique de fromage célèbre dans toute la Nouvelle Galle du Sud. Nous allons y faire un tour. Pourtant le gérant de l'auberge de jeunesse nous a prévenu que ce n'est pas un endroit intéressant pour un Français. Il faut reconnaître qu'il avait raison.
Si vous saviez à quel point les camemberts, fromages de chèvre et autres gâteries du même genre nous manquent !  Rien que de penser à la bonne baguette fraîche et au verre de rouge pour les accompagner, j'en salive ! En Australie, le pain est aussi insipide que les rares fromages que les Aussies fabriquent. Quant aux vins, j'en ai déjà parlé lorsque nous étions à Newcastle.


Lundi 14 Décembre 2009 - De Narooma à Merimbula en Nouvelle Galle du Sud

Nous avons à peine cent kilomètres à parcourir pour atteindre notre prochaine destination. Nous pouvons donc prendre notre temps.
Nous commençons par consulter un garagiste à Narooma avant de quitter la ville. Depuis deux jours, il y a un couinement inquiétant au niveau des poulies qui entraînent la courroie de l'alternateur. Le diagnostic est rapide : le mécanicien se sert d'un tournevis comme stéthoscope pour trouver la poulie dont les roulements sont morts. Il peut réparer, il en aura pour dix minutes. Mais nous devons attendre demain qu'il fasse venir la pièce de Bega. Nous lui expliquons que nous devons être ce soir à Merimbula. Il nous conseille gentiment de nous arrêter à Bega, qui est sur notre route, et de chercher un garage là-bas. D'après lui, la réparation peut attendre jusque là.

Nous descendons la route côtière sans nous presser.

CAMEL ROCK : autrement dit le "rocher du chameau" ! La silhouette est effectivement caractéristique de l'animal quand il est couché, les pattes repliées sous lui. Dommage pour la photo car le ciel est gris.

BLUE POOL : C'est une piscine creusée dans la roche au bord de l'océan comme celles que nous avons vues à Newcastle et qui permet de se baigner en sécurité dans de l'eau de mer sans craindre les courants et les vagues déferlantes.

MIMOSA ROCKS NP : Sur la piste qui nous mène au parking de la plage d'Aragunnu, un oiseau-lyre passe devant la voiture. Il est gros comme un faisan et possède une queue superbe qui ressemble grosso modo à une lyre grecque quand il fait la roue. Son chant est très particulier. En fait, l'oiseau-lyre est un imitateur absolument génial. Il peut reproduire le chant des autres oiseaux mais aussi le cri de certains mammifères. On l'a même entendu faire le bruit d'un klaxon ou d'une alarme. Les oiseaux-lyres sont de très mauvais maris et d'encore moins bons pères. Ce sont les femelles qui construisent le nid où elles pondent. Les œufs mettent du temps à éclore car elles sont obligées d'arrêter de couver pour se nourrir. Après l'éclosion, comme le père brille toujours par son absence, elles s'occupent seules des petits. Pendant ce temps, le mâle coure la gueuse en profitant de son physique avantageux et de ses talents d'imitateur.
Un peu avant notre arrivée à ARAGUNNU BEACH, un wallaby oblige Guy à piler. Heureusement que nous roulons lentement sur cette route non goudronnée.
Laissant la voiture au parking, nous marchons une demi-heure le long de la côte jusqu'au MIMOSA ROCKS, beau rocher battu par les vagues et qui doit son nom au bateau qui a coulé en le heurtant un jour de tempête.

BEGA : Il est temps maintenant de chercher un garage à Bega et d'y faire réparer la voiture. Ce n'est qu'au quatrième que nous trouvons un mécanicien disponible pour faire le travail tout de suite. Une demi-heure plus tard, après une balade dans la rue commerçante, nous retournons chercher notre Holden Commodore. La poulie a été changée et la facture est raisonnable : $67 (≈44€) pour la pièce et la main d'œuvre.

Nous gagnons Merimbula par la grande route. L'accueil à l'auberge de jeunesse est sympa. L'endroit semble calme. Nous avons réservé pour quatre nuits.


Mardi 15 Décembre 2009 - Merimbula en Nouvelle Galle du Sud

BEN BOYD NP & SAPPHIRE COAST: Le parc national de Ben Boyd est à une soixantaine de kilomètres au sud de Merimbula. La côte de Saphir est extraordinaire. Il n'y a pas de plages, seulement des falaises déchiquetées par les vagues et des criques désertes. Les rochers arborent une belle couleur vieux-rose et sont léchés par une mer turquoise. La végétation apporte quelques nuances de verts. Le tout est magnifique !
Nous démarrons une randonnée de trois heures le long des falaises à partir de la tour de Ben Boyd. Cette tour servait aux chasseurs de baleines à repérer les cétacés au large. Pendant des années les hommes ont été aidés dans leur tâche par "Old Tom", une baleine tueuse, un orque ! Avec quelques congénères, Old Tom rabattait les baleines dans la baie d'Eden où les chasseurs, armés de harpons, n'avaient plus qu'à les abattre. En remerciement, le groupe d'orques recevait les entrailles de la bête.
Sur la route du retour vers Merimbula, nous faisons un petit détour pour admirer l'étrange formation géologique de "THE PINNACLES". C'est une falaise bicolore : à la base, une couche de sable blanc et au-dessus, une couche d'argile rouge. Le tout a été parfaitement amalgamé il y a soixante-cinq millions d'années. Le résultat est surprenant !


Mercredi 16 Décembre 2009 - Merimbula en Nouvelle Galle du Sud

BOURNDA NP : Ce parc national est au nord de Merimbula. Nous marchons toute la matinée sur le sentier de randonnée de KANGARUTHA à partir du village de TATHRA. Il suit la côte le long des falaises. Les à-pic sont parfois impressionnants.
Nous avons la chance de voir un nouvel échidna, comme celui que nous avions croisé dans le parc national de Morton début décembre. Et surtout, nous surprenons un goanna. C'est un lézard géant qui tente de nous fuir en grimpant le long d'un eucalyptus. Nous avons le temps de l'observer. De la tête à la queue, il mesure 1,20 m environ. Ses pattes, armés de longues griffes, lui permettent de monter facilement à quelques mètres de haut où il se fige et se confond avec les branches.


Jeudi 17 Décembre 2009 - Merimbula en Nouvelle Galle du Sud

MERIMBULA : Nous passons la journée tranquillement à Merimbula.
Dans l'après-midi, alors que j'écris mon journal sur l'ordinateur, tout s'éteint. Est-ce le compteur de l'auberge qui a sauté ?
Non, nous répond-on.
C'est une panne générale sur toute la ville. Cela va durer trois heures. Pendant ce temps, rien ne fonctionne : ni les feux tricolores, ni les caisses enregistreuses du supermarché … rien ! Le " total blackout" comme ils disent !
Cela nous était déjà arrivé à Newcastle. La ville et ses deux cent cinquante mille habitants avaient été privés d'électricité pendant plusieurs heures.
Aujourd'hui, il paraît qu'un poteau électrique a spontanément pris feu. Guy explique ça par une demande trop importante par rapport à la capacité du réseau. Il fait très chaud et les climatisations fonctionnent au maximum.
La production et la distribution du courant sont confiées à des sociétés privées en Australie. Pour faire un maximum de profit, on peut facilement imaginer qu'elles rognent sur la qualité des installations pour diminuer les coûts.
Plus tard, dans l'arrière-pays désertique de l'état du Victoria, nous serons prévenus par les radios locales de coupures intermittentes un jour de canicule. Cette fois, le fournisseur d'électricité s'organisera pour répartir sa capacité de courant sur le territoire en établissant un tour de rôle avec des coupures programmées et maîtrisées.

Demain matin nous quitterons Merimbula et la Nouvelle Galle du Sud pour Phillip Island dans l'état du Victoria au sud-est de l'Australie.


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Quatrième Partie : La côte sud de l'état du VICTORIA et ADÉLAÏDE
du 17 au 31 décembre 2009

Phillip Island (The Nobbies - Penguin Parade - Cape Woolamai - Churchill Island - Rhyll) -
Queenscliff et Point Lonsdale - Great Ocean Road (12 apôtres) -
Port Fairy (Tower Hill Reserve) - Mount Gambier - Coorong NP - Adélaïde


Vendredi 18 Décembre 2009 – De Merimbula à Phillip Island dans le Victoria

Il faut une grosse journée de voiture pour parcourir les 580 km entre Merimbula et Cowes, petit village sur Phillip Island. Nous nous organisons pour faire la route de jour car dès le crépuscule et jusqu'à l'aube, les kangourous, les wombats et autres animaux se déplacent et traversent la route sans regarder à gauche et à droite pour voir si la voie est libre. Les 4X4 australiens sont équipés de supers "pare-kangourous". Il semblerait que ce soit très utile pour protéger le véhicule du choc : certains kangourous peuvent en effet atteindre une taille respectable. Quand on roule sur les routes australiennes, les bas-côtés offrent le triste spectacle des bêtes tuées pendant la nuit.

Pendant les trois cents premiers kilomètres, nous traversons une immense forêt d'eucalyptus interrompue seulement par deux ou trois petits villages. Ensuite le paysage devient plus campagnard. On aperçoit quelques fermes par-ci par-là et du bétail dans les champs.

PHILLIP ISLAND : Comme son nom l'indique, c'est une île. Un pont la relie à San Remo, ville du continent dont Phillip Island est très proche.
L'auberge de jeunesse est située dans la ville principale, COWES. Nous y avons réservé, et payé d'avance par Internet, une chambre double sans salle de bain comme dans les autres YHA. Bonne surprise en arrivant ! L'auberge est au sein d'un camping et on nous donne la clé d'un très joli chalet familial complètement équipé. Le luxe !
Il y a sûrement une erreur en notre faveur. Tant qu'ils ne s'en aperçoivent pas, nous allons en profiter.


Samedi 19 Décembre 2009 - Phillip Island dans le Victoria

Dans la salle à manger, au petit déjeuner que la YHA offre à ses hôtes, nous retrouvons Cédric et Pascal, deux jeunes Français rencontrés à Merimbula. Ces retrouvailles surprises sont toujours agréables. Pascal a démissionné de son boulot et le patron de Cédric lui a proposé un congé sans solde. Ils ont prévu de passer trois mois à voyager en Australie. Pascal n'est pas inquiet car, en tant qu'informaticien, il pense retrouver du travail facilement au retour.

THE NOBBIES : Ce matin, le temps est maussade et le vent est glacé. Nous allons au centre des visiteurs à la pointe sud-ouest de Phillip Island. Avec les jumelles, nous espérons voir les phoques sur "Seal Rocks", un îlot au large. La mer est mauvaise et les rochers sont couverts d'écume.
La promenade du site de "The Nobbies" est bien organisée avec des sentiers de planches équipés de barrières dont il ne faut pas s'écarter. Nous ne verrons pas de phoques mais des milliers de mouettes dont certaines n'ont pas l'air plus réchauffé que nous. Nous apercevons aussi de jeunes pingouins restés au nid pendant que les parents sont en mer pour se nourrir. Ils rentrent le soir après une dure journée de labeur dans les eaux froides du détroit de Bass.
Ils sont particulièrement nombreux sur une plage appelée PENGUIN PARADE. C'est la grosse attraction de l'île. Nous avions prévu d'y aller voir les pingouins un soir mais nous nous sommes renseignés. La fameuse "parade des pingouins" est un beau piège à touristes. Une estrade contenant trois mille six cents personnes a été aménagée. En revenant vers leur terrier, les pingouins passent autour, plus ou moins près. Ça coûte quand même $20 par personne. En payant $40 par tête, on a droit à une estrade d'une centaine de personnes … seulement. Nous avons donc renoncé et nous sommes ravis de voir les jeunes pingouins prendre l'air à l'entrée du nid que les parents ont creusé dans le sol.


Dimanche 20 Décembre 2009 - Phillip Island dans le Victoria

POINTE WOOLAMAI : Depuis le parking, nous dominons la plage de surf. C'est un spot de compétitions internationales. Les rouleaux  sont gigantesques et les surfers sont absents. Un panneau indique que la plage est fermée aujourd'hui. Se mettre à l'eau, même avec une planche est trop dangereux à cause des courants violents et de la très forte houle.
Nous suivons le sentier vers le cap Woolamai. Il traverse des dunes à la végétation rase et grasse. Au sol, il y a de nombreux trous comme ceux des terriers à pingouins que nous avons vus hier. Mais ceux-ci sont vides … à moins que les petits se cachent bien au fond. Pas de pingouins, mais des mouches en pagaille ! En Australie, c'est la plaie ! Une plaisanterie sur les Australiens consiste à expliquer leur incompréhensible accent par le fait qu'ils parlent sans desserrer les dents pour ne pas risquer d'avaler une mouche !
Nous faisons demi-tour à la belle formation rocheuse des PINNACLES où nous rencontrons un couple de jeunes français. Cela fait plus d'un an qu'il sont en Australie avec un visa "travail-vacances". Ils comptent rester encore un an. Ils font des petits boulots par-ci par-là et reprennent la route. Ils ont acheté un vieux break et ils dorment dedans pour économiser sur l'hébergement.

SAN REMO : Un peu avant midi, nous arrivons dans le petit port de San Remo. Tous les jours depuis vingt ans, les pêcheurs y nourrissent les pélicans. En attendant le début de l'attraction, nous allons sur les pontons de la marina. Ils accueillent aussi bien les bateaux de pêche que quelques voiliers. Un courant de plusieurs nœuds tend les aussières. Le port de San Remo est en effet situé dans l'étroit chenal entre le continent et Phillip Island. D'énormes raies pastenagues traînent autour des jetées et le long de la plage où les pélicans attendent.
Tout à coup on les voit se regrouper et s'agiter. Pourtant, il ne se passe rien de nouveau ! Dans trois minutes, il sera midi. Ont-ils une pendule dans le ventre ? A moins qu'ils aient entendu des bruits familiers à leurs oreilles et venant du hangar de la coopérative des pêcheurs ! Nous nous approchons. Guy a équipé l'appareil photo du grand téléobjectif.
Une dame arrive avec un baquet plein de poissons. Elle les jette aux pélicans en donnant aux touristes présents des explications sur ces oiseaux marins si particuliers. Pour se nourrir, ils plongent le bec grand ouvert. Celui-ci agit comme une pelle et ramasse tout au passage. Leur gorge contient des sortes de piquants anti-retour. Les pélicans recrachent l'eau avalée et les poissons restent piégés au fond de l'imposant bec de l'animal. Malheureusement, il y a parfois un pochon plastique avec les poissons. Celui-ci ne ressort pas et tue l'oiseau. Les tortues de mer et les dauphins sont aussi des victimes du sac plastique qui flotte.
Quand tous les poissons du baquet ont été distribués, la dame remercie les spectateurs qui se mettent à applaudir. Les pélicans comprennent que c'est fini et ils tournent le dos en se dandinant pour rejoindre la mer.


Lundi 21 Décembre 2009 - Phillip Island dans le Victoria

CHURCHILL ISLAND : Nous nous sommes levés très tôt ce matin. A 8h30 nous sommes à l'entrée de Churchill Island. C'est une petite île reliée à Phillip Island par un remblai. Pas de chance, les sentiers de promenade n'ouvrent qu'à 9h. Nous avons donc le temps de visiter la chocolaterie toute proche et de déguster leurs spécialités pour patienter. Mais ce n'est pas décidément pas notre jour ! La chocolaterie ouvre aussi à 9h.

RHYLL : Tant pis, nous nous dirigeons vers Rhyll à la pointe nord-est de Phillip Island. Les eaux sont ici si calmes qu'on dirait un lac. Quelle différence avec la côte sud exposée aux vents dominants et à la houle du détroit de Bass. Nous longeons la grève jusqu'à la mangrove et nous renonçons à continuer plus loin : les mouches sont trop agaçantes !

Demain nous partirons pour Queenscliff. A vol d'oiseau, ce n'est pas très loin. Mais en voiture il faut faire le tour de la grande baie de Melbourne. Nous profiterons de notre passage dans la capitale de l'état du Victoria pour repérer le quai d'embarquement du ferry qui nous conduira en Tasmanie dans un mois.


