Le journal d'Isabelle


PRO’S PER AIM en ASIE du SUD-EST
d'octobre 2010 à avril 2011

 

Du jeudi 30 septembre au vendredi 22 octobre 2010 - MALAISIE

Sans regret, nous quittons Singapour, au sud de la péninsule malaise, pour remonter la côte ouest. Pro’s Per Aim va donc emprunter la route mythique du détroit de Malacca.

Ce passage obligé entre l’Inde (donc l’Europe) et la Chine tient son nom de la ville de Malacca. Située à un endroit qui fut stratégique au temps de la marine à voile, la ville est dans la zone où la mousson commence et où elle finit. On trouvait des vents portants dans cette région équatoriale jusqu’à Malacca où on y attendait la renverse de mousson pour continuer. De tout temps, le commerce maritime a emprunté la route légendaire du détroit de  Malacca. Les pirates ont profité de l’aubaine jusqu’à ces dernières années où les trois pays riverains (Singapour, Indonésie et Malaisie) se sont unis et, à l’aide de fonds internationaux, ont éradiqué le fléau. Les incidents sont devenus exceptionnels voire inexistants. Pourvu que cela dure !

Avec Pro’s Per Aim nous allons y naviguer essentiellement au moteur par manque de vent ou contre le vent dans un mauvais clapot, en tentant d’éviter la route des cargos, les remorqueurs de barges et les zones de pêches. Les barques en bois des pêcheurs sont à peine détectées par le radar. La nuit, quand elles sont éclairées, leurs feux ne sont pas réglementaires et c’est parfois difficile de savoir de quel côté tourner la barre pour les éviter.

Les eaux du détroit sont un vrai cloaque : il y flotte tous les détritus possibles de l’Indonésie, de Singapour et de la Malaisie. La Thaïlande n’est probablement pas en reste ! En plus, l’eau est boueuse. On commence à voir de l’eau transparente au nord de Langkawi autrement dit au nord du détroit.

Amis de la navigation à la voile et des belles eaux, portez votre étrave ailleurs !

La ville de Malacca est née vers 1400 ap. J.C.. La légende raconte que le prince Parameswara ayant fui l’effondrement de son royaume situé sur la côte sud-est de Sumatra, fut témoin d’une scène qui le frappa. Alors qu’il chassait sur les terres de l’actuelle Malacca, un cerf visé par ses nombreux archers et poursuivi par une meute de chiens, parvint malgré tout à s’échapper. Le prince jugea que c’était un bon signe et décida d’y établir son nouveau royaume. La ville se développa rapidement grâce à la protection des empereurs chinois. Vers 1500, ayant pris trop d’importance pour échapper aux yeux de l’Europe, elle tomba sous contrôle portugais lesquels se firent chasser par les Hollandais cent cinquante ans plus tard. Puis, en 1824, les Anglais qui tenaient déjà Penang et Singapour, s’emparèrent de Malacca. On trouve des traces de ces colonisations successives dans la vieille ville qui n’est pas sans charme.

Je ne résiste pas au plaisir de raconter l’histoire insolite du missionnaire jésuite qui eut, au XVIème siècle, la noble charge d’évangéliser les « sauvages » locaux.
Au XVIème siècle donc, les Portugais construisirent une église au sommet de la colline dominant la ville depuis la rive gauche du fleuve. François-Xavier, le missionnaire, y prêcha la bonne parole. Cette église fut ensuite transformée en temple par les Hollandais. De nos jours, sur le parvis, on peut voir une statue récente du missionnaire. Peu de temps après son édification, une tempête déracina un arbre qui, en s’abattant, détacha le bras droit de la statue. Jusque là, rien d’extraordinaire si on ne connaît pas l’aventure post-mortem du fameux missionnaire il y a de cela 500 ans environ. On raconte que sa dépouille a circulé dans toute l’Asie du Sud-Est sans se décomposer. Un tel miracle méritait une canonisation qui fut demandée à Rome mais le Vatican tarda à répondre. Afin de convaincre Sa Sainteté le Pape, on se décida à lui envoyer le bras droit encore frais et rose du missionnaire défunt. L’argument à ce qu’il paraît, fut décisif : François-Xavier devint St François-Xavier.

L’archipel de Langkawi, à la frontière thaïlandaise, fait partie de la Malaisie. Il regorge de petites baies bien abritées où les pirates se reposaient entre deux abordages. Depuis plusieurs dizaines d’années, il est devenu une des trois destinations de vacances les plus prisées d’Asie du Sud-Est avec Phuket et Bali. Les eaux ne sont pas très claires mais les îlots sont de toute beauté. On y rencontre des singes effrontés par centaines, des toucans et de majestueux aigles-pêcheurs, d’ailleurs « Langkawi » signifie « aigle brun ».

A notre arrivée dans l’archipel, nous jetons l’ancre à Dayang Bunting non loin du ponton à moitié détruit par le terrible tsunami de Noël 2004. Nous y amarrons l’annexe en veillant à ce qu’elle ne risque pas de s’empaler sur les fers à béton qui dépassent. De là, avec quelques touristes encore peu nombreux à cette heure, nous nous dirigeons vers le lac en suivant un petit sentier aménagé dans la forêt humide. La légende raconte qu’une princesse abandonna son enfant mort aux eaux du lac. Depuis le lac aurait le pouvoir miraculeux d’aider les femmes à concevoir. Nous en croisons quelques unes, voilées comme il se doit dans ce pays musulman. Nous y faisons aussi l’insolite rencontre d’un groupe de moines bouddhistes, gras comme des bénédictins, tout d’orange vêtus et équipés d’appareils photos numériques dernier modèle.

Comme le mouillage est trop agité par les allées-et-venues des bateaux pour touristes, nous allons passer deux jours dans celui, désert, de l’île Singa Besar avant de rejoindre celui de Telaga, un peu plus au nord en espérant que nous y serons mieux protégé de la houle.

