La traversée vers les Antilles
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Partis le 17 septembre des Sables, l'arrivée rapide du cyclone Gordon nous oblige à nous réfugier à la Corogne en Galice et ce n'est que le 6 octobre que nous entrons au petit matin dans la marina de Caniçal à Madère.


Après 3 semaines passées dans cette île portugaise très attachante, nous partons pour les Canaries et c'est sur la merveilleuse petite île de Graciosa que nous atterrissons. A Graciosa, il n'y a pas de routes ! Magie d'une vie sans voiture ! Le contraste est saisissant avec Lanzarote gagnée par le tourisme de masse comme Gran Canaria ou Ténérife.


Le 8 novembre dans la soirée, nous appareillons pour la traversée de l'atlantique en plongeant d'abord vers le sud pour gagner les Alizés rapidement.


21 jours plus tard et 2931 miles plus loin, nous touchons les Antilles, en Martinique.

Mais laissons la parole à Isabelle au travers de son journal.


Dimanche 17 Septembre 2006
Quelques péripéties avec les réparations et les améliorations une fois revenus aux Sables. Tout d’abord il a fallu attendre le bimini qui n’avait pas été commandé en juin par Alubat. Nous sommes partis mercredi 13 en fin d’après-midi pour revenir au petit matin avec un radar en panne ! Il avait pourtant été changé sous garantie quinze jours avant !

Nous sommes à nouveau en mer depuis ce matin et c’est bien. Un coup de vent prévu mercredi sur le cap Finisterre va peut-être nous obliger à faire escale à la Corogne. Au moins le golfe sera-t-il passé !

Mardi 19 Septembre 2006
La houle s’est calmée un peu mais le vent est toujours de face. On est donc au moteur depuis deux jours et hier ce n’était pas confortable du tout. On compte arriver dans la nuit à la Corogne.

Mercredi 27 Septembre 2006
J’ai eu du plaisir à retrouver la Corogne. Guy aussi d’ailleurs. Nous y avons attendu le cyclone Gordon et nous sommes repartis dimanche. Nous étions en mer depuis moins d’une heure et une pièce du vérin du pilote a lâché… Donc retour au port. La réparation a été rapide, la pièce ayant été envoyée en DHL depuis les Sables.
Nouveau départ ce matin. La mer est agitée et nous sommes au moteur, une fois de plus, après avoir réussi une douzaine d’heures à la voile.

Mercredi 8 Novembre 2006
Après La Corogne, ce fut à nouveau Peniche. Les vents étaient contraires et nous ne réussissions pas à descendre sur Madère directement. Le 7 octobre, au petit jour, nous étions en vue de la marina de Caniçal au sud-est de l’île. Nous y sommes restés 19 jours. Une semaine de location de voiture nous a permis de faire le tour de Madère, la magnifique. Puis Guy est rentré en France quelques jours pour régler des affaires et j’ai gardé le bateau.
Le 26 octobre nous larguions les amarres pour les Canaries. Cap sur Grasiosa, l’île la plus au nord-est de l’archipel. En 48 heures de vent arrière musclé nous y étions. Peu de touristes sur Graciosa, du sable, des pierres et du soleil. Beaucoup de voyageurs comme nous dans le petit port de l’unique village de l’île. Une escale sympa et reposante. J’ai vu une raie énorme passer sous le bateau dans le port.
Depuis quelques jours nous sommes à Lanzarote dont les falaises noires dominent la marina de Graciosa. C’est une île très minérale, au volcanisme encore actif. Impressionnante !
La saison avance et un créneau météo se présente pour entamer la traversée vers les Antilles. Tant pis pour les autres îles des Canaries, on part ce soir.

Jeudi 16 Novembre 2006
Déjà 8 jours depuis notre départ de Lanzarote !

Depuis la jetée de la marina Rubicon au sud  de l’île, Achim et Brigitte nous ont photographiés. Nous espérons les retrouver de l’autre côté de l’Atlantique. Ils traversent avec l’association ARC en même temps que 250 autres voiliers et ne partiront de Grand Canaria que le 26 novembre. Cela fait plusieurs fois que l’on se retrouve au hasard des escales et nous avons bien sympathisé. Je perfectionne mon allemand et eux leur français.
Pendant 24 heures le vent a bien soufflé nous poussant loin des côtes des Canaries. Puis il s’est calmé et nous avons alterné voile et moteur sur une mer très sage jusqu’à cette nuit. Ca y est ! On les a atteint ces fameux alizés qui emmènent les bateaux à voiles de l’autre côté de l’Atlantique et ce, depuis Christophe Colomb ! Il fallait descendre les chercher suffisamment au sud, pratiquement à la latitude du Cap Vert.