Mercredi 23 Décembre - Queenscliff dans le Victoria

QUEENSCLIFF : La ville est une station balnéaire un peu tristouille en ce début d'été austral. A part les plaisirs de la plage il n'y a rien à faire ici et pas grand chose à voir si ce n'est quelques jolis bâtiments dans la rue principale dont l'auberge de jeunesse où nous logeons. En fait c'est un hôtel-restaurant qui réserve quelques chambres pour les YHA. L'accueil des patrons n'a pas la chaleur que nous avons rencontrée ailleurs. La cuisine commune a été installée dans une pièce sans ouverture et il n'y a même pas de hotte pour aspirer les fumées. La batterie de cuisine est en piteux état, le réfrigérateur est minuscule et les plaques électriques fonctionnent mal. Il y a un seul évier, pas d'éponge et un unique torchon sale et toujours trempé. Tout ça pour dire que nous ne recommandons pas cette auberge de jeunesse.

Queenscliff est l'entrée dans PORT PHILLIP BAY, la baie de Melbourne. Cette baie est à peu près ronde et fait cinquante kilomètres de diamètre. Elle est parfaitement bien fermée. Seule la passe de Queenscliff permet de gagner le large. A l'origine, la ville était une base pour les bateaux pilotes qui aidaient les navires à franchir ce passage, l'un des plus périlleux au monde car les courants y sont très violents. Plus de deux cents épaves de bateau jonchent les fonds dans cette zone.

Histoire de faire un peu d'exercice nous allons à pied jusqu'à la pointe LONSDALE en longeant la plage et la passe d'entrée dans Port Phillip Bay. Le temps est superbe, il n'y a pas de vent, il n'y a pas de houle non plus et pourtant nous distinguons une zone de remous très forts entre la pointe Lonsdale et la péninsule de Mornington juste en face. Nous y passerons avec le ferry qui nous conduira en Tasmanie.
Justement, un gros cargo s'apprête à sortir de la baie de Melbourne. Le passage dans les remous le chahute ; il roule ; il tangue. Nous nous demandons comment cela se passerait avec Pro's Per Aim ! Une fois au large, nous voyons le cargo ralentir pour permettre au pilote qui l'avait guidé dans la passe de monter dans la vedette qui vient le chercher.


Vendredi 25 Décembre 2009 - Queenscliff dans le Victoria

En ce jour de Noël, le soleil est revenu mais il fait très frais pour ce début d'été. Durant notre balade sur la plage, nous endurons polaire et coupe-vent.

Hier il a plu toute la journée et nous ne sommes sortis que pour faire les courses du Réveillon. Tout est hors de prix dans l'épicerie de Queenscliff. Le repas de ce soir ne sera pas inoubliable !
Echouées comme nous dans cette auberge du bout du monde, deux jeunes Québécoises, Fadoua et Anne-Laurence nous ont proposé de dîner ensemble. Nous commençons avec un "faux champagne" et quelques crackers graissés avec un pâté de foie australien et couverts avec une tranche de cheddar, LE fromage des Aussies ! Fraises et kiwis à la chantilly pour terminer. Je n'ose pas parler du reste. On l'a même accompagné d'un mauvais rouge.


Samedi 26 Décembre 2009 - De Queenscliff à Port Fairy dans le Victoria

La GREAT OCEAN ROAD serpente le long de la côte du Victoria à l'Ouest de Melbourne. Elle est surnommée le "grand serpent de mer de bitume". En partant de Torquay, à l'Est, on commence par longer quelques plages de surf, puis on traverse le parc national des OTWAY RANGES jusqu'à APPOLO BAY, ville très touristique.
Ensuite, sur une centaine de kilomètres autour de PORT CAMPBELL, s'étend une côte de falaises très découpée. On l'appelle la "côte des épaves" (Shipwreck Coast). Elle serait hantée par les fantômes des nombreux naufragés ayant péri au large. Le naufrage le plus célèbre est celui du LOCH ARD qui sombra en 1878, le dernier jour de sa traversée depuis l'Angleterre. Seuls deux passagers sur les cinquante-cinq survécurent : Eva et Tom, tous deux âgés de 20 ans. La presse leur inventa une idylle. En fait, Eva regagna rapidement l'Angleterre et Tom resta en Australie.
Ces falaises calcaires rose-orangé sont grignotées par le vent et la mer depuis des milliers d'années. Elles forment un ensemble fascinant de criques, de gorges, de grottes et d'arches … un peu comme à Etretat. L'érosion fait sans arrêt évoluer les paysages. Les fameux DOUZE APOTRES sont de belles et immenses colonnes de calcaire sur une grande plage recouverte à marée haute. Et bien les "douze" ne sont plus que six ! Régulièrement, une des colonnes s'écroule, vaincue par la mer qui lui sape inexorablement la base.
Le PONT DE LONDRES est un autre site qui a changé d'allure en 1990. L'arche qui le reliait au continent s'est effondrée.


Dimanche 27 Décembre 2009 - Port Fairy dans le Victoria

Guy est très enrhumé et fiévreux depuis hier soir. Nous passons la journée à l'auberge de Port Fairy. Elle affiche complet. Beaucoup d'Australiens sont là pour leurs vacances estivales.
Nous discutons avec Marshall que nous pensions Français car il le parle parfaitement sans aucun accent. En fait, il est Australien et enseigne le français. Il a vécu plusieurs mois en France quand il était assistant d'anglais dans un lycée du Sud-Ouest.
Pendant la préparation du dîner dans la cuisine commune, nous engageons la conversation avec une Chinoise de Hong Kong. Elle vit à Melbourne depuis 20 ans. Le jour du massacre de la place Tien An Men, elle a décidé avec son mari de quitter la colonie britannique avant que la ville ne redevienne chinoise. Nous rencontrerons d'autres chinois de Hong Kong installés en Australie.
Et puis il y a Bernard, un Français, jeune retraité, qui rêvait depuis ses vingt ans de visiter l'Australie. Il a osé partir seul et a prévu six semaines en Australie et trois autres en Nouvelle Zélande. Il nous raconte que ce départ pour un pays si lointain a été difficile. Il avait la peur au ventre surtout que ses ex-collègues ne l'avaient pas encouragé quand il avait parlé de ses projets. Bernard est notre compagnon de dortoir et il s'en va demain. En cette période de fêtes de fin d'année, nous n'avons pas réussi à obtenir une chambre pour nous deux.
Lisa et sa mère Beth le remplaceront demain. Il faudra laisser un des lits du bas à Beth qui ne veut pas grimper dans celui du haut. Elle a quatre-vingt-deux ans et a peur de se casser une jambe. Comme quoi, il n'y a pas de limite d'âge pour voyager et loger dans les auberges de jeunesse. Pas de chance pour nous : Lisa, qui n'a que cinquante ans, est une ronfleuse de première. La nuit sera difficile malgré les boules Quies.


Lundi 28 Décembre 2009 - Port Fairy dans le Victoria

TOWER HILL : Comme Guy se sent un peu mieux et nous allons jusqu'à Tower Hill. C'est un ancien cratère tout proche du bord de mer. Le site est le plus vieux parc national du Victoria. Depuis 1892, l'endroit est classé et protégé. Les animaux sauvages ont bien compris qu'ils pouvaient y vivre tranquilles et la faune abonde.
Nous commençons par faire le tour du cratère sur les hauteurs afin de profiter des points de vue sur l'intérieur et sur l'océan puis nous entrons dans le cratère. Une petite route va jusqu'au parking du centre des visiteurs qui recèle de beaux objets d'art aborigène. La dame de l'accueil est charmante. Charmante … et blanche, pas une goutte de sang aborigène dans les veines ! Ici aussi nous ne verrons pas de descendants des premiers habitants de l'Australie.
Nous craquons pour de beaux boomerangs bien décorés. C'est sûr ! Ce sont des boomerangs qui reviennent, des vrais, utilisés pour la chasse au petit gibier et aux oiseaux. Il en existe de beaucoup plus grands qui servaient à tuer les kangourous.
Nous ressortons de la boutique. Des émeus tournent autour des tables de pique-nique. Plus loin, le long de la route qui parcourt l'intérieur du cratère, une mère et ses deux petits se sauvent à notre approche. Par contre le koala que nous apercevons, ne bouge pas. Il est bien calé entre deux branches d'eucalyptus comme s'il regardait la télé dans un fauteuil confortable. Complètement zen !

PORT FAIRY et GRIFFITHS ISLAND : Le quai des pêcheurs et la marina sont bien à l'abri dans le petit fleuve qui traverse Port Fairy avant de se jeter dans le détroit de Bass. L'endroit est agréable et les flâneurs sont nombreux. A l'embouchure, un remblai relie la ville à l'île Griffiths, refuge pour les "Mutton Bird" oiseaux migrateurs qui viennent pondre et élever leurs petits ici et qui traversent tous les ans le Pacifique jusqu'au nord-ouest de l'Alaska et retour.


Mercredi 30 Décembre 2009 - De Port Fairy à Adélaïde, capitale de l'Australie Méridionale

Entre les couche-tard pas discrets, les ronfleurs, Beth, la mamie de quatre-vingt-deux ans qui s'est levée trois fois aidée par sa fille et les inévitables lève-tôt qui s'imaginent que tout le monde est matinal, nous avons mal dormi et nous étions debout de bonne heure. A 7h30 nous quittons Port Fairy pour Adélaïde. Nous avons six cents kilomètres à faire.

MOUNT GAMBIER : Un lac bleu remplit le fond du cratère du Mont Gambier qui s'élève, solitaire, au milieu d'une plaine de pâturages. La couleur de l'eau est étonnante.

COORONG NP : A partir de Kingston SE, la route longe pendant cent cinquante kilomètres le parc national de Coorong : stupéfiant paysage de dunes et de lagunes souvent asséchées et blanches de sel.

ADELAIDE : Le climat a changé par rapport à la région de Melbourne où le temps peut être très variable, même en été. C'est la canicule quand nous arrivons à l'YHA d'Adélaïde, grande auberge de jeunesse moderne et climatisée. Tant mieux car la chaleur est infernale. Il fait aussi très sec : 35 à 40% d'humidité !
La ville nous plaît ! Incroyable, n'est-il pas ? Elle est aérée avec de très larges avenues et seulement des petits immeubles. Pas de quartier avec gratte-ciel ! Quelques beaux bâtiments en centre-ville, de nombreux parcs et jardins publics et des rues calmes bordées de pavillons fleuris.


Jeudi 31 Décembre 2009 - Adélaïde en Australie Méridionale

Nous avons passé une très bonne nuit … même en dortoir de quatre. L'auberge est très bien insonorisée. Ce soir nous aurons une chambre double. Ce sera encore mieux.
Il fait aussi chaud qu'hier et nous ne sortons que pour faire les courses et le plein d'essence. Déjà 5 275 km depuis le départ de Brisbane il y a un mois et demi.

Dans la pièce commune de l'YHA, nous retrouvons avec plaisir Cédric et Pascal. C'est la troisième fois que l'on se croise. Ils profitent comme nous de la climatisation et pianotent sur leurs ordinateurs. Cette dernière journée de l'année 2009 sera calme et studieuse.

Après un dîner très ordinaire, nous commençons à parler avec un jeune couple de Belges, Sabine et Sébastien. Ils ont une trentaine d'années et ont démissionné de leurs boulots respectifs pour passer neuf mois en Australie. Ils ont un visa "travail-vacances" comme beaucoup d'autres et nous racontent leurs mauvaises expériences en Tasmanie.
Jusqu'à présent, nous n'avions entendu que des louanges de cette grande île située au sud-est du continent australien. Leur son de cloche est tout à fait différent. Ils n'ont pas beaucoup de sous et sont obligés de travailler pour manger et dormir. Or il se trouve que voyager en Australie coûte cher et qu'en Tasmanie c'est encore pire.
Ils se sont faits gravement exploiter pendant les deux semaines qu'ils ont passées là-bas. Ils n'ont pas eu le choix et ont du accepter de travailler huit heures par jour dans les champs uniquement pour le gîte et le couvert et, qui plus est, dans des conditions de confort et d'hygiène lamentables. Ils n'ont pas eu de chance car nous rencontrerons sur la côte Est de la Tasmanie un jeune Français très content de son job et de ses patrons.

Les jeunes sont sortis pour le feu d'artifice du Réveillon du Nouvel An et nous allons au lit de bonne heure car nous partons tôt demain matin pour "l'outback", autrement dit "l'arrière-pays". En Australie, l'arrière-pays est synonyme de "désert". Rien à voir avec nos vertes et riantes campagnes françaises !



Cinquième Partie : L'OUTBACK et le nord de l'état du VICTORIA
du 1er au 23 janvier 2010


Flinders Ranges NP (WilpenaPound) - Magnetic Hill - Broken Hill (Silverton et les mines) -
Mildura - Dimboola (Little Desert NP) - Natimuk (Mount Arapiles) -
Halls Gap (Grampians NP) - Daylesford et Hepburn Springs - Mount Macedon NP


Vendredi 1er Janvier 2010 – D'Adélaïde aux Flinders Ranges dans l'Australie Méridionale

Il fait vraiment très chaud et nous avons environ 500 km à faire vers le nord. L'air conditionné de la voiture rend l'atmosphère supportable.
Une fois sortis de l'agglomération d'Adélaïde, nous retrouvons le sentiment d'un pays immense et vide d'habitants. Pendant la première moitié du trajet nous longeons le Golfe St Vincent puis le Golfe Spencer en suivant la "Princess Highway" sur laquelle nous avons déjà fait plusieurs milliers de kilomètres. Des lacs asséchés et blancs de sel distraient l'œil qui trouve le paysage monotone et aride.
Ensuite nous quittons la côte pour monter au nord dans l'outback, l'arrière-pays désertique de l'Australie Méridionale. La route, incroyablement rectiligne, s'étend sur des dizaines et des dizaines de kilomètres sans qu'on ne croise quiconque. La végétation consiste en de petits buissons comme autant de taches vertes et poussiéreuses sur la terre rouge et sèche. Par moment, dans le creux d'un vallon, une ligne d'eucalyptus annonce une rivière : un "creek" comme on les appelle en Australie. Elles sont toutes à sec mais de la végétation et des branchages piégés par les arbres laissent imaginer des crues violentes emportant tout lors d'orages diluviens.

FLINDERS RANGES : Les derniers kilomètres pour atteindre l'auberge de jeunesse de Rawnsley Park Station se font sur de la piste. Ici, la YHA est au sein d'un camping et on nous donne un mobile home climatisé ce qui n'est pas du luxe vu la chaleur qui règne.
Il n'y a pas de réseau pour le téléphone portable, le réseau Internet Wifi du camping est en vrac et notre téléphone satellite donne des signes de fatigue. Nous avons le plus grand mal à récupérer nos mails et à téléphoner aux parents pour la bonne année.


Samedi 2 Janvier 2010 - Flinders Ranges dans l'Australie Méridionale

Il fait trop chaud pour marcher en plein soleil dans ce désert. Nous prenons donc la voiture pour parcourir les pistes carrossables du coin.

PUGILIST HILL est une colline à quelques kilomètres du massif montagneux de Wilpena Pound. Un aigle nous survole lentement. Il plane avec majesté ; son regard fixé sur le sol une centaine de mètres plus bas cherche une proie. Du sommet de la colline, la vue sur Wilpena Pound est à couper le souffle. Nous irons demain matin à la fraîche escalader ses flancs.

ARKAROO ROCK : Nous marchons pendant une heure dans le bush pour voir des peintures aborigènes. Il fait si chaud qu'une bouteille d'eau y passe pour nous désaltérer. Nous croisons un guide, blanc, qui emmène des touristes sur le site sacré aborigène. Même ici, dans le désert les premiers habitants de ce pays sont absents et ce sont des descendants de colons qui font visiter les lieux et qui donnent les explications sur les mœurs et coutumes de ce peuple dont les origines remontent à soixante mille ans.
Quelques motifs stylisés sont peints sur la roche, à l'abri dans une semi-grotte. On y voit des cercles concentriques, des lignes  et d'autres dessins abstraits qui seraient des cartes avec des indications de pistes dans le bush et de points d'eau. Certaines peintures racontent des histoires mais nous ne savons pas les décoder. Les grandes fresques rupestres de la Grotte de Lascaux sont plus réalistes et plus faciles à comprendre pour un non-initié.

SACRED CANYON : Pour atteindre le Canyon Sacré, nous roulons pendant treize kilomètres sur une piste au milieu de bois très aérés. C'est curieux car il n'y a pas de sous-bois. Le sol est propre, comme nettoyé. Il est recouvert d'une herbe rase et bien tondue par les kangourous qui interrompent leur déjeuner pour nous regarder passer un peu comme les vaches regardent les trains.
Nous parvenons à l'entrée d'un petit canyon. Au départ c'est assez large pour que de vénérables eucalyptus s'y épanouissent. Leurs énormes troncs torturés nous fascinent. Certains sont noirs car ils ont brûlé. L'eucalyptus résiste merveilleusement bien au feu. Le feuillage part en fumée et quelques semaines plus tard, à la faveur d'une bonne pluie, tout repart.
Les parois rocheuses du canyon se resserrent et nous arrivons au bout. Quelques pétroglyphes aussi incompréhensibles pour nous que les peintures rupestres d’Arkaroo Rock couvrent les rochers.