Avec le vent debout, nous devons faire route au moteur. Le courant, lui aussi, devient contraire ; Guy monte donc les tours du moteur qui cale.
Misère ! Quel est le problème ?
Le moteur redémarre mais cale à nouveau dès qu’on accélère. Le Capitaine soupçonne un défaut d’alimentation en gasoil. Au ralenti, nous continuons la route vers Telaga en croisant les doigts. Ouf ! Nous parvenons enfin à mouiller à l’abri des deux îles artificielles et Guy trouve la panne rapidement. Il avait raison : le pré-filtre est complètement encrassé. Une fois changé, tout rentre dans l’ordre.

En parlant de gasoil, nous avons fait le plein pour quarante-sept centimes d’euros le litre. N’oublions pas que la Malaisie est un pays producteur de pétrole. Les fameuses tours Petronas de la capitale Kuala Lumpur se veulent le symbole de la richesse et de la modernité récente du pays, Petronas étant la compagnie étatique de pétrole.

Du vendredi 22 octobre au samedi 27 novembre 2010 - THAÏLANDE

Nous mettons une dizaine de jours pour remonter jusqu’à Phuket où nous faisons nos papiers d’entrée en Thaïlande (ประเทศไทย en thaï). Douanes et immigration tolèrent deux à trois semaines entre la sortie de Malaisie et l’entrée au pays thaï. Nous en profitons donc pour musarder d’île en île : Koh Rawi, Koh Kradan, Koh Muk, Koh Ngai … Facile à deviner ! « Koh » veut dire « île » en Thaï. 

La houle n’est pas avec nous, les mouillages sont rouleurs. L’eau est redevenue claire même s’il y flotte des ordures et quelques nappes de gasoil.

Nous découvrons en Thaïlande la pollution sonore des long-tails, ces barques de pêcheurs non pontées et équipées d’un moteur à échappement libre. L’hélice est reliée au moteur par un long tube donnant à l’ensemble une allure de débroussailleuse. Impensable le bruit que ça fait !
La pollution n’est pas que sonore : les pêcheurs prennent la mer pour une poubelle et y jettent leurs ordures. C’est comme ça que, le mardi 26 octobre, alors qu’une fois de plus nous sommes au moteur, ce dernier se met à vibrer méchamment. Nous stoppons tout et Guy plonge sous le bateau. Il remonte chercher un couteau pour dégager l’hélice autour de laquelle un bout s’est enroulé. Le coupe-orin a fait son boulot donc le moteur ne s’est pas bloqué. Par contre, le bout qui était resté accroché, déséquilibrait l’hélice faisant vibrer le moteur.

Nous passons une nuit à Koh Phi Phi dans la baie très fréquentée du sud de l’île : mouillage insupportable à cause du bruit des long-tails et des boîtes de nuit ainsi que des vagues casées par les innombrables bateaux pour touristes. Koh Phi Phi est une île magnifique, une destination de rêve quand on évite la plage principale et qu’on a de bonnes boules Quies.

La nuit suivante, nous nous réfugions dans la baie des singes. C’est plus calme. Nous y recevons un mail de nos amis Elian et Odile de PELAGOS nous prévenant qu’une forte dépression est annoncée dans les jours qui viennent. Il faut se mettre à l’abri.

Dès le lendemain, nous sommes dans la baie ouest de Koh Yao Yai à quelques milles de Phuket. Avec soixante-dix mètres de chaîne dans cinq à six mètres d’eau, nous sommes parés ce qui ne nous empêche pas d’écrire aux marinas de Phuket pour savoir si elles peuvent nous accueillir. La « Royal Phuket » répond positivement. Quelques heures plus tard, nous y sommes amarrés et nous allons y passer une semaine bien remplie.

Nous commençons par faire les formalités d’entrée en allant en taxi à Chalong et nous en profitons pour commander une annexe CHOLAMARK à Hans, un allemand, installé à Phuket depuis 20 ou 30 ans. Il a commencé par réparer des annexes puis il en a fabriqué. On ne nous en dit que du bien. Hans va également s’occuper de la révision du radeau de survie.

En rentrant à la marina, on s’arrête à Phuket-ville pour demander nos visas pour l’Inde. C’est à faire avant d’arriver dans le pays et nous passons par une agence : deux heures dans la boutique sur leur ordinateur pour remplir le formulaire en ligne et l’imprimer. Dans une dizaine de jours, nous devrions récupérer nos passeports avec les visas nécessaires à notre passage en Inde avant la traversée de l’océan Indien vers Suez.

La zone technique de « Boat Lagoon » est très bien achalandée. On fait toutes les courses d’accastillage et les lessives, on remplace la batterie-moteur, et on réussit enfin à faire remplir les bouteilles de camping-gaz. La dernière fois date de la Nouvelle-Calédonie et j’ai déjà raconté nos déboires australiens à ce sujet.

Du dimanche 7 au samedi 13 novembre 2010, nous retrouvons nos amis de NAN FONG et de BIEN ALLER dans la marina de Yacht Haven tout à fait au nord de l’île de Phuket. Elle est très bien protégée dans l’étroit bras de mer entre Phuket et le continent. Il n’y a même pas besoin de brise-lames ou de jetée et on peut mouiller devant la marina. Par contre elle est loin de Phuket-ville et loin des supermarchés. Pas grave ! Nous mangeons tous les jours au restaurant : pour deux euros en moyenne par personne, on a un délicieux repas complet. La cuisine thaïe des restos ouvriers est meilleure et plus variée que la malaise.

