L'Indonésie et Singapour


Mouillages    Journal    Vues aériennes


24 juillet 2010.
Il est 11h00 lorsque nous quittons Darwin, cap vers Timor dans les Îles de la Sonde en Indonésie. Rapidement la mer se forme et le vent forcit. NanFong prend Pro's Per Aim en photo et nous faisons de même.
Il ne nous faut que 3 petites journées pour couvrir les 480 milles et rallier Kupang. Bonne moyenne !

27 juillet 2010.
Les formalités d'entrée en Indonésie sont d'une redoutable complexité.
Les douaniers et les officiers de la quarantaine commencent par monter à bord (8 personnes !) pour inspecter Pro's Per Aim, nous prendre la température (!!!) et remplir des dizaines de formulaires allant des listes d'équipages aux permis de croisière en passant par la liste de la nourriture du bord ou des tas de déclarations d'absence d'armes etc. Ce qui est fascinant c'est de voir à quel point avoir sorti (et utilisé) le tampon de Pro's Per Aim a impressionné tous ces officiels. Ils voulaient notre tampon sur tous leurs papiers plus la signature du Capitaine dessus !
Mais ce n'est pas terminé ! Maintenant il nous faut aller à terre rencontrer une autre équipe de douaniers, puis les officiers de santé, puis l'immigration et enfin la capitainerie ... Heureusement que l'organisation de Sail Indonesia est là. Tous ces fonctionnaires nous attendent sur la terrasse d'un grand bar près de la plage. Et il faut redonner des photocopies de tous nos papiers et remplir encore des dizaines d'imprimés ... Dur dur la caricature tiers-mondiste de l'occident !

28 juillet 2010.
La ville de Kupang est pauvre et sale, mais les gens sont très gentils et très aimables. Ce soir le gouverneur nous a invité à une garden party avec des danses locales au programme. Belle soirée. Après-demain, c'est le maire de Kupang qui invite les équipages, mais nous préférons partir et gagner l'île de Rote où nous espérons trouver une Indonésie plus "authentique".

30 juillet au 2 août 2010.
Le petit port de Baa sur Rote est fascinant "d'exotisme" avec les étals des vendeuses de fruits et légumes et de poissons sur les trottoirs, avec les bidons d'essence transvasés à moins d'un mètre des marchandes, avec ses bateaux décorés, avec sa saleté repoussante, avec son cours d'eau qui sert de décharge publique, de fosse de vidange, d'égout, de "station de lavage" des camions, avec ses cochons qui se baignent dans le cimetière ...

3 août au 8 août 2010. C'est en pleine nuit avec 30 noeuds de vents et aucune visibilité que nous arrivons à l'île de Rinca (sud). Les fonds sont trop importants pour mouiller et notre radar digital détecte un corps-mort que nous nous empressons de prendre. Bien-Aller se mettra à couple de nous pendant 48 heures, le temps que l'onde tropicale passe. Ensuite nous irons à l'ouest de l'île dans la baie Ginggo.
Rinca et sa voisine, l'île de Komodo, vont nous offrir le spectable incroyable d'une faune locale peu farouche et abondante. C'est la nature à l'état brut. Pas de bruit de moteur, pas de route, pas d'habitation, pas de voiture, pas de fil électrique, pas de fumées d'usines. Rien que des dragons de Komodo (varans), des singes, des biches, des sangliers, des rapaces et quelques pêcheurs qui viennent nous proposer du poisson et de l'artisanat !

9 au 12 août 2010. Pour essayer d'acheter des légumes et des fruits frais, nous appareillons pour Komodo qui a un petit village de pêcheurs. Isabelle est assaillie par une nuée d'enfants et se trouve rapidement à cours de stylos et de crayons. Nous en prendrons plus la prochaine fois ! Le village est construit sur des pilotis branlants et l'islam est présent partout. Le poisson sèche au soleil pendant que les poulets et les chèvres courent partout. Nous mouillerons à 1,5 milles dans une baie abritée avant de partir vers le nord de Komodo.