Dimanche 3 Janvier 2010 - Flinders Ranges dans l'Australie Méridionale

RAWNSLEY BLUFF TRACK : Levés à 6h30 pour grimper au sommet de Wilpena Pound, nous réussissons le tour de force de verrouiller le mobile home en laissant les clefs à l'intérieur. Reste à espérer que le gardien du camping ait un double. Nous patientons à l'extérieur jusqu'à 7h avant de le déranger pour qu'il nous ouvre la porte.
A 8h nous sommes au début du sentier. Il grimpe sur les flancs du Wilpena Pound jusqu'au point de vue de "Rawnsley Bluff". Rawnsley était un aventurier qui s'est fait passer pour un ingénieur topographe. La supercherie, autrement dit son "bluff", dura trois mois en 1858. Rawnsley s'est fait virer mais il a donné son nom au gigantesque cairn qui a été élevé au sommet de la falaise et qui a permis d'effectuer les relevés nécessaires à la cartographie de la région. Il y a sûrement un jeu de mot anglais avec "bluff" qui signifie également "falaise" car les parois extérieures du Wilpena Pound sont quasi verticales.
Il fait encore relativement frais. Les kangourous broutent un peu partout et se sauvent quand on approche trop près d'eux. Terre rouge, roches de grès rose, petits arbustes et des eucalyptus géants dans les creeks à sec … Nous aimons ce paysage !
Arrivés au pied de la falaise, le sentier qui était large et confortable se fait raide et escarpé : pas facile, même avec de bonnes chaussures. D'ailleurs les kangourous, pas fous, n'y sont plus.
L'effort est récompensé par la vue sur les plaines environnantes. Elles sont surmontées par d'autres montagnes comme Wilpena Pound qui doit sa célébrité à sa forme très particulière. On dirait un cratère pourtant son origine n'est pas volcanique : c'est un synclinal. Joli mot technique pour un géologue ! Pour faire simple, il y a très très longtemps, un plissement de terrain a fait onduler les couches géologiques qui étaient auparavant horizontales. Les couches molles parvenues à la surface se sont érodées et il ne reste plus que cette couronne de grès dur entourant une vallée en creux.
Le sentier si raide et si essoufflant à la montée devient une torture à la descente pour la cheville de Guy et mon genou. Puis nous retrouvons le large sentier et les kangourous qui ont terminé leur repas et qui font une bonne sieste à l'ombre. Nous en profitons pour les approcher de plus près mais ils finissent par se lever et faire quelques bonds pour garder une distance qu'ils doivent estimer minimale entre eux et nous.
Il fait chaud, 38°C à l'ombre ! Les mouches qui dormaient, frigorifiées au petit matin, sont maintenant au meilleur de leur forme. Il est temps de rentrer à l'abri dans le mobile home climatisé.


Lundi 4 Janvier 2010 - Flinders Ranges dans l'Australie Méridionale

BRACHINA GORGE : Pas de marche aujourd'hui mais de la voiture sur les pistes des Flinders Ranges. Certaines sont en très mauvais état, surtout dans les creeks à sec où l'eau ravine le sol pendant les pluies orageuses. Les eucalyptus qui y poussent sont incroyables de puissance et de majesté. Leurs troncs énormes, noueux et torturés sont autant de défis à la violence des crues qui inondent régulièrement ce désert. Nous sommes au pays des extrêmes.
Nous traversons des paysages très différents et parfois spectaculaires comme les gorges de Brachina où la piste défoncée se faufile entre les parois verticales de la montagne. C'est là que nous surprenons des émeus, ces cousins australiens des autruches au regard si inquiétant. Un peu plus loin un aigle plane. Ne parlons pas des kangourous ! Nous en voyons tellement que bientôt, ils ne nous feront pas plus d'effet que des vaches dans une prairie normande.


Mardi 5 Janvier 2010 - Des Flinders Ranges à Broken Hill dans la Nouvelle Galle du Sud

A regret, nous quittons les Flinders Ranges. Jusqu'à présent, c'est l'endroit que nous avons préféré en Australie. Pendant les deux premières heures, nous roulons vers le sud en croisant cinq voitures seulement dans cette grande plaine semi-désertique ponctuée de temps en temps par des collines.

MAGNETIC HILL : Entre Orroroo et Peterborough, un peu à l'écart de la grande route, il y a une colline extraordinaire. Quand on arrive sur la piste en bas de la pente, on freine, on coupe le moteur et on lâche le frein à main. Doucement mais sûrement, la voiture se met à avancer et à monter vers le sommet. Oui ! Vous avez bien compris : sans l'aide du moteur, la tonne de ferraille grimpe inexorablement à l'assaut de Magnetic Hill.
Nous avions déjà vécu ce phénomène surprenant à l'Île de Pâques. Les guides touristiques expliquent ça par une anomalie magnétique locale qui agit comme un aimant et attire la masse métallique de la voiture vers le haut défiant Sir Isaac Newton et les lois de la pesanteur.
Mais soyons sérieux ! Nous sommes victimes d'une illusion d'optique absolument géniale. Nous avons vraiment l'impression que nous montons alors que c'est le contraire. Il y a des centaines de lieux du même genre de part le monde.

Après Peterborough, nous prenons "The Barrier Highway", cette route droite qui ne s'offre jamais la fantaisie du moindre virage et qui traverse le désert vers l'Est jusqu'à Broken Hill, notre prochaine destination.

BROKEN HILL est une grande ville de vingt mille habitants qui a poussé dans le désert de l'outback australien. Elle est née suite à la découverte de filons d'argent par Charles Rasp en 1885. Très vite, Rasp fonda une compagnie d'exploitation du précieux minerai, compagnie qui devint rapidement un géant international. Il n'y a pas eu de petits prospecteurs dans la région de Broken Hill.
Au fond des mines, on trouva aussi du plomb et du zinc. Les conditions de travail y étaient catastrophiques. Le forage à sec engendrait des poussières pathogènes et les mineurs mouraient par centaines de saturnisme et de maladies pulmonaires quand ils échappaient aux éboulements des galeries. En 1919-1920 un grand mouvement syndical les unit dans une longue grève de dix-huit mois. Les affrontements furent violents et de nombreux mineurs payèrent de leur vie cette lutte contre la compagnie et son désir de profit. Finalement les grévistes obtinrent la semaine de trente-cinq heures et la fin du forage à sec.

Broken Hill est donc un grand centre urbain perdu dans le désert du nord-ouest de la Nouvelle Galle du Sud. C'est ici qu'on trouve le service des "docteurs volants". Les fermes isolées à des dizaines ou des centaines de kilomètres du premier centre de soin peuvent communiquer par radio avec les médecins volants qui se déplacent en avion quand leur présence est nécessaire. Il y a aussi "l'école de l'air" qui propose aux enfants vivant dans des zones isolées, des cours par correspondance et par radio. L'instituteur passe parfois les voir d'un petit coup d'aéroplane.


Mercredi 6 Janvier 2010 - Broken Hill dans la Nouvelle Galle du Sud

DAY DREAM MINE : A vingt kilomètres au nord-ouest de Broken Hill, après plusieurs kilomètres de piste rouge et poussiéreuse, on parvient à la mine d'argent désaffectée de Day Dream. Elle a été exploitée pendant une centaine d'années jusqu'en 1980 environ. Le site, en plein désert, est d'une beauté surprenante. Comment des hommes ont-ils pu survivre ici et y travailler dans des conditions dramatiques. Pas un arbre, une chaleur infernale l'été et à peine plus supportable l'hiver.
Si vous voulez avoir une idée du paysage sachez que Mad Max 2 avec Mel Gibson a été tourné non loin d'ici.

On visite l'intérieur de la mine équipé comme un mineur. A l'entrée, on nous fait payer $25 au lieu des $15 annoncés dans le Lonely Planet 2008 soit 66% d'augmentation en deux ans. Partout en Australie, nous aurons l'impression de nous faire arnaquer. Tout est très cher. Le voyageur, comme le touriste, est pris pour un pigeon et on en a rarement pour son argent. Ce sera encore le cas ici, dans la mine.
Le guide, bien plouc et rustre comme on ne peut pas imaginer, parle avec un accent absolument incompréhensible. Un Australien de Darwin fait la visite avec nous. Il nous sert d'interprète en nous traduisant le charabia en anglais intelligible mais lui-même ne comprend pas tout.
La visite est inintéressante et le guide semble ne pas aimer les Européens. Ça revient sans arrêt dans son discours sans qu'on comprenne le rapport avec la mine. Bref c'est trop cher pour ce qu'on nous montre. Par contre la piste jusqu'au site vaut vraiment le coup.

SILVERTON : Un peu plus loin nous pénétrons dans la ville presque fantôme de Silverton …
Silver Town ! La ville de l'argent !
Les mines ont été tellement rapidement pillées qu'elles ont fermé et Silverton a perdu sa population. Il reste une cinquantaine de personnes dans ce village vanté dans les dépliants touristiques où les photos des bâtiments restaurés sont alléchantes.
Mais la réalité est décevante. L'ensemble est mal mis en valeur et des baraques en tôles, genre bidonville, gâchent la vue. Les photos étaient bien cadrées et cachaient la misère. Nous ne descendons même pas de voiture.


Jeudi 7 Janvier 2010 - Broken Hill dans la Nouvelle Galle du Sud

Broken Hill s'est taillé une réputation de ville d'art en Nouvelle Galle du Sud. Il y a plusieurs galeries de peintures et de sculptures dans la cité ; elles abritent les œuvres des artistes locaux.
En 1993 une douzaine de sculpteurs internationaux ont travaillé en haut d'une colline, à quelques kilomètres de Broken Hill en plein désert. Chacun d'eux avait un énorme bloc de grès rose à tailler selon son inspiration. Il leur a fallu plusieurs semaines pour terminer leurs chef-d'œuvres. Aucune des sculptures ne nous émeut vraiment. Par contre elles dominent la plaine désertique depuis le sommet de cette colline dénudée et aride et c'est l'ensemble, intégré dans le fantastique paysage de la région de Broken Hill, qui nous touche. Nous y sommes en plein midi, en plein soleil alors qu'il fait 40°C à l'ombre. Le site est encore plus beau le soir quand les rayons rasants du soleil illuminent les sculptures d'une chaude lumière.
Il y a quand même un truc qui casse la magie des lieux : un monolithe noir aussi grand que les œuvres d'art s'élève entre deux d'entre elles. Nous nous demandons quel est cet intrus dans ce décor minéral de grès rose et poussiéreux. Je vous le donne en mille ! C'est un repère visuel pour les besoins de la topographie ! Une horreur toute noire plantée là et qui gâche l'ambiance. Ce n'est pas la première fois que nous sommes surpris par l'esthétique australienne. Elle est très différente de nos goûts européens et nous n'apprécions pas souvent.

D'ailleurs ça continue dans le Sanctuaire du Désert Vivant juste à côté. Des plantes ont été regroupées dans ce jardin botanique. Même si ce sont des plantes et des arbustes vivant habituellement dans des zones très arides, il faut les arroser pour qu'elles ne crèvent pas. C'est là que le bât blesse ! Des dizaines de tuyaux d'arrosage sont bien en évidence partout. C'est très laid ! En plus comme c'est le seul endroit où il pousse un peu quelque chose, il a fallu protéger les arbustes maigrichons de l'appétit des kangourous. Ce fut fait simplement, avec efficacité mais sans se soucier de l'esthétique. Une barrière électrifiée, suffisamment haute, empêche les marsupiaux à ressorts de passer du vrai désert désertique au faux désert si alléchant avec ses plantes croquantes à souhait.


Vendredi 8 Janvier 2010 - Broken Hill dans la Nouvelle Galle du Sud

WHITE'S MINE : Puisque nous sommes dans la ville qui doit sa prospérité aux mines d'argent, de plomb et de zinc, nous allons au musée de la Mine et des Minerais. Vu de l'extérieur, c'est un hangar couvert avec des tôles devant lequel tout un bric-à-brac est entassé. Nous pénétrons à l'intérieur. Une petite et grosse dame au regard triste nous conduit dans la première salle décorée comme le fond d'une mine. Elle nous fait asseoir devant un écran et nous dit qu'elle reviendra nous chercher dans dix-huit minutes à la fin du DVD. Le film retrace l'histoire de la mine et de la ville. Malheureusement sa qualité cinématographique égale sa qualité technique ! Pas terrible en fait !
La dame triste nous rejoint et commence à réciter un topo qu'elle a du dire des centaines de fois. Comme support à ses explications, elle nous montre les tableaux qui couvrent les murs. Ce sont des représentations naïves de Broken Hill et de la vie au fond de la mine autrefois et de nos jours. Elles sont faites avec des poussières de minerai de différentes couleurs collées sur une toile. Il y en a des centaines du même artiste local et ex-mineur dans les deux salles du musée : certaines sont à vendre. Une production incroyable, quasi obsessionnelle ! Des maquettes représentant l'activité minière sont dans le même style. Le nom de famille de l'artiste est le même que celui des tableaux. Un frère peut-être ?
Le discours de la dame est aussi triste que sa voix et que sa mine. Pour résumer, la vie des mineurs était terrible. Beaucoup d'entre eux sont morts étouffés dans les éboulements ou tués par les maladies pulmonaires dues aux poussières pathogènes. Depuis les progrès techniques de l'extraction, on ne meurt plus de la mine … mais on n'y travaille de moins en moins. Les prix australiens sont devenus moins compétitifs et puis le sous-sol a été tellement pillé que l'exploitation touche à sa fin. La petite dame a donc de bonnes raisons pour être si dépressive. Elle oublie de nous parler de la grande grève de dix-huit mois à l'issue de laquelle les mineurs obtinrent la semaine de trente-cinq heures et la fin du forage à sec en 1920. Ça nous semble pourtant une étape importante de l'amélioration des conditions de travail !
Le musée et la dame-guide donnent l'impression d'une collection de souvenirs personnels. C'est très amateur et vraiment touchant. En Europe je ne pense pas qu'on appellerait ça "musée". Mais peu importe !
Il reste une dernière salle à parcourir. Son contenu n'a rien à voir avec l'univers minéral. On y trouve des centaines de poupées anciennes et des ours en peluche. Les poupées sont belles et habillés avec soin.
En sortant, Guy dit à la dame triste que les poupées sont magnifiques. Son regard s'anime. Elle nous offre un joli sourire : le premier depuis notre arrivée. Les poupées viennent de sa collection. Elle en a trop chez elle alors elle en a apporté au musée pour les exposer. C'est elle qui a créé et cousu les vêtements : le travail de toute une vie. Elle en est très fière.

De retour à l'auberge de jeunesse, nous déjeunons une dernière fois avec Bernard qui part ce soir par le train pour Sydney. Fini le vélo ! Car il faut préciser que Bernard est arrivé de France en novembre avec son vélo et ses quarante kilos de matériel. Il est parti de Brisbane, comme nous, il a suivi la côte Est puis longé la côte Sud jusqu'à Adélaïde où nous l'avions croisé rapidement. Puis il est allé directement à Broken Hill tandis que nous faisions le détour par les Flinders Ranges. Seulement, lui, il l'a fait à vélo en plein cagna alors que nous étions dans une voiture climatisée. Tous les trois à quatre jours, il s'arrêtait dans une auberge de jeunesse. Entre deux lits confortables, il dormait sur les tables de pique-nique des aires de repos. En Australie elles sont bien équipées. Il y a des toilettes et des points d'eau ainsi que les inévitables barbecues au gaz sur lesquels il réussissait même à faire du café.


Samedi 9 Janvier 2010 - De Broken Hill à Dimboola dans le Victoria

Pour rejoindre Mildura à trois cents kilomètres au sud de Broken Hill, nous prenons le chemin des écoliers. La route goudronnée devient vite une piste et la voiture y soulève d’énormes nuages de poussière.

Mildura est une région de vignobles et de vergers qui surgissent devant nos yeux après des centaines de kilomètres dans le désert. Les terres, vignobles compris, sont copieusement arrosés avec l'eau pompée dans la fleuve Murray, un des grands cours d'eau en Australie. Phénomène connu partout dans le monde, cette surexploitation a entraîné une salinisation dramatique des sols. Ça n'a pas l'air de préoccuper les compagnies et les banques qui détiennent vergers et vignobles. On continue à arroser sans discernement !