Le jeudi, je vais au supermarché à une demi-heure de route. Il pleut des trombes et la circulation n’est pas aisée au milieu des voitures, des motos à remorque et des vélos.
Le supermarché n’a rien à voir avec nos grandes surfaces aseptisées. J’entre dans un vaste hangar sous lequel le bruit de la pluie couvre à peine le brouhaha des centaines de Thaïlandais qui font leurs emplettes. On trouve de tout mais c’est écrit en Thaï et rien n’est rangé selon la logique occidentale. Je m’y perds un peu. Certaines zones laissent à mes narines des souvenirs inoubliables : le rayon des épices et surtout celui des poissons séchés.

Lundi 15 novembre 2010 – Depuis hier nous sommes dans le mouillage de Chalong. Il n’est pas très agréable à cause du trafic incessant de bateaux pour touristes et parce qu’il est difficile d’aller à terre à cause des marées. Le plus simple est encore d’amarrer l’annexe à l’extrémité de la jetée, de grimper tant bien que mal le long des poteaux et de parcourir à pied le kilomètre de jetée pour rejoindre la terre. En plus Chalong est une ville très moche : jamais nous n’avons vu autant de fils électriques dans tous les sens. Les trottoirs et les rues sont défoncés. Le bruit de la circulation est assourdissant. Les prostituées hèlent tous les touristes mâles qui passent même s’ils sont accompagnés.

Que faisons-nous ici, vous dites-vous ?

Nous devons récupérer le radeau de survie et la toute nouvelle, toute belle annexe. Quel bonheur d’avoir enfin les pieds au sec, de passer dans le clapot sans être trempés par les éclaboussures, d’avoir un fond plat et un intérieur facile à laver d’un seau d’eau quand l’annexe est remontée sous le portique ! On donne notre vieille « piscine » à Thalie, une copine française qui fait du charter dans la région. Elle est ravie et assure  qu’elle s’arrangera avec les fuites.

Mardi 16 novembre 2010 – Nous allons en taxi à Phuket-ville car nos passeports sont prêts avec les visas pour l’Inde. Nous avions prévu de passer la journée en ville mais une pluie torrentielle et interminable nous contraint à rentrer à Chalong. En début d’après-midi, le soleil réapparaît. Nous levons l’ancre pour mouiller à Koh Rang Yai pour la nuit. Demain nous remontrons retrouver les amis dans la marina de Yacht Haven au nord. Ils sont eux aussi inscrits au Rallye Vasco de Gama qui partira de Bombay en janvier pour être en mai en Turquie.

Mercredi 24 novembre 2010 – Ao Phang Nga est mondialement réputée. Des milliers de touristes en font chaque jour le tour sur des bateaux locaux plus ou moins pittoresques mais toujours bruyants, nauséabonds et créant des trains de vagues qui font rouler le pauvre Pro’s Per Aim et râler son équipage.

« Ao » signifie « Baie » en Thaï. La baie de Phang Nga a servi de site de tournage à de nombreux films en particulier à des James Bond. Elle est vraiment très belle. Pour en profiter au mieux, nous en faisons tranquillement le tour avant 9h du matin. La lumière est magnifique. Nous croisons des dizaines de long-tails dont l’équipage, deux personnes (souvent le mari et la femme), pêchent la crevette. Quand nous sortons de la baie en direction de Ao Chalong, il n’est que temps … les invasions barbares commencent !

Du jeudi 25 au samedi 27 novembre 2010 – Le retour à Langkawi en Malaisie est plus rapide que l’aller. Nous partons le jeudi après avoir fait la sortie à Chalong auprès des douanes et de l’immigration. Pas de problèmes, c’est juste long comme souvent. Il suffit d’être patient.

Une nuit à Koh Rok : il paraît qu’on y a tourné les épisodes de Koh Lanta, la version française de « Survivor ». L’île est petite : il n’y avait pas grand risque que les concurrents s’y perdent !

Nous avons décidé de faire escale à Koh Lipe, île thaï très fréquentée et proche de Langkawi. Les eaux y sont très claires bien qu’une nappe de gasoil irise joliment la surface autour de Pro’s Per Aim. Difficile de mouiller car c’est assez profond avec peu de possibilité d’évitage. Nous prenons donc un corps-mort qui nous semble officiel comme ceux déjà vus dans les îles entre Phuket et Langkawi. Le mouillage est agité. Les long-tails pétaradent et font des vagues. Cela se calmera peut-être avec la nuit.
Vers 22h, il fait nuit noire depuis longtemps et nous sommes couchés quand un boucan de tous les diables nous sort de la couchette. Plusieurs long-tails tournent autour de nous et on nous interpelle. Nous finissons par comprendre que le corps-mort est réclamé par un bateau pour touristes. Il faut le larguer et pas moyen de remouiller de nuit, ce serait risqué. Chassés de Koh Lipe, nous prenons la mer au moteur, faute de vent, et nous arrivons avant le jour devant Telaga à Langkawi. Nous mouillons à l’extérieur de la baie, c’est plus prudent. Demain il fera jour et nous irons nous mettre à l’abri des îlots artificiels qui servent de brise-lames.

Du dimanche 28 novembre 2010 au vendredi 4 mars 2011 - MALAISIE

En fait nous sommes en janvier 2012. Cela fait donc bien longtemps que je n’ai rien écrit. Depuis notre retour en Malaisie en novembre 2010 et aujourd’hui, Pro’s Per Aim et son équipage ont vécu des aventures variées, surprenantes et les coups de théâtre n’ont pas manqué.
Je vais tâcher de rassembler mes souvenirs pour vous conter l’épopée de PPA, de son Capitaine Guy et du matelot Isabelle pendant ces longs mois.