Il fait chaud ! Entre 30 et 35°C dans la journée et pas beaucoup moins la nuit. La mer est à 28°C. Nous prenons la douche sur la jupe arrière à grands seaux d’eau de mer pour économiser celle du réservoir. Un petit rinçage final à l’eau douce pour se dessaler et le tour est joué.
C’est dimanche 12, après déjeuner, que nous avons passé le Tropique du Cancer (Lat : 23°27’N). Comme le veut la tradition, nous avons fait une photo de nous deux avec les coordonnées du lieu. Nous voguons depuis dans la zone intertropicale. Le soleil cogne dur !
Samedi dernier, nous avons pêché notre première daurade coryphène. Ce poisson des mers chaudes change de couleur en mourrant. Guy a levé les filets : la moitié crue avec du citron le soir même et le reste à la poêle le lendemain. Délicieux ! Aujourd’hui nous allons trop vite pour espérer attraper quelque chose. Il faudra attendre que le vent se calme pour se régaler à nouveau.
Il y a deux jours, des dauphins nous ont longuement accompagnés. Ils étaient « mouchetés », plus noirs et plus gros que ceux que nous avions vus jusqu’alors. Guy a fait un film pour Metig, sa petite-fille. Nous avions eu la chance d’en voir au large de Milos dans les Cyclades quand elle était à bord avec sa mère Hélène. Nous lui enverrons le film pour raviver ses souvenirs.
Hier j’ai aperçu mes premiers poissons volants et une hirondelle égarée a cherché à se reposer sur Pro’s Per Aim.

Tout un rythme s’est installé. Je ne suis pas pressée d’arriver. C’est un moment unique dans une vie. Les mots me manquent pour décrire mon bien-être.
La journée commence au lever du jour et nous nous couchons peu après le soleil. Bien sûr, les nuits sont hachées. Il faut surveiller la marche du bateau, régler les voiles en fonction des changements du vent, noter le point GPS… Le radar se charge de détecter d’éventuels cargos, mais nous sommes seuls. L’océan est immense et nous n’en avons croisé que deux ou trois depuis notre départ !

La matinée est occupée par différents bricolages et par l’entretien du bateau. L’autre jour Guy a repris son sextant et s’est exercé à faire le point « à l’ancienne », comme quand il avait fait sa première traversée en 1995 (l’électronique peut tomber en panne). Ce matin nous avons remis le régulateur d’allure en route. Il y avait assez de vent pour qu’il puisse fonctionner. Cela économise l’énergie consommée par le pilote électrique et cela barre très bien même si cela n’a pas la précision du pilote qui, lui, est couplé au GPS.
L’après-midi, à l’ombre du bimini, nous lisons… en anglais : langue incontournable quand on voyage. J’ai donc commencé Harry Potter and the Philosopher’s Stone et Guy  s’est jeté dans un Dan Simmons de 1000 pages. Je continue aussi l’espagnol avec une leçon par jour.

Mardi 21 Novembre 2006
Depuis quatre jours les alizés soufflent F5 F6 levant une mer forte. Les vagues font entre 2 et 4 mètres de haut et Pro’s Per Aim surfe dessus avec aisance. Nous avançons très bien mais c’est moins confortable que lorsque la mer est calme.

De temps en temps nous trouvons des poissons volants sur le pont. Gros comme des sardines dont ils ont un goût assez proche, ils améliorent bien notre ordinaire d’œufs et de viande en conserve. La pêche avec la ligne de traîne a été moins heureuse. Les trois fois où le bateau a assez ralenti pour qu’on la mette à l’eau, de gros poissons ont mordu, cassant la ligne pourtant en acier. Trois leurres de perdus ! Nous avons même vu l’un d’entre eux faire des bonds désespérés au-dessus de l’eau pour se débarrasser de l’hameçon. La bête était énorme et devait faire dans les 20 ou 30 kg.
Nous avons dépassé la moitié théorique de la traversée. Si les vents se maintiennent, nous serons en Martinique dans une dizaine de jours.

Dimanche 26 Novembre 2006

Les alizés ont molli depuis hier. La mer se calme peu à peu. La forte houle croisée de ces derniers jours nous a quelque peu malmenés.
Les 10 000 milles avec Pro’s Per Aim depuis sa mise à l’eau le 15 décembre sont dépassés. Plus de dix-huit mille cinq cent vingt kilomètres en moins d’un an. C’est vraiment un bon bateau, solide, fiable et confortable. Mon capitaine a pensé à tout et dès qu’il faut faire une petite réparation, il a ce qu’il faut.
J’ai remis une ligne de pêche à l’eau hier et une heure après je ramenais une énorme coryphène de 77 cm de long. Après dépeçage  « large » Guy a isolé plus d’un kilo et demi de filet. On a tout mangé dans la journée de peur de le perdre dans notre frigo pas assez froid.
Cette nuit pendant que nous manœuvrions pour régler les voiles, un gros poisson volant a atterri sur la jupe. Il est au frigo pour ce midi. On rejette à l’eau ceux qui sont trop petits.

Mardi 26 Novembre 2006
De plus en plus fort ! Hier soir, alors que la ligne avait traîné toute la journée sans succès, nous avons ramené une bête de 95 cm de long : ni un thon, ni une daurade, ni un barracuda … On se renseignera en montrant les photos pour savoir ce que c’est. Plus de 2,5 kg de filet ! Une orgie de protéines en vue. On va pouvoir le garder un peu au frigo car on l’a remis en marche. Comme le vent est tombé et que l’on est au moteur, on peut dépenser un peu plus de courant !
La Martinique n’est plus qu’à 270 milles. On devrait arriver jeudi dans la journée au Marin.



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