Nous continuons vers le sud. La route traverse un paysage monotone : d'immenses champs de blé et, de loin en loin, des silos à grains pendant les trois cents kilomètres que nous faisons encore jusqu'à Dimboola. On se croirait en Beauce à la fin de l'été.

DIMBOOLA : Pas d'auberges de jeunesse autour de Dimboola. Nous trouvons un mobile home dans une ferme au bord de la rivière Wimmera. Il paraît que cette rivière a été à sec pendant cinq ans. Depuis septembre dernier, l'eau y coule à nouveau.
Le mobile home est vieillot et sale. La climatisation rafraîchit à peine l'air brûlant. La fermière nous le fait à $66 la nuit. C'est abominablement cher pour ce que c'est mais nous sommes fatigués et nous n'avons pas vraiment le choix.
Nous pénétrons dans la maison principale pour régler notre dû. De l'extérieur, on entre directement dans la cuisine familiale. Une horreur de saleté et un capharnaüm pas possible ! La fermière nous retient car elle est toute contente de nous savoir Français. Elle nous montre des photos du mariage de son fils et de la mariée, toute de blanc vêtue, posant au pied de la Tour Eiffel et de Notre-Dame. Son accent australien nous a empêché de bien comprendre pourquoi des Australiens sont allés se marier en Suisse et passer leur nuit de noce à Paris. Pas grave ! Elle est ravie et sera charmante avec nous pendant les deux jours que nous passerons dans sa ferme.


Dimanche 10 Janvier 2010 - Dimboola dans le Victoria

Plus de 40°C !
Nous nous contentons d'un tour en voiture sur les pistes du parc national de LITTLE DESERT le long de la rivière Wimmera. Nous dérangeons un couple d'émeus qui s'y baigne. Plus loin deux kangourous traversent le chemin juste devant la voiture.

De retour dans le mobile home mal climatisé, nous survivons le reste de la journée en prenant des douches froides toutes les heures. Nous tentons vainement d'exterminer sans succès les insectes bizarres qui ont envahi les rideaux sales et qui tombent sur le lit. Ce soir, il va falloir dormir planqués sous les draps malgré la canicule.

En début de soirée, la fermière vient nous prévenir que tous les parcs nationaux du district seront fermés demain. La météo prévoit 43°C et un fort risque d'orages secs. Il se trouve que l'an dernier, deux cent cinquante personnes sont mortes brûlées vives dans leurs voitures. Il faisait 48°C et des orages secs avaient allumés des feux un peu partout. Les incendies, attisés par le vent, s'étaient propagés rapidement, transformant des zones entières en pièges.
Les autorités ne veulent pas une nouvelle catastrophe. Elles ont donc ordonné la fermeture de tous les parcs nationaux et l'interdiction totale d'allumer le moindre feu. On conseille à la population de quitter le bush et de se réfugier dans les villes.

Voilà qui risque de changer notre programme. Nous avions réservé pour demain soir une chambre dans l'auberge de jeunesse d'Halls Gap, village situé en frontière de la zone interdite. Il paraît que les campings et les hôtels du village ont été évacués.


Lundi 11 Janvier 2010 - De Dimboola à Halls Gap dans le Victoria

Nous quittons la ferme vers 9h. Il fait déjà très chaud et le vent s'est levé. Si un feu se déclare, il sera incontrôlable.

MOUNT ARAPILES NP : La piste directe qui mène au parc national des Monts Arapiles traverse un autre parc. Elle doit être fermée. Il faut faire le détour par la ville d'Horsham.
Le massif montagneux est posé là, au milieu de la grande plaine céréalière d'Horsham. Les falaises ocres des Monts Arapiles sont impressionnantes mais pas moyen d'aller au pied. La route est barrée par une pancarte de "Total Fire Ban". Pas le droit d'entrer. Pas le droit de faire du feu.

Nous retournons donc à la ville puisqu'on ne peut rien faire d'autre. Il va falloir trouver des endroits climatisés pour attendre 15h, heure à laquelle nous pourrons téléphoner à l'YHA d'Halls Gap pour savoir si l'auberge est ouverte ou pas.
Nous commençons par le centre commercial dont nous faisons vite le tour. C'est l'heure de déjeuner : direction "MacDo". Nous prenons notre temps pour manger puis nous tentons de nous connecter à Internet. La pub "MacDo" clame partout que la zone WiFi de leurs fast-food est gratuite. Pendant deux heures nous faisons des essais. La connexion tient quelques secondes et s'interrompt. Bernard, le cyclo-voyageur, nous avait bien dit que la pub était mensongère en Australie. Ailleurs on ne sait pas.

Vers 15h nous appelons l'auberge de jeunesse. Super ! Elle est restée ouverte. Le temps de faire des grosses courses pour la semaine que nous passerons là-bas et nous nous rendons à Halls Gap par Stawell car la route directe traverse le parc national des Grampians et elle est fermée.
Cette YHA est la mieux de toutes celles où nous avons séjourné. Construite écologiquement il y a dix ans, elle est belle, propre et bien pensée.
Il fait plus de 40°C dehors et on a une réelle impression de fraîcheur à l'intérieur. Pourtant l'auberge n'est pas climatisée.
Il n'y a que deux ou trois clients. Tous les autres, craignant les incendies possibles, ont fui hier soir ou ce matin.
Nous retrouvons avec bonheur Sabine et Sébastien, les deux jeunes belges croisés à Adélaïde. Ils logent gratuitement en dortoir en échange de deux heures de travail dans l'YHA le matin. Ils ont en plus trouvé des petits boulots payés au noir $15 de l'heure dans les restaurants du village.


Du mardi 12 au lundi 18 Janvier 2010 - Halls Gap (Grampians NP) dans le Victoria

GRAMPIANS NP : Comme les Monts Arapiles, le massif des Grampians avec ses falaises et ses à-pic spectaculaires s’élève au milieu d’une morne plaine céréalière. Des canyons, des lacs, des vallées inexplorées défendues par une végétation tropicale et dense, des cascades et des sommets escarpés s’étendent sur cent kilomètres de long et cinquante de large. Le massif des Grampians est grand. Chaque vallée offre une vue différente et aussi belle que sa voisine. Les points de vue au sommet des falaises donnent le frisson. Trois ou quatre cents mètres plus bas commence la plaine où l’on aperçoit de-ci de-là des villages.

Dès le lendemain de la fameuse journée qualifiée de risque « extrême » par les autorités australiennes, le ciel se couvre et il se met à pleuvoir. Le risque d’incendie devient donc « faible » et la pluie rafraîchit un peu l’air ambiant. A noter qu’il n’y a pas eu un seul départ de feu le jour fatal du « Total Fire Ban ». Tant mieux !

Nous profitons un maximum des sentiers de randonnées écumant ainsi tous les sites possibles du parc national. Suivant l’exposition au soleil, aux vents dominants, suivant l’altitude ou la qualité de la terre, le paysage change radicalement.
Dans une vallée étroite, un torrent s’apaise et remplit paresseusement les VENUS BATH, des piscines naturelles au bord desquelles les pierres plates invitent au bain de soleil.
On parvient à GRAND CANYON après une montée dans un univers de plus en plus minéral. Il se prolonge par une autre gorge tellement étroite qu’il faut par endroit s’y faufiler de profil. On débouche aux PINNACLES, en haut de la falaise, les formations rocheuses y sont surprenantes. La vue sur la vallée juste en dessous donne le vertige.
Au plus profond des vallons encaissés et à l’abri des grands eucalyptus, des petits torrents donnent aux fougères arborescentes toute l’humidité dont elles ont besoin.
Les chutes des MACKENZIE FALLS sont d’une élégance rare. L’eau court le long de la paroi, vraie dentelle aquatique, avant de tomber dans un petit lac.
La cascade de SILVERBAND est étonnante. L’eau tombe sur un tas de cailloux et y disparaît. Nul lac, nul cours d’eau au pied des chutes. C’est sec ! L’eau est avalée par le sol.
Les Grampians regorgent de vie animale. Chaque promenade nous gratifie de rencontres avec des émeus, des wallabies et des kangourous.

Notre séjour à Halls Gap ce sont aussi les longues conversations avec Sabine et Sébastien le soir à la veillée. Ils ont l’âge de nos enfants mais l’expérience du voyage nous rapproche et, du coup, nous avons plein de choses à nous dire.

BRAMBRUCK CULTURAL CENTRE : Notre séjour à Halls Gap c'est surtout la visite du centre culturel de Bambruck. Elle nous marque profondément et nous choque jusqu'à la nausée.
Une exposition sur le sinistre passé colonial de l'Australie nous apprend l'abominable génocide. Les Aborigènes, après plus de 40 000 ans de présence sur les terres de ce grand continent austral, ont été décimés en moins de deux siècles par les occupants de la Couronne Britannique. Leur culture a été anéantie. Ce génocide fut doublé d'un ethnocide.

Nous réalisons que depuis deux mois, nous en sommes à plus de sept mille kilomètres sur les routes australiennes et nous venons de croiser dans le centre culturel un Aborigène, le cinquième ! Les quatre premiers faisaient la manche en jouant du didjeridoo sur les quais de Sydney. Au cours de la suite de notre périple, nous n'en verrons pas d'autres.

Sur les affiches de l'exposition, nous découvrons une carte de l'Etat du Victoria où sont recensés les massacres connus des tribus. On apprend qu'hommes, femmes et enfants étaient tués, les uns par armes à feu, les autres noyés ou empoisonnés. Empoisonnés ! Vous avez bien lu ! Inconcevable ! Nous avons du mal à y croire mais c'est pourtant la réalité brute et froidement chiffrée.
On apprend aussi que des dizaines de milliers d'enfants aborigènes ont été arrachés à leurs parents sur ordre du gouvernement entre 1910 et 1970 pour être placés dans des institutions anglaises et intégrés de force à la civilisation anglo-saxonne et protestante. Si nous étions nés Aborigènes, Guy et moi, nous aurions été séparés de notre famille pour être élevés dans la plus grande tradition britannique afin de devenir de "bons petits anglais". Cette honteuse politique d'assimilation s'est terminée en 1970. 1970, c'est la fin du XXème siècle. 1970 c'était hier !

Avant d'atterrir en Australie, nous rêvions et nous avions plein d'images d'Epinal en tête.
Pour nous, l'Australie c'était des animaux bizarres. Ça c'est vrai ! Et nous en avons vu autant comme autant.
Pour nous, l'Australie c'était aussi d'immenses territoires vides et d'autres complètement désertiques. C'est vrai aussi. L'Australie est un pays grand comme quatorze fois la France, mais il y a trois fois moins d'habitants que chez nous.
Mais surtout, pour nous,  l'Australie c'était la promesse de rencontres avec le peuple le plus ancien ayant jamais existé sur Terre : les Aborigènes. Et là, nous avions tout faux !
Savez-vous que l'homme de Mungo, découvert au bord du lac Mungo, dans le Sud de la Nouvelle-Galles du Sud, est un Australien autochtone qui aurait vécu il y a environ 40 000 ans, au Pléistocène ? Il avait été enterré avec un cérémonial funéraire. On a trouvé près de lui des outils en pierre, des os de wombats et de kangourous géants. La civilisation aborigène a donc plus de 40 000 ans. Ce peuple vivait de la chasse et de la cueillette. Les Aborigènes ont un rapport avec la terre très différent de notre conception occidentale. Ils n'étaient pas des cultivateurs. Ils disent que la terre ne leur appartient pas mais que ce sont eux qui appartiennent à la terre. Selon leurs mythes fondateurs, des créatures géantes sont sorties de la terre, de la mer ou du ciel et ont créé la vie et les paysages australiens. Les esprits de leurs dieux sont restés dans la terre, la rendant sacrée à leurs yeux.

Et là, devant les panneaux de l'exposition, nous tombons de haut, de très haut … et ça fait mal. Notre rêve aborigène devient un cauchemar. Nous ne savions pas ! Le génocide des Aborigènes est un génocide très récent qui fut longtemps caché, puis à peine évoqué en 1997 dans le rapport gouvernemental sur les « générations volées » pour être oublié ensuite.
Nos images d'Epinal de l'Australie se ternissent. D'autant plus que d'autres incidents, d'autres anecdotes dont je parlerai peut-être une autre fois, nous laissent une impression d'insécurité et de malaise.


Mardi 19 Janvier 2010 – De Halls Gap à Daylesford - Hepburn Springs dans le Victoria

Vers 16h nous sommes à l’YHA de Hepburn Springs. L’office est fermé. En attendant, nous rangeons nos provisions dans la cuisine puis nous patientons dans le salon. Cette auberge de jeunesse n’est pas entretenue, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Le ménage n’est pas fait, les toiles d’araignées décorent les plafonds et la poussière couvre les étagères. Quant à la cuisine, c’est sale. La poubelle déborde, l’évier n’est pas plus nettoyé que la cuisinière noire de graisses brûlées. Quel contraste avec la belle YHA d’Halls Gap que nous venons de quitter !
Quatre jours et quatre nuits à passer dans cette crasse avant de rejoindre Melbourne où nous prendrons le ferry pour la Tasmanie dimanche matin.

HEPBURN SPRINGS et DAYLESFORD forment une même agglomération. Elles ont la tristesse et la mélancolie des stations thermales peu fréquentées sans en avoir le charme désuet. Seul le paisible jardin botanique qui domine la ville rappelle les villes de bains où on prenait les eaux au XIXème en Europe. Les arbres ont plus de cent ans et leur majesté en impose aux promeneurs.


Sixième Partie : La TASMANIE et le retour sur Pro’s Per Aim
du 24 janvier au 20 février 2010

Melbourne – Devonport- Deloraine – Stanley (The Nut) –Cradle Mountain
Liffey valley – Great Lake – Bridport – St Helens – St Marys
Douglas Apsley NP – Freycinet NP (Coles Bay) – Hobart – Geeveston
Southport – Tasman Peninsula – Launceston


Dimanche 24 Janvier 2010 – De Melbourne dans le Victoria à Devonport en Tasmanie

Cette nuit, nous avons dormi dans l’YHA de Melbourne car il faut être à l’embarquement du ferry pour la Tasmanie à 8h au plus tard.
Nous ne prenons pas de risque et nous quittons l’auberge à 7h. Le GPS nous guide sans problème, d’autant plus que nous avions fait le repérage fin décembre en passant à Melbourne pour la première fois. Ce bidule électronique nous fait sûrement prendre un raccourci car il n’y a aucune pancarte signalant le terminal du ferry sur la route que empruntons. En vingt minutes, nous sommes au dernier rond-point et nous découvrons l’interminable file de véhicules qui vient de notre gauche. Ils ont du suivre les grands axes, ceux avec les pancartes, et nous voilà devant tout le monde grâce aux règles de priorités sur les ronds-points.
Les services de sécurité vérifient l’intérieur des coffres et des capots de tous les véhicules puis nous avançons au pas vers l'énorme ferry. Des centaines de voitures, des 4x4, des camping-cars attendent comme nous. L'embarquement est très organisé et très professionnel. A la guérite, nous tendons nos passeports et on nous donne immédiatement nos billets. La réservation a été faite par Internet ; nous y avions précisé nos numéros de passeport et l'immatriculation de la voiture. Nous sommes donc déjà enregistrés, fichés et tout va très vite.
Les voitures pénètrent une à une au plus profond du ventre du monstre. Puis les passagers les laissent dans le noir des cales, prennent leurs bagages à main et se dirigent vers l'air libre et la lumière.

Il faut une heure et demie pour traverser la grande baie de Melbourne du nord au sud et rejoindre la haute mer du détroit de Bass. L'étroit passage de sortie au niveau de Queenscliff est impressionnant. L'eau bouillonne en d'énormes marmites. Des vagues droites et déferlantes font tanguer et rouler le ferry. Pourtant, aujourd'hui, le vent est léger et il n'y a pas de mer.
Tout se calme quelques minutes plus tard. Les sept-huit heures de traversée qui suivent jusqu'à Devonport se font sur une mer plate. Nous avons de la chance car le détroit de Bass a fort mauvaise réputation.

A Devonport, le ferry remonte la rivière sur plusieurs centaines de mètres avant d’accoster. Nous débarquons enfin sur le sol de la mythique Tasmanie.