Revenus à Telaga sur Langkawi, nous reprenons nos petites habitudes locales : les déjeuners dans le restaurant indien et l’achat quotidien de la « french baguette » à la boulangerie-café-restaurant « The Loaf ».
Le resto indien donne sur l’arrière de la marina : y déjeunent les ouvriers qui travaillent sur le site. C’est plus proche de la cantine que du restaurant. Les indiens mangent avec leur main les morceaux de poulet et le riz. Parce que nous sommes occidentaux, on a droit à une fourchette mais il n’y a pas de couteaux. Qu’on se rassure, les touristes peuvent manger dans des restaurants plus « civilisés » avec une jolie vue sur le port et pour quatre à cinq fois plus cher. Il suffit de faire le tour des bâtiments.
Les patrons du Loaf sont chinois et les vendeuses malaises. Elles portent le voile mais leurs yeux maquillés qui pétillent sont moins sages que leur triste coiffe grise. Les « french baguette » ne valent pas les bonnes « tradition » des boulangers français bien qu’elles soient tout à fait honnêtes. La boulangerie-café-restaurant propose également son réseau WiFi à ses clients. Il est très performant, bien meilleur que celui de la marina ou même celui de la station-service Petronas. Nous en profitons largement.

Nous retrouvons Thalie et Skip à qui nous avions fait cadeau de notre vieille annexe. Ils préparent leur voilier ORION à trois mois de charter dans les îles Andaman. Ils vont nous être précieux car ils connaissent parfaitement la région et grâce à eux nous allons changer notre parc de batteries de service à bon prix. Nous avions remplacé la batterie-moteur à Phuket mais pas les cinq batteries-service. Depuis un bout de temps, elles ne tenaient plus la charge. On ne peut pas se permettre de partir dans l’Océan Indien avec un parc de batteries raplapla. Skip nous conseille les mêmes que les siennes, achetées à Kuah, la capitale de Langkawi, chez un Chinois (tous les commerces sont aux Chinois en Malaisie). Ce sont des 100 Ampères, soit 5 de plus que nos anciennes. Elles sont étanches et sans entretien (qualités indispensables sur un bateau) et le Chinois nous les fait à 450 Ringgits pièce soit 115 euros. Chez le même, on trouve de l’huile hydraulique pour le pilote dont le vérin fuit légèrement depuis l’Australie. Il faudra se décider à remplacer les joints un jour ou l’autre. Le Capitaine a les pièces détachées mais démonter un vérin suppose du matériel et il sera préférable de trouver un professionnel pour faire le travail.

Nous sommes donc début décembre 2010. Il est théoriquement prévu que nous prenions la mer dans quelques jours pour rallier Cochin, sur la côte ouest de l’Inde et que nous y retrouvions les autres participants du Rallye Vasco de Gama avec lesquels nous devons traverser l’Océan Indien et remonter la Mer Rouge vers le Canal de Suez. Cette zone est dangereuse à cause des pirates et Lo, l’organisateur du Rallye, aide les plaisanciers à passer : risque quasi zéro selon lui car il a déjà fait le parcours plusieurs fois et sait ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour éviter les dangers et nous ramener en Méditerranée sains et saufs.

Plusieurs évènements vont se bousculer en quelques jours et notre programme va changer du tout au tout. Pour suivre nos réflexions et notre prise de décision, je recopie des extraits de mails que nous avons envoyés à ce moment-là.

Langkawi, le vendredi 10 décembre 2011

[…]

De notre côté, il y a une énooooorme remise en question de la route à prendre pour rentrer en Europe.

En effet, la marine française a su que nous faisions partie du rallye Vasco de Gama et a du trouver nos coordonnées en tapant sur Google le nom du bateau (on tombe sur le site de Pro's Per Aim et il y a un lien "contact"). Bref ! L'armée nous a écrit un premier mail, qui nous a inquiétés, sur la situation dans le Golfe d'Aden en nous demandant de renoncer à cette route Nord au profit du tour de l'Afrique par le Cap de Bonne Espérance.

Bien sûr, les autorités françaises cherchent à avoir le moins de ressortissants possible dans cette région dangereuse infestée de pirates où l'OTAN a déjà recensé plus de 525 attaques en 2010, soit presque 2 par jour. Uniquement 4 voiliers semblent faire partie de ces statistiques. Notons que seulement 250 voiliers ont été enregistrés sur cette route (deux sens) en 2010, chiffre à opposer aux dizaines de milliers de cargos et pétroliers qui y sont passés.

De son côté, Lo, l'organisateur du rallye, explique que nous allons remonter toutes les côtes de l'Inde vers le nord puis piquer sur le nord d'Oman et suivre ensuite la côte de la péninsule arabique. Cela devrait minimiser au maximum le risque de mauvaises rencontres. La marine nationale est tout à fait opposée à ce choix dans la mesure où les pirates infestent tout jusqu'aux côtes de l'Inde, les Maldives, les Seychelles et la côte d'Afrique. La marine nous a expliqué que depuis quelques mois les pirates utilisent des armes automatiques. Pour tenter de permettre aux navires de passer, à défaut de juguler cette activité de piraterie, les marines sécurisent un corridor que notre organisateur ne veut pas emprunter. Son argument étant que les pirates sont plus nombreux que les soldats dans le fameux corridor car c'est là qu'il y a le plus de "gibier". Donc gros désaccord sur la route à suivre entre Lo et la Marine Française. De plus notre Marine est opposée à tout transit en groupe, car un groupe est plus facilement repérable. Lo dit qu'au contraire le groupe permet l'entraide et facilite l'alerte en cas de besoin !!!

Depuis une dizaine de jours nous avons échangé de nombreux e-mail avec l'officier chargé de nous suivre (Monsieur DEREIX). Il nous a envoyé la carte des attaques depuis 2008, les dernières positions des bateaux mères (ravitailleurs) des pirates, les rayons d'action des différentes flottes de skiffs (unités de pirates chargées des abordages) etc. ... Bref quelque chose de TRES sérieusement documenté. Ce n'est pas que nous soyons particulièrement "timides" mais n'étant pas armés, comment pourrions nous esquisser le moindre geste de défense ! Donc on prend au sérieux ces informations données par notre Royale.