13 au 15 août 2010. Sur la petite île de Medang nous découvrons un paysage incroyable de bocage. Autour de la lagune, sur des kilomètres, des prairies avec vaches et chèvres sont entourées de haies renforcées de clôtures en palmes de cocotier.
Quant au petit village c'est un pur "bijou" propre, où les enfants sont vraiment polis et attachants.
Cette petite île au nord de Sumbawa, que nous pensions quasiment déserte est en fait parfaitement et harmonieusement mise en valeur avec une économie agraire traditionnelle.


16 août 2010.
Après seulement un bref arrêt, le temps d'un massage, dans l'horrible "Medana Bay Marina" conseillée par "Sail Indonesia", nous allons à Gili Air situé seulement à 4 milles.
Gili Air est une petite île assez préservée au large de Lombok. C'est calme et assez mignon, donc tout ce qu'il nous faut ! De là, nous prenons le ferry pour Lombok où nous découvrons nos premiers temples hindous, nos premières rizières et un nombre incroyable de singes chapardeurs !

Après 14 mois sans avoir pu plonger, nous renfilons avec plaisir nos palmes !  Laurent, un compatriote installé en Indonésie depuis 12 ans, nous fait découvrir les beaux sites sous-marins des îles Gili et, cerise sur le gâteau, c'est avec plaisir qu'il rend service aux voiliers de passage.
Laurent LAVOYE - http://www.1-2-dive.com - laurent@1-2-dive.com - +62 811 385 1212


Du 26 août au 03 septembre 2010. Aujourd'hui, le 26 août, le vent souffle un peu plus fort (20 noeuds) et un clapot assez marqué entre dans le mouillage. Nous décidons de rester lire à bord et bien nous en prend !
Vers 17h00 Isabelle jette un coup d'oeil dehors et me crie de sortir. Le corps-mort, qui nous avait été loué, draguait et Pro's Per Aim dérapait vers un voilier américain.
Le temps de sortir et c'est le choc ! Hélas le câblot du corps-mort de l'américain ne résiste pas et casse. Les deux bateaux sont emmêlés avec notre corps-mort qui continue à draguer vers la plage où nous allons nous échouer dans quelques instants si on n'arrive pas à nous libérer !
C'est en force, avec les moteurs des deux bateaux, que nous réussissons à soulager l'ensemble et à larguer les aussières.
Ce n'est que la peinture de notre côté bâbord qui a souffert. Merci à Alubat de construire des bateaux aussi solides !
Après cette désagréable aventure, nous décidons d'appareiller pour Bali que nous atteindrons le 27 après une belle navigation de nuit malgré les nombreux pièges à poissons non éclairés.

Nous mouillons au Nord de Bali devant Lovina Beach, un village un peu moins touristique que ceux de la côte Sud.
Nous avons la chance de rencontrer des enseignants de l'école de danses traditionnelles qui nous invitent à une fantastique soirée chez eux. Quel décalage avec nos habitudes françaises ! Chaque geste, chaque orientation des yeux, des doigts ou de la tête a une signification et chaque danse raconte une légende, une histoire.

Depuis l'Australie, nous n'avons pas refait les pleins du réservoir et nous ne sommes qu'à mi-chemin de Singapour. Un pêcheur nous propose de nous acheter, transporter et transvaser les 150 litres de gasoil dont nous avons besoin. Aussitôt dit aussitôt fait, 2 heures plus tard Pro's Per Aim a ses pleins de faits et c'est l'esprit tranquille que nous pouvons partir à la découverte de Bali.

Bali a la taille d'un département français et ses paysages sont surtout montagneux.
Comme ses sols volcaniques sont particulièrement fertiles, la moindre possibilité de cultiver est exploitée et les rizières en terrasses permettent 3 récoltes de riz par an. Pour ne rien perdre, certaines digues, qui séparent les rizières, sont plantées d'arachides pour la récolte des cacahuètes.
Quand il n'y a pas assez d'eau pour la culture du riz, ce sont le café, le cacao, les épices ou les clous de girofles qui sont cultivés.
Bali est une île incroyablement riche sur le plan agricole, malgré les singes qui pullulent et qui mangent tout. Par contre le tourisme de masse, développé depuis une dizaine d'années, met en péril cet équilibre ancestral.