Le premier Européen à avoir posé le pied en Tasmanie n'est autre que le célèbre navigateur hollandais Abel Tasman. Il la baptisa du nom du gouverneur de la Compagnie Hollandaise des Indes de l'époque. C'était en 1642. Ce n'est qu'à partir de la fin du XVIIIème siècle que l'île fut abordée régulièrement par les blancs et qu'elle devint une terre de bagne pour l'Angleterre. En 1850, la moitié des occupants blancs était des condamnés. Le dernier convoi pour le bagne arriva en 1856. Cette année là, deux cents ans après le passage d’Abel Tasman, l’île prit le nom de Tasmanie dans le but de faire peau neuve et de se débarrasser de sa réputation pénitentiaire.

L’histoire de la Tasmanie n’a pas commencé en 1642 avec Abel Tasman. Les Aborigènes y étaient présents depuis 40 000 ans. Il serait facile d'oublier les premiers habitants de la Tasmanie parce qu'ils ont été exterminés par les colons anglais jusqu'au dernier. Il n’y a plus un seul représentant de cette ethnie depuis 1876.
Il reste malgré tout des Tasmaniens avec un peu de sang aborigène. En effet, au début du XIXème, des blancs, chasseurs de phoques, achetèrent des femmes indigènes et s'installèrent sur les îles du détroit de Bass. Je ne sais pas s'ils s'aimèrent mais ils eurent beaucoup d'enfants. L’existence de cette communauté métissée rappelle aujourd'hui le tragique passé colonial de la Tasmanie.



Lundi 25 Janvier 2010 – De Shearwater à Deloraine en Tasmanie

La Tasmanie est une grande île de trois à quatre cents kilomètres de diamètre. Située au sud-est du continent australien, elle est sur le passage des terribles vents des 40èmes Rugissants. Même en été, il y a des jours où le polaire et le coupe-vent sont nécessaires, surtout à l'ouest de l'île puisque que c'est la côte exposée aux vents dominants. Le climat de la côte Est est plus doux et moins humide.

STANLEY et THE NUT : Ce premier jour est décevant. On nous avait fait des descriptions absolument extraordinaires de la Tasmanie et nous en attendions trop. Les paysages que nous parcourons le long de la côte nord jusqu’au point le plus à l’ouest de l’île ne nous scotchent pas d’admiration. En fait, seul le village de Stanley et son rocher surnommé « The Nut » valent le détour. Stanley est au bout d’une presqu’île dénudée et battue par les vents glacés du détroit de Bass. Le village est au pied d’un rocher tabulaire. La lande qui s’est développée sur le sommet plat de « The Nut » confère une étrange atmosphère au lieu. A chaque détour du sentier, je m’attends à voir apparaître le fantôme d’un pêcheur de crustacés disparu en mer.

SISTERS BEACH : La très belle plage de Sisters Beach nous rappelle la Polynésie avec son sable blanc si fin et sa mer turquoise. Ce qui est inhabituel c’est l’odeur qui nous transporte dans les Landes dès la première inspiration. Un incroyable parfum de pins ! Cela fait si longtemps que nous n’en avons pas senti. Sur le continent australien, les eucalyptus sont omniprésents. La Tasmanie est suffisamment au sud pour que les pins puissent s’y développer. Nous verrons aussi des peupliers et des bouleaux.

La journée se termine mal. Le gérant de l’auberge de jeunesse de Deloraine nous accueille comme un chien dans un jeu de quilles. Ce rustre, crade et mal embouché devrait changer de métier. En plus son YHA est aussi sale et mal entretenue que celle de Hepburn Springs où nous étions récemment. Nous avions prévu d’y revenir quatre nuits en fin de séjour. Vu l’ambiance,  nous annulons la réservation.

Pour achever le tout, je m’aperçois que j’ai oublié à Melbourne l’adaptateur de prise électrique. Nous ne pouvons plus recharger le téléphone ni utiliser l’ordinateur portable. Pourra-t-on en trouver un en Tasmanie ?


Mardi 26 Janvier 2010 – Deloraine en Tasmanie

Aujourd'hui c'est la fête nationale australienne "Australia Day". Cette fête commémore l'arrivée des premiers colons anglais le 26 janvier 1788.
Tout sera fermé : inutile d'aller à la recherche d'un adaptateur. Nous verrons ça demain.

Nous nous dirigeons donc vers les fameuses "Cradle Mountain", haut lieu touristique de la Tasmanie. Le site est à deux heures de route mais nous n'y avons pas réservé d'YHA car la chambre double était passée à $160 au lieu des $60 annoncés dans le livret 2010 des auberges de jeunesse australiennes.
En Tasmanie, tout est excessivement cher. Touristes et voyageurs sont exploités au maximum et pas forcément bien accueillis … la preuve avec le gérant de l'YHA où nous avons dormi cette nuit et que nous avions trouvé très "ours mal léché" hier en arrivant. Il est passé ce matin dans la cuisine commune, pieds nus, les bretelles tombant sur les genoux, le tee-shirt couvert de tâches grasses et cachant mal son gros ventre. Nous étions plusieurs à prendre le petit déjeuner et il n'a dit bonjour à personne.

CRADLE MOUNTAIN : Une jolie route d'une centaine de kilomètres nous emmène vers l'ouest, vers "Cradle Mountain" en traversant d'abord des pâturages puis en grimpant les flancs du massif montagneux le plus célèbre de Tasmanie. "Cradle" signifie "berceau". La silhouette de la montagne évoque un berceau et se reflète dans le lac qui s'étend à ses pieds. Ça donne de très belles photos que nous avons vues sur les dépliants touristiques. Nous ne verrons pas le berceau pour de vrai. Une grosse masse nuageuse a envahi le massif et "Cradle Mountain" est dans le brouillard. Le vent est glacé. L'atmosphère est étrange et irréelle. Nous marchons pendant trois heures dans la lande où des troncs blancs d'arbres morts surgissent comme des spectres de la brume légère. Depuis les hauteurs, nous devinons les lacs alentour. Il pleut une petite pluie bruineuse qui, fort heureusement, ne réussit pas à transpercer nos coupe-vent.


Mercredi 27 Janvier 2010 - De Deloraine à Bridport en Tasmanie

Pour aller de Deloraine à Bridport où nous avons réservé une chambre pour ce soir, nous faisons un long détour vers le sud et le grand lac. Ensuite, nous remontrons vers le nord, à Bridport, en passant par la grande ville de Launceston où nous espérons trouver un adaptateur de prise électrique pour remplacer celui que j'ai oublié à Melbourne.

LIFFEY VALLEY : Le sentier serpente dans la forêt humide au fond de la vallée de Liffey. Nous marchons au pied de fougères arborescentes géantes. Jamais nous n'en avons vu autant dans un même endroit et surtout, jamais nous n'en avons vu de si grandes : de vrais arbres. La forêt est tout simplement magnifique. J'adore !

GREAT LAKE : Le grand lac est en altitude dans une vaste vallée au sol marécageux et sans végétation. Le paysage est triste et nu. La route, simple piste carrossable par endroits, fait le tour du lac et redescend les pentes de la montagne pour traverser une plaine ennuyeuse jusqu'à Launceston, deuxième plus grande ville de Tasmanie après la capitale Hobart.
C'est là que Guy a l'idée géniale de s'arrêter à l'aéroport. La boutique, l'unique boutique de ce petit aéroport, vend tout ce qui est utile au voyageur des cartes postales aux souvenirs locaux en passant par … les adaptateurs de prises électriques. Génial ! Nous sommes sauvés !


Jeudi 28 Janvier 2010 - De Bridport à St Helens en Tasmanie

Bridport, où nous avons dormi, est sur la côte Nord. St Helens où nous serons ce soir est sur la côte Est. Entre les deux, la pointe nord-est de la Tasmanie et le parc national du Mont William avec la promesse d'une jolie balade vers son sommet qui culmine à deux cents mètres environ.

A Gladstone, nous prenons la piste vers le Mont William. Au bout de vingt kilomètres, nous nous arrêtons au point "information" pour étudier la carte de détail. En revenant vers la voiture, Guy constate qu'un pneu est crevé. C'est la première fois en plus de neuf mille kilomètres. On nous dira que nous avons de la chance de ne pas avoir crevé avant surtout que nous avons fait pas mal de piste.
Il faut vider le coffre pour récupérer les outils et la roue de secours. Les bagages sont étalés partout autour de l'auto. Guy installe le cric et essaye de dévisser les écrous de la roue. Rien à faire ! Nous n'avons pas la clef … ou plutôt les deux clefs car il y a deux sortes d'écrous. La voiture a de belles jantes en alu qui sont protégées des voleurs par un écrou spécial nécessitant une clef tout aussi spéciale.
C'est à ce moment que Guy se souvient avoir trouvé l'outil dans la voiture avant de partir de Brisbane et l'avoir rangé dans une boîte à outils sur Pro's Per Aim pensant qu'un mécano l'avait oublié là.
La tuile ! La grosse tuile. Nous sommes dans le bush, au bord d'une piste peu fréquentée, à vingt kilomètres du premier minuscule village et incapables de changer la roue et de repartir.

Au bout d'une demi-heure, de la poussière à l'horizon nous donne de l'espoir. Un gros 4x4 pick-up apparaît. Je fais de grands signes, le véhicule freine et s'arrête. Je m'explique tant bien que mal et l'homme comprend qu'il lui faut s’approcher de plus près pour voir ce qui se passe. Guy, avec son bon anglais, lui apporte des précisions et Brad, c'est son nom, retourne à l'arrière de son pick-up pour fouiller dans sa boîte à outils. Une de ses clefs permet de dévisser les quatre écrous normaux mais pas le cinquième, l'anti-vol.
Ni une, ni deux. Brad embarque Guy dans son 4x4 et les voilà repartis à Gladstone en espérant y trouver l'outil qui nous manque. Je reste à garder la voiture. Je ne vois personne, pas le moindre serpent ni même un banal kangourou. Seules des mouches m’agacent. On trouve le temps long à attendre sans savoir.
Quarante kilomètres aller-retour et le temps de débrouiller le problème à Gladstone et je vois revenir Brad et Guy une heure et demie plus tard.
Ils sont de retour avec la boîte à outils complète du pseudo garagiste du village. L'homme leur a fait confiance. Sa boutique fait office de station service, de garage, de poste, d'épicerie, de fast-food que sais-je encore …
Après plusieurs essais, le suspense est à son comble. Va-t-on trouver le bon outil et pouvoir repartir ?
Finalement une des clefs s'adapte à peu près et Guy installe la roue de secours. Sauvés !

Nous remercions Brad qui retourne au camping du parc national où il passe ses vacances. Brad est né en Tasmanie il y a 75 ans. Il n'a jamais mis les pieds sur le continent australien. Cela ne l'intéresse pas (sic!). Par contre, tous les ans, il passe quelques semaines dans la même vallée des Alpes Françaises. C'est tout ce qu'il connaît du monde.
A part des exceptions comme le plouc grognon de l'YHA de Deloraine, nous avons rencontré de nombreux Australiens charmants et surtout très serviables. Brad en fait partie. Il a passé plus de deux heures de sa matinée et parcouru quarante kilomètres de piste pour débrouiller notre problème sans rien demander en échange.

Il est plus de midi, nous renonçons à grimper en haut du mont William et nous retournons à Gladstone pour rendre les outils au garagiste-postier-restaurateur qui réparera le pneu crevé. Nous déjeunons d'une tartelette au wallaby et cap sur St Helens et son auberge de jeunesse.
Avant même d'y déposer nos paquetages, nous cherchons et nous finissons par trouver un magasin pour automobiles qui nous vend quatre écrous normaux pour remplacer les quatre anti-vol. Nous achetons aussi une croix pour les dévisser. Ainsi parés, nous pourrons affronter une nouvelle crevaison sans risquer de rester coincés loin de tout au bord d'une piste.


Samedi 30 Janvier 2010 - De St Helens à Coles Bay en Tasmanie

St MARYS : Nous quittons St Helens pour suivre la côte vers le sud jusqu'à Coles Bay dans le parc national de Freycinet. St Marys n'est pas sur la route mais les guides parlent d'un village pittoresque et historique.
Soit ! Faisons le détour.

En fait il ressemble à tous les autres villages soi-disant historiques de l'Australie. Rien d'intéressant à voir. Par contre, la route sinueuse qui grimpe dans la forêt jusqu'à St Marys pour redescendre par Elephant Pass est très jolie. Nous ne regrettons pas de l'avoir suivie.

DOUGLAS-APSLEY NP : Un peu avant Bicheno, une piste mène au parking sud du parc national de Douglas-Apsley. Nous laissons la voiture pour suivre le sentier de randonnée qui va aux gorges d'Apsley. Une vingtaine de personnes pataugent dans le "Waterhole", un trou d'eau à dix minutes à pied du parking. Puis le sentier commence à grimper. Nous y sommes seuls, tranquilles dans cette belle forêt d'eucalyptus. Une heure plus tard, nous descendons dans les gorges. Le torrent dégringole de rochers en rochers jusqu'aux chutes d'Apsley. Une petite pause et nous faisons demi-tour.


Du dimanche 31 janvier au mardi 2 février 2010 - Coles Bay en Tasmanie

FREYCINET NP et COLES BAY : Le parc national de Freycinet couvre la péninsule du même nom située sur la côte Est de Tasmanie. Les granits roses du massif montagneux plongent dans le turquoise de l'océan.
WINEGLASS BAY, littéralement "la baie du verre à vin" en a la forme parfaite et est bordée par une plage de sable blanc. Une masse de nuages barre la baie. On la voit escalader la pente de la montagne sans jamais réussir à passer de l'autre côté comme repoussée par une main invisible. Ce serait un effet de foehn.

HONEYMOON BAY, la baie de "la lune de miel", serait idéale pour des amoureux tellement elle est belle avec ses roches de granit rose s'avançant dans la mer bleue avec en toile de fond la chaîne des monts Freycinet. Mais nous ne sommes pas les seuls à vouloir profiter de cette merveille et du coup, ça manque d'intimité pour une lune de miel.

Le temps est très changeant. Le premier jour à Coles Bay, c'était la canicule. Puis, après une nuit orageuse, l'air s'est si rafraîchi que nous avons dormi en pyjama avec couette et couverture. J'ai même rajouté un polaire en milieu de nuit parce que j'avais trop froid.


Du jeudi 4 au dimanche 7 février 2010 - Hobart en Tasmanie

HOBART : Située au sud-est de l'île, Hobart est la capitale de Tasmanie. Deux cents mille personnes vivent à Hobart, soit 40% de la population. Hobart est la plus belle ville australienne que nous avons vue même si tout est relatif. Elle s'étend autour d'une baie profonde et étroite au pied de l'imposant MONT WELLINGTON au sommet duquel la vue ne peut pas laisser indifférent.
Le samedi matin se tient le marché de SALAMANCA : endroit curieux et cosmopolite où des hippies grisonnants vendent de l'artisanat local aux touristes. La foule se presse autour des étals. On y voit des Tasmaniens pur sang avec chapeau australien et grosse barbe bien fournie et des groupes de japonais bardés d'appareils photos. C'est rigolo !
Un soir, nous retrouvons le temps d'un dîner Réal et Lucie, nos amis québécois. Ils ont vendu leur catamaran il y a quelques mois en Nouvelle Calédonie et ont acheté un camping-car pour sillonner les routes australiennes pendant un ou deux ans. Les retrouvailles sont chaleureuses et nous dînons dans leur van sur le parking de l'auberge de jeunesse où le patron viendra nous dire à deux reprises que ce véhicule ne peut pas rester là pour la nuit.

SOUTHPORT, GEEVESTON et la route du Pin HUON : Southport est le village le plus au sud de la Tasmanie. Nous voulions pique-niquer sur la plage pour le plaisir de passer un peu de temps au point le plus sud de notre périple : 43°26' de latitude sud. Mais le vent est tellement glacé que nous ne tenons pas plus de deux minutes dehors.
Au retour nous nous arrêtons à Geeveston où une exposition célèbre l'industrie régionale du bois. On y loue les compagnies d'exploitation et le courage des pionniers. Sans être passée sous silence, le pillage systématique des forêts tasmaniennes est à peine évoqué. Il reste pourtant bien peu de spécimens du pin Huon par exemple. Cet arbre vénérable est endémique à la Tasmanie. Il pousse dans les régions montagneuses et humides du sud-ouest. Son bois était très recherché pour ses qualités intrinsèques. Sa couleur d'un jaune doré, son grain fin et ses huiles naturelles qui lui permettent de résister à la pourriture ont signé son arrêt de mort lorsque les Européens l'ont découvert. Le pin Huon a une croissance très lente mais une grande longévité. Les compagnies de bûcherons n'en ont pas tenu compte et ont abattu sans vergogne des arbres âgés de plus de deux mille ans. Ce fut un vrai carnage au nom du profit d'entreprise ! Aujourd'hui le pin Huon serait protégé. Reste-t-il assez d'arbres pour que l'espèce reconquière un jour son ancien territoire ? Quoiqu'il en soit, ni nous, ni nos enfants, ni même nos petits-enfants ne le sauront car cet arbre grandit trop lentement.