Autre gros inconvénient, de cette route rallongée par le Nord d'Oman, proposée par l’organisateur, c'est qu'elle se fera au moteur (statistiquement : pas de vent ou des vents contraires). On a compté que sur les 5550 milles entre ici et la Turquie, environ 4000 se feraient au moteur soit 700 à 1000 heures de moteur !!!!! Et là il faut que notre machine tienne, pas moyen de réparer dans ces régions !

Passer par l'Afrique du Sud rallonge la route (13500 milles pour la Turquie) et retarde d'un an notre retour en Europe. L'avantage c'est que pratiquement tout se fera à la voile et que le bateau souffrira moins que de faire des centaines d'heures de moteur dans un mauvais clapot.

Les pirates ont tellement étendu leur zone d'action dans l'Indien qu'on prendrait le risque de les croiser si nous passions par la route classique (Chagos - Seychelles - Mayotte - Madagascar). La seule route sans danger restante passe donc par le sud de Madagascar (Maurice, La Réunion puis Durban).

Si nous nous décidons pour cette route, nous partirons de Malaisie en mars-avril prochain de façon à être à La Réunion en mai-juin et à éviter les cyclones que ce soit dans l'hémisphère nord au départ ou dans l'hémisphère sud à l'arrivée. Il nous faudra une place en marina car il n'y a pas de mouillages sûrs à la Réunion.

Ensuite ce sera Durban en novembre, puis Le Cap en janvier 2012 avant de remonter sur St Hélène en mars 2012.

Nous sommes encore en pleine réflexion. Enrouler la pointe sud de l'Afrique n'est pas une décision devant être prise à la légère. Mais elle devra l'être dans les quinze jours qui viennent (dernier délai pour rejoindre Cochin et le rallye). La perte des 600 euros d'inscription et des 250 euros de visas pour l'Inde n'entre pas (bien sûr) en ligne de compte !

A part ça nous avons cinq nouvelles batteries de service (500 ampères) Ca fonctionne impec !
Aujourd'hui il fait un temps tellement pourri qu'on ne sait même pas si on pourra aller au cybercafé envoyer cet e-mail que nous écrivons à bord.
[…]

Langkawi, le lundi 13 décembre 2010

[…] Ayant longuement pesé le pour et le contre depuis dix jours, on a donc pris notre décision de ne pas aller vers Suez. On préfère passer par Bonne Espérance que de risquer de se faire tuer entre l'Inde et la Mer Rouge ! Davantage de temps, davantage de milles, mais moins de stress, et pas de risque avec les méchants.
Nous avons donc annulé notre inscription au Rallye Vasco de Gama.

Monsieur DEREIX, l’officier de Marine en poste à Abu Dabbi nous a téléphoné hier pendant que nous étions occupés avec Elian et Odile à rentrer Pro’s Per Aim dans la marina. Les nouvelles sont mauvaises. Encore trois attaques ce week-end (Comores, Maldives et Aden). Depuis quelques semaines les côtes d'Oman sont infestées et la semaine dernière c'est seulement à vingt milles d'Oman que les pirates ont pris un bateau. Pour l’officier, depuis mi-2010, c'est comme un virus qui de répand de plus en plus vite et de plus en plus loin.

Au Yémen, c'est la guerre civile qui vient de repartir. Ce matin on a rencontré Nat, une française, qui est arrivé d'Aden en début de semaine. Elle convoyait un catamaran avec son compagnon Quito pour DREAM YACHT CHARTER. Tous les ans ils font ce type de convoyage et pour la première fois les "navies" ont bloqué leur départ d'Aden. Pendant qu'ils y étaient, trente pêcheurs ont été tués par les rebelles en guerre civile à Aden même ! Elle a vu tout ça et elle est bien choquée ! Elle est rentrée immédiatement à Langkawi et Quito attend à Aden qu’un autre skipper veuille bien continuer le convoyage à sa place.

Notre ami St John, ancien officier supérieur des commandos de l'armée anglaise, nous a écrit avant-hier qu'il était soulagé de notre décision de ne pas naviguer dans l'Indien Nord car, selon lui, la situation est devenue très dangereuse et hors de tout contrôle depuis quelques mois !!!

Voilà les dernières nouvelles !
Dès que nos "affaires" seront en ordre, c'est à dire mettre le bateau en sécurité et surtout trouver une place de port à La Réunion de juin à novembre, on essaiera de rentrer quelques semaines en France cet hiver. […]

 
Du jeudi 16  au vendredi 24 décembre 2010 – Marina Telaga sur Langkawi

Jeudi 16 – Les billets d’avion sont pris. Nous passerons le Réveillon de Noël à dix milles mètres d’altitude. Ici il fait une chaleur humide intenable. Nous louons une voiture rien que pour aller acheter un ventilateur. Nous en profitons pour acquérir des « batik » trouvés dans un centre d’Artisanat d’Art.

Vendredi 17 – Encore un grain monstrueux à midi. Nous grimpons au site des Sept Cascades. Les singes y pullulent. La montée est un vrai coupe-jarret et la descente me tue les genoux.

Incapable de me souvenir quel jour nous sommes montés en haut du Mont Mat Cincang (708m) avec le téléphérique. La vue sur l’archipel de Langkawi y est belle quand le temps est clair. C’est assez rare. La plupart du temps, la brume ternit tout à l’horizon. D’ailleurs nos photos manquent de lumière depuis que nous sommes en Asie du Sud-Est. Est-ce la pollution ?