Bali, c'est également une organisation sociale originale avec la gestion de l'eau pour les rizières faite par des genres de syndicats appelés les SUBAK.
De même, les Balinais cherchent à produire sur place tous les éléments nécessaires à leur quotidien comme par exemple les briques destinées à la construction.

Ce qui nous frappe à Bali c'est la place du bouddhisme, avec des monastères comme celui de Bali Banjar, et surtout de l'hindouisme.
L'hindouisme est présent partout. Chaque maison, chaque village, chaque communauté a ses propres temples et certains comme celui de Ulun Danu Beratan sont fabuleusement beaux et paisibles.
Pratiquement 90% de la population est hindouiste sur Bali, mais chaque village a sa mosquée et son muezzin réveille tout le monde à 5h00 du matin. Oui, vous l'avez compris, l'islam est religion d'état ici.


Les jours passent et la route est encore longue pour Singapour. Nous nous décidons à partir en direction de Belitung.
Belitung est située entre Java, Bornéo et Sumatra, à la limite entre le mer de Java et la mer de Chine Méridionale. Elle est surtout célèbre pour ses formations rocheuses originales.
C'est un accueil fantastique qui nous attend. Nous avons besoin de gasoil, nous sommes en pleine fête de fin de Ramadan, tout est fermé, mais un Indonésien va prendre sa voiture et nous emmener partout avec ses jerrycans pour nous dépanner. Encore un souvenir merveilleux de solidarité et de bienveillance !

Nous continuons notre route vers le nord-ouest et c'est à 13h25 le 14 septembre 2010 que nous repassons l'équateur juste avant d'aborder les Riau Islands.
Dans cet archipel magnifique aux multiples mouillages, nous dormirons chaque soir à l'ancre, à plat !!! avant de nous décider à pointer notre étrave au nord de l'île de Batam, à la Nongsa Point Marina où nous pourrons faire notre sortie d'Indonésie.

La Nongsa Point marina nous déçoit. Elle est pratiquement vide, les prix pratiqués sont prohibitifs pour l'Indonésie et il faut payer en dollars de Singapour, que ce soit la marina, le gasoil ou même le restaurant !

Après 48 H, nous décidons d'appareiller pour Singapour et de traverser le redoutable détroit de Malacca, redoutable à cause du trafic.
Nous n'avons jamais vu ça. Les cargos, supertankers et autres immenses minéraliers se suivent quasiment à touche-touche. Ils circulent dans des "sens obligatoires" appelés rails qu'il va nous falloir traverser ... Il parait que c'est l'endroit au monde où le trafic maritime est le plus dense, et on en a pour 40 milles !
C'est vrai que Gibraltar, la Manche ou même l'approche du canal de Panama nous semblent maintenant bien vides par comparaison. De plus, le détroit ressemble à un égout à ciel ouvert ce qui nous oblige à faire des zigzags pour éviter les masses d'ordures dérivantes qui pourraient obturer notre prise d'eau de refroidissement du moteur. Ce n'est pas le moment d'être en panne d'autant plus que le vent est absent !
Nous décidons donc de longer le rail Sud et de traverser plus ou moins perpendiculairement, là où les deux rails sont les plus étroits.
Arrivés à l'endroit choisi, on attend que trois cargos passent puis nous nous lançons dans le rail à presque 8 noeuds, le moteur à plus de 2000 tours ! Pas de problème pour le rail descendant, on arrive dans la zone "neutre" entre les deux rails et là un immense pétrolier lège ne respecte pas la réglementation et vient sur nous. Nous devons l'éviter. Le temps qu'il passe, c'est cinq gigantesques navires qui approchent. Nous fonçons tout droit et slalomons entre ces énormes masses d'acier.
Ouf, un peu d'adrénaline de dépensée, mais nous sommes passés !
Dans l'après-midi, Pro's Per Aim est sagement amarré à un ponton de la Raffles marina de Singapour.

Singapour est une immense métropole. La vie y est assez chère et c'est un carrefour des cultures asiatiques. Des quartiers très typés regroupent les différentes populations comme Chinatown pour les Chinois et Little India pour les Indiens.
Plusieurs temples très "colorés", comme le temple bouddhiste qui expose une dent de bouddha, côtoient des gratte-ciel et des marchés animés aux odeurs d'épices.