PIRATES BAY : A l'entrée de la péninsule de Tasman, les curiosités géologiques au nord et au sud de la baie des Pirates nous impressionnent et nous en mettent plein les yeux : falaises, trou souffleur, arche, faille dans la falaise où l'océan rageur s'introduit en grondant, pavement bizarre de la zone intertidale …

TASMAN PENINSULA : La Couronne Britannique a longtemps utilisé l'isolement géographique de la péninsule de Tasman pour y détenir les plus terribles d'entre les bagnards. Les mines de charbon du nord-ouest de la péninsule étaient un endroit abominable pour purger une peine. Difficile à imaginer aujourd'hui ! Il fait beau. Le soleil éclaire d'une belle lumière les pierres de grès taillées des ruines du pénitencier qui domine la baie aux eaux calmes de Norfolk. C'est beau et serein mais des hommes ont souffert ici même. Poussés par la faim, ils n'avaient parfois volé que du pain. Mais les impitoyables autorités anglaises faisaient d'une pierre deux coups : ils peuplaient cette nouvelle colonie et se débarrassaient d'individus qui faisaient tache en Angleterre. Il faut savoir que la Tasmanie doit la majorité de ses beaux bâtiments et de ses ponts aux "convicts", les condamnés au bagne.


Mercredi 10 Février 2010 - De Coles Bay à St Helens en Tasmanie

Nous quittons Coles Bay où nous sommes revenus passer deux jours après Hobart. Hier le pneu qui avait crevé était presque à plat. Guy l'a regonflé et ce matin c'est à nouveau dégonflé. La réparation n'a pas tenu. Nous retournons à St Helens où nous laissons la voiture dans un garage. Le mécano fait son diagnostic : la réparation fuit … Pire ! La structure métallique du pneu est très endommagée. On ne peut pas réparer car le pneu risque d'éclater. On ne peut pas non plus mettre une chambre à air à l'intérieur car elle serait percée par les fils de métal de la structure là où est le trou. Il faut changer le pneu. Un neuf coûte $200 soit 140€. Le réparateur en trouve un d'occasion dans sa réserve. Pour $30 tout compris, nous sommes dépannés. Encore une fois, nous nous en tirons bien.

Ce soir, nous dormons à Bridport. Demain nous partirons pour St Helens où nous comptons nous reposer pendant trois jours avant de reprendre le ferry pour le continent et remonter rapidement à Brisbane.


Du dimanche 14 au samedi 20 février 2010 - Le retour sur Pro's Per Aim depuis la Tasmanie

LAUNCESTON : Notre dernière journée de route en Tasmanie repasse par Launceston. Nous marchons dans les gorges de Cataract sous un ciel plombé. Le lieu aurait mérité une plus belle lumière.
Pas d'auberge de jeunesse à Devonport où nous devons prendre le ferry de bonne heure : nous avons réservé un hôtel au-dessus d'un pub en croisant les doigts pour que la nuit soit calme. Bonne surprise en arrivant. Non seulement c'est calme mais il y a une cuisine commune. Nous pourrons préparer nos repas comme dans les YHA.

Après une nuit à Melbourne et une autre à Narooma, nous sommes le mercredi soir à Newcastle chez nos amis Cath et Chris. Jenny, Andrew et leurs enfants nous y rejoignent pour un dîner sympa comme tout. Nous avons beaucoup de plaisir à nous retrouver et de la tristesse à nous quitter le lendemain matin.

WATERFALL WAY : Le jeudi soir nous dormons dans la jolie ville universitaire d'Armidale. Entre Armidale et Bellingen notre prochaine étape, la route s'appelle "Waterfall Way". Elle traverse une zone montagneuse où les cascades abondent. Il faut voir en particulier les chutes de WOLLOMOMBI qui s'enorgueillissent de faire partie des plus hautes d'Australie. Malheureusement le temps n'est pas avec nous. Il pleut et les nuages sont si bas qu'ils remplissent complètement la vallée où se jettent les Wollomombi Falls. Nous les entendons gronder plusieurs centaines de mètres plus bas sans voir autre chose qu'une masse cotonneuse à nos pieds.
Plus loin sur la piste qui mène au parc national de CATHEDRAL ROCK, nous dérangeons des kangourous et des wallabies par dizaines. Jamais nous en avons vu autant à la fois. Après une balade entre les gros rochers de granit du parc, nous reprenons la piste dans l'autre sens. Cette fois nous ne verrons pas un seul marsupial. Il est plus de midi et ce doit être l'heure de la sieste.

PRO'S PER AIM à MANLY : Samedi à 14h nous sommes chez nous sur Pro's Per Aim et très contents d'être arrivés. Ça fait vraiment du bien de revenir "à la maison". Il nous faut tout l'après-midi pour ranger nos bagages et nous nous couchons harassés dans un bateau propre où rien ne traîne.


Septième Partie : Les travaux sur Pro’s Per Aim à MANLY (QLD)

du 21 février au 2 avril 2010

 

Du dimanche 21 février au vendredi 2 avril 2010 - East Coast Marina à Manly dans le Queensland

Nous avons un gros mois, très exactement quarante-et-un jours pour vendre la voiture, organiser notre séjour en France en avril et préparer Pro’s Per Aim pour la suite du voyage. Nous partirons pour Darwin dès notre retour de France début mai.

Tout d’abord : profiter de la voiture que nous avons encore.

Pendant une semaine, nous allons tous les jours au supermarché pour refaire l’avitaillement. Les coffres vides se remplissent peu à peu de conserves, farine, sucre, gel douche, café et autres denrées nécessaires pour tenir environ six mois.

Il faut également trouver du gaz. C’est là que le parcours du combattant commence ! Les bouteilles de camping-gaz bleues dans le coffre de la Holden, nous partons en quête d’un magasin où faire l’échange de nos vides contre des pleines. Au pire nous trouverons bien le moyen de les remplir ou de le faire nous-mêmes. Camping-Gaz est un système international et nous avons toujours réussi à nous débrouiller jusqu’alors.

Après une dizaine de tentatives dans autant de boutiques différentes, nous jetons l’éponge. Il faut savoir que l’Australie a un système bien à elle pour le gaz. Pas possible de trouver les bouteilles bleues. Pas possible non plus de les faire remplir car les stations de remplissage n’ont pas d’adaptateur. On ne peut pas non plus se fabriquer un tuyau avec un embout australien pour les remplir nous-mêmes comme nous l’avons déjà fait en Polynésie. Des fois qu’on fasse tout sauter, la vente des embouts est interdite … L’administration australienne a tout prévu : le système D et le bricolage dont on a l’habitude ne sont pas envisageables.

Voilà un pays qui sait protéger ses citoyens contre eux-mêmes ! Il faut passer par un professionnel agréé pour toutes les transformations concernant le gaz. Ça va avec les casques obligatoires pour faire du vélo, les barrières le long des sentiers de randonnée pour que les imprudents ne tombent pas, le vin et l’alcool hors de prix et vendus uniquement dans les magasins spécialisés et j’en oublie … Vous avez dit « lobbies » ?

Revenons au problème du gaz. On pourrait passer au système australien pour la cuisinière de bord. Il faudrait des bouteilles australiennes, des détendeurs australiens, des tuyaux australiens qu’il serait nécessaire d’adapter à notre circuit de gaz en faisant venir à bord un professionnel agréé australien. Une fois arrivés à Darwin, il faudrait tout casser pour revenir au système international. On en aurait pour deux cents à trois cents dollars pour deux mois de vie à bord.

Nous décidons donc d’utiliser le petit réchaud de camping que nous avons acheté pour le road trip. Il fonctionne avec des cartouches de 220g. On dirait des canettes, un rien les perce, on en trouve dans tous les supermarchés ce qui laisse à penser que le citoyen australien ne craint rien avec ces cartouches de gaz que nous trouvons si fragiles. La logique australienne nous étonne toujours autant.

Maintenant que nous n’avons plus besoin de la voiture, Guy met une annonce sur Internet pour la vendre et je prépare des affichettes à déposer un peu partout et à mettre sur la vitre arrière. Pas de touche pendant une semaine, nous baissons le prix. 

Un coup de fil : une dénommée Cassandra qui demande d’emblée si nous acceptons la vente à $500 de moins.

Ça marche. Nous préférons en obtenir moins et nous débarrasser de la Holden rapidement. Rendez-vous le soir même. Guy fouille sur Internet pour récupérer le formulaire de vente et il en profite pour lire les petites lignes … Comme en France, il faut que la voiture soit passée récemment au contrôle technique. Le nôtre a moins de six mois, nous pensions être tranquilles. Eh non ! Pas au pays des kangourous ! Ici le contrôle technique doit avoir moins de deux mois lors d’une vente. Mais ça, c’est rien ! Le papier en bonne et due forme doit être affiché sur la voiture dès sa mise en vente sous peine d’une amende de $500. Et là on touche au sublime … Sur la page web de l’administration est indiqué un numéro de téléphone permettant de dénoncer les mauvais citoyens qui oseraient mettre leur voiture en vente sans afficher sur celle-ci le contrôle technique. Autant vous dire qu’il ne nous a pas fallu longtemps pour ôter les affichettes scotchées sur la vitre arrière. La délation est courante, non seulement autorisée mais encouragée en Australie. Nous avons vu sur les routes de Tasmanie d’énormes panneaux indiquant quel numéro appeler quand on voit quelqu’un jeter des ordures sur le bas-côté. Dans les quartiers des villes, on voit des affiches un peu partout signalant que « le voisinage vous surveille ».

Cassandra ne vient pas seule au rendez-vous. Elle est accompagnée d’un ami garagiste qui passe une heure à examiner la voiture sous toutes ses coutures et déclare qu’il y a une fuite d’huile et un pneu abîmé. Pour le pneu, ce n’est pas étonnant vus les kilomètres de pistes que nous avons parcourus. Pour l’huile, il doit baratiner car la voiture n’en a pas fait une goutte en treize mille bornes. Le prix descend encore de $500 mais Guy obtient que le garagiste se débrouille du contrôle technique. Cassandra viendra chercher la voiture demain et nous donner les $4 500 en liquide puisque nous n’avons pas de compte bancaire en Australie. Nous ne ferons les papiers officiels que lorsqu’elle reviendra avec le contrôle technique effectué à notre nom. Trois jours après, la vente est finalisée dans les règles. Ouf ! Un poids de moins !

Pendant tout ce temps, les travaux et les améliorations à apporter à Pro’s Per Aim avancent tant bien que mal.

L’évier est modifié pour que l’eau ne s’infiltre plus dans le bois. Il faudra faire revenir l’artisan car c’est l’inondation à chaque vaisselle. Il avait été trop radin sur le joint siliconé. Sa seconde intervention ne règle pas complètement le problème. Nous ne le rappelons pas et Guy arrange ça.

Les coutures de la capote et du bimini sont brûlées par quatre ans d’UV destructeurs. Elles sont toutes en train de lâcher. Nous les donnons à recoudre. Je m’occupe de celles du taud de soleil avec ma machine à coudre.

Les voiles ont été vérifiées pendant notre absence. Nous les réinstallons entre deux averses. Pro’s Per Aim a meilleure allure. Sans elles, il me semblait tout nu et à vrai dire un peu ridicule.

Guy grimpe en haut du mât pour les vérifications d’usage. Il en profite pour fixer sur un pataras un second réflecteur radar qui permettra à Pro’s Per Aim d’être mieux repéré par les radars des autres bateaux.

Il fixe aussi des roulettes sur l’annexe pour que nous puissions la tirer plus facilement sur les plages.

Viennent ensuite les vidanges des moteurs. Comme à l’accoutumée, de l’huile noire refuse d’entrer dans le bidon et se répand sur le sol faisant râler Guy qui sue déjà sang et eau à pomper la vieille huile du moteur in-bord. Quant au moteur hors-bord de l’annexe, nous voulions le faire réviser chez un mécano mais nous nous sommes ravisés quand on nous a annoncé le prix. Les services sont incroyablement chers en Australie. Une fois la vidange de l’inverseur faite par nos soins, le moteur retrouve sa place sur sa chaise et Guy tire sur le lanceur pour vérifier que ça démarre. Problème ! C’est bloqué, coincé, grippé ! Le moteur se retrouve quand même chez le mécanicien de la marina qui commence par soupçonner que l’engin est tombé à l’eau ou qu’il a été stocké couché longtemps. Rien de tout cela, riposte le Capitaine, vexé de l’accusation ! Le moteur doit donc être simplement calaminé. Pour ça il existe un produit miracle à injecter par les bougies. Le moteur passe une nuit la tête en bas pour que ça fasse effet et le matin … il veut bien redémarrer. Soulagement !

Dès notre retour à bord, Guy a passé du temps sur Internet pour se renseigner sur le matériel dont il rêve. Il faut changer le radar qui ne fonctionne plus et en profiter pour acquérir une cartographie électronique qui sera liée au GPS et au radar. Au bout d’une semaine, il est décidé : Pro’s Per Aim va s’équiper d’un radar digital avec un écran couleur et d’une cartographie Raymarine. Le radar était sur le portique à l’arrière, le nouveau sera installé dans le mât. Il verra mieux et plus loin et ne fera plus d’ombre sur les panneaux solaires. Pour le meilleur prix, il semble qu’il faille commander le matériel aux Etats-Unis. St John nous a recommandé un artisan pour l’installation : nous avons contacté et rencontré Adam. Il est d’accord pour faire le boulot.

Comme nous sommes en transit, nous n’aurons aucune taxe à payer. La commande est lancée, reste à attendre qu’elle arrive des USA.

Quinze jours plus tard, aucune nouvelle. Plus que trois semaines avant le départ pour la France et nous voudrions que le travail soit fini. Après plusieurs échanges de mails avec la société MARINE DEAL qui doit nous fournir le matériel, nous comprenons qu’ils n’ont pas en stock l’appareil avec la cartographie mondiale que nous désirons. Pressés par le temps, le Capitaine se décide pour la cartographie américaine intégrée. Il faudra acheter les cartes qui nous intéressent en plus. Cinq jours plus tard, les bureaux de la marina nous contactent. Ils ont reçu un mail des Douanes qui nous concerne peut-être, bien que notre nom ne soit pas mentionné. Effectivement, nous téléphonons pour apprendre que faute de papiers de dédouanement, notre colis va repartir aux Etats-Unis. Horreur ! St John, se sentant un peu coupable de nous avoir conseillé l’achat aux USA, passe un coup de fil pour essayer d’en savoir plus.

Bonne nouvelle, entretemps, les services des douanes ont retrouvé les papiers de dédouanement sur le second colis de la commande.

Mauvaise nouvelle, nous n’aurons les colis que si nous leur versons $882. Comment ça ?? On nous a dit qu’il n’y a pas de taxe entre les USA et l’Australie et de toute façon nous sommes en transit. Rien à faire ! La commande dépasse les $4000, c’est du moins la raison avancée par les Douanes. Nous aurions su, il suffisait de faire deux commandes séparées pour éviter ce racket officiel. Pas le choix … nous payons ! Tout compte fait, nous gagnons assez peu par rapport à un achat du matériel par l’intermédiaire de l’installateur.

Trois jours avant notre avion pour Paris, il peut enfin commencer à travailler à bord. Il n’aura pas le temps de finir car la pluie l’empêche de grimper au mât pour y fixer le radar. Nous lui laissons les clefs. A notre retour de France, dans un mois, le boulot sera fait.

 
Reste le carénage et la peinture antifouling. Pro’s Per Aim sera sorti de l’eau une semaine avant que nous rentrions. St John s’est proposé pour surveiller les travaux car, d’après lui, l’artisan n’est pas très sérieux. En arrivant, après deux jours de voyage depuis Paris, nous découvrirons le nouveau look de notre voilier. Fini l’antifouling blanc, nous avons commandé du noir. Il paraît que les coques se salissent moins avec une peinture sombre : le blanc, lumineux, favoriserait l’installation des végétaux et autres coquillages.