Samedi 18 – Nous prenons le café sur le mini waram de Tiben, un Mauricien rencontré à Phuket. Il prépare son minuscule catamaran pour la traversée de l’Indien afin de rentrer chez lui. Nous discutons avec lui du passage du Cap de Bonne Espérance et de la traversée entre La Réunion et le Cap qu’il a faite plusieurs fois dans les deux sens pour convoyer des bateaux. Nous devrions le retrouver à l’île Maurice.

Dimanche 19 – Le nettoyage et la préparation de PPA pour notre absence continue. Dans une semaine nous serons en France.

Vendredi 24 – Le périple pour rentrer en France commence. A Langkawi, il fait chaud et humide. Très chaud et très humide même (35°C et 80% d’humidité). Nous ne sommes même pas sûrs que l’avion décollera soir de Kuala Lumpur pour Amsterdam car de nombreux aéroports d’Europe du Nord sont bloqués par la neige.
Un taxi jusqu’à l’aéroport de Langkawi, puis un avion local pour Kuala Lumpur d’où nous partons quand même à l’heure prévue. Le Boeing est loin d’être plein. La compagnie KLM ne nous offre même pas un chocolat … c’est pourtant le réveillon de Noël.
Au petit jour on atterrit à Amsterdam sur une des pistes dégagées par les chasse-neige. Il fait un froid glacial (-7°C) et c’est surtout la sécheresse de l’air qui nous surprend. Encore quelques heures et nous fêterons Noël en famille à Vendôme.

 
Samedi 19 février 2011 – Guy et Isa en France – PPA en Malaisie

Nous apprenons qu’un voilier américain le QUEST, a été pris par les pirates de l’Océan Indien.

 
Lundi 21 février 2011 – Guy et Isa en France – PPA en Malaisie

Les quatre passagers du QUEST ont été assassinés.


Jeudi 24 février 2011 – Guy et Isa en France – PPA en Malaisie

Depuis l’annonce de leur mort, nous avons commencé à réfléchir à un retour de PPA sur cargo tellement ça nous a choqués. Nos amis qui suivent le Rallye Vasco de Gama ne sont pas loin de l'endroit où s'est passé le drame. Nous sommes inquiets pour eux.

Nous avons eu l'info par notre correspondant de la Marine Française et par des journalistes américains qui recherchaient des renseignements pour leurs articles. Ils voulaient savoir si nous les avions rencontrés.
En fait, nous avions vu le Quest au mouillage de Ao Chalong à Phuket en novembre mais nous ne connaissions pas son équipage. On nous a dit qu’ils avaient autour de 70 ans et que, depuis sept ans, ils faisaient le tour du monde pour distribuer des bibles en tant que "missionnaires". Ils s'étaient inscrits dans un autre convoi appelé " Blue Water" et l'avaient quitté à Mumbai (Bombay) trois jours avant, ne pouvant plus supporter les difficultés de cette très longue remontée de l'Inde (navigation, harcèlement administratif etc.). Ils avaient décidé de couper vers Salaalah à Oman et d'arrêter de remonter vers le Pakistan.
Un navire US a pu couper la route du Quest et deux pirates sont montés à bord pour négocier. Quelque temps après les pirates ont tiré un missile sur l'aviso US et ont abattu les quatre otages en expliquant que dorénavant c'était la nouvelle règle du jeu : "Si un bateau militaire s'approche, on commence par tuer les otages, maintenant ce sera comme ça.". Quand les militaires ont abordé le Quest après le tir de roquette, les quatre américains étaient atrocement blessés et malgré les premiers soins, ils sont morts dans les bras des médecins.

Le haut commandement de la Marine Française a écrit, à nous autres marins sur zone, un mail de condoléance. 

Mardi 1er mars 2011 – De retour sur PPA à Langkawi en Malaisie

En moins d’une semaine, nous avons pris l’avion prévu pour revenir sur Pro’s Per Aim et nous avons décidé de le faire convoyer par cargo jusqu’à Marmaris en Turquie. Il sera chargé à Singapour vers le 15 mars (théoriquement) et, pour US$ 30 000, traversera sur le pont d’un porte-containers la zone si risquée de l’Océan Indien et du Golfe d’Aden.

Du vendredi 4 au lundi 7 mars 2011 - En mer dans le détroit de Malacca

Second passage dans le détroit.
Des orages, beaucoup de trafic.
Il fait une chaleur étouffante.

Nous préparons un grand mail d’explications détaillées pour nos copains, et ceux de la famille qui ne sont pas encore au courant du « nouveau rebondissement ». 

Bonjour à tous et à toutes, 
Il faut reconnaître qu’on n’est pas facile à suivre …

Aux dernières nouvelles, nous avions abandonné l’idée de rentrer par la Mer Rouge en Méditerranée à cause du risque de piraterie. Nous avions donc annulé notre inscription au convoi « Vasco de Gama » et nous étions rentrés en France pendant deux mois en attendant le moment de partir sur la route sud, vers les Mascareignes (Rodrigues, Maurice et La Réunion) puis l’Afrique du Sud et le Cap de Bonne Espérance autrement nommé le « Cap des Tempêtes ». Cela multipliait la distance par trois et retardait d’un an notre retour en Europe.

Coup de théâtre ! Nous serons en Turquie vers la mi-avril. Nous, c'est-à-dire Pro’s Per Aim, son Capitaine et le matelot préféré du Capitaine ;-)
Par quel tour de passe-passe ?

C’est tout simple à défaut d’être bon marché … Pro’s Per Aim va traverser la zone des pirates, rentrer en Mer Rouge et passer la Canal de Suez sur le pont du FRAUKE, un cargo battant pavillon Antigua-Barbuda. Il sera hissé à bord du Frauke à Singapour et déchargé à Marmaris, port situé au sud-ouest de la Turquie, face à Rhodes.
Quant à nous, nous prendrons l’avion pour le retrouver.