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Huitième Partie : La croisière de BRISBANE (QLD) à DARWIN (NT)

du 6 mai au 18 juin 2010

  
Jeudi 6 mai 2010 – Arrivée à East Coast Marina à Manly dans le Queensland

Le séjour en France s'est bien passé. Nous sommes contents d’avoir vu la famille et les amis. Nous avons manqué de temps pour voir tout le monde. Super accueil partout et chouettes repas ... Trois kilos en plus pour moi et presque cinq pour Guy !! On compte sur la qualité de la gastronomie australienne pour les perdre rapidement.

Nous voici de retour sur Pro's Per Aim depuis quelques heures. Inutile de vous parler de la longueur du voyage ... vous en avez une petite (grosse !) idée. A l'arrivée les douaniers et la Quarantaine ont scanné nos bagages et il a fallu ouvrir un sac après avoir répondu à un interrogatoire poli mais un poil inquiétant : Est-ce bien votre sac ? Est-ce vous qui l'avez fait ? L'avez-vous confié à quelqu'un ? Avez-vous bien compris les questions sur le papier que vous avez rempli ?

Je commençais à avoir l'estomac retourné. Et si on nous avait fait le coup du paquet de drogue caché dans nos bagages !

Donc on ouvre le sac et le douanier, très correct au demeurant, ôte quelques bricoles qui ne semblent pas l'intéresser puis il saisit un sac plastique avec des sachets de chlorure de magnésium. C'était ça !! La poudre apparaissait comme "organique" sur son écran. Il n'a même pas fouillé le reste du sac. Pas envie de s’attarder, nous avons tout ramassé pêle-mêle. Le verre mesureur comme-ci comme-ça que nous avions eu tant de mal à trouver en France après avoir vainement écumé tout les supermarchés australiens a subit les frais de la fouille. Il est fêlé, inutilisable pour les liquides.

J’oubliais :

A l’escale de Singapour,  Guy avait acheté quatre bouteilles de Pastis pour ses apéros futurs. En reprenant nos bagages à main dans le coffre, il a entendu un léger choc genre "verre qu'on cogne". Une des bouteilles s'était cassée et tout s'est répandu sous nos sièges. La fin de la bouteille a dégouliné dans l'allée de l'Airbus puis dans l'aéroport jusqu'à ce qu'on trouve une poubelle. Bonjour l'odeur !! Et toutes nos excuses aux malheureux qui ont fait le ménage de l'appareil.

 

Du vendredi 7 au mercredi 13 mai 2010 – East Coast Marina à Manly dans le Queensland

Ça y est ! Tout est rangé ! Ça fait plaisir d’être revenus à la « maison ». Tout va bien à bord. Guy découvre le fonctionnement du nouveau radar et des cartes électroniques. Un jouet fantastique d’après mon Capitaine tout excité devant les écrans.

St John  nous emmène au supermarché. Il faut regarnir le frigo. Elspeth et lui viendront samedi soir pour un apéro à bord de Pro’s Per Aim.

En faisant les vérifications d’usage, Guy découvre que la dérive est coincée et qu’elle ne descend plus. Elle a été remontée dans le puits de dérive juste après le carénage et la peinture antifouling ne devait pas être assez sèche. C’est collé et bien collé à l’intérieur. Il faudra une matinée d’efforts pour qu’elle se décoince.

Nous sommes prêts à larguer les amarres, à hisser les voiles et à prendre le large ! Le bonheur ! Pro’s Per Aim n’en pouvait plus d’être ficelé à un quai. Demain matin nous partirons pour deux mille milles de navigation jusqu’à Darwin. Nous allons remonter la côte Est, puis la longer à l’abri de la Grande Barrière de Corail, pénétrer dans le Détroit de Torres en rasant le Cap York, traverser le Golfe de Carpentaria, doubler le Cap Wessel et atterrir enfin à Darwin.


Jeudi 14 mai 2010 – Au large de Frazer Island dans le Queensland

Voilà maintenant vingt-quatre heures que nous sommes redevenus marins. Eole et Neptune ont eu pitié de nos estomacs qui ont perdu l’habitude d’être chahutés. Les dieux nous offrent une mer calme et peu de vent. Il a même fallu marcher au moteur pendant neuf heures hier pour sortir de la grande baie de Moreton.

Le radar fonctionne parfaitement et le bateau a été bien préparé pour la longue route jusqu’à Darwin puis vers la Thaïlande via l’Indonésie.

 

Vendredi 15 mai 2010 – Au large des côtes du Queensland

La mer est belle. C’est avec un grand beau temps que nous remontons vers la chaleur. On note déjà une nette augmentation des températures (29°C dans le bateau). Nous allons pouvoir ranger la couverture et nous contenter du drap pour dormir.

Par contre le vent est trop léger et nous devons nous aider du moteur. C’est bruyant mais ça évite aux voiles de battre lamentablement.

 

Samedi 16 mai 2010 – Au large des côtes du Queensland

Le temps est couvert et la houle assez forte (2m). Même pôô mal au cœur !

Tout va bien, même si nous avons du changer la courroie de la pompe à eau et de l'alternateur principal. Le Capitaine a découvert qu’elle était prête à se rompre lors de sa vérification de routine. Sans elle, non seulement l’alternateur ne charge plus les batteries mais la pompe à eau ne fonctionne plus ce qui est fatal pour le moteur qui n’est plus refroidi.

Guy avait une courroie de rechange dans les innombrables pièces détachées stockées à bord.

 

Dimanche 17 mai 2010 – Scawfell Island à l’intérieur de la Grande Barrière de Corail

Nous sommes arrivés en fin d'après-midi à SCAWFELL ISLAND, une île montagneuse déserte, où nous avons trouvé une grande crique avec une plage de sable blanc !!! Depuis quelques heures déjà, nous étions à l’abri de la Grande Barrière de Corail. Le lagon est si vaste que l’abri est théorique. Les mouillages sont souvent inconfortables car rouleurs.

Après quatre jours et demi de mer et cinq cents milles nous allons lézarder un peu avant de reprendre notre route vers le Nord.

Nous n’osons pas aller à terre. Les rencontres avec les crocodiles sont possibles.

 

Mardi 19 mai 2010 – A l’intérieur de la Grande Barrière de Corail

Nous avons repris la mer ce matin de très bonne heure après une journée de repos bien accueillie par nos petites natures !

Aujourd'hui nous retrouvons enfin un vrai ciel d'alizés avec ses petits cumulus et son vent F4 F5 de SE à SSE. Bref une fantastique belle journée de mer. Que du bonheur !

Il est presque 18h. Le soleil vient de se coucher : superbe !

 

Dimanche 23 mai 2010 – Baie Mission à dix milles de Cairns dans le Queensland

Quelle galère depuis quelques jours avec le téléphone satellite et les e-mails. Nous pouvions téléphoner mais pas moyen de récupérer nos courriers et la météo. Après réinstallation et reparamétrage du logiciel, nous avons réussi à nous dépatouiller de nos soucis informatiques. Soulagement !

Nous sommes au mouillage depuis hier après-midi non loin de Cairns, dans la baie Mission. Toujours pas vu de crocos. Il faudrait débarquer sur une plage pour faire une mauvaise rencontre et nous n’avons pas encore mis l’annexe à l’eau. Comme ces sacs à main peuvent atteindre les 30km/h à terre, nous n’avons pas envie de prendre de risques. A ce compte-là, nous n’en verrons que si nous allons au zoo !

Demain matin, lundi, après un dimanche calme dans ce mouillage désert, nous irons à Cairns pour nous ré-avitailler avec des produits frais et chercher un cybercafé.

 

Jeudi 27 mai 2010 – Low Islets dans le Queensland

Nous avons quitté Cairns ce matin. La ville nous a bien plu. On y a retrouvé la nonchalance et le calme des tropiques.

Nous voici amarrés à un corps-mort entre les deux petites îles "Low Islets" devant une belle plage. Les eaux sont assez claires et des poissons-anges énormes nous tournent autour. Au bout de quelques heures la houle se met à faire rouler le bateau. C’est si intenable que nous décidons de reprendre la mer de nuit. Nous y serons mieux qu’au mouillage.

 

Jeudi 3 juin 2010 – A l’intérieur de la Grande Barrière de Corail dans le Queensland

Tout va bien. On se rapproche de l'océan Indien !!!

 Comme on ne peut franchir le cap York

1)     qu'avec le courant de flot,

2)     de jour,

3)     avec un vent aussi léger que possible,

4)   en trouvant un mouillage avant la nuit du côté Indien pour y attendre un créneau météo permettant de traverser le golfe de Carpentaria,

on est donc obligé de le passer le plus tôt possible et avant le 7 juin !!!

C'est pourquoi nous affrontons la nav de nuit au milieu des récifs de la Grande Barrière. Par chance la lune éclaire pas mal. Nous dormirons mieux de l'autre côté du Cap York !

 

Vendredi 4 juin 2010 – Fini le Pacifique !

Voilà, nous venons de terminer la traversée du plus grand océan du monde : l'Océan Pacifique ! Et nous sommes rentrés dans l'Océan Indien !

Plus précisément nous avons quitté la Mer de Corail pour entrer dans la Mer d'Arafura. Encore plus précis : nous avons doublé le Cap York, la pointe la plus septentrionale de l'Australie et avons passé le célèbre Détroit de Torres.

On nous a fait remarquer fort justement que l’eau est la même de chaque côté du Cap York. Certes, certes … Mais n’empêche ! Changer d’océan est un moment émouvant ! Pour nous c’est la deuxième fois. La première fois, il y a deux ans et demi, les écluses du Canal de Panama avaient fermé leurs portes sur l’Atlantique et les avaient ouvertes quelques heures plus tard sur le Pacifique.

Depuis le Cap Melville, cela fait une soixantaine d'heure que nous n'avons pratiquement pas dormi : veillant, évitant les récifs, les cargos, les pêcheurs, changeant les réglages, "jouant" avec les courants de marée, les hauts fonds etc…  Mais ça y est : nous sommes de l'autre côté !

Quand nous serons reposés et surtout quand la météo le permettra, nous traverserons le "redoutable" Golfe de Carpentaria surnommé "la machine à laver".
Pourquoi ?
Tout simplement parce que c'est là que les deux gigantesques masses d'eau du Pacifique et de l’Indien se rencontrent et s'affrontent. Tout ça lève une mer chaotique absolument INCONFORTABLE ! D'où le surnom de "machine à laver" tellement le pont est continuellement balayé par les vagues et tellement l’équipage est secoué comme lors d’un essorage !

En attendant, nous sommes mouillés au sud de Red Island et c'est magnifique !

 

Samedi 5 juin 2010 – Golfe de Carpentaria

Après treize heures de sommeil (il faut croire que nous en avions bien besoin !) nous avons décidé d'appareiller ce matin pour traverser le Golfe de Carpentaria.

Deux raisons nous ont poussés à repartir si vite :
La première c'était une vraie (très) méchante houle de sud-ouest qui rendait tous les mouillages de l'ouest du cap York très inconfortables.
La seconde c'est que dans une cinquantaine d'heures la situation météo risque de vraiment se dégrader et donc de rendre complètement intenables les mouillages en question en déchaînant la Mer d'Arafura.

L’objectif du Capitaine est de trouver un abri sous le vent du Cap Wessel le plus tôt possible. Nous devrions avoir le temps de traverser le golfe avant le renforcement prévu des alizés.
En attendant, ça lave et ça essore comme écrit dans les bouquins ! On n’ose pas imaginer ce que cela serait avec un vent plus fort.

 

Lundi 7 juin 2010 – Cap Wessel dans les Territoires du Nord

Nous avons passé le Cap Wessel juste avant la nuit soulagés d’en avoir fini avec le Golfe de Carpentaria. Nous sommes mouillés sous le vent de l'île Marchinbar dans Jensen Bay.

Ce fut une arrivée de nuit. Une nuit noire, sans lune, sous la pluie, avec une visibilité nulle. Pour la première fois, Guy a fait une confiance totale aux instruments, en particulier au nouveau radar. Adrénaline ! Mais ça s’est bien passé et ce matin nous découvrons l’île pelée et déserte qui nous offre un abri sûr et confortable. Le confort des mouillages australiens est suffisamment rare pour être souligné.

Le renforcement prévu arrive et nous sommes passés juste à temps. Les lames au passage du Cap Wessel étaient déjà "viriles" ! Il y avait entre 20 et 25 nœuds de vent. Depuis il a encore fraîchi. Nous allons donc rester là jusqu’à ce qu’une amélioration météo nous autorise à poursuivre la route. Darwin n’est plus qu’à quatre cents milles maintenant.

 

Dimanche 13 juin 2010 – Cap Wessel dans les Territoires du Nord

Sur un bateau, il y a toujours un petit (parfois un plus gros) truc à réparer. Dans une maison, c’est pareil. Evidemment le matériel, sur un bateau, est soumis à des conditions difficiles à cause de la mer, du sel et du vent. Hier Guy a constaté une fuite de liquide hydraulique dans le vérin qui fait monter ou descendre le safran. Sur Pro’s Per Aim le safran est en deux parties : on remonte la partie basse à l’horizontale pour échouer le bateau sur une plage. En navigation elle est bloquée en position verticale.

Guy a écrit immédiatement à nos amis Daniel et Viviane qui ont eu également des problèmes de safran sur JAMALI. Ils nous ont déjà répondu ce qui nous donne des pistes pour la réparation. Il faudra sortir le bateau de l’eau pour changer les joints que le Capitaine a dans ses pièces détachées. Pour ça les contacts sont déjà pris par mail avec les copains arrivés à Darwin. Fort heureusement, la fuite doit être sur le circuit de remontée car le safran semble tenir en position verticale. Tant mieux ! Cela permettra de rallier Darwin sans soucis.

Depuis une semaine que nous sommes tranquillement installés dans le mouillage confortable de Jensen Bay, nous prenons le temps de lire mais nous en profitons aussi pour mettre au point plein de trucs et de machins.

J’ai sorti ma machine à coudre pour fabriquer des moustiquaires dignes de ce nom. Elles sont indispensables pour le séjour en Indonésie à cause de la malaria. Je vais tenter de vous les décrire. Elles sont faites pour qu’on puisse ouvrir et fermer le capot de l’intérieur sans avoir à les retirer (en cas de pluie par exemple). Pour ne pas qu’elles s’envolent, elles sont retenues sur le pont par le poids d’une chaîne que j’ai fait passer dans une gaine de tissu solide fixé lui-même au tissu-moustiquaire. Ce dernier recouvre le capot. Pour les petits capots de côté, je ne peux pas utiliser le même principe. J’ai donc fait un cadre en carton à la grandeur de l’ouverture avec du tissu-moustiquaire à l’intérieur. Je bloque ce cadre sur l’intérieur du capot et je le maintiens avec de la pâte à fixe. Pour fermer le capot on est obligé d’ôter la moustiquaire. Si ce système nous convient, on en fera faire des mieux, en bois, quand nous serons en Thaïlande.

Avec la machine à coudre, j’ai aussi réparé les drapeaux (le national et le pavillon de courtoisie australien). Ils souffrent à battre au vent et se déchirent. J’ai aussi fabriqué le drapeau de courtoisie indonésien. Il est très simple. Deux bandes horizontales : la rouge en haut, la blanche en bas. L’Indonésie exige que ce drapeau soit au moins aussi grand que le drapeau national. D’habitude le drapeau de courtoisie est quatre fois moins grand (en surface).

Quant à Guy, quand il a voulu mettre l’anode à pendre à l’arrière, cette opération qui ne prend que quelques secondes à chaque fois qu’on s’arrête, a déclenché deux heures de boulot.

Il faut savoir que l’anode à pendre est un long cylindre de zinc relié à la coque par un fil métallique. En cas de fuite de courant c’est le zinc qui fond et non l’aluminium de la coque. Des fuites de courant il peut y en avoir à cause du réseau électrique 12V ou 220V du bord mais aussi dès que le bateau est relié à la terre par l’ancre et la chaîne ou amarré à un ponton. Il y a aussi des anodes fixées sur la coque : on les change à chaque sortie d’eau. Il est même arrivé que Guy en change en plongée parce qu’elles étaient trop « bouffées ». Les anodes protègent donc les coques des bateaux en métal qu’ils soient en acier ou en aluminium comme Pro’s Per Aim.

En parlant de fuite de courant, on en a découvert une récemment, une toute petite, liée au convertisseur pour le 220V. Guy a passé du temps à essayer de trouver la cause. Pour l’instant le problème n’est pas réglé et heureusement qu’il y a les anodes pour fondre avant la coque. Du coup il a changé les anodes à pendre qui avaient bien vieilli.

Donc pour revenir à l’anode à pendre (la vieille !), elle était coincée sous le radeau de sauvetage car la mer nous avait bien secoués dans le Golfe de Carpentaria. En soulevant le radeau, une horrible odeur de poisson pas frais nous est montée au nez. Il y avait un poisson crevé dessous.