Plusieurs raisons ont motivé ce changement de plan.

Tout d’abord (et surtout) l’activité des pirates s’est accrue. Une zone de plus en plus large, de plus en plus d’attaques, de plus en plus de violences.
Leur rayon d’activité ne cesse de s’étendre et la route vers La Réunion devient risquée. Nous avons rencontré à Langkawi (Malaisie) début mars, un skipper qui arrivait de La Réunion et qui nous a dit qu’un bateau de commerce s’était fait attaqué à cinquante milles de son voilier au niveau des Chagos. Il y a actuellement deux bateaux « mère » avec leur flotte de skiffs au nord de Madagascar et la marine française déconseille la navigation dans le canal du Mozambique.
L’officier avec lequel nous sommes en contact nous a dit qu’une trentaine de bateaux avaient été pris et que les Somaliens détiennent environ 650 otages dans leurs camps où toutes les violences sont permises en particulier sur les femmes.
Le 18 février, le QUEST, un voilier américain a été piraté avec quatre personnes à bord. Un navire de guerre US a pu rejoindre le Quest et son escorte somalienne  pour négocier la libération des otages qui ont été assassinés sauvagement par leurs bourreaux le 22 avant la fin de la discussion.
Le 24 février, un voilier danois (ING) a été pris avec à son bord une famille, quatre adultes et trois enfants. Ils sont en route vers les camps somaliens.
Nous avons discuté ces jours derniers avec Quito qui convoie des voiliers pour une société de location. Il a fait le trajet entre la Méditerranée et la Malaisie dix-huit fois. Ou plutôt dix-huit fois et demie car il a arrêté son dernier convoyage à Aden.  Le catamaran a été acheminé à Langkawi par un autre skipper qui ne l’a fait qu’à la seule condition d’avoir à bord trois mercenaires armés jusques aux dents. Quito a été attaqué une seule fois, il y a quelques années. Sous la menace d’une kalachnikov, il avait donné tout son argent liquide et du gasoil et s’en était tiré comme ça. Aujourd’hui, la piraterie n’est plus artisanale. C’est une mafia très organisée et très bien équipée qui « manage l’entreprise ».

Les autres raisons ?
L’impossibilité d’avoir une place sûre dans une marina à La Réunion. Celle de St Gilles est trop petite pour Pro’s Per Aim, celle de St Pierre n’a qu’un mois à nous proposer alors qu’il nous en faut au moins trois pour attendre la bonne saison afin de traverser vers Durban et celle de la Pointe des Galets n’a jamais répondu, ni à nos mails ni à nos fax.
Pas possible de passer le temps à Madagascar puisque les pirates couvrent toute la zone du Cap d’Ambre et une bonne partie du Canal du Mozambique.

Intellectuellement, il aurait été plus satisfaisant de finir notre tour du monde à bord de Pro’s Per Aim que ce soit par l’Afrique du Sud ou par la Mer Rouge. Ceci étant dit, ça ne pèse pas lourd en regard des risques que nous prendrions à naviguer au milieu des sauvages.
Pour résumer, Pro’s Per Aim et son équipage se retrouveront mi-avril pour une croisière qui commencera à Rhodes pour continuer dans le Dodécanèse puis les Sporades. […] 


Du lundi 7 au mardi 15 mars 2011 - Marina Danga Bay à Johor Bahru (Malaisie)

Arrivée à Johor Bahru dans la marina Danga Bay le lundi. Johor Bahru est au sud de la Malaisie, dans le bras de mer entre Singapour et la péninsule malaise. On y retrouve avec plaisir Odile et Elian de PELAGOS qui sont surpris par notre arrivée. Il faut tout leur expliquer : ils nous pensaient sur le départ vers l’île Maurice.

Nous restons une semaine avec eux. La marina est gratuite !! Gratuite quand on vit sur le bateau … Sinon c’est 25 euros la semaine, je crois. L’endroit est assez bruyant et les sanitaires sont sales à tel point qu’on se douche sur le ponton avec le tuyau d’arrosage.


Mardi 15 mars 2011 - Marina One°15 à Singapour

Formalités d’immigration compliquées car il faut aller mouiller aux Sisters Island à deux milles de la marina et y attendre que les fonctionnaires nous accostent. En fait, avec leur gros bateau, ils ne peuvent pas nous aborder et on se transmet les passeports au-dessus de l’eau dans une épuisette qu’ils nous tendent ! Rien n’est tombé à l’eau mais il était temps qu’ils arrivent car un orage a éclaté.


Mercredi 16 mars 2011 - Marina One°15 à Singapour

On a vu Rasu, l’agent indien de Singapour chargé des formalités de douane pour le chargement de PPA sur le cargo, un vrai racket !
Guy ne décolère pas. L’accumulation des tracasseries depuis l’Australie l’ont écœuré doucement mais sûrement. En plus depuis Bali, on n’a fait que du moteur. Pour la première fois il parle de vendre le bateau, une fois rentrés en France. Dans ce cas, on ferait une croisière courte en Grèce pour rentrer en France avant l’automne.


Samedi 19 mars 2011 - Mail de Guy à Elian et Odile de PELAGOS

Bonjour Odile, Elian,
Nous sommes toujours à la One°15 Marina de Singapour !!!!
Notre départ sur le Frauke a été annulé et nous partons sur l'EVEREST normalement le 25/26 et arrivée toujours le 15/20 avril. Il y a 52 bateaux qui se sont planqués à Dubaï, Oman etc. et qui pleurnichent pour qu'un cargo vienne les chercher. C'est ce que fait le Frauke entre autres !