Entre le remplacement des anodes et le nettoyage du coffre du radeau de sauvetage, le Capitaine a été occupé un bon moment.

A part ça il y a eu le lavage du cockpit à l’eau de mer juste avant une pluie qui a fait les finitions en dessalant. Guy a vérifié le moteur et est monté en haut du mât pour un contrôle de routine.

Notre provision de frais s’amenuise : il nous reste des pommes, des carottes et des œufs. Notre dernier approvisionnement date de Cairns. Mais les coffres sont pleins de conserves.
Donc tout va bien … La train-train marin en quelque sorte …

 

Vendredi 18 juin 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

Nous sommes arrivés à Darwin à 3h00 du matin. Il faisait nuit noire mais notre super radar nous a indiqué les bateaux au mouillage dans la baie Fannie. Nous avons posé la pioche tranquillement loin d'eux pour finir la nuit.

Ce matin, avec le jour, nous nous sommes rapprochés du tas de voiliers mouillés et nous avons trouvé les copains. Au programme de la journée : se présenter aux douanes et faire le tour des amis. Et bien sûr, comme d'habitude, repérer où on peut mettre l'annexe pour aller à terre, où faire nos lessives, comment avoir Internet, où faire les course car on n'a plus de frais etc. etc. ...

Et puis surtout s'organiser pour sortir et réparer le bateau  en début de semaine prochaine ! Le safran est resté en position basse pendant les deux jours de navigation. Mais dès qu’on le remonte, le vérin fuit.



Neuvième Partie : L’attente du départ pour l’Indonésie à DARWIN

du 19 juin au 24 juillet 2010

 

Vendredi 25 juin 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

Voilà un mois et demi que nous sommes rentrés de France et une semaine que nous sommes à Darwin en attendant le 24 juillet date du départ pour Kupang sur l’île de Timor en Indonésie.

Nous avons passé la semaine à préparer la réparation du safran. Nous avons rendez-vous mardi matin à 7h30 (heure de la marée haute) pour sortir le bateau. Ce chantier est dans la mangrove juste au nord de Fannie Bay où Pro’s Per Aim est mouillé.
Guy s'est assuré par mails que la pochette de joints que nous avions était la bonne. C'est Daniel de JAMALI qui a fait le lien avec le fournisseur en France. Par son intermédiaire, on a même commandé de nouveaux joints. Ils arriveront théoriquement à Darwin dans une semaine. Nous avons donné l'adresse du club de voile de Fannie Bay.
Il a fallu aussi trouver du liquide de refroidissement avec glycol pour le circuit hydraulique de ce vérin. Pas facile parce que dans la zone tropicale, faute de connaître des périodes de gel, ils vendent du liquide sans glycol !
Notre ami Pierre du voilier BIEN ALLER va aider Guy à démonter le vérin du safran et à changer les joints.  Il sait faire car il possédait une entreprise de travaux publics et il réparait lui-même les vérins de ses engins.

Sinon nous avons fait des courses en ville. Il faut prendre le bus pour y aller et avant ça tirer l'annexe sur la plage le plus haut possible à cause des marées. Il peut y avoir jusqu’à huit mètres de marnage à Darwin. Guy avait installé des roulettes à Brisbane, c'est plus facile à tirer. Elles sont à l'arrière, au niveau du moteur et il n'y a qu'à soulever et tirer de l'avant. Ca reste malgré tout très lourd.

Ce matin, comme nous avions laissé les bidons plein d'eau dans l'annexe, une des roues s'est cassée pendant qu'on la roulait : c'était trop lourd pour ce matériel australien de $150 quand même !! Mon Capitaine dont la devise est "Il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions", a réparé la roulette. Il a trouvé dans ses boîtes à outils de quoi remplacer l'axe cassé.

Nous avons passé la suite de l'après-midi à faire la vidange du circuit de refroidissement du moteur. Ce genre d'opération est un vaste chantier dans un petit espace et on en met partout ... Il faut ensuite ranger le matériel éparpillé et nettoyer les fonds dans lesquels le liquide de refroidissement s'est répandu.

 

Dimanche 27 juin 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

Cette semaine nous sommes allés acheter les pavillons de courtoisie de la Malaisie et de Singapour dans une petite boutique spécialisée en centre-ville. Ron, le patron est francophile. Il a commencé par nous montrer son poster représentant tous les drapeaux des régions et des villes bretonnes. Ensuite il nous a emmené devant son ordinateur et a affiché le site de l’Alliance Française qui prévoit un bal pour le 14 Juillet. En Australie, ils appellent ça « Bastille Day », le jour de la Bastille ! Puis il a décroché son téléphone et nous a mis en contact avec Léa, la Présidente de l’Alliance Française.

C’est pour ça que nous sommes assis ce matin dans un café avec elle, d’autres Francophones et des élèves qui mettent leurs cours de français en pratique. Il y a là Madame la Consul Honoraire de France. « Honoraire » signifie tout bêtement qu’elle en a les honneurs sans être rémunérée ! Elle est Britannique et la première Consul depuis des années à parler notre langue. C’est bizarre d’imaginer un Consul ne parlant pas la langue de son consulat. Il y a aussi Véronique, la quarantaine dynamique qui nous explique qu’elle a trouvé un bon job. Elle est « coach » ! Dans sa partie, il y a un vrai marché ! Elle est à son compte et travaille sur rendez-vous en se déplaçant à domicile ou dans les clubs de sport. Qui coache-t-elle ? Ses clients, plutôt des clientes d’ailleurs, sont des Australiennes obèses qui veulent maigrir. Elle les aide, les encourage, les conseille pour une alimentation équilibrée : rien que ça c’est un vrai boulot dans ce pays où la malbouffe est reine !

 

Mardi 29 juin 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

Hier, alors que nous accompagnions Pierre aux Douanes, Guy s’est retrouvé à genoux sur le trottoir terrassé par une violente douleur dans le dos. On a trouvé en urgence un chiropracteur qui n’a pas fait grand-chose compte tenu de la phase aigue de la crise.
Rentrés tant bien que mal au bateau avec l’aide de Pierre, le Capitaine foudroyé s’est couché avec moult pilules pour calmer ses souffrances.
Difficile d’annuler la sortie d’eau de Pro’s Per Aim ce matin : qui sait quand nous aurions un autre rendez-vous et le safran doit être réparé avant notre départ de Darwin.

Comme promis Pierre est là. Il fait encore nuit quand nous appareillons, il faut être à marée haute à 7h30 devant l’élévateur du chantier qui se trouve dans Ludmilla Creek, une rivière qui assèche à marée basse.
Pierre est à la barre mais la manœuvre avec le courant de la rivière est délicate et il n’a pas l’habitude de Pro’s Per Aim. C’est Guy qui la reprend pour rentrer le bateau en marche arrière sous l’élévateur.

Le bateau reste dans les sangles de l’élévateur suspendu au-dessus du sol pour que l’on puisse actionner le safran et sortir le vérin.
Guy ne touche pas aux outils mais il reste debout auprès de Pierre au lieu de s’allonger. Pierre ôte les plaques en alu qui protègent le vérin. Ça demande du temps car les vis sont recouvertes de dizaines de couches de peinture antifouling. Ensuite il tente de séparer les deux parties du vérin pour changer les joints sans y parvenir. Le patron du chantier va réussir en utilisant ses machines à air comprimé. Le temps de tout remonter, il est trop tard pour être remis à l’eau car la rivière est à sec.
Nous restons dans l’élévateur jusqu’à la marée haute du soir où nous serons remis à l’eau contents mais épuisés. Pierre a fait le boulot, Guy a aggravé son mal faute de se reposer allongé et j’ai passé la matinée à monter et à descendre de l’échelle pour aller chercher les outils.

Demain matin le réveil sonnera aussi tôt que ce matin car j’accompagnerai Pierre qui emmènera BIEN ALLER en marina. Il faut se présenter à 8h devant l’écluse qui ne s’ouvre qu’à marée haute. Toutes les marinas de Darwin sont enfermées derrière des portes qui retiennent l’eau quand la mer baisse. Je reviendrai en bus. Guy restera à bord pour soigner son dos.

 

Jeudi 1er juillet 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

C’est la fête ce soir ! Les feux d’artifice ont même commencé avant le coucher du soleil (encore une bizarrerie locale !). Ça explose de partout le long de la baie. Incroyable ! Des dizaines et des dizaines de fusées partent d’autant d’endroits différents.

Deux heures plus tard il y en a toujours autant qui éclairent la baie. Elles ne sont pas belles, toutes un peu pareilles, ça finit par être lassant quand, tout à coup, au sud de Fannie Bay, commence le vrai spectacle. Un feu d’artifice magnifique, sophistiqué, professionnel, varié nous laisse émerveillés. Belle soirée !

 

Mardi 6 juillet 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

Heureusement qu’on a du temps sur un bateau car il est rare qu’il n’y ait pas de travail d’entretien ou de réparation à faire.
Guy est resté allongé jusqu’à hier. Une semaine de repos, des antalgiques puissants et des décontractants sont venus à bout de la douleur. Depuis hier, il va mieux et ne marche plus comme un vieux papi se tenant le dos avec une main pendant que l’autre s’accroche à une canne. Nous en avons profité pour aller marcher en ville afin de repérer le quai des pêcheurs où on peut venir faire le plein de gasoil et d’essence. C’est le seul endroit où l’on peut avoir le carburant détaxé auquel on a droit puisqu’on quitte le pays dans quelques jours. En arrivant sur place nous constatons que c’est une nouvelle arnaque administrative comme l’Australie sait si bien faire. Le quai que nous suivons du regard n’est pas prévu pour des voiliers. Pour ne pas risquer d’endommager le nôtre, il faudrait venir à un moment sans vent, ce qu’on ne peut pas prévoir puisqu’il faut impérativement prendre rendez-vous. Le Capitaine ne veut pas aborder le long d’un quai construit pour des bateaux de cinquante mètres ou plus et sous lequel on peut se retrouver poussés par le vent entre deux piliers trop éloignés pour nos treize mètres.
Il nous reste une autre possibilité pour remplir le réservoir. Elle est accessible mais nous paierons le prix fort. On nous dit qu’en envoyant la facture aux services compétents à Adélaïde, un chèque du montant de la taxe sera posté à notre adresse en France. Même si le chèque arrive, il sera en dollars australiens … peu de chance qu’on en voit la couleur en euros !
La troisième possibilité serait de faire le plein en Indonésie où le moteur sera souvent sollicité faute de vent dans la région. Seulement là-bas, l’arnaque est différente. Le carburant est coupé avec de l’eau, ça peut aller jusqu’à moitié-moitié nous a-t-on assuré. Il paraît que les moteurs n’aiment pas ça.

C’est pourquoi nous levons l’ancre ce matin pour la station-essence de Cullen Bay où nous paierons le prix fort mais sans risque d’abimer notre bateau. Toute cette « malhonnêteté » institutionnelle finit par nous écœurer. Après les frais de douanes du radar alors que nous sommes en transit, la GST (TVA australienne) non récupérable alors que c’est le contraire qui était annoncé, les frais de visa énormes etc… , c’est la goutte d’eau qui fait vraiment déborder le vase ! Dans quelques jours nous quitterons ce pays envahi par les anglais au XIXème siècle et peuplé de seulement 20 millions d’habitants (blancs à 97,5% suite aux massacres des aborigènes) pour aller vers l’Asie du Sud-Est et ses civilisations vieilles de plusieurs milliers d’années.

Pour revenir à notre plein de carburant, il y en a pour une demi-heure de route que nous ferons au moteur en faisant fonctionner le dessalinisateur. Guy relève l’ancre, je suis à la barre. Il me demande d’avancer lentement pour la nettoyer en la laissant traîner dans l’eau. Un énorme nuage de boue longe la coque. Le dessalinisateur aspire ce mélange et se met en alarme. Horreur ! Nous l’avions oublié, il aurait fallu le mettre en route une fois partis, pas avant !

La machine à fabriquer l’eau douce est fragile, capricieuse comme une Diva. Elle refuse de se remettre en route. Nous verrons ça plus tard. D’abord faire le plein de diesel et d’essence à Cullen Bay.
En fin de matinée nous sommes de retour au mouillage. Guy se plonge dans les entrailles du dessalinisateur, le flatte, change les filtres, effectue un rinçage de la membrane et se décide à appuyer sur le bouton « Start ». Rien à faire !  La pompe ne monte pas en pression. Le Capitaine-bricoleur soupçonne les joints et les clapets d’avoir souffert du nuage d’eau boueuse. Il prend sa plus belle plume et envoie des mails au fabriquant américain pour exposer le problème et demander les coordonnées de l’importateur australien. Il n’y a plus qu’à attendre leur réponse. Incapable de rester les bras croisés, Guy se démène quand même pour essayer de trouver un réparateur à Darwin. Les numéros de téléphone qu’on nous donne ne sont plus bons, ou alors la boutique a changé d’activité, ou bien les techniciens sont en vacances et ne reviendront que la semaine de notre départ. Il y a cent à deux cents bateaux à Darwin qui se préparent à partir dans les semaines qui viennent et les techniciens prennent leurs congés à l’époque où il y a du boulot par-dessus la tête. L’organisation darwinienne n’est pas au top !

La soirée est morose. Réussirons-nous à dépanner ce fichu dessalinisateur avant le 24 juillet ?

 

Jeudi 8 juillet 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

Depuis deux jours Guy est tantôt au chevet du dessalinisateur tantôt devant l’ordinateur à correspondre par mails avec le technicien australien qui est sur la côte Est à deux mille kilomètres de nous. Pas moyen d’avoir un artisan sur place. Suivant les conseils du technicien, Guy démonte la vanne d’aspiration pour s’apercevoir qu’une algue la bouche. Puis il rince la pompe basse-pression en la faisant tourner en circuit fermé dans un seau d’eau douce. Là aussi il récupère une algue et un mélange de sable et de boue. Enfin le Capitaine rebranche tout, on croise les doigts et on appuie sur le bouton « Start ».
Le dessalinisateur se met en marche avec le ronronnement habituel. Les caractéristiques de pression sont bonnes et il crache ses 60L/h réglementaires. OUF ! Une nouvelle fois, l’équipage de Pro’s Per Aim s’en tire bien. Heureusement que nous avons pu nous débrouiller seuls car le réparateur local auquel nous avons laissé des messages (mails et téléphone) ne nous recontactera jamais. C’est aussi ça l’Australie : les prix les plus élevés que nous ayons connus, mais sans la compétence ni le service.

Contents et soulagés après l’avoir fait fonctionner hier pendant deux heures pour refaire le plein d’eau, nous allons en courses. Au retour, l’annexe est pleine d’eau (pas celle du dessal !!!). ZUT ! Une fuite à trouver et à réparer. C’est vraiment la série !

 

Vendredi 9 juillet 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

Ce matin : réparation de l’annexe : la matinée y a passé ! Nous sommes cloués au bateau car elle est pendue au-dessus du pont pour que les collages sèchent. L’annexe a bientôt 5 ans et elle vieillit. Ça devient du rafistolage !

Ce soir : apéro avec les copains à bord. Ça nous changera les idées après ces journées de bricolage !

 

Du samedi 10 au samedi 24 juillet 2010 – Darwin, capitale des Territoires du Nord

Les deux dernières semaines avant le départ passent vite. Dernières vérifications de Pro’s Per Aim avant de reprendre la mer, ultimes courses pour le matériel qui manque, apéros ou dîners sur les autres bateaux ou chez nous.

Le samedi 24 juillet à 11 heures du matin, heure de Darwin, une centaine de voiliers quitteront le continent australien pour l’archipel indonésien. C’est la première fois depuis que nous avons laissé les côtes de France dans notre sillage que nous avons rejoint une organisation officielle, SAILINDONESIA, qui facilite le séjour en Indonésie. Les formalités semblent être compliquées et Sailindonesia s’occupe de tout. En plus cette organisation nous dispense de régler la caution qui s’élève à 5% de la valeur du bateau. Nous n’avons que deux obligations : la première c’est de se présenter à Kupang avant le 1er août pour faire l’entrée en Indonésie et la seconde est de prévenir l’organisation de la date et du port où nous effectuerons la sortie en octobre. Nous sommes libres de notre itinéraire et rien ne nous contraints à suivre le paquet des autres bateaux qui respecteront le circuit prévu.

Nous sommes vraiment contents à l’idée de « changer d’air » et de partir à la découverte de l’Asie du Sud-Est.


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