La One°15 est mille fois moins bien que la Raffles Marina. D'abord on s'est fait virer quand on est arrivés car il fallait faire l'immigration au "western anchorage immigration". Personne capable de nous indiquer un point GPS !!!! Bref on file vers les Sister’s Islands où on avait compris que c'était. Là, la VHF nous dit de ne pas continuer mais d'aller vers l'ouest et de mouiller. Ils ne te donnent pas d’infos précises mais si tu passes dans des zones interdites ils savent te repérer !
Ensuite attente au mouillage que les officiels veuillent bien venir.
Pour finir, sous orage, retour à la One°15 pour payer 83,5 S$ de "customs".

Ici, ce n'est pas protégé du chenal et à chaque bateau qui passe à l’extérieur, c'est l'horreur, ça roule du matin au soir. Pour le reste c'est moins cher que la Raffles même si ces rats ont mesuré PPA pour connaître sa longueur : et bien, il a pris un pied (43 pieds au lieu des 42 normaux). Par contre le cadre est plus beau, on est près du centre, l'eau est claire et c'est calme la nuit.

Côté racket Singapour tient la palme :

1) Comme on devient du fret, agent transitaire obligatoire : 1000 S$
2) Ensuite, depuis fin 2010, depuis qu'un marché s'est créé suite aux pirates, les voiliers sont obligés d'avoir une licence de Singapour pour naviguer dans les eaux portuaires donc de prendre un pilote ET un bateau pilote des fois qu'on abime un pétrolier en lui rentrant dedans. Encore 1800 S$.
3) Pour terminer, des fois qu'on n'ait pas compris qu'on se faisait bien baiser : 30 S$ de taxe immigration car le skipper n'est plus membre d'équipage mais touriste.

Total 2830 S$ (1750 €)

On est écœurés en vraie profondeur car à Marmaris il faudra encore débourser 800 dollars US de transitaire d’après l’agent Mike Heffer. […]


Mardi 22 mars 2011 - Marina One°15 à Singapour

Grâce à Jill et Paul, les australiens du voilier Elevation amarré sur le même ponton que Pro’s Per Aim, nous découvrons avec bonheur que nous pouvons profiter de la piscine et des sanitaires luxueux qui la jouxtent. Jusqu’alors nous avions pris nos douches dans les toilettes mal entretenues à côté de l’office de la marina.
Nous allons maintenant tromper l’ennui de l’attente sur les transats de la piscine où nous faisons des longueurs pour nous rafraîchir de temps à autre. Il y a aussi une zone jacuzzi pour masser nos vieux muscles.
Le dimanche 27 nous prendrons l’apéro sur Elevation avec d’autres anglophones. BBQ inévitable … Paul en a même un de secours en soute au cas où son barbecue à gaz tomberait en panne.


Vendredi 25 mars 2011 - Marina One°15 à Singapour

Nous savons que le cargo BBC EVEREST est parti ce matin de Taïwan (enfin !) et qu'il doit faire escale à HO CHI MING où il devrait arriver le 28 vers 9h00 (ETA).
Ensuite il paraît qu'il ira directement à Singapour. On a calculé qu'il serait là AU MIEUX le 2 avril. On le suit sur le site www.marinetraffic.com.
En attendant on flemmarde à la piscine de la marina parce que, malgré le ventilateur, il fait trop chaud dans le bateau. On alterne des longueurs pour faire du sport et se rafraîchir, des séances de jacuzzi et de la lecture à l'ombre des parasols. Y'a plus malheureux !
Et puis on a fait une galerie "visite guidée" sur le site avec des photos inédites de Pro’s Per Aim (l'intérieur entre autres).
En fait, ça fait quelque temps que ça nous trotte dans la tête. La décision n'est pas prise mais ... presque. On mettrait Pro's Per Aim en vente dès notre arrivée en Méditerranée. On a plein de projets, c'est difficile de tout faire ... déjà faute de temps parce qu'on a qu'une vie ... mais aussi parce que c'est beaucoup d'argent immobilisé surtout si on ne passe plus que quelques semaines à bord chaque année.
Alors on réfléchit puisqu’on a que ça à faire en attendant qu'un cargo veuille bien nous charger.


Jeudi 31 mars 2011 - Marina One°15 à Singapour

L'EVEREST a encore pris du retard au Vietnam. De fortes pluies ont gêné le chargement. A Singapour il n'a que nous à charger. Ensuite il ira aux Maldives récupérer plusieurs voiliers qui ont renoncé à poursuivre leur route dans l'Indien.


Vendredi 1er avril 2011 - Marina One°15 à Singapour

PPA sera chargé dimanche sur l’EVEREST et nous avons trouvé (cher !) deux places pour le Qatar dans la nuit de dimanche à lundi. De là, un avion pour Paris où on arrivera lundi après-midi (six heures de décalage horaire). Ensuite un TGV pour Tours où on viendra nous chercher dans la soirée. Ensuite gros gros dodo à Vendôme.


Dimanche 3 avril 2011 – Aéroport Changi à Singapour

Pro's Per Aim est maintenant en haut de l'Everest. Tout s'est très bien passé même si ça a été long.Nous sommes à l'aéroport Changi de Singapour et nous attendons notre vol.

Pendant le chargement, nous avons eu le temps de discuter avec le second de l'Everest.
Il nous a dit que quatre mercenaires armés jusqu'aux dents seront embarqués à Colombo (Sri Lanka) ou à Male aux Maldives lors de l'escale où l'Everest doit charger d'autres voiliers qui avaient commencé la route vers la Méditerranée et qui ont renoncé à continuer.
D'après lui (également) nous avons bien fait de ne pas prendre la mer dans cette zone infestée de pirates, d'autant plus que notre petite taille et notre faible vitesse nous rendent hyper vulnérables.
Il nous a raconté qu'il s'était fait mitrailler sur un cargo au large des côtes de l'Afrique de l'Ouest et que c'est une « very very bad experience ».

Le monde est fou !